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dimanche 24 janvier 2016

3 Experts américains: Le Maroc doit vraiment avoir peur pour son avenir

Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb

Larbi Amine -16/1/2016

New York : 3 experts et universitaires américains craignent pour le Maroc, un avenir peu rassurant, où le terrorisme pourrait fragiliser et insécuriser le royaume.


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En effet, 3 experts universitaires américains, spécialisés dans les questions de terrorisme international, celui de daech spécialement, ont averti que l’avenir du Maroc paraît incertain, au vu de facteurs fragilisant, endogènes et exogènes.
Interrogés par le journal en ligne économique américain, International Business Times, Max Abrahms, expert en terrorisme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et professeur adjoint de sciences politiques à l'Université Northeastern à Boston, Haim Malka, directeur adjoint au ‘Center for Strategic and International Studies’ à Washington et Ann Wainscott, professeur adjoint de sciences politiques à l'Université de St. Louis dans le Missouri, ils se sont accordés à dire qu’en dépit de sa réputation de royaume solide, stable et efficace dans sa lutte contre le terrorisme, le Maroc court à moyen terme, un grave danger et que daech Libye, le ciblerait spécialement pour sa position géographique hautement stratégique.

Les trois experts ont souligné que le Maroc porte en lui, des facteurs de vulnérabilité, qui pourraient, si non résolus définitivement, causer sa perte. Il s’agit de sa pauvreté économique, qui le fragilise socialement et rend sa population, spécialement les jeunes soufrant à large éventail de chômage, extrêmement sensibles aux discours radicalisant et prédisposés à aller rejoindre daech.

Les trois experts américains ont averti que les signes avant-coureurs d’un tel avenir inquiétant du royaume commencent à apparaitre. Selon eux, les inégalités sociales, l’extrême pauvreté d’une frange importante de la population, l’analphabétisme sont entre autres facteurs, les raisons qui font que 1500 marocains ont rejoint daech en Syrie et en Irak et 300 marocains l’ont rejoint en Libye et chaque semaine les polices du royaume annoncent des opérations de démantèlement de cellules terroristes.

Max Abrahms de l'Université Northeastern à Boston a dit :
"Le Maroc est très bien placé pour daech. Et puis il y a beaucoup de conditions qui y favorisent la croissance des problèmes de terrorisme."
Pour sa part, Haim Malka du ‘Center for Strategic and International Studies’ à Washington, a  estimé que :
‘‘Le Maroc est confronté aux mêmes défis et aux mêmes menaces des idéologies radicales découlant des conditions socio-économique difficiles, les mêmes que dans nombreux autres pays de la région.. Ce qui est différent au royaume est qu'il dispose d'un pouvoir exécutif fort, à savoir le roi, qui contrôle avec main de fer, les forces de sécurité’’
Haim Malka a ajouté :
‘‘Néanmoins, le noyau djihadiste en Libye, qui attire les Marocains, les Tunisiens et les autres, est un défi majeur, qui sera de plus en plus difficile pour le Maroc de s’en prémunir’’.
En fin, Ann Wainscott de l'Université de St. Louis dans le Missouri a assuré quant à elle que le Maroc est acculé à jongler sur une ligne fine:
‘‘le Maroc veut démontrer sa capacité à appréhender des suspects terroristes, sans faire fuir les touristes potentiels, qui peuvent interpréter le nombre grandissant des arrestations,  comme indiquant une présence plus large des djihadistes’’.

Les trois experts ont conclu que combinés, des facteurs comme l’instabilité grandissante en Libye, le chômage des jeunes marocains et la politique hyper-sécuritaire qui risque de glisser vers l’arbitraire et l’injustice et qui produirait ainsi un effet inverse, sont des éléments de menaces qui pèseront de plus en plus lourd, sur l’avenir du royaume si rien de stratégique n’est entrepris pour solutionner ces problèmes.

dimanche 25 octobre 2015

Zakaria Boualem, le nucléaire, la boxe et Maroc Moderne

Zakaria Boualem, le nucléaire, la boxe et Maroc Moderne

Telquel, 24 10/2015
👤 Par Réda Allali

 Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif.

Signe particulier :
Marocain à tendance paranoïaque
Que la paix soit sur vous, chers amis. Zakaria Boualem est heureux de vous présenter son petit tour d’horizon de l’actualité hebdomadaire, assaisonné de son inévitable mauvaise foi. Mais avant, il souhaite effectuer une petite mise au point. Il lui arrive régulièrement d’être interpellé sur ses chroniques. On lui reproche de ne proposer aucune solution, de se contenter de décrire nos errements avec une insistance qui tend vers l’acharnement, de se délecter de ricanements à faible valeur ajoutée, une attitude qui fait rarement progresser le débat.

Voici sa réponse: tout ceci est parfaitement exact. Il n’a aucune solution à proposer. Il serait inquiétant que, du haut de sa posture d’informaticien bancaire sous-informé, il soit en mesure d’avoir des idées que nos responsables n’ont pas eues. Et il ajoute que s’il s’amuse de la description de notre situation, c’est une sorte de protection contre le délire dans lequel il est plongé. C’est une thérapie, un truc qui lui a permis d’éviter les affres de l’immigration, et merci. Maintenant, les amis, comme promis, voici le petit tour d’horizon de la semaine.

Armageddon. C’est avec une terrible angoisse que Zakaria Boualem a appris que le Maroc se lançait dans le nucléaire. C’est une perspective abominable. Il se demande au nom de quelle logique ces installations seraient gérées avec un autre état d’esprit que celui qu’on peut constater dans nos glorieux services publics. Il n’ose même pas imaginer la gestion d’une catastrophe, nous qui avons déjà beaucoup de mal avec la pluie. Il ne lui reste plus qu’à supplier: Allah irham likoum l’walidine, oubliez cette ambition, c’est une folie!

Germinal. Nos juges sont en colère. Ils menacent même de faire un sit-in de protestation, c’est dire l’ampleur de leur confusion. En cause, une nouvelle loi cadre qui « menace l’indépendance de la justice ». Zakaria Boualem est touché, ému par leur souci de préserver cette indépendance, et se félicite au passage de découvrir qu’elle existe. C’est bien.

Coco. Notre héros voudrait présenter ses excuses au Maroc Moderne. Trop souvent, il a grogné sur les infrastructures dont il (ne) disposait (pas). Le bougre est un enfant gâté, un néo-bobo qui a oublié ses racines. Il est tombé sur les statistiques du monde rural. Ils sont 63% à ne pas disposer d’eau potable, 80% à ne pas disposer de salle de « bain ou de douche moderne », et 7% à vivre sans toilettes. Ajoutez-y un taux d’analphabétisme qu’on a honte d’écrire en public, et vous vous demanderez, sans doute comme notre héros, quelle est l’étrange logique qui aboutit à l’acquisition d’un TGV. Cette réflexion peut sembler démagogique, superficielle, mais je vous assure qu’elle est sincère, et que c’est tout ce dont notre héros est capable aujourd’hui.

Les chemins de la gloire. A la relecture de cette liste anxiogène, il apparaît nettement un manque de bonnes nouvelles sur cette page. Grand seigneur, Zakaria Boualem vous en offre deux d’un coup.
Tout d’abord, l’exploit de notre boxeur Mohamed Rabii, champion du monde à Doha, et la victoire du Maroc au championnat international du cheval barbe. Si la portée du premier titre n’a pas échappé à notre héros, qui a même écrasé quelques larmes durant la remise des médailles, il a dû se renseigner un peu pour mesurer l’exploit de notre cheval barbe. I
Il a donc appris via Wikipédia qu’il s’agissait d’un cheval « carré », « rustique », avec un profil « subconvexe » et « pouvant manquer d’élégance ». Il a aussi appris dans la foulée que ce championnat ne concernait que quatre pays. Bon, on prend ce qu’on trouve, les amis.
Suite la semaine prochaine, nous sommes glorieux, et merci.

mardi 8 septembre 2015

MAROC: Environ 10 millions de citoyens souffrent encore de l’analphabétisme

Article19.ma

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Au Maroc, environ 10 millions de personnes souffrent encore de l’analphabétisme en 2015. Un fléau qui requiert l’intensification des efforts de tous pour en venir à bout, a indiqué, lundi, l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme (ANLCA).
« Ce chiffre alarmant nécessite non seulement l’intensification des efforts et l’accélération des rythmes, mais il est nécessaire que le souci de l’alphabétisation devienne concrètement l’affaire de tous, afin que le Maroc puisse réaliser l’objectif d’éradiquer l’analphabétisme à l’horizon de 2024, tel qu’il est fixé par la décennie 2014-2024 désignée comme la décennie arabe de d’alphabétisation », précise l’ANLCA dans un communiqué à l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation (8 septembre), célébrée au Maroc sous le signe « l’alphabétisation pour tous, l’alphabétisation affaire de tous ».
Le Maroc a certes reçu la mention honorable du prix Confucius d’alphabétisation par l’Unesco, en 2012, pour ses réalisations en matière de lutte contre l’analphabétisme, et que beaucoup d’efforts ont été déployés et se déploient dans ce domaine, « mais nous ne devons pas perdre de vue que 10 millions de Marocains et de Marocaines souffrent encore de ce fléau ».
Citant des données du Haut commissariat au Plan, notamment l’enquête nationale, menée en 2012, conclut que le taux d’analphabétisme parmi la population âgée de 10 ans et plus s’élève à 28%, alors que 38% de la population âgée de 15 ans et plus ont des compétences alphabétiques insuffisantes.
L’ANLCA invite tous les acteurs nationaux et internationaux à se mobiliser et à converger leurs efforts « pour un nouvel élan vers un Maroc lettré », à travers la démultiplication et l’optimisation des ressources humaines et financières, la synergie et la persévérance des efforts et l’implication et l’engagement de tous.
Article19.ma

dimanche 21 juillet 2013

Le SOS de Malala à l'ONU, la jeune fille la plus courageuse du monde


Elle a lancé vendredi un appel à l’éducation et à la tolérance

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le 15/7/2013 
 
 
 La jeune Pakistanaise Malala Yousufzai à l’ONU vendredi dernier.
| © D. R.
La jeune Pakistanaise Malala Yousufzai à l’ONU vendredi dernier.
 

Malala a été atteinte d’une balle à la tête lors d’une attaque des talibans contre l’autocar scolaire qui la transportait, le 9 octobre 2012, dans la vallée de Swat.

La jeune Pakistanaise Malala Yousufzai a lancé, vendredi à l’ONU, un vibrant appel à l’éducation pour tous et à la tolérance, affirmant qu’elle ne se laisserait pas intimider par les talibans qui ont cherché à l’assassiner. Les talibans «pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence, mais ils ont échoué», a déclaré d’une voix ferme l’adolescente rescapée, il y a près d’un an, d’un attentat.
«Et du silence sont sorties des milliers de voix.» «Aujourd’hui n’est pas le jour de Malala, c’est le jour de toutes les femmes, de tous les garçons et de toutes les filles qui ont élevé la voix pour défendre leurs droits», a affirmé la frêle jeune fille qui fêtait vendredi son 16e anniversaire.
Il s’agissait du premier discours en public de Malala depuis qu’elle est sortie de l’hôpital de Birmingham (centre de l’Angleterre) en février. Malala a été atteinte d’une balle à la tête lors d’une attaque des talibans contre l’autocar scolaire qui la transportait, le 9 octobre 2012, dans la vallée de Swat.
Les talibans voulaient la punir de son engagement en faveur du droit des jeunes filles à aller à l’école. Devenue une icône de la résistance aux talibans, l’adolescente est en lice, cette année, pour le prix Nobel de la paix.
Malala a remis à l’ONU une pétition diffusée par internet et signée, selon Gordon Brown, par 4 millions de personnes. Elle demande aux 193 pays membres de «s’engager à financer écoles, enseignants et livres» et à mettre fin à l’exploitation des enfants «afin de tenir, d’ici à 2015, la promesse d’envoyer chaque garçon et chaque fille à l’école».
«Les talibans voulaient nous réduire au silence»
Lors de son intervention répercutée par des télévisions du monde entier, Malala Yousufzai a affirmé «ne pas même détester le taliban» qui lui a tiré dessus et a prôné des idéaux de compassion et de non-violence, se réclamant de l’héritage de Gandhi, Nelson Mandela ou encore Martin Luther King. «Je ne suis pas ici pour parler de revanche personnelle contre les talibans (...), je suis ici pour défendre le droit à l’éducation pour tous les enfants (…). Les extrémistes font un mauvais usage de l’islam (…) pour leur gain personnel» alors que «c’est une religion de paix et de fraternité», a-t-elle affirmé. Dans la foulée, elle a appelé «les dirigeants mondiaux à changer de stratégie politique pour promouvoir la paix et la prospérité» et a invité «nos sœurs de par le monde à être courageuses et à trouver en elles-mêmes la force de réaliser tout leur potentiel». «Menons le combat contre l’analphabétisme, la pauvreté et le terrorisme. Nos livres et nos crayons sont nos meilleures armes», a-t-elle conclu.
«L’éducation est l’unique solution, l’éducation d’abord.» La tête couverte d’un châle rose – ayant appartenu, a-t-elle dit, à Benazir Bhutto – elle a été longuement applaudie par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, l’ancien Premier ministre britannique, Gordon Brown, envoyé spécial de l’ONU pour l’éducation, et plusieurs centaines de jeunes.L’ancien Premier ministre britannique l’a présentée comme «la jeune fille la plus courageuse du monde» et lui a souhaité «un joyeux anniversaire», tandis que Ban Ki-moon saluait «Malala, notre héroïne, notre championne» et la félicitait de son «message fort d’espoir et de dignité».
«Ce dont les terroristes ont le plus peur, c’est que les jeunes soient éduqués, que les filles soient éduquées», a-t-il expliqué. Il a rappelé que plus de 57 millions d’enfants n’avaient pas la chance d’aller à l’école primaire. «La plupart sont des filles et la moitié vivent dans des pays en conflit.» Rappelant les récentes attaques contre des établissements scolaires au Pakistan ou au Nigeria, il a affirmé que les écoles devaient être «des refuges pour tous les enfants, filles et garçons».
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Ban Ki-moon donne une leçon d'éducation à El Ouafa

Par Sophia Akhmisse (Twitter) 15/07/2013
A l'occasion de la "Journée Malala" pour l'éducation des jeunes filles, les Nations unies ont rendu hommage à une jeune marocaine "humiliée en classe", il y a quelques semaines, par le ministre de l'Education nationale.
"Ban Ki-moon rend hommage à la marocaine humiliée par El Ouafa", titre à sa Une Al Ittihad Al Ichtiraki daté de ce lundi 15 juillet. Rappelez-vous, il y a quelques semaines, "une étudiante marocaine, Raouia, a été humiliée par le ministre de l’Education nationale, Mohamed El Ouafa, devant ses camarades de classe à Marrakech". Le ministre aurait déclaré à la jeune fille : "Tout ce qu’il te faut, c’est un homme", rappelle le quotidien de l'USFP, parti de l'opposition. Cette offense n'est pas passée inaperçue. Vendredi dernier, le secrétaire général des Nations unies et l’envoyé spécial de l’ONU pour l’Education (Unesco) ont rendu hommage à la jeune Raouia pour sa témérité à poursuivre ses études malgré le choc psychologique qu’elle a subi.
 

Un acte lourd de conséquences

L’hommage rendu à l’occasion de la "Journée Malala" a eu lieu au siège de l’Unesco lors d’une cérémonie organisée notamment en présence de l’ancien Premier ministre britannique, Gordon Brown, et de plus de 500 jeunes étudiants représentant plusieurs pays. La "Journée Malala" coïncide avec l’anniversaire de cette jeune adolescente pakistanaise qui a survécu à un attentat perpétré par les talibans. La "Journée Malala" a été l’occasion pour l’organisation onusienne de mettre en avant les efforts de jeunes filles à travers le monde qui poursuivent leurs études malgré les difficultés auxquelles elles sont confrontées.

Malheureusement, cette phrase lâchée par El Ouafa restera gravée dans les annales de l'ONU et de l'Unesco. Son acte ne donne pas une bonne image à la communauté internationale quant à l'engagement du Maroc à assurer à ses enfants toutes les conditions pour suivre leur scolarité. El Ouafa doit des excuses à la jeune Raouia.

mardi 29 novembre 2011

Tiddas, un petit village de l'Atlas, vote pour l'abstention

par Omar Brousky (A.F.P.)

"Moi je ne voterai pas. Les élections passées ne nous ont rien apporté", affirme Aziz, un commerçant à Tiddas. Comme nombre d'habitants de ce village berbère démuni du Moyen Atlas, il compte s'abstenir aux élections législatives marocaines de vendredi.

La plupart des habitants de ce village de montagne de 3.500 habitants (quelque 100 km à l'est de Rabat), interrogés par l'AFP, se disent indifférents et parlent d'abstention aux législatives qui ne changeront pas, pensent-ils, leur quotidien difficile.

Sous une pluie battante, le souk hebdomadaire du lundi, est un moment très convoité par les candidats qui viennent faire la chasse aux voix. Mais comme d'autres, Aziz se montre désabusé.
"Les élections de vendredi, c'est mon dernier souci, dit-il. Les élections précédentes ne nous ont rien apporté. Regardez autour de vous, on patauge dans la boue, il n'y a pas routes, pas d'infrastructures. Moi je ne voterai pas".

Quelques mois après une réforme constitutionnelle, les législatives vont permettre aux forces politiques de mesurer enfin réellement leur poids respectif mais, juge Omar, un marchand de quatre saisons, "il y a beaucoup de partis, on ne sait pas si on peut leur faire confiance" et certains sont inconnus.

Des petits groupes d'une dizaine de militants, se forment à l'entrée du marché et passent d'une tente à l'autre pour distribuer des tracts appelant à voter pour leurs candidats.
"Notre candidat est quelqu'un de sérieux. Il est d'ici, de notre tribu. Il est des nôtres. S'il vous plait, votez pour lui", lancent des militants en sillonnant les allées du souk. Mais les marchands et clients de Tiddas semblent méfiants. "Tout ça ce sont des mensonges. Tout ce qui est écrit ici, sur ces papiers, ils ne vont jamais l’appliquer", affirme Nezha, une femme d'une trentaine d'années. "Ils mangent l'argent de l'Etat. Ils prennent l'argent et ensuite ils ne font rien".

D'autres habitants de ce village parlent d'abstention: "En fait, tu as peur d’aller voter et de te faire arnaquer. On s’est déjà fait arnaquer une fois, deux fois, alors pourquoi voter encore ?", s'emporte Mohammed, âgé d'une vingtaine d'années.
"Moi je ne vais pas aller voter, et je le dis la tête haute. Celui pour qui tu votes, il gagne, puis il s’en va et il t’oublie. Ici on n’a rien", s'indigne pour sa part Aïcha, une mère de famille. "Même les ampoules des lampadaires dans la rue ne marchent pas, et personne ne les réparent", poursuit-elle.

Assis en tailleur sous une tente au milieu du souk, un vieux commerçant reçoit les tracts sans y jeter un oeil, tout en servant les clients qui se pressent autour de lui.
"Je ne sais pas ce que je vais faire de tous ces papiers. Pour arriver au souk, les gens ont dû nager dans la boue. La route a été mal faite dès le début. Je ne fais plus confiance à ces candidats", dit Mohammed, la soixantaine.

Le taux d'analphabétisme au Maroc atteint 54% en milieu rural. Et selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur, au moins 200 candidats députés (sur près de 7000) ne savent ni lire ni écrire, et 862 d'entre eux ont le niveau du primaire. 


jeudi 3 novembre 2011

Développement humain : Pauvreté et analphabétisme paralysent le Maroc

Par Hanane Jazouani, yabiladi, 3/11/2011


Alors que le Maroc sort le grand jeu pour attirer plus d’investisseurs dans le pays et améliorer son climat d’affaire, (le Maroc a gagné 21 places dans le rapport Doing Business), il en fait, en revanche, beaucoup moins pour améliorer les conditions de vie de sa population, notamment en termes de distribution de revenu, santé et d’éducation. Le rapport du PNUD, publié hier, le place cette année à la 130ème place sur 184 pays alors qu’il était, l’année dernière, classé à la 114ème place sur 169 pays.

Contexte mondial

Avant de s’attarder plus longuement sur la situation du Maroc, attachons-nous tout d’abord aux tendances mondiales pour mieux comprendre le contexte dans lequel le Maroc évolue.

Le rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement souligne qu’au niveau mondial, la distribution des revenus s’est dégradée, que de graves inégalités persistent entre les hommes et les femmes et que la destruction de l’environnement s’intensifie, entraînant des sécheresses ou des pollutions des étendues d’eau. Par conséquent, les malnutritions se multiplient.

Par ailleurs, le rapport souligne qu’1,5 milliards de personnes aujourd’hui n’ont pas accès à l’électricité. Le PNUD encourage vivement les pays à utiliser de plus en plus les énergies renouvelables pour préserver l’environnement et ainsi améliorer les conditions de vie des populations.

Enfin, le rapport souligne avec enthousiasme l’augmentation des pays démocratiques dans le monde grâce au printemps arabe. Il rappelle que près de 100 millions de personnes ont été libérées des régimes autocratiques mis en place depuis des décennies. Cependant, le PNUD reste prudent et ne souhaite pas se prononcer à l’heure actuelle pour savoir si les révoltes arabes vont permettre, au final, d’améliorer les conditions de vie des populations.

Blocage

Comme l’année dernière, le Maroc reste bloqué dans la catégorie des pays au développement humain moyen. Il est largement devancé par la Jordanie (95ème rang), l’Algérie (96), l’Egypte (113), Palestine (114), la Syrie (119). Le Maroc se retrouve non loin de l’Iraq classé à la 132ème place.

Les autres pays musulmans qui offrent un développement humain élevé sont les Emirats Arabes-Unis (30), le Qatar (37), l’Arabie Saoudite (56), la Libye (64), l’Iran (88), la Turquie (92) et la Tunisie (94).

Les champions du monde n’ont pas bougé d’un pouce. Il s’agit de la Norvège (1), l’Australie (2), Pays Bas (3), Etats-Unis (4) et Nouvelle-Zélande (5). La France est classée à la 20ème position. Les trois derniers de la classe sont, le Burkina Faso, le Libéria et le Tchad.

Les Marocains vivent plus longtemps

Néanmoins, il faut souligner que l'Indice de Développement Humain (qui se fonde sur l'espérance de vie, le niveau d'éducation et le niveau de vie), a grappillé quelques petits points au Maroc par rapport à l’année dernière. Il atteint 0.582 cette année contre 0.567 l’année dernière. Dans d’autres pays, il atteint par exemple 0.698 pour l’Algérie et la Tunisie ou 0.760 pour la Libye.

Le rapport souligne que le Maroc fait parti des cinq pays arabes et des dix meilleures progressions générales à avoir amélioré son IDH depuis 1970.

Une augmentation due à l’espérance de vie qui s’allonge un peu plus chaque année. Un bon point pour le Maroc. A noter qu’au cours des 40 dernières années, l’espérance de vie au Maroc a augmenté de 20 ans. En 2011, l’espérance de vie est de 72.2 contre 71.8 années en 2010.

Dans la liste des bons points, le rapport souligne que le Maroc fait partie des 10 pays les plus performants qui ont permis à leur population la plus pauvre d’avoir accès à l’eau et à l’assainissement.

Les Zimbabwéens dépassent les Marocains

Par contre, l’un des gros points faibles du Maroc reste encore et toujours l’éducation. Elle ne fait, hélas, toujours pas partie des priorités du gouvernement. C’est ce qui empêche le Maroc de faire mieux dans le classement. La durée moyenne de scolarisation n’a pas bougé d’un pouce depuis l’année dernière. Elle est toujours de 4.4 années. Le Maroc fait beaucoup moins que d’autres pays arabes.

Par exemple, en Tunisie et en Turquie, elle est de 6.6 années, en Jordanie de 8.6 années, en Algérie de 7 années.

Le comble est que certains pays classés dans la catégorie des pays à développement humain faible font même mieux que le Maroc en terme de scolarisation. Au Pakistan, la durée moyenne de scolarisation est de 4.9 années, au Cameroun et au Lesotho 5.9, en Zambie, elle est de 6.5 et au Zimbabwe de 7.2 années, alors que ce dernier est classé à la 173ème place du classement général.

Par ailleurs, les chiffres du rapport souligne également que le pouvoir d’achat des Marocains a baissé en un an. Le Revenu National par Habitant atteint cette année 4196 dollars PPA (Parité de Pouvoir d'Achat) contre 4628 dollars PPA en 2010, une baisse de 432 dollars PPA.

Inégalité entre genres

Autre faiblesse du royaume : sa forte inégalité entre les hommes et les femmes. Le rapport rappelle que 6.7% des sièges du Parlement sont occupés par des femmes. Pas de changement depuis l’année dernière. D’autres pays font beaucoup mieux que le royaume. Par exemple en Irak, 25.2% des sièges sont détenus par des femmes, 42.7% en Afrique du Sud, 9.1% en Turquie et au Congo, 12% en Jordanie ou encore 7% en Algérie.

D’autre part, le taux d’activité de la population active chez les Marocaines est de 26.2%, contre 60% chez les Brésiliennes, 31.9 chez les Iraniennes, 37.2 chez les Algériennes et 70% chez les Gabonaises.

Taux de mortalité maternelle élevée

Il ne faut pas oublier également que trop de femmes marocaines meurent encore aujourd’hui en donnant naissance à leur enfant. Les principales raisons à cela est le manque d’accès aux hôpitaux, aux soins mais aussi le manque de personnes qualifiées lors des accouchements, surtout dans les zones rurales.

Le rapport souligne que le taux de mortalité maternelle en 2008 pour le Maroc est de 110 pour 100 000 naissances. Un taux qui diminue doucement mais sûrement au Maroc grâce aux différentes politiques menées par le ministère de la santé depuis 2008. D’ailleurs, baisser le taux de mortalité maternelle est l’un des 15 Objectifs du Millénaire qui donne le plus de fil à retordre au Maroc. Le pays devra faire passer ce taux à 83 pour 100 000 naissance en 2015. A titre de comparaison, ce taux atteint 60 en Tunisie, 64 en Libye, 24 en Arabie Saoudite, 75 en Irak, 8 en France ou encore 3 en Irlande.

Trop d’analphabètes

Se développer passe également par encourager sa population à savoir lire et écrire. Hélas, le Maroc doit faire beaucoup de progrès dans ce domaine.

D’après le rapport, le taux d’alphabétisation des adultes atteint les 56.1% au Maroc. Bon nombre de pays arabes et africains dépassent largement les Marocains : la Jordanie (92.2%), l’Egypte (66%), l’Angola (70%), le Rwanda (70%), le Soudan (70.2%) et même le Libéria (59.1%), l’un des trois plus mauvais élèves du classement général.

samedi 19 juin 2010

Illettrisme, analphabétisme, exclusion… comment l’école fabrique les handicapés

Par Alain Bentolila,l'économiste, 18/6/2010
Les systèmes éducatifs marocains, algériens et subsahariens sont des machines à fabriquer de l’analphabétisme et de l’échec parce qu’ils n’ont jamais voulu (ou su) résoudre la question qui les détruit: celles des choix linguistiques.
Arriver à cinq ou six ans dans une école et y être accueilli dans une langue que sa mère ne lui a pas apprise, est pour un enfant une violence intolérable. Être confronté à des mots écrits qui ne correspondent à rien dans son intelligence est la promesse de ne jamais apprendre à lire.
Bien des réformes, des chartes, des plans se sont succédé; aucun n’a réussi à imposer la nécessité de construire un système éducatif au service d’un développement endogène. Seule une redéfinition de l’éducation sur la base de véritables choix linguistiques et économiques peut constituer un horizon d’espoir pour ces peuples. C’est aussi, à long terme, pour la France la seule réponse sérieuse à une immigration que la désespérance rendra de plus en plus incontrôlable.
Illettrés en deux langues
S’il est une promesse que l’école des pays faussement qualifiés de francophones doit tenir, c’est celle de distribuer de manière équitable les chances de participer utilement à la vie économique et sociale de sa communauté. Cela passe par la maîtrise de la langue maternelle et du français. Sans cela, elle laissera sur le bord du chemin une part de plus en plus importante de sa population et formera des candidats désespérés à l’immigration ou des proies faciles pour le premier prédicateur venu. En insécurité linguistique dans leurs langues maternelles comme en français, ils sont incapables de mettre en mots le monde, incapables de contribuer efficacement au développement de leur pays. Car il ne faut pas croire que, faute de savoir parler, lire et écrire le français, ils maîtriseront leurs langues nationales. Loin de là! Des enquêtes récentes menées au Maroc montrent que parmi 11.000 étudiants des universités de Casablanca, plus de 40% sont quasiment illettrés en français mais aussi en arabe. Incapables de prendre des notes, incapable de lire un article de quelques pages en quelque langue que ce soit.
On a ainsi laissé se creuser au sein même de ces écoles un fossé linguistique et culturel qui prive plus de la moitié des élèves de tout espoir de réussite scolaire et rend incertaine leur destinée sociale.
Plus de la moitié d’une classe d’âge quittent ainsi les cursus scolaires après moins de cinq ans d’une scolarité qui ne leur a pratiquement rien appris.
Ils seront livrés à un monde dangereux dans lequel ils ne sauront pas déjouer les propositions des passeurs cupides et des prédateurs d’âmes qui, les uns comme les autres, les conduiront à la désillusion, à la prison ou à la mort. Echec scolaire, échec professionnel, échec intellectuel, voilà où conduit l’incapacité de mettre en mots sa pensée. La défaite linguistique de l’école de ces pays amis manifeste le renoncement des responsables politiques à former intellectuellement les élèves. Elle dénonce aussi l’échec d’une coopération française inefficace, complaisante et cynique. On prive ainsi la jeunesse algérienne, marocaine, sénégalaise… de tout espoir d’agir utilement et pacifiquement sur son propre monde.
Contentons-nous, pour terminer, de citer le problème qui condamne toute réforme éducative à l’échec: c’est le niveau dramatiquement bas des maîtres…
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L’aide coupable
Si l’on veut donner une chance à ces élèves, il faut d’abord reconnaître leur droit d’être accueillis dans une école qui parle leur langue, celle que leurs mères leur ont apprise. Cette condition n’est pas négociable si l’on veut que ces enfants aient une chance d’apprendre leur métier d’élève. L’accueil en wolof ou en serer au Sénégal, en berbère ou en arabe dialectal au Maroc ou en Algérie, en créole en Haïti constitue un tremplin nécessaire à l’apprentissage des langues nationales et du français d’abord à l’oral puis dans leurs formes écrites. Dans une telle perspective, une urgence s’impose: le développement des écoles maternelles qui font cruellement défaut dans ces pays.
C’est pendant le temps préscolaire que l’école aura la possibilité de familiariser les élèves avec la langue dans laquelle on leur apprendra ensuite à lire et à écrire. Ainsi pendant un an au moins, le petit sénégalais vivra sa vie d’élève de maternelle en wolof ou serer, tout en apprenant à maîtriser le français oral. Ce n’est qu’ensuite qu’il pourra s’engager dans l’apprentissage de la lecture en français. Simple, n’est-ce pas? Oui, mais notre coopération préfère arroser (à tous les sens du terme) de tableaux blancs numériques les écoles africaines plutôt que d’apporter son aide à une éducation préscolaire qui profitera aux enfants et aussi aux mères.
Peu importe que ces technologies ne résistent que quelques mois aux conditions de leur utilisation. Peu importe que l’électricité fasse défaut dans la plupart des écoles rurales. On aura quelque chose à montrer aux media, on pourra toujours faire croire à des responsables complaisants que le numérique peut vaincre à lui tout seul l’analphabétisme.
Les maîtres sont quasiment illettrés? Aucun problème, le tableau numérique les remplacera. Les manuels sont désuets, voire inexistants? Qu’importe, Internet donnera accès à tout le savoir du monde. Incompétence et cynisme sont les deux mamelles de la politique française de coopération.
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Apprendre à lire, c’est quoi?
Un enfant ne peut apprendre à lire et à écrire dans une langue qu’il ne parle pas. Quelle que soit la méthode, quelle que soit la pédagogie, cet enfant a fort peu de chances de lire et d’écrire. Prenons le cas de la plupart des petits sénégalais. Ils arrivent à l’école en parlant wolof ou serer et pratiquement pas un mot de français. Cela signifie qu’ils n’ont aucun dictionnaire mental constitué au moment d’entrer dans l’apprentissage de la lecture. Leur maître d’école va, tant bien que mal, tenter de leur inculquer les mécanismes des relations qui relient les lettres aux sons des mots français. Ces élèves vont parvenir laborieusement à mémoriser ces correspondances et donc être capables de traduire en sons français ce qu’ils découvrent en lettres de notre alphabet. Mais à quoi rime cette nouvelle compétence si chèrement acquise si le bruit du mot ainsi fabriqué n’active rien dans le cerveau de l’enfant tout simplement parce qu’il ne possède pas le moindre vocabulaire français? A rien bien sûr! A rien! Ne l’oublions pas: apprendre à lire ce n’est pas apprendre une langue nouvelle, mais retrouver, sous une autre forme, une langue que l’on connaît déjà.
La tragédie du petit sénégalais est la même que celle du petit haïtien créolophone brutalisé par une école en français; elle est encore pire pour le petit marocain qui, s’il est berbérophone, doit franchir une triple barrière: arabe dialectal puis arabe classique puis français; et s’il est arabophone doit s’accommoder (mais comment le peut-il?) à l’arabe classique puis au français, condition de sa réussite sociale. Pour tous ces enfants, apprendre à lire est une mission impossible. Malgré tous leurs efforts, malgré toute leur volonté, la maîtrise de l’écrit reste inaccessible. L’école de ces pays préserve jalousement les privilèges linguistiques culturels et sociaux d’une élite, d’ailleurs de moins en moins francophone, pour le plus grand malheur de l’immense majorité de leurs populations.
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Comment l’Algérie tissa son malheur
sons maintenant faire l’analyse de l’arabisation de l’école en Algérie et ailleurs. Entreprise délicate, certes! Ouvrant aux pires malentendus; mais analyse nécessaire. N’en doutez point! Si j’avais été ministre de l’Education en Algérie, à l’aube de son indépendance, j’aurais sans la moindre hésitation décidé que l’arabe deviendrait la langue d’enseignement de l’école algérienne. Mais, j’aurais choisi l’arabe dialectal et surtout pas l’arabe classique! Panarabisme et affichage religieux furent les ressorts d’une décision qui signa la faillite de l’école algérienne.
Elle eut deux conséquences désastreuses : la première fut de précipiter des élèves ne parlant que le dialectal ou le berbère dans une école qui leur parlait dans un arabe qu’aucun d’eux ne comprenait. La deuxième conséquence est qu’on a choisi une conception de la lecture qui déniait au lecteur la compréhension et l’interprétation. Lire le Coran et le savoir par cœur sont intimement liées à la foi.
En imposant cette langue à l’école publique algérienne, on dissuada les élèves de se faire leur propre idée de n’importe quel texte n’ayant rien à voir avec le Sacré.
La lecture n’est plus un effort personnel, encore moins l’instrument d’une liberté de pensée, mais le fruit d’une révélation. Se mêlent alors verbe et incantation, lecture et récitation, foi et endoctrinement. Le caractère sacré de l’écrit gêne la compréhension car la quête du sens peut paraître profanatrice et impie.
Le respect dû au texte se change en servilité craintive, au point que la compréhension même devint offense. S’ouvrit le risque de ne donner à ce texte qu’une existence sonore, de se contenter de l’apprendre par cœur, en se gardant d’en découvrir et d’en créer le sens. En bref, le choix de l’arabe classique induisit pour le plus grand malheur de l’école une démarche d’apprentissage qui interdit la juste lecture, la juste écriture en arabe comme en français.
Ce ne fut donc pas le choix d’une langue nationale que l’on offrit au peuple algérien, c’est un nouveau joug qu’on lui imposa: le religieux remplaça le colonisateur avec la même conséquence désastreuse pour la formation intellectuelle du petit Algérien. Telle est le vrai visage de l’arabisation en arabe classique; elle a privé le peuple de sa chance d’apprendre à lire et à écrire dans la langue de sa patrie et elle l’a empêché d’apprendre la langue française. Au lendemain d’une révolution si chèrement payée, on a empêché le peuple algérien d’exprimer librement dans sa langue ce qu’il voulait pour les enfants de son pays. L’analphabétisme qui en résulta engendra une vulnérabilité intellectuelle aux thèses intégristes.
La France a aujourd’hui le devoir de contribuer au combat contre l’analphabétisme au Maroc, en Algérie, au Sénégal et dans toute la «francophonie du sud». C’est là un devoir historique car il nous faut refuser que la langue française, que nous avons jadis imposée dans ces pays, devienne aujourd’hui complice de l’inégalité sociale et de l’échec scolaire.
Nous devons coopérer à la refondation d’une école d’ouverture et de tolérance dans laquelle les élèves auront une chance réelle de parler juste, et de lire juste en français comme dans leurs langues maternelles.
Nous contribuerons ainsi à les inciter à préférer les arguments aux fusils, la rigueur à l’obscurantisme, la tolérance à l’intégrisme. La dérive meurtrière de l’Algérie qui a dévasté nos cœurs et défié nos intelligences doit nous mobiliser ; car c’est bien en détruisant l’école algérienne que l’on a livré ce pays aux massacres gratuits et à la désespérance