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vendredi 21 octobre 2016

Quand l’occupant endosse l’habit de la victime


Le vote par l’Unesco de nouvelles décisions sur le patrimoine palestinien provoque les protestations outrées d’Israël qui se dit victime de négationnisme et annonce son retrait de cet organe de l’ONU.

La raison ? La première de ces décisions nierait tout lien entre Jérusalem Est et le judaïsme en utilisant exclusivement des « dénominations musulmanes ». Lecture spécieuse d’un texte qui a le défaut majeur de ne pas accepter les faits accomplis sur le terrain par Israël, puissance occupante, mais affirme d’emblée « l’importance de la Vieille Ville de Jérusalem et de ses remparts pour les trois religions monothéistes ». Quant aux « termes musulmans », ce sont les termes arabes utilisés par les Jérusalémites, qu’ils soient musulmans ou chrétiens pour désigner les « lieux saints », même si dans leur volonté de rectification du vocabulaire, les Israéliens se refusent à les utiliser en arabe.

Ce texte a surtout l’immense défaut de recenser la liste des faits accomplis par l’administration israélienne pour mettre en cause le statu quo sur l’esplanade des mosquées et le caractère palestinien de Jérusalem Est. L’autre texte plus global, pointe précisément les conséquences de l’occupation sur les terres arabes occupées de Palestine et du Golan du point de vue éducatif et culturel.

La « colère » des dirigeants israéliens traduit donc simplement le fait qu’il leur faut absolument masquer la politique de colonisation et de nettoyage ethnique en cours à Jérusalem. Ils ne supportent pas de se voir rappeler le droit… et que l’annexion de Jérusalem-Est est nulle et non avenue selon les termes de la résolution 478 du Conseil de sécurité.

Il est par contre inquiétant de voir de grands pays européens s’opposer à ces décisions, et la France se réfugier dans l’abstention alors que certaines de ses entreprises sont directement impliquées dans des infrastructures de transport au service de la colonisation.

Cela a de quoi sérieusement interroger sur le contenu de ses prochaines initiatives diplomatiques.



mardi 3 mars 2015

l’UNESCO refuse de s’associer au Forum Crans Montana qui se tiendra à Dakhla, ville occupée par le Maroc


26 min ·
Après la réponse de l'Unesco au Comité suisse de soutien au peuple sahraoui et après sa réponse à la Plateforme de soutien au peuple du Sahara Occidental, voici la lettre de Madame Irina Bukova au Forum de Crans Montana : encore mieux !

TSA a obtenu une copie de la lettre datée du 19 février.
La raison invoquée par la directrice générale est que l’UNESCO « ne saurait s’associer à un Forum dont la prochaine édition se tiendra à Dakhla, territoire contesté aux fins du droit international et aux termes des Résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies, auxquelles [l’UNESCO] est tenue de s’aligner et de se conformer. »

·

mardi 30 septembre 2014

Le M’Goun rejoint le Réseau mondial des géoparcs

Aufait, 26/9/2014

Le M’Goun rejoint le Réseau mondial des géoparcs
Le site de M'Goun qui présente un patrimoine géologique, humain et culturel, vient de rejoindre le Réseau mondial des géoparcs. /DR
Le site de M’Goun, qui se situe dans la partie centrale du Haut Atlas dans la province de Ouarzazate, vient de rejoindre le Réseau mondial des géoparcs, apprend-on auprès de l’UNESCO.
Il fait partie des onze nouveaux sites qui ont rejoint le Réseau mondial des géoparcs, lors de la 6e Conférence internationale sur les géoparcs mondiaux, qui s’est tenue cette semaine au Canada, a indiqué l’organisation onusienne, précisant que ce Réseau comprend désormais 111 sites dans 32 pays.
Le site de M’Goun présente un patrimoine géologique composé d’éléments minéralogiques et paléontologiques exceptionnels. Il se caractérise notamment par des traces de dinosaures –théropodes et sauropodes, des sites géomorphologiques comme le pont naturel d’Imin Ifri, en calcaire du Jurassique, des cascades ou d’impressionnantes falaises de conglomérat.                                                                                                          UNESCO.
Le site de M’Goun renferme aussi de nombreuses traces, comme des objets de pierre, de la présence d’êtres humains depuis la préhistoire, poursuit la même source. Et d’ajouter que « son riche patrimoine culturel » témoigne « brillamment » de la présence séculaire des populations amazighes marquée par « une architecture vernaculaire et des édifices remarquables comme les greniers fortifiés ou perchés ».
Les géoparcs mondiaux sont des sites rattachés à l’UNESCO qui, par le biais d’initiatives communautaires, mettent en valeur leur diversité géologique afin de promouvoir le développement durable régional. Ils sensibilisent aux risques géologiques et, dans de nombreux cas, aident les communautés locales à élaborer des stratégies d’atténuation des effets des catastrophes.

 http://www.aufait.ma/2014/09/26/mgoun-rejoint-reseau-mondial-geoparcs_630085

mercredi 5 février 2014

Rapport de l’Unesco: Plus de 50 % d'élèves marocains sont incapables de lire une seule phrase

Actualité


Par Amine Harmach , 30/1/2014

élèves marocains Rapport de l’Unesco

L’Unesco tire la sonnette d’alarme quant à la crise mondiale de l’apprentissage qui affectera des générations d’enfants si rien n’est fait pour améliorer l’enseignement.

L’Unesco tire la sonnette d’alarme quant à la crise mondiale de l’apprentissage qui affectera des générations d’enfants si rien n’est fait pour améliorer l’enseignement.

Et le Maroc est fortement concerné par cette crise qui est de grande ampleur, puisqu’elle coûte 129 milliards de dollars par an de par le monde.

Ainsi 10% des dépenses mondiales consacrées à l’enseignement primaire se perdent dans une éducation de mauvaise qualité qui ne permet pas aux enfants d’apprendre. C’est ce que révèle le 11ème rapport de l’Unesco dévoilé ce mercredi 29 janvier et  intitulé « Enseigner  et Apprendre : Atteindre la qualité pour tous ».

Selon ce rapport , le Maroc figure avec la Mauritanie, l’Inde , le Pakistan et dix-sept autres pays situés en Afrique subsaharienne parmi les pays ( 21 des 85 pays pour lesquels toutes les données sont disponibles) dont moins de la moitié des enfants apprennent les bases. Plus précisément,  au Maroc, seuls quelques  35% d’élèves qui ont atteint la 4ème  année ont acquis la norme minimale d’apprentissage en lecture, le reste n’ont pas acquis les éléments fondamentaux.
C’est à dire que plus de 50% des élèves (  voir graphique ci-dessous ) sont  incapables de lire une seule phrase, souligne cette étude qui utilise les données sur l’entrée à l’école, la progression et qui classe les pays selon une échelle commune des acquis de l’apprentissage.


Le rapport arrive à la conclusion que les enseignants compétents sont la clé de l’amélioration et appelle les gouvernements à mettre les meilleurs d’entre eux à disposition de ceux qui en ont le plus besoin.

Dans ce sens, le Rapport prévient qu'un nombre suffisant d’enseignants formés et compétents, la crise de l’apprentissage durera plusieurs générations et touchera le plus durement les personnes défavorisées.


Pourcentage des enfants en âge de fréquenter l’école primaire ayant atteint la 4e année et acquis la norme minimale d’apprentissage en lecture


Amine Harmach Le : 2014-01-30 N° : 3097

dimanche 21 juillet 2013

Le SOS de Malala à l'ONU, la jeune fille la plus courageuse du monde


Elle a lancé vendredi un appel à l’éducation et à la tolérance

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le 15/7/2013 
 
 
 La jeune Pakistanaise Malala Yousufzai à l’ONU vendredi dernier.
| © D. R.
La jeune Pakistanaise Malala Yousufzai à l’ONU vendredi dernier.
 

Malala a été atteinte d’une balle à la tête lors d’une attaque des talibans contre l’autocar scolaire qui la transportait, le 9 octobre 2012, dans la vallée de Swat.

La jeune Pakistanaise Malala Yousufzai a lancé, vendredi à l’ONU, un vibrant appel à l’éducation pour tous et à la tolérance, affirmant qu’elle ne se laisserait pas intimider par les talibans qui ont cherché à l’assassiner. Les talibans «pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence, mais ils ont échoué», a déclaré d’une voix ferme l’adolescente rescapée, il y a près d’un an, d’un attentat.
«Et du silence sont sorties des milliers de voix.» «Aujourd’hui n’est pas le jour de Malala, c’est le jour de toutes les femmes, de tous les garçons et de toutes les filles qui ont élevé la voix pour défendre leurs droits», a affirmé la frêle jeune fille qui fêtait vendredi son 16e anniversaire.
Il s’agissait du premier discours en public de Malala depuis qu’elle est sortie de l’hôpital de Birmingham (centre de l’Angleterre) en février. Malala a été atteinte d’une balle à la tête lors d’une attaque des talibans contre l’autocar scolaire qui la transportait, le 9 octobre 2012, dans la vallée de Swat.
Les talibans voulaient la punir de son engagement en faveur du droit des jeunes filles à aller à l’école. Devenue une icône de la résistance aux talibans, l’adolescente est en lice, cette année, pour le prix Nobel de la paix.
Malala a remis à l’ONU une pétition diffusée par internet et signée, selon Gordon Brown, par 4 millions de personnes. Elle demande aux 193 pays membres de «s’engager à financer écoles, enseignants et livres» et à mettre fin à l’exploitation des enfants «afin de tenir, d’ici à 2015, la promesse d’envoyer chaque garçon et chaque fille à l’école».
«Les talibans voulaient nous réduire au silence»
Lors de son intervention répercutée par des télévisions du monde entier, Malala Yousufzai a affirmé «ne pas même détester le taliban» qui lui a tiré dessus et a prôné des idéaux de compassion et de non-violence, se réclamant de l’héritage de Gandhi, Nelson Mandela ou encore Martin Luther King. «Je ne suis pas ici pour parler de revanche personnelle contre les talibans (...), je suis ici pour défendre le droit à l’éducation pour tous les enfants (…). Les extrémistes font un mauvais usage de l’islam (…) pour leur gain personnel» alors que «c’est une religion de paix et de fraternité», a-t-elle affirmé. Dans la foulée, elle a appelé «les dirigeants mondiaux à changer de stratégie politique pour promouvoir la paix et la prospérité» et a invité «nos sœurs de par le monde à être courageuses et à trouver en elles-mêmes la force de réaliser tout leur potentiel». «Menons le combat contre l’analphabétisme, la pauvreté et le terrorisme. Nos livres et nos crayons sont nos meilleures armes», a-t-elle conclu.
«L’éducation est l’unique solution, l’éducation d’abord.» La tête couverte d’un châle rose – ayant appartenu, a-t-elle dit, à Benazir Bhutto – elle a été longuement applaudie par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, l’ancien Premier ministre britannique, Gordon Brown, envoyé spécial de l’ONU pour l’éducation, et plusieurs centaines de jeunes.L’ancien Premier ministre britannique l’a présentée comme «la jeune fille la plus courageuse du monde» et lui a souhaité «un joyeux anniversaire», tandis que Ban Ki-moon saluait «Malala, notre héroïne, notre championne» et la félicitait de son «message fort d’espoir et de dignité».
«Ce dont les terroristes ont le plus peur, c’est que les jeunes soient éduqués, que les filles soient éduquées», a-t-il expliqué. Il a rappelé que plus de 57 millions d’enfants n’avaient pas la chance d’aller à l’école primaire. «La plupart sont des filles et la moitié vivent dans des pays en conflit.» Rappelant les récentes attaques contre des établissements scolaires au Pakistan ou au Nigeria, il a affirmé que les écoles devaient être «des refuges pour tous les enfants, filles et garçons».
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Ban Ki-moon donne une leçon d'éducation à El Ouafa

Par Sophia Akhmisse (Twitter) 15/07/2013
A l'occasion de la "Journée Malala" pour l'éducation des jeunes filles, les Nations unies ont rendu hommage à une jeune marocaine "humiliée en classe", il y a quelques semaines, par le ministre de l'Education nationale.
"Ban Ki-moon rend hommage à la marocaine humiliée par El Ouafa", titre à sa Une Al Ittihad Al Ichtiraki daté de ce lundi 15 juillet. Rappelez-vous, il y a quelques semaines, "une étudiante marocaine, Raouia, a été humiliée par le ministre de l’Education nationale, Mohamed El Ouafa, devant ses camarades de classe à Marrakech". Le ministre aurait déclaré à la jeune fille : "Tout ce qu’il te faut, c’est un homme", rappelle le quotidien de l'USFP, parti de l'opposition. Cette offense n'est pas passée inaperçue. Vendredi dernier, le secrétaire général des Nations unies et l’envoyé spécial de l’ONU pour l’Education (Unesco) ont rendu hommage à la jeune Raouia pour sa témérité à poursuivre ses études malgré le choc psychologique qu’elle a subi.
 

Un acte lourd de conséquences

L’hommage rendu à l’occasion de la "Journée Malala" a eu lieu au siège de l’Unesco lors d’une cérémonie organisée notamment en présence de l’ancien Premier ministre britannique, Gordon Brown, et de plus de 500 jeunes étudiants représentant plusieurs pays. La "Journée Malala" coïncide avec l’anniversaire de cette jeune adolescente pakistanaise qui a survécu à un attentat perpétré par les talibans. La "Journée Malala" a été l’occasion pour l’organisation onusienne de mettre en avant les efforts de jeunes filles à travers le monde qui poursuivent leurs études malgré les difficultés auxquelles elles sont confrontées.

Malheureusement, cette phrase lâchée par El Ouafa restera gravée dans les annales de l'ONU et de l'Unesco. Son acte ne donne pas une bonne image à la communauté internationale quant à l'engagement du Maroc à assurer à ses enfants toutes les conditions pour suivre leur scolarité. El Ouafa doit des excuses à la jeune Raouia.

vendredi 17 mai 2013

Ahmed Assid : "Un débat intellectuel et pacifique sur les valeurs est fondamental"

Par Jaouad Mdidech. La Vie éco, 13/5/2013

Le système laïc est le seul système qui accepte et tolère la cohabitation de toutes les religions, où l’on n’a pas cette angoisse de perdre sa religion. C’est dans les pays à système laïc comme en Europe et aux Etats-Unis, où c’est la loi qui gouverne tout, que l’islam est en train de se propager le plus.
Ahmed Assid
Vous préparez un livre intitulé «Moderniser l’islam ou islamiser la modernité». Est-ce une réplique au livre d’Abdesslam Yassine, intitulé aussi «Islamiser la modernité» ?
Oui, si vous voulez. C’est un essai théorique et philosophique. Au fait, j’essaie d’expliquer que le grand dilemme des musulmans aujourd’hui, c’est qu’ils continuent d’interpréter les textes religieux, dont le Livre saint, le Coran, tels qu’ils ont apparu il y a plus de quatorze siècles. Que c’est l’ancien fiqh (jurisprudence) qui continue malheureusement de prédominer la pensée musulmane. Je ne parle pas de l’islam en tant que croyance, foi et pratiques religieuses, mais de l’Islam comme civilisation, culture et pensée. Cet Islam-là souffre d’un blocage, en ce sens que ceux qui monopolisent le discours religieux sont prisonniers de cet ancien fiqh, et donc ils sont incapables d’en produire un qui répondrait aux besoins d’une société moderne. De sorte qu’on a, d’un côté, une société qui connaît des mutations profondes, qui se modernise, de l’autre, une pensée religieuse figée, car elle est restée attachée à la jurisprudence ancienne.

Voulez-vous dire que c’est cette jurisprudence qui a été derrière cette fatwa du Conseil supérieur des oulémas (CSO) qui condamne à mort l’apostasie ?
Oui, le conseil est tombé dans ce piège : nos oulémas marocains ont fait le même raisonnement que l’ancien fiqh, alors que le XXe siècle a connu de nouvelles idées en matière d’interprétation religieuse qui ne raisonnent plus en termes de ridda (apostasie), qui refusent de sacrifier le texte (qui admet la liberté de conscience) au profit d’un seul «hadith» (parole du Prophète) mentionné dans un seul des six livres des hadiths. Malheureusement, cette fatwa a été comme un signal aux extrémistes religieux pour juger et terroriser les gens. En résumé, j’essaie dans ce livre d’expliquer comment renouveler la méthodologie de relecture des textes religieux selon les besoins de la société moderne, et comment les musulmans peuvent contribuer, en le faisant, à la dynamique actuelle du monde.

Vous venez de publier «Les valeurs au Maroc entre les droits de l’individu et les traditions du groupe»(*) . Est-ce un livre didactique ?
Oui, c’est un livre qui a un objectif pédagogique, celui d’expliquer à la jeune génération ce qu’est la liberté, l’égalité, la justice, et ce qu’est la place du religieux dans l’Etat et dans la société. Je dis que les Marocains peuvent coexister pacifiquement, que, sans renier leurs traditions porteuses de valeurs universelles, ils peuvent embrasser les valeurs de modernité et de démocratie. Or, on continue de former les jeunes avec des idées archaïques, si bien qu’ils n’arrivent pas à affronter la réalité actuelle qui évolue très rapidement, d’où des affrontements et des tiraillements. J’essaie, dans ce livre, de pousser à la réflexion pour que les jeunes comprennent le pourquoi de cette évolution que nous sommes en train de vivre, pour savoir eux-mêmes quelles valeurs sociétales sauvegarder et quelles sont celles qu’il leur faudra rejeter. J’explique en résumé ce qu’est la liberté, et ce que sont ses limites.

Et c’est quoi ces limites ?
La liberté des autres, et non pas la tradition du groupe. Les conservateurs essaient de montrer que la liberté est conditionnée par les traditions du groupe. Or, quand on applique cela à la lettre, il n’y aura plus de liberté, car la soumission aveugle au groupe tue en l’individu tout esprit créatif, tout courage et toute velléité de changement. La limite de la liberté de l’individu est le respect de la liberté des autres, c’est fondamental  pour acquérir une conscience citoyenne. Dans ce livre, je pose aussi la question de savoir pourquoi il y a une crise des valeurs au Maroc.

Pourquoi, à votre avis, il y a cette crise et comment elle se manifeste ?
Cette crise est due au fait que les gens n’arrivent pas à trancher. Il y a deux mondes, celui de la tradition pure et celui de la modernité. On dirait que ces deux mondes n’arrivent pas à coexister chez nous. Moi je propose des pistes pour détecter les valeurs humanistes de nos traditions, et les grandes valeurs universelles  de la modernité. Je considère que si les Marocains n’arrivent toujours pas à trancher, c’est qu’ils gardent ce va-et-vient entre les deux registres, d’où une schizophrénie quotidienne. Garder la tradition telle qu’elle est et s’ouvrir en même temps sur le monde est une équation impossible. Pour s’ouvrir sur le monde, il faut revoir un peu la tradition et essayer de l’adapter à la modernité. Or, ce travail n’a pas été suffisamment fait.

Si les Marocains ne sont pas arrivés à trancher, ne serait-ce pas parce que notre société reste foncièrement conservatrice ?
Non, je ne crois pas. Notre société n’est pas conservatrice mais elle a été retraditionnalisée par le système éducatif et par les médias, les deux canaux dominés par l’Etat. A mon humble avis, la société marocaine se dirigeait dans les années 60 et 70 vers une ouverture. On aurait pu faire évoluer cette nouvelle conscience de l’intérieur de l’école, or c’est tout le contraire qui s’est produit. Pour contrer l’opposition de gauche de l’époque, l’Etat a décidé d’instrumentaliser à fond la religion. Résultat : un retour de la tradition au détriment de l’ouverture. La société n’est pas conservatrice, mais on a voulu qu’elle le soit. Aujourd’hui, pour désamorcer ce blocage, on doit absolument prôner cette ouverture, à travers l’enseignement, les médias et l’ensemble des politiques publiques. Cette schizophrénie est vécue au quotidien. Je vous donne cet exemple réel : voilà un cadre d’un ministère que je connais, genre BCBG, qui a fait monter une vache dans l’ascenseur d’une résidence, il l’a gardée trois jours dans son balcon, avant de l’égorger. Et ce, avec tous les désagréments que cela a pu causer aux autres copropriétaires. Aux plaintes des voisins, il a rétorqué : «Je ne fais que pratiquer ma religion». On peut vivre notre religion et pratiquer nos traditions sans salir notre entourage, comme cela se passe dans d’autres pays.

Et l’école dans tout cela ?
L’école, la famille, les médias sont tous responsables. Leur devoir aujourd’hui est d’ouvrir un débat sur ces valeurs pour sortir de cette schizophrénie et produire une vision marocaine équilibrée qui résout les problèmes par le débat et l’esprit critique.

Vous abordez aussi les manuels scolaires, ils ont connu quand même une refonte depuis le 16 mai 2003…
Oui, on ne peut pas le nier, sauf que cette évolution reste limitée. Quelques contenus catastrophiques de ces manuels ont disparu, je vous l’accorde, mais on n’est pas encore arrivé à introduire un système éducatif cohérent. Et on ne peut pas revoir ces manuels dans le bon sens sans une relecture des textes religieux, pour avoir un système éducatif cohérent et ouvert, à la fois sur les valeurs humaines de la tradition marocaine, et sur les valeurs universelles de la modernité. Sans cette relecture audacieuse, impossible d’instaurer ce système.

C’est justement cette audace qui vous a valu les critiques les plus virulentes…
Justement, je n’ai fait dans cette conférence à laquelle vous faites allusion qu’expliquer que les manuels scolaires inculquent des valeurs contradictoires, et j’ai donné des exemples concernant la violence. J’ai dit que dans ces manuels, il y a l’idée que l’islam a été diffusé de manière pacifique sans guerre ni glaive, que l’islam est une religion tolérante. Très bien, rien à dire jusque-là, mais le problème se pose quand on introduit dans ces mêmes manuels des contenus aux antipodes de cette thèse, et c’est là que j’ai parlé de la lettre du Prophète (sans jamais parler de la personne du Prophète) en disant que si on prend cette lettre dans son contexte historique, elle ne pose aucun problème, mais si ce type de lettre est produit aujourd’hui par un chef d’Etat où l’on lit «ou vous adhérez à notre religion ou je vous déclare la guerre», elle va être considérée comme un acte terroriste. Là, les salafistes ont capté deux mots : «Lettre et terroriste», et ils ont fait leur interprétation. C’est un malheureux malentendu, et c’est sur la base de cette interprétation qu’ils ont lancé la campagne que l’on sait.

Des mots qui ont provoqué un malentendu qu’on aurait pu éviter. Le pays n’a pas besoin de cette polémique, il a d’autres chats à fouetter…
Le Maroc se serait passé certainement de cette polémique, mais non d’un débat. Un débat intellectuel, pacifique et profond sur les valeurs est fondamental. On ne peut avancer sans une vision claire sur notre actuel et notre avenir. L’économiste s’occupe de l’économie, l’homme politique de la politique et le philosophe de la question des valeurs et de la société. Personne n’a le droit de dire tel thème ou tel sujet n’est pas intéressant. On ne peut bâtir un Etat de droit sans expliquer ce qu’est un Etat de droit, la liberté…

Mais il y a maintenant des voix qui s’élèvent pour réclamer des excuses...!
On doit donner des excuses en cas de faute ou d’erreur, je n’en ai commis aucune. J’étais clair dans mon propos, je sais très bien ce que j’ai dit.

Tout ce tapage, alors que le mot “laïcité” n’a jamais autant été prononcé et réclamé que ces derniers temps. Bizarre, non ?
C’est le résultat historique d’un débat national. Si ce débat était confiné il y a trente ans dans les milieux intellectuels, il s’est imposé dans les années 1990, après les attentats du 16 Mai, et, surtout, après les révolutions arabes. Quand on parle de laïcité, on parle de toutes les valeurs d’égalité, de liberté, de justice, de citoyenneté... Ceux qui se revendiquent comme laïcs ne veulent pas dire qu’ils sont athées. Parmi les laïcs, la majorité sont des croyants, les laïcs athées sont une petite minorité. Et parmi les croyants qui vont à la mosquée pour prier le vendredi, on trouve beaucoup de personnes laïques. La laïcité, c’est instaurer une neutralité des institutions qui gouvernent à l’égard du religieux, et non pas instrumentaliser la religion dans le domaine politique. Aujourd’hui, le monde est un petit village où toute la population écoute et communique. On ne peut rester sclérosé sous prétexte qu’on a des valeurs incompatibles avec la modernité, ça ne se passe plus comme ça. Le combat de la laïcité est un combat de modernisation pour un Etat de droit, et non pas un combat contre la religion. Le système laïc est le seul système qui accepte et tolère la cohabitation de toutes les religions, où l’on n’a pas cette angoisse de perdre sa religion. Bien au contraire, c’est dans les pays à système laïc (Europe et Etats-Unis), où c’est la loi qui gouverne tout, que l’islam est en train de se propager le plus. Si ces pays n’étaient pas gouvernés par un système laïc, les musulmans qui y vivent seraient tout simplement chassés il y a belle lurette.

Vous dites qu’on assiste à une retraditionnalisation, or jamais le Maroc n’a connu des réformes aussi audacieuses vers la modernité que ces dix dernières années, depuis le code de la famille jusqu’à la Constitution de 2011...
C’est vrai tout ce que vous dites, mais quand on veut passer à la pratique on se heurte à un mur, à des lignes rouges. Le meilleur exemple est celui du nouveau code de la famille. On ne peut pas réussir des réformes sans des campagnes de sensibilisation pour faire connaître aux citoyens leurs droits et leurs obligations. Les femmes, dans les montagnes, et même dans les villes, ignorent tout de ce nouveau code de la famille. Même chose pour l’amazighité, moins de 14% des écoles enseignent la langue amazighe alors qu’elle est devenue une langue officielle.

Certains disent qu’apprendre la langue amazighe dans les écoles n’est pas finalement une bonne idée, nos enfants ont du mal à apprendre l’arabe, le français et l’anglais, et l’on ajoute encore une langue dont ils ne se serviraient pas…
Apprendre la langue amazighe est nécessaire car les enfants doivent comprendre que, comme l’arabe, c’est une langue identitaire. On ne peut rejeter une langue qui existe sur ce territoire depuis plus de 9 000 ans. Bien que, comme l’arabe, elle ne soit pas une langue de la science et de la technologie, elle est liée à ce qu’on est. Je vous rappelle que l’UNESCO aussi a tiré la sonnette d’alarme pour sauver de disparition cette langue. D’un autre côté, c’est une langue qui permet la connaissance du Maroc et de son histoire, 90% de la toponymie du Maroc est amazighe. Cela dit, cette langue a un grand rôle à jouer pour réussir notre transition vers la démocratie, ne serait-ce que parce qu’elle a véhiculé depuis l’aube des temps les valeurs de tolérance et de respect de l’autre.

De là à dire que les Arabes ont occupé le Maroc et colonisé les populations amazighes, il n’y a qu’un pas que…
N’exagérons rien, ceux qui disent cela ne connaissent pas l’Histoire du Maroc, les Arabes ne se sont jamais installés au Maroc par la force. Ce n’est qu’au cours de la dynastie des Almohades, rappelons-le, que les premières tribus arabes se sont installées au Maroc, aidées en cela par les Imazighens eux-mêmes ; une autre vague d’émigrés est venue d’Andalousie après la chute de Grenade en 1492, et c’était ces mêmes Imazighens qui les ont accueillis. Il n’y a pas d’Arabes colons, des propos racistes de ce genre n’existent pas dans le mouvement amazigh, s’il y a quelques voix qui le disent c’est parce qu’elles souffrent d’une discrimination et d’une carence de démocratie, rien d’autre. Et s’il y a une carence de démocratie, les Arabes n’en sont pas les seuls responsables.

«Les valeurs au Maroc entre les droits de l’individu et les traditions du groupe», Ed. Idguel, avril 2013
2013-05-13