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lundi 25 juillet 2011

Maroc : Les potentats s'affolent. Les élections approchent ...

Par Ali Fkir, 25/7/2011
Affolée, la presse proche des milieux d'affaires et des sécuritaires appellent l'Etat à plus de fermeté.
La résistance s'intensifie, le mouvement du 20 février, fer de lance de cette résistance, s'enracine dans les couches des déshérités et des travailleurs, 
la "constitution" est rejetée par le peuple, le parlement prochain ne différera en rien des précédents, le makhzen s’enlise dans les "sables mouvants", la confrontation totale entre le peuple qui revendique ses droits et la tyrannie qui refuse de répondre positivement aux revendications (qui sont par ailleurs simples) du MVT20FEVRIER, devient inévitable.

Peut-être que certaines milieux d'affaires et de sécurité souhaitent déjà l'instauration d'un état d'exception afin d'éradiquer (dans le sang) le mouvement légitime du peuple marocain pour le changement...
De toute façon, toute tentative de ce type, sera vouée à l'échec, constituera l'étincelle qui mettra le feu à la poudrière et précipitera les évènements, situation où les déshérité-es n'auront rien perdre (sauf les chaînes de l'asservissement).
D'autres forces conservatrices misent sur la "récupération
d'élément actifs" (torpillage/minage du MVT20FEVRIER). Des personnes peuvent être tentées par les "élections" d'octobre. Or il est clair que l'USFP, le PJD, le PI...font partie  du cercle du makhzen, constituent des relais makhzeniens dans les région du pays, il est  clair que les "institutions des élus" n'ont aucune légitimité populaire et font partie du décor makhzenien, et constituent l'un des symboles de la pourriture (fassade en arabe). Participer aux "élections" d'octobre ne peut être vu par les masses populaires qui sont engagées activement dans le mouvement pour le changement que comme trahison...Il faut être arriviste ou myope en politique pour cautionner une opération antidémocratique, anti-populaire et surtout anti-MVT20FEVRIER.
N'oubliez jamais que Abdelwahid Radi est le "parlementaire éternel depuis 1963" (grâce au palais), et qu'il a  toujours été considéré comme représentant du palais dans le mouvement ittihadi, ce grand propriétaire terrien (fils de pacha) est l'un des plus fervents défenseurs de la tyrannie en place. Aller aux "élections" sous sa bannière est un véritable affront au MVT20FEVRIER, est une atteinte impardonnable à la mémoire des martyr-es du mouvement du 20 février.
Le système politique au Maroc est verrouillé, rien ne sert de tenter de le déverrouiller de l'intérieur. Tous ceux qui ont essayé ont fini par devenir esclaves.
QUE FAIRE ? La lutte ferme des masses populaires, conscientes et organisées, le long souffle, l’abnégation...c'est la VOIE du salut.

Sans El Himma et le PAM, la démocratie marocaine était médiocre. Avec le PAM, elle est perverse.

Par Karim Boukhari (directeur de publication de TelQuel), 24/7/2011

Au revoir et merci !
Cela fait très exactement quatre ans que Fouad Ali El Himma a quitté le gouvernement pour rejoindre ce qu’on peut appeler le “jeu” démocratique, d’abord via le Mouvement pour tous les démocrates, ensuite le PAM. Bien entendu, son parti et lui ont pratiquement tout gagné, mais nous, qu’y a-t-on gagné ? Pas grand-chose. Et qu’y a-t-on perdu ? Beaucoup.

Récapitulons. El Himma a “déboulé” en politique pour deux raisons essentielles. La première, c’est qu’il était et il se veut toujours le représentant de “dieu”, c’est-à-dire du roi, en politique. C’est quelque chose que l’on peut, à la limite, faire l’effort de comprendre : Mohammed VI étant un arbitre au-dessus de la mêlée, il a choisi de tout déléguer à El Himma, son confident et ami, devenu de facto l’œil et l’oreille du roi. Soit. El Himma a porté la pensée de son ami le roi, il l’a si bien fait que des milliers de Marocains ont cru bon de lui concéder jusqu’au rituel du baise-main, mais au final le résultat est bien décevant : ni El Himma, ni le PAM n’ont fait avancer la cause de la démocratie. Ils ont, au contraire, contribué, peut-être à leur corps défendant, à pervertir le champ politique et à rendre la démocratie marocaine plus impopulaire que jamais. Sans le PAM, la démocratie marocaine était médiocre. Avec le PAM, elle est perverse.

La deuxième raison qui explique l’irruption d’El Himma en politique est encore plus vicieuse : contrecarrer le projet obscurantiste qui menace le royaume, en clair faire barrage à la montée du PJD (puisque la gauche en est incapable). Cette mission avait, sur le papier, de quoi appâter les plus démocrates parmi nous. Est-ce que Fouad El Himma a réussi son pari ? Clairement non. Au-delà des chiffres trompeurs (nombres d’élus, de conseillers, etc), nous savons tous que les islamistes restent la première force mobilisatrice du pays. Et le PAM, pourtant catapulté premier parti au royaume, n’y a rien changé.

En résumé, et avec tout mon respect pour les quelques personnes de qualité qui siègent encore au PAM, El Himma a construit un parti bidon et il n’a pas pu mettre à genoux le projet islamiste. Il a échoué. Son projet, du coup, devient caduc. Le PAM, qui est à Mohammed VI ce qu’aura été le FDIC à Hassan II (en gros un remède temporaire), ressemble aujourd’hui à un ovni politique et à un médicament périmé. A quoi peut-il encore servir ? 

Cela fait cinq mois, depuis le 20 février, qu’El Himma figure en tête de liste des personnalités les plus décriées.
Il y a quasi unanimité contre lui. La rue réclame sa tête et les principaux partis politiques aussi, même si personne n’a le courage de le déclamer publiquement. Je me joins à ce petit cortège et je le dis clairement : El Himma doit quitter le “jeu” politique. Il est temps. Le Maroc de 2011 n’est pas celui de 2007. Quatre ans, c’est une éternité. El Himma, tout sourire, a pu avancer en terrain conquis. Il avait pour lui tout l’appareil de l’administration (des gouverneurs aux walis, en passant même par plusieurs ministres qui lui devaient leur nomination), mais il y a un moment où l’on se demande : pourquoi ? A quoi bon ? Quel est le but ? Tout cela est-il bien utile ?

Nous sommes à quelques semaines des élections législatives et le tort serait de croire que la parenthèse “révolutionnaire” est définitivement refermée. Ce serait une grave erreur. Le PAM, et El Himma en tête, ont-ils bien analysé les événements en cours ? Si oui, il faudrait que l’ami du roi quitte l’arène politique sans plus tarder. Si le roi, et c’est son droit le plus absolu, a besoin de ses services, il peut toujours l’intégrer au sein de son cabinet de conseillers. Personne n’y trouverait à redire, du moment que le roi peut s’entourer de qui il veut. Mais si, comme tout porte à le croire, le député de Rhamna se présente aux prochaines élections et continue de participer au “jeu” démocratique, il nous fait courir de gros risques. Lahcen Daoudi, numéro 2 du PJD, nous dit dans le dossier de la semaine (p. 14), que Si le PAM et El Himma gagnent aux prochaines élections, “nous serons alors tous des 20 févriéristes”. Khadija Rouissi, qui vient de claquer la porte du PAM en début de semaine, porte une analyse encore plus fine : on ne peut pas faire semblant et reprendre les mêmes (et tout recommencer) comme si de rien n’était.
Je vous le dis : avec la perspective d’un PAM vainqueur aux législatives et d’un El Himma reconduit à la députation, le Maroc tient une vraie bombe à retardement. Attention.

24 juillet : succès des marches hebdomadaires du mouvement du 20 février

Par Ali Fkir, 24/7/2011
Les jeunes du mouvement du 20 février ont organisé avec succès leur marche hebdomadaire. Ceux qui misent sur l'essoufflement du mouvement ne peuvent qu'être lamentablement déçus.

La marche du 24 juillet a drainé une foule importante. Les bidonvillois-es et les travailleurs ont constitué l'ossature de la marche qui a parcouru un certain nombre de quartiers populaires. Les barrages des forces de répression ont empêché la foule de passer par la place Al Karama, mais pas d'incidents particuliers à signaler.
Les composantes du MVT20FEVRIER agissent (jusqu'à présent) dans une parfaite harmonie.
BRAVO JEUNESSE!

Photos de la marche du 24 juillet 
http://nsa28.casimages.com/img/2011/07/24/110724112542676673.jpg http://nsa27.casimages.com/img/2011/07/24/110724112833631547.jpg http://nsa28.casimages.com/img/2011/07/24/110724113015700531.jpg http://nsa28.casimages.com/img/2011/07/24/110724113219635426.jpg

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Mamfakinch,
24/7/2011
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Cartographie des manifestations ayant eu lieu ce week end à travers le royaume appelant à des réformes démocratiques dans le pays.
Mapping of pro-democracy protests that took place across the kingdom this weekend.
Cliquer ici pour voir la carte des villes où ont eu lieu les marches de protestations :

Mapping of Morocco Pro-Democracy Protests – 23-24 July, 2011



Pour voir les vidéos prises les 23 et 24/7/2011 dans les différentes villes du Maroc : Mamfakinch 24 : Actualité à l'heure sur Posterous - آخر الأخبار على موقعنا المتجدد على مدار الساعة - Par ici

Une manifestation parmi d'autres : à Kénitra
http://youtu.be/MHXtTGDDxbI

dimanche 24 juillet 2011

L'Afrique face aux prédateurs,


Par Henri Amadéi, 23/7/2011

Un projet de débats publics sur l'AFRIQUE , un sur des histoires d'économie solidaire d'une part  et deux sur "L'Afrique face aux prédateurs (contre G 20)" en OCTOBRE 2011 , avant le G 20 des 3 et 4 novembre à Cannes, s'étoffe au fil de réponses et propositions, et pourrait s'articuler sur les 19+22+23 octobre :

1°) Mercredi soir 19 octobre à Cannes, MJC de CANNES :
-Projection des deux films, "Africascop, histoires d'économie solidaire" (52 minutes) et "les oiseaux volateurs, (souveraineté alimentaire au Cameroun)" (1 heure), puis débat avec le réalisateur Denys Piningre ( accord d'une MJC de Cannes pour projection des films, débat, collation, le mercredi 19 octobre ) voire d'autres.

2°) Samedi 22 octobre (NB1) :
Débat public "L'Afrique face aux prédateurs (contre G 20)" , 1er volet, animé notamment par un camarade de Survie (et d'autres) (NB2)

3°) Dimanche 23 octobre (NB1)
Débat public "L'Afrique face aux prédateurs (contre G20)" , 2ème volet, dans le secteur Vintimille-Menton-Roya (collectif "Résistances en Roya") sur les migrants notamment ? (NB3)

(NB1) Les dates des 21 et 22 octobre peuvent être échangées (entre Ouest 06 près de Cannes et Vintimille-Menton-Roya).
(NB2) Entr'autres, des contacts ont été pris avec des syndicats et collectifs de luttes en Afrique : Algérie, Egypte, Mali, Maroc, Sénégal, Tunisie ... Un syndicat du Sénégal participera, des collectifs 06 de comorien(ne)s, de guinéen(ne)s ...
(NB3) Le thème "L'Afrique face aux prédateurs" est très vaste ("... le thème " L'Afrique face aux prédateurs" semble très (trop) large, et mériterait à être précisé, ou au moins à être partagé entre les différents intervenants que je connais peu/pas : d'un point de vue financier, économique, militaire, diplomatique, migratoire,... ? ..." . Un partage approximatif entre 2°) et 3°) permettrait un recentrage sur deux parties, le vendredi soir étant centré plutôt sur les initiatives AUTONOMES positives d'africainEs eux-elles mêmes, en coopérations ponctuelles (par exemple avec AMAP ... des Bouches du Rhône ...).

L'ossature devrait être décidée AVANT LE 15 AOÛT : - caler les disponibilités, réserver des salles, ... - annonce en septembre ou début octobre dans des publications nationales ... , ...
Cela n'empêchera pas de compléter ultérieurement, - bien entendu ! - , par des débats et-ou intervenantEs supplémentaires. 

AFRICASCOP, histoires d'économie solidaire
Un film de Denys Piningre
2002 - France - 53 minutes -DV Cam
résumé français
Tourné au Burkina-Faso en 2002, "Africascop" aborde la question d’une économie basée sur le principe coopératif (partage de la décision sur le mode "une personne = une voix" et répartition équitable des revenus) dans un des pays les plus pauvres du monde.
La parole est donnée aux membres de trois coopératives ayant des activités de production et de services installées dans plusieurs villes du pays, Ouagadougou la capitale, Po au sud et Bobo Dioulasso à l’ouest.
Face aux ravages causés par la politique des Institutions financières internationales, qui ouvre la porte aux investisseurs étrangers, pousse à la privatisation des services publics et fait la promotion de cultures exportables aux dépens d’une agriculture vivrière, les coopératives représentent une alternative fragile mais rationnelle, qui remet la personne humaine au centre de l’économie.

« LES OISEAUX VOLATEURS, souveraineté alimentaire au Centre Cameroun » traite d'un retour volontaire à une agriculture destinée à retrouver "la souveraineté alimentaire" mise à mal depuis la colonisation et le développement massif de la production de cacao. Cette culture intensive a longtemps séduit les petits agriculteurs car elle représentait une source de revenus régulière. Un jour cependant, l’État camerounais qui garantissait les cours sur le marché et fournissait les "intrants", s’est désengagé pour se soumettre aux exigences des Institutions Financières Internationales. La filière est rapidement passée des mains du "public" à celles du "privé", l'État camerounais l'abandonnant aux multinationales étrangères. Puis les cours mondiaux chutant, les revenus paysans ont diminué, accentuant la tendance à l'exode rural vers les grandes villes du pays…

Pour résister à cette tendance destructrice, pour renouer avec une agriculture soucieuse de nourrir la population, des organisations paysannes villageoises se sont rassemblées autour d’Élisabeth Atangana, paysanne et "Référente" de l’Agriculture Africaine auprès de l’ONU. Maraîchage, palmiers à huile, riz, élevage de volaille et de porcs, pisciculture ont peu à peu retrouvé leur place dans une agriculture diversifiée, équilibrée, plus harmonieuse. Écoles de formation et caisses de micro-crédit sont venus renforcer ce mouvement en profondeur, soucieux d'équilibres écologiques et économiques mis en péril…

La rencontre d’Élisabeth avec Jérôme Laplane, paysan Bio installé à Roquevaire (Bouches-du-Rhône) et fournisseur d'Amap (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), a débouché sur un échange riche d'expérience. Un croisement de regard, paysan à paysan, famille à famille, entre la France et le Cameroun.

C’est cette belle histoire d'AgriCulture que retrace le film… Une histoire de friche et de sentiers oubliés qu'il convient de réemprunter pour aller de l'avant ...

Cordialement.
Henri Amadéi
syndiqué au SNESup-FSU (10 ans élu à la CA nationale, puis retraité),
militant d'Emancipation, du CAam (Anarchistes 06), de l'Union Pacifiste, ...
et électron libre

Information complétée à l'aide du commentaire (ndlr)

La "marche du samedi" des bidonvillois

Par Ali Fkir, 24/7/2011



Le samedi 23 juillet 2011, les bidonvillois-es de Bradaâ et d'Al massira ont organisé une marche vers la préfecture de Mohammeida réclamant un logement décent, dénonçant les "élus", les politiques anti-sociales de L'Etat, les élections makhzeniennes...
 
Rappelant que chaque samedi (à la veille des marches populaires organisées par le MVT20FEVRIER), ces citoyen-nes, sans droits de citoyenneté, organisent des sit in ou des marches et le lendemain ils/elles contribuent en masses au succès des marches du MVT20FEVRIER. C'est une partie active du mouvement du 20 février. 
                         Bravo bidonvillois-es! Les droits s'arrachent!
                                 
Trois photos. Cliquer


Insoutenable ! Le Makhzen lance une attaque du Douar Baba par un incroyable déploiement des forces de l'ordre

L'ingratitude du makhzen n'a pas de limite

Par Ali Fkir, 22/7/2011
Douar Baba, commune Sidi Abdennabi (côté Chellalat), Bachaouiate Aïn Harrouda, région Mohmmedia a été le vendredi 22 juillet le théâtre d’évènements indescriptibles.
De quoi s'agit-il?
Ces derniers mois les autorités locales ont laissé pousser comme des champignons des baraques, en contrepartie, des centaines de "bénéficiaires" (les victimes de la marginalisation) ont accepté de jouer le baltajia: chaque dimanche ils sont transportés dans des bus vers Casablanca ou vers Mohammedia gonfler les rangs des beni oui oui et autres anti- MVT20FEVRIER

Pour des raisons encore inconnues, le vendredi 22 juillet 2011, le douar fut attaqué.
Il a fallu:
- 20 estafettes des forces auxiliaires (*36)
- 3 cars des forces anti-émeute
- 6 bulldozers
- 7 ambulances
- des dizaines de voitures "M rouge"
- Des jeeps et autres 4x4 des gendarmes
- Le réseau téléphonique a été coupé
- L'accès à la région est interdit aux non "résidents"

1er bilan:
- environ  200 baraques complètement rasées ( *entre 700et 800)
- plusieurs arrestations
Dans l'attente d'autres informations nous devons:
- dénoncer ce crime
- condamner la répression dont sont victimes ces innocent-es
- exiger la libération des détenus
- exiger le relogement de ces déshérités dans des conditions décentes
- exprimer notre solidarité avec ces victimes des politiques de l'Etat

*Dernières informations et vidéo
Par Ali Fkir, 24/7/2011, 0h36
Autres informations recueillies auprès des victimes du Douar Baba rasé le vendredi par une armada de forces de répression (regardez la vidéo):
- le nombre de baraques détruites se situe entre 700 et 800 unités ( et non 200)
- Les victimes ont bel et bien acheté les parcelles sur lesquelles elles ont bâti les baraque (des papiers légalisés confirment cette réalité)
- Les moukaddems ont extorqué aux victimes de l'argent (souvent au nom du caïd)
- Les autorités régionales étaient au courant des constructions...la preuve? ces autorités envoient des bus et cars (alors que le coin n'est  desservi ni en bus ni en cars) pour transporter les gens vers Casablanca et Mohammedia afin renforcer le baltajia anti-MVT20FEVRIER, ou participer aux "marches de OUI à la constitution " makhzeniennes.
- Le nombre d'estafettes des forces auxiliaires qui ont contribué à l'assaut criminel est de 36 et non 20 comme je l'avais mentionné avant
- Les victimes vivent sans toit, se cachent dans les buissons, terrorisées...c'est pourquoi j'ai évité de visionner les déclarations recueillies. Il y a des blessé-es, des arrestations (20? 30?) personne n'est capable de donner un chiffre exact.
C'est la désolation la plus criante...

http://www.youtube.com/watch?v=S4c42PXzBFo

Manifestation à Laâyoune : demandons la vérité sur le meurtre de Said Dambar

Publié le 23/7/2011 par aproche

Vendredi 22 juillet 2011, cela fait sept mois que le jeune sahraoui a été tué par un policier marocain dans une rue de Laâyoune au Sahara Occidental occupé par le Maroc.

Plus de 200 personnes se sont rassemblées devant le tribunal de la ville.

Depuis qu’un policier l’a abattu d’une balle en pleine tête, le corps de Said est toujours à la morgue, les autorités coloniales marocaines refusant toujours qu’une autopsie soit pratiquée et qu’une enquête impartiale soit menée.

Pétition de soutien à la famille de Said Dambar assassiné par la police marocaine le 22 décembre 2010 à Laâyoune

http://www.vagablog.net/

vendredi 22 juillet 2011

Maroc : Une enquête au pays de Khattabi

Par Aïcha Akalay, envoyée spéciale à Al Hoceïma. Tel Quel Magzaine, 22/7/2011

Le 20 février, cinq Hoceïmis sont morts dans des conditions encore non élucidées. Dans la ville, la contestation ne faiblit pas et les familles des victimes, ainsi qu’une partie des habitants, accusent l’Etat d’être responsable de leur mort.

Aïcha Akalay,envoyée spéciale du magzaine TEL QUEL, est allée à Al Hoceïma à la rencontre des familles et amis des victimes.

Il est 20 h sur la place centrale d’Al Hoceïma lorsque retentit l’hymne national. Ce dimanche 10 juillet, le Mouvement du 20 février a du mal à faire porter sa voix, étouffée par les baffles des baltajias. Quand les uns appellent à plus de démocratie et de justice sociale, les autres répondent “oui à la Constitution”, et tant pis si le “oui” a déjà enregistré un score stalinien. Même si l’ambiance est bon enfant et qu’aucun heurt n’a été enregistré ce jour-là, la tension dans la ville est palpable. La capitale du Rif totalise le plus grand nombre de morts depuis le début des contestations dans le pays.

Pour mémoire, après les manifestations du 20 février, cinq cadavres calcinés avaient été découverts dans une agence bancaire incendiée. La vérité n’a toujours pas été établie sur les circonstances de ces morts et les familles des victimes crient au scandale. De nombreuses zones d’ombre dans cette affaire poussent les familles, le Mouvement du 20 février, les acteurs associatifs et une bonne partie de la ville à désigner l’Etat comme responsable. “Al makhzen kay ktal” (le Makhzen tue), scandaient les manifestants lors de la dernière mobilisation du Mouvement du 20.

Le jour du drame
Dans tous les taxis de la ville, on ne parle que de ces cinq jeunes, morts il y a plus de quatre mois, dans des conditions qui restent mystérieuses pour les Hoceïmis. On le sait bien, les taxis donnent souvent la température d’une ville. Le 20 février, au lancement de la contestation, 50 000 personnes défilaient dans les rues d’Al Hoceïma selon les organisateurs, et seulement 4000 selon les autorités. “La marche s’est très bien déroulée jusqu’à la moitié de l’après-midi. Beaucoup de tribus du Rif ont rejoint Al Hoceïma, c’était une véritable démonstration de force. Les gens voulaient régler leurs comptes, notamment avec le PAM qui se vante de contrôler la région”, témoigne Ahmed Belaichi, activiste local. La ville bascule dans le chaos à partir de 16h. Des banques brûlent et des bâtiments publics sont attaqués, dont la municipalité et le commissariat de police. “Les fauteurs de trouble étaient peu nombreux mais ont causé beaucoup de dégâts. Ils brûlaient le matériel de la municipalité au beau milieu de la route sans être inquiétés. J’ai vu des citoyens protéger les bâtiments publics mais aucune trace des forces de l’ordre. Elles avaient déserté”, raconte Belaichi. Le responsable régional de l’AMDH, Ali Belmezian, dénonce lui aussi l’absence des autorités lorsque la ville a été prise d’assaut par les casseurs. Les organisateurs de la marche avaient prévenu commerces et riverains pour qu’ils rentrent chez eux et se barricadent. Lorsque la police s’en mêle enfin et après plus d’une heure d’affrontements, la ville apprend la découverte d’un cadavre calciné dans une agence bancaire sur le boulevard Mohammed V, l’une des quatre avenues principales d’Al Hoceïma. Le lendemain matin, la Protection civile déclare avoir trouvé quatre autres cadavres, qui auraient péri dans la même agence lors d’un deuxième feu déclenché tard dans la nuit. A partir du 21 février et pendant un mois, Al Hoceïma est occupée par l’armée et plus personne ne peut manifester.

Zones d’ombre
Début mars, les familles des victimes apprennent par une déclaration du ministre de l’Intérieur à la télévision que les corps ont été identifiés et que “le Parquet de la Cour d’appel de la ville a reçu les résultats des deux autopsies qu’il avait ordonnées et qui confirment que la mort est due à l’incendie”, selon le communiqué du département de Taïeb Cherkaoui. Ces corps sont ceux de Jamal, Nabil, Jaouad, Sami et Imad (voir encadré), selon les conclusions des tests ADN. Pour les familles, à qui les autorités de la ville et le procureur général n’ont fourni aucune explication, beaucoup trop de questions restent en suspens. “On accuse nos enfants d’être entrés dans la banque pour voler. Or ils ne se connaissaient pas entre eux, ils ne sont pas du même quartier et n’ont pas le même âge. Que faisaient-ils ensemble ?”, s’interroge Mohamed Jaâfar, le père d’une des victimes. “Leur seul point commun, c’est d’appartenir à la même tranche d’âge que les jeunes qui ont été arrêtés par la police ce soir-là”, souligne Mohamed, coordinateur du Mouvement du 20 février à Al Hoceïma.
Les cinq familles ont toutes perdu contact avec les victimes aux alentours de 20h le soir du drame. Parmi les jeunes arrêtés ce soir-là, “plusieurs personnes m’ont confirmé avoir vu mon frère au commissariat aux environs de cette heure-là”, assure Fadoua El Oulkadi, sœur d’une des victimes. Pour les familles, leurs enfants, frères et maris décédés ont été arrêtés le 20 février, emmenés au commissariat et assassinés, puis jetés dans le feu. “Mon mari n’est pas un voleur et je suis persuadée que c’est le Makhzen qui l’a tué”, incrimine Hanane Salmi, épouse de Jamal. L’accusation portée par cette jeune femme est grave et fait froid dans le dos. Elle est pourtant partagée par bon nombre d’habitants à Al Hoceïma. L’enquête menée par les autorités n’a toujours rien donné et personne ne sait, à ce jour, qui a déclenché l’incendie dans l’agence bancaire. Une chose est sûre, “il y a un silence suspect autour de cette affaire et on a l’impression qu’il y a une volonté de l’étouffer”, s’inquiète Ali Belmezian. Des doutes ont aussi été exprimés par le président de la région et élu PAM, Mohamed Boudraa. Il a remis en cause l’explication officielle du décès des 5 jeunes dans la presse rifaine, avant de se rétracter quelques jours plus tard.

Justice à la traîne 
 Témoignages :

Aujourd’hui, les familles sont désemparées et la ville peine à retrouver son calme. Vendredi 8 juillet, les concerts organisés par Maroc Telecom dans la ville ont été interrompus. “Nous n’avons pas le cœur à danser ou chanter. Nous voulons la vérité sur la mort de nos proches”, explique Fadoua El Oulkadi qui, avec l’aide des jeunes du 20 février et des autres familles, a organisé une fronde contre les festivités de l’opérateur téléphonique. Résultat : la ville a dû arrêter le festival pour éviter tout débordement. Les lieux du drame ne peuvent plus aider à faire avancer l’enquête, car “l’agence a lancé des travaux deux jours après le drame, ce qui a détruit tous les indices potentiels. ça n’a pas dérangé les autorités”, s’indigne Belmezian. Sur l’avenue où trône l’agence bancaire aujourd’hui toute neuve, il y a trois autres agences proches qui possèdent des caméras de surveillance. Les familles ont demandé à visualiser les vidéos, “mais le procureur général nous a répondu que si nous voulions les voir, il fallait aussi assumer les 20 millions de pertes qui ont été causés à la banque par l’incendie”, attestent Mohamed Jaâfar et Hanane Salmi. TelQuel a soumis au ministère de la Justice une demande d’entretien avec le procureur général d’Al Hoceïma, mais elle est restée sans suite. En début de semaine, les familles ont déposé une plainte auprès de la Cour d’appel pour que la lumière soit faite sur la mort de leurs proches et avoir accès aux rapports d’autopsie ainsi qu’aux vidéos de surveillance des banques. Dans ce bout du Rif, on pense encore que le pouvoir central délaisse la région. Ces morts non élucidées ne font qu’alimenter ce sentiment, parfois légitime.

Victimes. Qui étaient-ils ?


Jamal Salmi : Ce couturier âgé de 24 ans venait de fêter sa première année de mariage. Il est sorti le dimanche 20 février voir le match du Barça et soutenir les Catalans. Il a été vu une dernière fois aux alentours de 20 h, allant acheter du pain.

Nabil Jaâfar : Il suivait une formation professionnelle et prévoyait d’aller s’installer à l’étranger chez son oncle pour travailler. A 19 ans, il avait son permis de conduire et était très pieux selon sa famille. Un ami atteste l’avoir vu une dernière fois vers 20 h, lorsqu’une estafette s’est mise à leur poursuite.

Jaouad Benkaddour : Ce jeune homme de 26 ans était serveur dans un café qui possède la plus belle vue d’Al Hoceïma. Il est sorti de chez lui le 20 février pour voir ce qu’il se passait dans la ville. A partir de 19h, il n’était plus joignable par téléphone. Selon la famille de Jaouad, le cadavre qui leur a été remis n’est pas celui du jeune homme.

Sami El Bouazzaoui : Âgé de 17 ans, il est le plus jeune des cinq. Issu d’une famille relativement aisée, il est décrit comme un garçon sans problèmes et bien dans ses baskets. Il aurait été vu une dernière fois sur une avenue de la ville avec des policiers aux trousses.

Imad El Oulkadi : A 19 ans, il travaillait au port de la ville et sur les marchés. Le jour de sa disparition, il a ramené du poisson à sa famille avant de sortir voir le match de foot. Selon sa sœur, vers 21h, il a été interpellé par la police en compagnie de son ami Adil.
(editing et illustrations: mamfakinch)

voir aussi sur solidmar 16/4/2011

Le makhzen, de l’effondrement à l’agonie

 Par Rachid Cherriet, Lakome, Chroniques d'opinion, 22/7/2011 .
A milieu des années 1990 le roi Hassan II du Maroc avait annoncé que le Maroc était au bord de la crise cardiaque. Sur le coup, nous n’avions pas bien saisi s’il pensait à la politique, à l’économie ou au système du Makhzen qui coiffait de sa tutelle le Maroc et les Marocains. Pour comprendre le fond de sa pensée, il fallait bien connaitre la scène politique marocaine. Quinze ans après, le makhzen est confronté directement à une crise sans précédent : Sa tête est mise à prix par la rue qui manifeste depuis six mois à travers tout le pays. « Makhzen dégage » n'est pas seulement un slogan politique, mais une traduction fidèle de son pitoyable état !

Approche de l’effondrement du Makhzen
Cette approche repose sur le constat que le makhzen est une entité politique, ce qui autorise à faire appel à la logique de l'effondrement des États et des entités politiques, phénomène analysé en profondeur par Ibn Khaldoun qui a conçu l’analogie avec les stades de la vie de l’être biologique: petite enfance, jeunesse, âge adulte, et enfin la vieillesse qui précède la mort naturelle.

Ce déroulement passe par cinq phases :
-phase I: Émergence du jeune État sur les ruines d'un état antérieur.

-phase II : Monopole du pouvoir après élimination de ses concurrents, y compris ceux impliqués dans sa création (indépendance/révolution qui broie ses propres leaders)

-phase III : Confort et prospérité.

-phase IV: Baisse de l’alerte et somnolence.

-phase V : Spirale de crises et perte du prestige, effondrement enfin disparition.

Conformément à cette vision, le makhzen dont l’âge approche les quatre siècles, vit aujourd’hui sa cinquième phase Khaldounienne, celle de la décomposition et l’effondrement. Les symptômes de cette phase sont les suivants :

- La force du makhzen a toujours été la faiblesse de ses adversaires, surtout au niveau des ramifications populaires, où il a œuvré pour exclure ses opposants, que ce soit au niveau géographique (les zones non soumises sont qualifiées de zone siba) ou au niveau patriotique quand il faut les diaboliser en les accusant de vivre en dehors du consensus national. Actuellement, c’est le contraire qui se produit : la colère populaire est généralisée à toutes les régions du pays impliquées.

-La crainte commune du makhzen s’est dissipée : l’idée du makhzen omnipotent, tout-puissant et capable de trouver des solutions à toutes le crises, est largement écornée.

-Le prestige s’est affaibli : l’image du makhzen invincible n'est pas nécessairement due à la force et à la puissance, elle est aussi morale et symbolique.

- L'incapacité du makhzen à produire une nouvelle élite à l’époque du tout numérique, du Facebook et de réseaux sociaux. Les élites traditionnelles essaient de rattraper leur retard mais avec la mentalité des années 1950 et 1960.

-L’incapacité du makhzen pour trouver les réponses à l'époque actuelle, encore moins pour le futur proche : il se concentre sur les réponses politiques et néglige les enjeux de société dans leur globalité.

-L’action du makhzen s’est déplacé de l’initiative à la réaction défensive, alors qu’auparavant il monopolisait les initiatives et façonnait à sa guise ainsi l’espace social et politique. Aujourd’hui, il est juste un acteur parmi tant d’autres. Pire, c’est un acteur détesté.

-L'opposition généralisée au makhzen n’est plus localisée : les villes, grandes et petites, les villages et les localités les plus reculées (on a atteint le chiffre de 110) répètent simultanément mêmes les slogans magasin « makhzen dégage ».

-L’incapacité du makhzen à contenir ses adversaires malgré sa machine de propagande qui perd de son efficacité. Les symboles de l’autorité (cheikh, moqaddem, pacha, caid) et les médias ( TV, radio, presse écrite publique et partisane) ne sont plus capables d’encadrer et orienter l'opinion publique en raison de l'émergence de médias alternatifs citoyens.

-La jeunesse, force motrice de la protestation, et aussi première victime de la crise et de l’absence de démocratie et de justice sociale et proie au chômage, se trouve face à un makhzen vieilli. Deux logiques antagonistes et deux vitesses de fonctionnement : la célérité numérique face à la machine traditionnelle makhzénienne. Le langage du présent et de l'avenir contre le vocabulaire périmé du passé.

Psychologie de l’agonie du Makhzen
L’approche de cette agonie se base sur l'hypothèse que le makhzen est un système social avec une facette politique et historique complexe, qui domestique la société et avorte toute vision alternative en dehors de la sienne. Il est erroné de croire qu’elle se limite au champ politique : sa puissance se trouve aussi dans le monopole de la véritable histoire du Maroc des quatre derniers siècles, et sa prétention à incarner la vraie religion et la condition pour la préservation du culte musulman au Maroc. Or, c’est une escroquerie, car l'Islam est avant tout une croyance et une partie de l’identité des marocains qui ne disparait pas quand un pouvoir dynastique remplace un autre ou si un régime fait place à un autre d’une nature différente. Après la chute des royaumes Idrisside, Almoravide et Almohade, l’islam ne s’est pas évaporé…

L’agonie est une phase de la vie de toute entité politique qui est passée par la petite enfance, la jeunesse, l’âge adulte et enfin la vieillesse. L’agonie n'est pas simplement une description politique superficielle ou une exagération, c’est un fait historico-biologique dont les symptômes sont les suivants :

-Absence de temps-makhzen: avant, le makhzen prenait l’initiative et l’autre absorbe et réagit. Aujourd’hui, c’est l’inverse car le makhzen se contente de réagir. Comme il n’a pas l’habitude, le fait de perdre l’initiative le pousse à commettre une série d’erreurs inhabituelles et parfois fatales.

-Expiration de la date de validité : le makhzen devenu stérile, ne produit plus de nouveau projet de société sans pouvoir maintenir l'unanimité forcée qui opérait par dichotomie : zone makhzen / zone siba, inclusion /exclusion par rapport au sein du consensus national. Or comme le makhzen ne sait vivre que dans un modèle de société qu’il a produit lui-même, se retrouver avec des projets en dehors de son agenda et de sa nature monopolisatrice et hégémonique signifie la mort naturelle.

La force du makhzen a toujours résidé dans sa capacité à maîtriser les opposants, les domestiquer et les exclure de la mobilisation populaire et neutraliser autant que possible. Cependant, cette fois-ci la mobilisation contre lui a été trop grande et s’est répandu à travers le pays entier, alors que les élites politiques traditionnelles sont devenues boudées du peuple et objet de méfiance. D’où le boycott populaire du référendum constitutionnel, malgré la mobilisation de moyens médiatiques officiels énormes, et malgré l’entrée en scène de l'institution royale elle-même qui a renoncé ainsi à sa vocation d’arbitrage ! En effet, dans les milieux précaires, le débat autour de la constitution a été réduit à l’obligation de voter Oui en faveur du roi lui-même! Ce qui en dit long sur la profondeur de la crise mortelle qui secoue le makhzen. Ce dernier, affaibli par la mobilisation populaire, a cherché du secours auprès de voyous et de mercenaires qu’il a recruté à la hâte pour tenter d’intimider les forces de changement qui aspirent à la vraie démocratie et à la justice sociale. Ceci n’a fait qu’exacerber les ressentiments anti-makhzen au sein du mouvement du 20 février et parmi ses sympathisants.

Une mort lente mais certaine
Chaque peuple a sa propre culture de la mort et de l’agonie. Le makhzen s’est distingué par un talent et une ruse exemplaires, en appliquant les techniques de la mort lente à ses adversaires. Il est champion des coups bas et des frappes sophistiquées qui ne laissent pas de trace. Il a aussi souvent joué cyniquement avec le facteur temps, étant doué pour appliquer le dicton anglais slow but sure ! Aujourd’hui, le destin lui fait déguster de la même coupe!

Il reçoit des coups humiliants et mortels sous forme de rejet populaire vis à vis de toutes ses initiatives, il perd son sang-froid en entendant les cris de protestation contre ses politiques et ses hommes, il ne peut plus se concentrer alors que le temps joue contre lui et sa répression ne suffit plus puisque chaque jour un nouveau front politique ou social est ouvert ici ou là. Il est vulnérable alors que la colère de la rue est sans précédent, d’où sa récente tendance à sous-traiter un peu de violence en payant des anciens condamnés et des mercenaires, ce qui s’est avéré contre-productif et a alimenté l’hostilité des manifestants.

Le magasin est en train de mourir tranquillement et en silence. Cela peut choquer car les gens s’attendent plutôt à un brouhaha ou vacarme assourdissant. Reste une question : quand va-t-il rendre l’âme ? Va-t-il se résigner ou va-t-il se débattre et s’agiter lors de ses derniers souffles ? Quoi qu’il en soit, la morale islamique nous apprend que nous devons rester dignes devant la mort, même s’il s’agit de celle d’un adversaire, et prier pour que ses derniers instants soient les plus paisibles possibles.


Traduit de l’arabe par Ahmed Benseddik
http://fr.lakome.com/opinion/62-chroniques-dopinion/563-le-makhzen-de-leffondrement-a-lagonie.html

La Réforme constitutionnelle au Maroc : au-delà des 98,5% de oui, un échec pour la monarchie

Par Lucile Daumas, Lakome Chronique d'opinion, 19/7/2011

. Lorsque le 9 mars Mohamed VI annonce à la télévision qu’il va réformer la constitution, il n’ a qu’une idée en tête. Quelques jours auparavant, ses collègues Ben Ali et Mubarak ont été chassés du pouvoir par leurs peuples respectifs. Au Maroc, la rue gronde également.

Le 20 février une poignée de jeunes a pu faire descendre dans la rue des milliers de manifestants, dans plusieurs dizaines de villes. Proposer une réforme de la constitution a un triple avantage : essayer de désamorcer un mouvement encore naissant en répondant à l’ une des revendications-phare des manifestants ; accréditer la thèse d’une « exception » marocaine, d’un Maroc où des rouages de débat démocratique fonctionneraient et où la rue serait entendue ; déplacer l’espace du débat de la rue vers des commissions plus feutrées et au final vers les urnes. Des lieux où les autorités sont plus à l’aise qu’un jeune mouvement revendiquant une farouche indépendance vis-à-vis des partis.

L’idée a plu auprès des partis, compromis depuis des décennies avec le Palais. Tous ont célébré le lendemain « la révolution du Roi et du peuple ». Elle a plu aussi auprès des chancelleries occidentales qui ont appuyé avec ferveur la proposition royale. Enfin un régime-ami qui offre une image présentable ! Mais l’idée n’a pas plu aux marocains et le 20 mars, la deuxième grande manifestation nationale du mouvement s’est étendue à plus d’une centaine de villes et a connu une participation beaucoup plus massive que celle du 20 février, des centaines de milliers de personnes.

En effet, tout le processus de réforme constitutionnelle reste sous contrôle royal qui nomme la commission ad hoc et fixe dès le départ les points sur lesquels il pourra y avoir réforme. La réponse est immédiate : « Pas de constitution en l’absence des populations ».

En outre, la réforme constitutionnelle est inséparable des autres revendications minimales élaborées par le mouvement du 20 février : arrêt de la corruption, indépendance de la justice, liberté de la presse, création d’emplois, justice sociale et répartition des richesses. Or le Palais répond à une seule des revendications, alors que les manifestants sont surtout animés d’une soif de liberté, de dignité, d’un besoin irrépressible faire entendre la volonté populaire.

Aussi, cette « bonne idée » n’a pas suffi à apaiser la colère des marocain(e)s qui désormais descendent dans la rue toutes les semaines, sur un fond de luttes sociales exacerbées : chômeurs, postiers, cheminots, médecins, enseignants, soldats anciens-prisonniers du Polisario, handicapés, imams des mosquées (une grande première !), mineurs, bidonvillois, et tant d’autres, multiplient les protestations, tolérées ou matraquées, selon les cas.

Dans ce contexte, le débat constitutionnel, s’il passionne les partis et corps constitués, ne fait guère florès auprès des autres catégories de la population. Parallèlement le printemps arabe se couvre de multiples tâches d’ombre et les images projetées en boucle par Al Jazeera, sont moins exaltantes que celles de janvier et février. Les dictateurs sont tombés, mais les mêmes équipes sont toujours aux postes de commandement. En Libye, au Yemen, en Syrie, la répression est sanglante. Il apparait clairement que la voie de la liberté est pavée d’embûches et que la route sera longue.

Le pouvoir marocain pense, dans ces circonstances, pouvoir stopper le mouvement. La répression, rarement frontale, s’étend, insidieuse, touche les militants, les journalistes, à leur poste de travail, les autorités locales multiplient les intimidations, allant jusqu’à passer dans les maisons pour dissuader les gens de sortir dans la rue. Des nervis, issus du lumpen (les fameux baltagis) et des policers en civil, remplacent les uniformes. Les matraques, les pierres, les cables électriques jaillissent des poches sans que les manifestants puissent les voir venir. La police protège les attaquants.

Parallèlement, la commission de réforme constitutionnelle accouche d’un texte qui apporte peu d’ouvertures par rapport à la constitution précédente. Le Roi reste le Commandeur des croyants, il contrôle tous les rouages importants de l’Etat, préside le Conseil supérieur de la Magistrature et le Conseil Supérieur de la Sécurité, est le chef suprême de l’Armée. Il nomme les grands commis, préside le Conseil des ministres. Il promulgue les lois. Pire encore, les multiples conseils et organismes qu’il a créés et qui n’ont de comptes à rendre qu’au Roi, sont légitimés par la nouvelle constitution, qui intègre aussi les fondamentaux des politiques libérales (privatisations, libre concurrence… ) Enfin, l’Islam reste religion d’Etat et la liberté de conscience n’est pas reconnue. La reconnaissance de la langue Amazigh comme langue officielle (mais pas au même titre que l’arabe) et la nécessité pour le Roi de choisir son premier ministre au sein du parti majoritaire lors des élections législatives ne suffisent pas à conférer au nouveau texte un statut de Constitution démocratique et populaire.

En outre, les conditions dans lesquelles s’est déroulée la campagne référendaire bouclée en 10 jours (liberté d’expression pour les seuls tenants du OUI, subventions démesurées aux partis prônant le OUI, mobilisation de tous les moyens de propagande publics et privés, par l’argent ou et la coercition, interdiction et perturbation violente des manifestations pro-boycott par des éléments organisés et protégés par la police)# ont rappelé aux anciens l’atmosphère lourde des années Hassan II. Le déroulement du vote lui-même, entaché de multiples irrégularités (propagande du OUI jusque dans les salles de vote, non vérification des cartes d’électeurs, non signature des registres, etc.) est venu contrecarrer post ante les termes mêmes de la constitution, garante du pluralisme, d’élections libres et transparentes. Les résultats, dignes d’une république bananière, 98,5% de OUI, traduisent bien cette mascarade de référendum, transformé explicitement en plébiscite pour le Roi. C’est un échec cuisant pour une monarchie qui a jusque là voulu vendre une image de monarque éclairé, démocrate. Les manifestants ne s’y sont pas trompés. Deux jours après ils redescendent dans la rue, continuent à demander la fin du despotisme et clament désormais « Vive le peuple ! ». Seuls les gouvernements occidentaux n’ont rien voulu voir, trop empressés de soutenir contre vents et marées, le régime marocain, garant de la pérennité de leurs intérêts et de ceux de leurs entreprises. La même cécité que pour les régimes tunisien et égyptien…. avant leur chute !

Loin d’avoir apaisé la colère de la rue, la Réforme constitutionnelle donne la preuve du refus de la monarchie de céder le moindre pouce de son pouvoir et de répondre un tant soit peu aux revendications démocratiques, économiques et sociales du peuple marocain. Dans la conjoncture actuelle, ce n’est pas une preuve de force, mais bien une preuve d’échec. Dans les rues, les manifestants annoncent « ceci n’est qu’un début, nous ne lâcherons pas ! ».

11/07/2011

Lucile Daumas

Attac Maroc
http://fr.lakome.com/opinion/62-chroniques-dopinion/556-la-reforme-constitutionnelle-au-maroc-au-dela-des-985-de-oui-un-echec-pour-la-monarchie.html