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mardi 19 avril 2011

Compte rendu de la délégation Solidaires qui s'est rendue en Tunisie fin mars.

voilà le compte rendu de la délégation Solidaires qui s'est rendue en Tunisie fin mars.
 En rappel, la note réalisée en janvier 2011 pour appréhender la situation sociale et politique dans ce pays est disponible ici :
Par Christian Mahieux, 17/4/2011

Solidaires et internationalistes !
Délégation en Tunisie
Entre le 27 février et le 2 avril 2011, une délégation de l'Union syndicale Solidaires s'est rendue en Tunisie. Elle comprenait des camarades de SUD-PTT, de SUD-Education, de SUD-Rail et du Secrétariat national. Cette délégation s’inscrivait dans le cadre du réseau syndical euro-méditerranéen. Etaient donc également présent-e-s des représentant-e-s de la CGT d'Espagne, de CUB d’Italie, et du SNAPAP d’Algérie, ainsi qu’une des organisations européennes avec lesquelles nous travaillons, LAB du Pays basque. A la demande du Snapap, un responsable de l'association suisse Solifonds accompagnait la délégation.
Nous avons constaté un grand changement au niveau de la démocratie. La plupart des gens discutent maintenant ouvertement de leurs convictions politiques dans la rue. C'est la fin d'un régime dictatorial réprimant sévèrement les mobilisations, le syndicalisme authentique, les associations et organisations politiques s'opposant au pouvoir. Les manifestations sont autorisées, même si la répression policière peut être très violente, comme nous l'avons vu à la Casbah le 1er avril.
Néanmoins, le sentiment général, aussi bien des militant-e-s rencontré-e-s que de ce qu'on peut voir ou lire en tant que « visiteur », c'est qu'en dehors de cela, il n'y a pas grand chose de changé, notamment au niveau social et économique. C'est ce que nous ont dit sous des formes un peu différentes dans la véhémence mais identiques sur le fond, les syndicalistes de la gauche de l'UGTT (enseignement, PTT, cheminots, diverses structures interprofessionnelles), le secrétaire général adjoint de l'UGTT, le secrétaire général de la CGTT, les représentants de 10 des partis politiques constituant le Front du 14 janvier, et dans plusieurs régions les Comités locaux pour la sauvegarde de la révolution ainsi que les jeunes que nous avons rencontrés, notamment les chômeurs/ses diplômé-e-s, etc.
La jeunesse et la gauche syndicale ont joué un rôle fondamental dans le processus révolutionnaire. Chacun de ces deux groupes estimant en général que son propre apport a été le plus important.
Il y a un certain unanimisme dans les milieux militants rencontrés sur les points suivants Il reste énormément de responsables de « l'ancien régime » en place : au gouvernement, dans les ministères, dans les entreprises. Le FMI, la Banque mondiale sont toujours aussi présents ... et non remis en cause par les gouvernements qui se sont succédés après le 14 janvier. Même si les enseignants condamnés du bassin de Gafsa ont été amnistiés et réintégrés dans la Fonction publique, ils n'ont toujours pas retrouvé leurs postes. Les téléphones des militants continuent à être sur écoute...
Très peu de choses ont changé en deux mois dans le domaine économique et social. A noter toutefois les mesures prises pour restreindre considérablement le phénomène de sous-traitance. Le 2 avril, le gouvernement annonçait un plan de relance très social-démocrate (création d'emplois dans la Fonction publique et aide aux employeurs privés pour qu'ils embauchent...). C'est notamment pour dénoncer cela que la jeunesse, toujours très active, a lancé l'appel au sit-in « Casbah III » vendredi 1er avril (sit-in réprimé violemment sur les ordres d'un ministre de l'intérieur rescapé de l'Ancien régime).

Commission internationale
Numéro 35 ter – Avril 2011

La plupart des personnes que nous avons rencontrées estime que l'organisation islamiste Ennahdha devient une des principales forces politiques du pays : elle réalise un important travail de terrain, utilise les mosquées pour faire passer ses idées et dispose de beaucoup d'argent. Ennhadha pourrait être une des deux premières forces politiques à l'issue des prochaines élections. Un débat existe ensuite au sein de la gauche concernant le positionnement des intégristes :
Certains estiment qu'Ennahdha a connu une réelle évolution : séparation de la mosquée et de l'Etat, égalité des droits entre hommes et femmes, etc. Ils estiment que les médias exagèrent le danger intégriste qui, à force d'être mis en avant, se renforce en jouant sur l'insuffisance du changement depuis le 14 janvier.
D'autres, et notamment les associations de femmes, estiment qu'Ennahdha tient un double langage et qu'elle finira par s'aligner sur les intégristes « purs et durs » qui multiplient les actes violents. Ils/elles craignent notamment une remise en cause des droits des femmes.
La plupart de nos interlocuteurs/trices nous ont déclaré leur volonté d'un report en automne des élections. Ils/elles estiment en effet que si celles-ci se tenaient en juillet, les partis de gauche, qui sortent juste de la clandestinité, n'auront pas eu le temps de s'organiser, et que les grands gagnants seraient alors Ennahdha et les anciens benalistes (réorganisés sous formes de « nouveaux » partis). Ces deux courants sont en effet les seuls à être actuellement structurés et à disposer d'importants moyens matériels et financiers. Ils estiment que des délais trop courts pour préparer l'élection d'une Assemblée constituante ne permettront pas un véritable débat démocratique, notamment sur les formes de scrutin, l'élaboration de programmes, etc. Certains soulignent que le débat sur la date des élections ne doit pas masquer un débat encore plus important : en l'absence de changement rapide dans les rapports sociaux et les structures administratives, on risque de voir se renforcer un sentiment du genre « finalement, ils ne font rien pour nous ».
Le rôle clef de l'auto-organisation
Dans toute la Tunisie les institutions locales ont été balayées, ce qui a ensuite posé d'importants problèmes aux habitants dans la vie de tous les jours. Dans les villes de province que nous avons visitées, des institutions locales provisoires ont alors été mises en place avec une très forte implication de la population. Les structures locales de l'UGTT ont le plus souvent joué un rôle déterminant dans ce processus. La forme et la composition de ces institutions locales provisoires ont été, en général, basées sur les rapports de forces entre militant-e-s politiques et syndicaux, dont certains n'étaient pas toujours très autonomes du pouvoir ancien.
A Redeyef, ville du bassin minier insurgée et réprimée en 2008, la municipalité a été renversée par la population en janvier. Plusieurs assemblées rassemblant des centaines d'habitant-e-s ont eu lieu et ont désigné au consensus un conseil provisoire de 9 personnes à partir d'une liste initiale de 20 noms, établie par l’Union locale UGTT. Des commissions ont été mises en place pour gérer les affaires courantes.
A Thala, il n'y a plus de conseil municipal. Un Conseil de sauvegarde de la révolution a été mis en place. La jeunesse continue à avoir son mot à dire : ce sont les jeunes insurgé-e-s, ayant mis le feu au commissariat, qui maintiennent l'ordre dans la ville !
Le Comité de Bizerte, contrairement à beaucoup d'autres, fonctionne sous forme d'Assemblées Générales réunissant 500 à 1 000 participant-e-s. Il se situe dans une logique à la fois de contre-pouvoir, et d'auto-organisation de la société à construire. A Bizerte c'est l'AG qui a décidé des 25 noms composant l'institution locale provisoire.

Une révolution à mi-chemin
Avec la chute de Ben Ali un pas formidable a été accompli, mais les anciennes structures de l'Etat restent en place, et rien de fondamental n'a changé en termes de rapports sociaux et économiques. Pour qu'une société différente voie le jour, l'essentiel reste à faire, et les forces réactionnaires œuvrent avec beaucoup d'énergie pour que cela n'arrive pas.
La jeunesse joue un rôle important. Elle veille à ce que le processus ne soit pas interrompu et est prête à se mobiliser encore pour cela. C’est ce qu’on peut retenir par exemple de nos entrevues à Thala, et du mouvement dans la Casbah le 1er avril.
Des camarades de Bizerte s'expriment ainsi « il y a eu une insurrection en Tunisie, maintenant il faut la révolution ». Il est du devoir du syndicalisme que nous défendons de soutenir celles et ceux qui veulent aller dans ce sens.

L'état du syndicalisme tunisien
On assiste à une vague massive de syndicalisation : il y aurait eu plus de 50 000 nouvelles adhésions en deux mois (dont 30 000 à Tunis), soit une hausse totale supérieure à 10 %. A Benarous, une ville industrielle située dans la banlieue de Tunis, les effectifs de l'Union régionale UGTT ont presque doublé avec une progression de 10% dans le secteur public et une multiplication par 2,6 dans le privé !
Il y a un enjeu important autour du prochain congrès de l’UGTT (décembre 2011). Une bataille a notamment lieu autour du respect de l'article 10 du règlement intérieur prévoyant que les dirigeant-e-s ne peuvent avoir plus de deux mandats successifs. Si ce texte est bien appliqué, il devrait en résulter un renouvellement complet du bureau confédéral. Nous restons en contact à ce sujet avec les fédérations de l'enseignement et des PTT qui contribuent à structurer la gauche de l'UGTT.
L'UGTT entretient des relations anciennes avec les confédérations internationales traditionnelles (CGT, CFDT, FO, CGIL, Commissions ouvrières, etc.). Un des actuels secrétaires généraux adjoints de l’UGTT nous a déclaré que la centrale voulait également tisser des liens avec Solidaires. Nous adresserons un courrier officiel à l’UGTT en demandant notamment à être invités à leur prochain congrès.
La discussion avec le secrétaire général de la CGTT confirme les orientations très vagues de cette organisation, dont le principal axe semble être d’offrir une alternative à l’UGTT. La CGTT prévoit de tenir un congrès en décembre 2011. Cela peut être l’occasion d’y voir plus clair…
A noter que la très grande majorité des militant-e-s de la gauche de l'UGTT que nous avons rencontrée est farouchement opposée à la constitution d'une nouvelle centrale. Ils/elles y opposent la nécessité de porter la révolution jusqu'au sommet de l'UGTT pour la changer de l'intérieur. Ces militant-e-s craignent, si d'autres organisations émergeaient, que l'émiettement syndical n'affaiblisse encore le mouvement social et contribue à l'échec de la révolution. Pour eux, « ce n'est pas le moment de se diviser, il y a déjà assez de la multiplication des organisations politiques, le syndicalisme doit rester uni... ».
Dans les faits, cette situation est de toute manière dépassée puisqu’outre la CGTT, une troisième organisation syndicale se créée, l'UTT, sous l’impulsion d’un ancien secrétaire général de l'UGTT totalement corrompu…

Le renforcement de nos liens syndicaux
En chantier depuis deux ans, le travail sur les centres d’appels a franchi un pas décisif : la réunion organisée par SUD PTT et le syndicat concerné de l’UGTT va permettre la consolidation de liens durables. Un réseau international des centres d'appels est en cours de constitution en lien avec le travail entamé au Maroc et au FSM.
Les contacts se développent entre SUD-Rail et la fédération des cheminot-e-s de l’UGTT. La rencontre avec un des responsables nationaux, les tournées dans plusieurs sites avec des militants locaux (gare, dépôts, atelier) ont permis de tisser des liens. Il y a deux objectifs à court terme : intégrer ces camarades dans le réseau Rail Sans Frontière, organiser le travail commun avec les cheminot-e-s du Maroc et aussi ceux d’Algérie qui devraient sous peu créer un syndicat autonome.
Lorsque nous leur avons posé la question du type de soutien que nous pouvions leur apporter, nos interlocuteurs/trices nous ont demandé de promouvoir la campagne pour l'abolition de la dette extérieure de la Tunisie. Nous proposerons à nos partenaires que cela soit un des axes du réseau syndical euro-méditerranéen.
Une autre proposition est celle de jumelage entre les syndicats ou fédérations de nos organisations avec des Comités de sauvegarde de la révolution dans des localités précises de Tunisie. C’est également à voir, dans notre Union syndicale Solidaires et dans le cadre du réseau syndical euro-méditerranéen.

Développer les rapports avec les autres composantes du mouvement social
Lors de la rencontre avec l'un des représentants de l'Association Nationale Des Chômeurs Diplômés (ANDCM), nous avons évoqué la possibilité d'organiser une rencontre entre les chômeurs diplômés du Maroc, de Tunisie et d'Algérie dans le cadre du réseau euro-méditerranéen.
En dehors des structures organisées, il sera aussi important de garder le contact avec celles et ceux rencontré-e-s « hors cadre », par exemple les jeunes qui s'organisent sur Facebook et avec qui nous avons pu échanger, et qui tiennent un discours véritablement politique. Ils/elles sont très demandeurs de relais des informations ainsi que de soutien à l'étranger.
En complément à ce bulletin, vous pouvez retrouver les matériels liés à l'actualité internationale et le matériel de la commission internationale de Solidaires sur notre site à l'adresse suivante :

mardi 25 janvier 2011

Une délégation de la Coordination Maghrébine des Organisations des Droits Humains en visite de solidarité à Tunis


Coordination Maghrébine
des Organisations des Droits Humains -CMODH-
-Secrétariat-
Communiqué

Par le Coordinateur de la CMODH,Abdelhamid AMINE, Rabat, 24/1/2011
Une délégation de la Coordination Maghrébine des Organisations des Droits Humains (CMODH) composée du Coordinateur Abdelhamid AMINE et de Mr Mohamed ELHADJ SIDI (responsable de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme) s’est rendue le 21- 22 - 23 janvier 2011 à Tunis en visite de solidarité avec les organisations des droits humains tunisiennes, les démocrates tunisiens et l’ensemble du peuple tunisien en lutte pour se débarrasser du régime dictatorial de Ben Ali et pour instaurer les fondements de l’Etat de Droit et d’une société de citoyenneté respectant l’ensemble des droits humains :
La délégation de la CMODH est partie en compagnie de 5 défenseurs des droits humains responsables dans des associations marocaines des droits humains.
- Association Marocaine des Droits Humains : Samira Kinani
- Forum Marocain pour la Vérité et la Justice : Abdelbaki Yousfi et Fatima El Manouzi
- Ligue Marocaine de Défense des Droits de l’Homme : Abderrazzak Boughanbour
- Amnesty International – Section Maroc : Salah El Abdallaoui
Rappelons qu’en 2009 lors d’une tentative de visite en Tunisie du Coordinateur de la CMODH, il a été refoulé de l’aéroport et n’a pu accomplir sa mission.
La délégation de la CMODH en compagnie des membres des associations marocaines sus-cités ont pu vivre l’ambiance de ferveur militante qui règne à Tunis, rendre visite et discuter avec le secrétaire général de l’UGTT, tenir une réunion de travail dans une ambiance chaleureuse au local de la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme, avec nombre d’ONG tunisiennes.
Des discussions informelles ont eu lieu également avec des représentants de diverses forces démocratiques tunisiennes.
Tout en se félicitant du succès de la mission de la CMODH à Tunis, on remerciera tous ceux et celles qui y ont contribué, en affirmant que la CMODH continuera à suivre de près la situation en Tunisie et à apporter son total soutien aux défenseurs des droits humains et aux démocrates de ce pays.

mercredi 19 janvier 2011

l'Association des Travailleurs Magrhebins en France et la conquête de la liberté en Tunisie

Entrevue avec Omar, représentant de l'ATMF 34
Par le NPA, 18/1/2011
Peux-tu présenter l'Association des Travailleurs Magrhebins en France ?
L’ATMF puise ses racines dans les mouvements de libération nationale, dans les mouvements progressistes et de résistance, du mouvement ouvrier, dans des luttes de l’immigration et pour les droits humains au Maghreb. L’ATMF est une association démocratique, progressiste, laïque et indépendante de tous pouvoirs. Notre association contribue à la défense des exclus, des migrants avec ou sans papiers. Nous luttons contre les discriminations et les inégalités qui ont pour cause l’ethnie, la nationalité, le sexe, handicap, l’âge, la religion, Elle revendique l’égalité du droit à la pratique religieuse dans la dignité.
L’ATMF comprend parmi ses membres plusieurs Tunisiens et travaille en étroite collaboration avec les organisations progressistes ici en France, notamment la Fédération des Tunisiens pour la Citoyenneté des deux Rives (FTCR). Par ailleurs, dans la section de Montpellier, nous suivons avec attention les nouvelles qui proviennent de la Tunisie à travers les médias (Al Jazeera, Facebook) et les familles de nos ami(e)s tunisiens. Nous sommes également à l’écoute des différentes organisations progressistes en Tunisie notamment le syndicat Union Général des Travailleurs Tunisiens (UGTT) et le Parti Communiste Ouvrier Tunisien (PCOT) à travers les déclarations de son porte parole Hemma Hemmami qui vient d’être libéré il y a quelques jours.
Avez-vous été surpris de la rapidité avec laquelle le dictateur est tombé ?
Oui, la rapidité de la chute du dictateur Ben Ali nous a surpris mais, dans ses dernières déclarations, on voyait déjà l’angoisse dans ses yeux et ses paroles. Le peuple tunisien démontre que le pouvoir dictatorial est parfois très fragile lorsque la pression et la détermination de la rue sont fortes.
Quels sont les secteurs les plus en pointe dans la mobilisation ?
La jeunesse est le premier secteur à la pointe de la mobilisation. Il ne faut pas oublier que la flamme de cette « Intifada populaire tunisienne » a été déclenchée par Mohamed Bouazizi, jeune diplômé chômeur devenu vendeur de fruits et légumes, qui s’est immolé dans la région de Sidi Bouzid parce que des agents lui avaient confisqué sa marchandise. Ce cas n’est pas isolé ni dans la Tunisie ni dans la région maghrébine ni même dans l’ensemble des pays arabes. Plusieurs jeunes se sont déjà immolés devant le parlement marocain, d’autres l’ont fait en Algérie et un jeune l’a fait en Egypte. Dans nos pays, plusieurs jeunes issus des classes populaires mènent des études supérieures et se voient, à la fin de leur cursus, sans travail. Cette situation n’est plus tolérée et plusieurs d’entre eux essaient de s’organiser pour revendiquer le droit au travail.
Un autre secteur qui est à la pointe de la contestation est celui des travailleurs et de leur syndicat. La position prise par l’UGTT d’aller jusqu’au bout et de demander la fin du régime de Ben Ali s’explique par la pression de sa base militante qui en a marre des compromis avec le pouvoir en place. Il ne faut pas oublier que, dans le bassin minier de Gafsa, ce sont surtout des militants syndicaux de l’UGTT locale qui ont organisé la lutte et qui se sont retrouvés en prison à la suite des manifestations.
Les démocrates, les avocats, les militants des droits humains et tous les progressistes ont bien sûr suivi le mouvement et ont essayé de l’appuyer avec des manifestations organisées partout en Tunisie.
Il faut également comprendre le rôle joué par l’Armée. Cette institution a depuis des années été marginalisée par le régime de Ben Ali au profit de la Police. Cette armée est parmi l’une des plus sous-équipée et la moins fournie en nombre de militaires dans la région, alors même que le taux de policiers par citoyen est très élevé. En refusant de tirer sur la foule le général Ammar, qui a été destitué par Ben Ali, puis rétabli après la fuite du dictateur a pu légitimer le rôle de l’armée auprès du peuple. Celle-ci a également respecté la constitution et n’a pas répondu à l’appel de certaines personnes qui demandaient un coup d’Etat. L’armée a également contribué, au côté des commissions populaires de quartiers, à l’arrestation des milices fascistes proches de Ben Ali qui essayaient de créer une anarchie propice à un renversement du régime et au retour du dictateur ou son remplacement par un proche.
Quelles sont les principales revendications aujourd'hui ?
Aujourd’hui les revendications sont différentes selon que l’on soit réformiste ou radical. Plusieurs partis de l’ancienne opposition ont accepté d'entrer au gouvernement aux côtés de l’ancien parti au pouvoir RCD. Leurs dirigeants veulent attendre les élections pour prendre la tête de la Tunisie. On pourrait se demander s’ils veulent vraiment rompre avec tous les anciens proches du régime et du RCD.
La gauche radicale en Tunisie, que l’on pourrait représenter aujourd’hui autour du Parti Communiste Ouvrier Tunisien (PCOT), l’aile radicale de l’Union Général des Travailleurs Tunisiens (UGTT) et d’autres mouvements comme le RAID-ATTAC / CADTM TUNISIE, demandent un gouvernement provisoire sans RCD (ancien parti de Ben Ali à la tête de l’actuel gouvernement et qui y est encore très représenté), des élections libres et démocratiques, une assemblée constituante élue qui posera les bases de la constitution d’une vraie république démocratique. Ainsi que le jugement des responsables de l’ancien régime pour leurs meurtres, pillages et corruption.
Quel est l’état de l’opposition, peut-elle représenter une alternative au régime ?
En plus des partis d’opposition dont j’ai parlé avant, il faut citer le mouvement Annahda (islamistes modérés) qui veulent participer au gouvernement aux côtés du RCD mais qui n’ont pas été acceptés au sein du gouvernement actuel.
Toutes les forces de l’opposition : libéraux, gauche réformiste, gauche radicale, islamistes modérés, ont souffert de la répression du régime et recommencent à s’organiser en Tunisie.
Dire aujourd’hui que l’opposition est une alternative au régime de Ben Ali n’est pas possible puisque cette opposition ne constitue pas de bloc homogène.
L’espoir réside dans les forces de la gauche radicale, des progressistes, des démocrates et dans toutes les consciences citoyennes du peuple tunisien qui revendiquent une vraie constitution démocratique et un réel changement pour une alternative démocratique et sociale.
Quelles sont les menaces qui perdurent après le départ du dictateur ? (milices, réseaux mafieux…)
Aujourd’hui la menace des milices fascistes proches de Ben Ali est en train d’être éradiquée avec l’aide de l’armée et des conseils populaires organisés dans les quartiers. Le principal danger consiste en ce que l’ancienne garde reprenne le pouvoir et que des réformettes en trompe l’œil soient adoptées.
Que pensez-vous de l’attitude du gouvernement français ?
Nous dénonçons la position du gouvernement français qui a soutenu le régime de Ben Ali depuis des années. Ce gouvernement applique la loi des deux poids, deux mesures puisqu’il soutient des révoltes « vertes » en Iran et au Tibet et se tait devant les arrestations de militants de droits humains, de journalistes, de syndicalistes et de citoyens tunisiens. Nous ne demandons pas à ce que la France fasse de l’ingérence dans les affaires publiques tunisiennes mais qu’elle ne soutienne pas les régimes qui violent les droits humains comme en Tunisie depuis des années. Les peuples opprimés, en Tunisie, et partout ailleurs en ont marre que les gouvernements français, européens et américains utilisent le spectre du danger islamiste (ou communiste comme au Venezuela et en Uruguay) pour soutenir des régimes non démocratiques en Tunisie, en Egypte, en Jordanie, au Maroc et j’en passe. Ce sont les peuples et leurs forces progressistes qui peuvent réaliser les changements démocratiques et non pas les interventions étrangères. L’exemple iraquien doit être médité.
Comment pouvons-nous soutenir, ici en France, le peuple tunisien ?
Le combat n’est pas fini avec la chute de Ben Ali. Plusieurs organisations militantes revendiquent un gouvernement provisoire sans RCD. Des manifestations ont lieu en Tunisie avec comme mot d’ordre : « RCD dégage ». Ils demandent également le jugement des responsables de violations des droits humains. Il faut continuer à mettre la pression sur le gouvernement français pour qu’il arrête de soutenir les élites corrompues du RCD. Qu’il continue à geler les avoirs des proches et de la famille de Ben Ali. Et qu’il ne les accueille pas en territoire français.

mardi 18 janvier 2011

Tunisie-URGENT : La commission administrative de l’UGTT vient de décider le retrait de ses 3 représentants du Gouvernement.


Le Collectif de Solidarité avec les Luttes des Habitants de Sidi Bouzid - Tunisie
La commission administrative de l’UGTT vient de décider le retrait de ses 3 représentants du Gouvernement.
Elle demande que ce gouvernement soit apuré des symboles de la dictature de Ben Ali, notamment des ministères de souveraineté (la Défense, l’Intérieur et les Affaires étrangères), ainsi que de certains membres de ce gouvernement, connus pour avoir été associés à tous les crimes (torture, assassinat…) de Ben Ali depuis 23 ans.
Plus que jamais, restons mobilisés aux côtés de la rue, qui refuse ce gouvernement, elle exige le départ des représentants du RCD et la dissolution du parti de Ben Ali.
Rassemblement d’urgence
Mardi 18 janvier 2011 à 18h.00
Metro Couronnes (ligne2)
Paris 75011
Tunisie, Algérie …
La révolution du Jasmin, en Tunisie, sanctionne un pouvoir autocratique et corrompu. Les 23 ans du régime Ben Ali sont marqués à la fois par un système policier particulièrement répressif qui a emprisonné, tué, ou condamné à l’exil des centaines de démocrates et de progressistes. Mais c’est aussi un pouvoir qui a mis en coupe réglée l’essentiel de l’économie du pays pour le seul profit des 7 familles, pillant les richesses du pays, acculant une bonne partie de la population à la pauvreté.
Si la révolution du peuple Tunisien a braqué les projecteurs sur la Tunisie ces derniers temps, cette situation n’est pas le propre de la Tunisie, en témoignent notamment les manifestation en Algérie, connaissent peu ou prou des situations identiques : régimes oligarchiques qui confisquent le pouvoir politique et le pouvoir économique, répression des luttes pour les droits civiques, accroissement spectaculaire des inégalités, et soutien inconditionnel des pays occidentaux sous prétexte de lutte contre l’intégrisme.
Réunion-débat
Mercredi 19 janvier 20h30
Forum de la Librairie de la Renaissance
1, allée Marc St Saëns (métro Basso-Cambo)
Quel avenir pour le Maghreb ?


En présence de
Mouhieddine Cherbib
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie
Membre du Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme
Intervenant algérien (à confirmer)