Par Khouya Mhamed,AMMN PAS-DE-CALAIS
Par Khouya Mhamed,AMMN PAS-DE-CALAIS

Abdellah Samate, une figure illustre du combat des mineurs marocains en France
Écrit par La rédaction, 11/11/2012
Ancien mineur de fond et fervent militant dans le
combat des anciens mineurs marocains du Nord-Pas-de-Calais, Abdellah
Samate a reçu en 2009, et avec
mérite, la médaille française de la légion d’honneur. En tant que
Président de l’Association des Mineurs Marocains du Nord-Pas-de Calais
(AMMN), il continue à lutter sur différents fronts en faveur des
centaines de marocains qui ont été engagés dans les houillères de
France, victimes d’exploitation et de méconnaissance. Retour sur une
époque riche en émotions que Mr Abdellah Samat a vécu corps et âme.
Tout a commencé au début des années soixante. La France avait un
besoin urgent de mineurs de fond après le départ des polonais et le
désintérêt des ouvriers français pour ce genre de travail semé de
dangers. Un certain Félix M est entré en ligne auprès des autorités
françaises et prétendait connaitre des gens, en l’occurrence les hommes
du sud-est du Maroc, qui répondent parfaitement aux critères exigés par
la France : patience, persévérance, soumission et illettrisme
particulièrement en langue française. Il a ainsi été chargé alors par
les autorités en question pour recruter ces personnes dans des
conditions pour le moins inhumaines avant de les envoyer dans les
houillères du Nord-Pas-de Calais.
Une brèche pour sortir de la misère
Cette précarité sociale et cette défaillance juridique nous ont menés
à sortir de notre docilité. Nous avons alors commencé à contacter les
syndicats pour défendre nos droits. Un contrat de 18 mois a été mis en
place. Ce contrat traduit encore une fois la mauvaise intention des
responsables français à notre égard. Ils savaient bien que les mineurs
marocains étaient fortement attachés à leurs familles et à leur pays.
Chose qu’ils avaient bien exploitée. Un faux avantage dit visite de
famille pour 3 mois a été intégré dans ce fameux contrat afin de
persuader les mineurs de le signer. Environ 95% d’entre nous avaient
signé ce contrat, moi j’ai refusé de le faire. C’était un stratagème de
leur part pour se débarrasser sans difficulté des personnes inaptes
notamment les malades de silicoses, les blessés, ceux qui souffrent de
surdité et les membres qui font partie des syndicats. Dans ce cadre, de
nombreux mineurs ont été licenciés.
Au début des années quatre vingt six, le drame du retour en masse des
mineurs et leurs familles au Maroc a commencé. Nombreux sont ceux qui
ont été obligés de rentrer au bled, surtout les mineurs issus de Ouarzazate.
C’était une sorte d’expulsion sous menace qui a englouti les mineurs
dans une situation plus précaire qu’avant : privés de la sécurité
sociale, la scolarité de leurs enfants fut interrompue, de maigres
pensions, des malades qui ne sont plus pris en charge ... En 1987 nous
avons reçu des lettres de menace pour rentrer au Maroc parce que les
mines allaient être définitivement fermées. L’option de la lutte était
inévitable. Alors nous avons créé le collectif des mineurs marocains au
sein de Confédération Générale du Travail (CGT). Nous avons bloqué les
mines pendant deux mois pour obliger les responsables à passer aux
négociations. Parallèlement à notre combat en France, nous avons également
créé un comité composé de neuf personnes chargé de se concerter avec
les instances marocaines en l’occurrence le parlement et le
gouvernement. Mais les résultats étaient décevants. Dans ce climat de
tension, nous avons occupé le siège de la direction des mines. Le
directeur et deux ingénieurs ont été bloqués dans leurs bureaux toute la
journée. Enfin les responsables français avaient accepté de négocier.
Notre interlocuteur était le directeur général Mr Verlaine. Un accord a
été signé. Il intégrait alors nos principales revendications : droit à
la reconversion, retraite anticipée, retraite normale, congé
charbonnier, droit à la création d’entreprise, droit de retour au Maroc
...
Or dans la réalité, les entreprises refusaient d’embaucher des
mineurs illettrés et épuisés par les maladies spécifiques aux mines. De
nombreux mineurs souffrent aujourd’hui en France. Leurs homologues
rentrés au Maroc ne sont pas mieux lotis. Dernièrement, le Maroc et la
France ont signé un accord relatif au dossier des anciens mineurs
marocains du Nord-Pas-de Calais. Mais il n’est pas encore mis en œuvre.
Nous méritons une reconnaissance de la part des responsables marocains
La Maroc doit d’abord procéder à un recensement des mineurs marocains
du Nord de France : leur nombre, leurs origines, leur état de santé,
leur situation socioéconomique et familiale, la scolarité de leurs
enfants ... Il est du devoir des responsables marocains de se pencher
sérieusement sur ce dossier. Il faut être reconnaissant à ces
ressortissants qui ont sacrifié leur vie pour leur pays auquel ils ont
rapporté des devises. Il faut donc rendre droit et hommage à ces gens
avant qu’il ne soit tard. Nous méritons une reconnaissance de la part
des responsables marocains en récompense à notre dévouement voir notre
attachement à notre pays.
Finalement j’appelle les anciens mineurs marocains du Nord- Pas-de
Calais à se regrouper dans un cadre associatif ou syndical pour
continuer à mieux défendre leurs droits légitimes.
Dans le cadre de
l’organisation de la caravane des mineurs marocains Nord-Pas-de-Calais,
je tiens à remercier le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger
(CCME), le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH), la Province
et le conseil municipal de Ouarzazate pour leur coopération.
- Sur almaouja.com : Ricardo Montserrat, un artiste engagé aux côtés des mineurs marocains
- Sur almaouja.com : mémoires d'un mineur marocain dans les houillères du Nord Pas de Calais
- Sur almaouja.com : Une femme qui milite pour le droit et la dignité des anciens mineurs marocains Nord-Pas-de Calais
- Sur almaouja.com : la caravane des mineurs marocains du Nord-Pas-de-Calais
- Présentation officielle de la caravane
- Programme de la caravane
- Dans la presse : article de l'Observateur
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