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jeudi 21 mars 2013

Am, Stram, Gram

Par Salah Elayoubi, demainonline, 19/3/2013

Salah Elayoubi

J’ignore si vous avez quelques réminiscences de votre plus tendre jeunesse. Pour ma part, petit garçon, j’imaginais le monde des adultes peuplé de « bon pères de famille ». Des gens sérieux, travailleurs, intègres, honnêtes et dignes ! Il ne pouvait en être autrement, dans mon esprit où s’étaient enracinés les fondamentaux inculqués par le triumvirat famille, école, sport.
Famille mise à part, l’école, comme la compétition sportive fut un extraordinaire champ d’expérimentation de la vie sociale. On y percevait déjà les bribes de ce que chacun d’entre nous allait devenir. Il y avait les sages, les excités. Les timides, les effrontés. Les courageux, les lâches. Les surdoués, les maladroits. Les travailleurs et les paresseux.
Je me souviens que les pires de tous étaient les flagorneurs, ceux que le langage populaire appelle communément les fayots, les cireurs de bottes. Encore que le respect que je dois à cette catégorie professionnelle honnête et besogneuse, m’interdit de l’associer aux premiers.
Les fayots, un genre honni de tous, y compris par l’objet même de leur admiration, le maître d’école, le coach ou le gros bras de service, lesquels, sans doute conscients de leur capacité de nuisance, surmontaient l’aversion qu’ils leur inspiraient et les gardaient sous le coude. Ils étaient capables du pire : vous trahir, vous dénoncer, tricher sur un point décisif ou encore se ranger aux côtés du plus fort pour vous humilier, vous battre comme plâtre ou vous arracher votre « quatre heures ».
En grandissant, je compris pourquoi tant de mes compatriotes avaient renoncé à la politique, dégoûtés par le spectacle puéril du microcosme politique marocain qui s’était mis à ressembler à ce que je viens d’énoncer plus haut : une cour de récréation.
Petit flash-back. Souvenez-vous de la photo de classe, le jour de la nomination du gouvernement actuel. Une véritable foire d’empoignes, immortalisée par le regard froid des caméras. Elle  avait opposé les ailiers pour leur éviter la relégation au deuxième rang et leur permettre de se rapprocher le plus possible du centre, objet de toutes les convoitises. Bassima Hakaoui, en avait fait les frais. Elle avait proprement disparu, préférant s’effacer, face à la puissante offensive d’un Benabdallah déterminé, au guidon de sa moustache et de son légendaire opportunisme et celui de ses collègues,  jouant misérablement des coudes et des épaules.
Des écoliers  auraient eu plus de considération pour une camarade féminine et un extraterrestre qui aurait assisté à cette bataille de chiffonniers, pour une dérisoire place au premier rang, aurait tout compris de nos hommes politiques et de la suite dont elle augurait. Avec Benabdallah et les siens, ces drôles de gauchistes, dont une malformation congénitale avait placé le cœur à l’extrême-droite et les a fait depuis toujours, loucher sur la dictature, Comme Chimène sur Rodrigue (1), on croyait alors, avoir tout vu des trajectoires de la compromission et de la honte. « Changer les choses de l’intérieur »  prétextaient-ils, pour expliquer l’inexplicable.
Avec le PJD, nous avons droit à un remake de l’insupportable. Le même leitmotiv décliné à la mode barbue. Les déclarations se suivent et se ressemblent, les signes de la courtisanerie aussi. Comme ce ministre de la santé publique, absent ou atone, lorsque la mort qui rôdait à Anfgou ou ailleurs, commandait sa présence, auprès des familles des victimes et qui se montre soudain si présent et si obséquieux qu’il en devient lourd et envahissant, dès lors qu’il s’agit du lancement d’un plan national des urgences médicales , en présence du chef de l’Etat. Un moment pitoyable où notre homme affiche en tête de liste des motivations ayant poussé son département à réaliser le projet en question, les instructions de Sa Majesté. Par la grâce du fayotage,  et de la flagornerie, voilà les souffrances de nos compatriotes, les besoins de la population,  la programmation des réalisations et la loi de finance, passés à la trappe. Souvenez-vous, le cancre de la classe, n’agissait pas autrement, lorsque convoqué au tableau,  il  encensait le maître pour lui faire oublier ses lacunes.
Et lorsque notre chef du gouvernement reçoit la presse étrangère, avec un décorum à la gloire du roi, dressé pour la circonstance, derrière lui,  et qu’il entame ses réponses si indigentes, avec « je vais vous dire », ou encore « écoutez », on s’attendrait presque à l’entendre prononcer le fameux « Plouf », annonciateur du rituel de notre enfance « Am, stram, gram, Pic et pic et colégram, Bour et bour et ratatam, Am, stram, gram ».
Soixante trois (63)  fois, il aura prononcé  « Sa majesté », pour expliquer à Isabelle Mandraud (Le Monde), Bruno Daroux (RFI) et Xavier Lambrechts (TV5)  interloqués, qu’il n’a aucun pouvoir et qu’il ne sait rien d’autre que ce qu’on voudrait bien lui dire de ce Maroc, dont il est pourtant supposé conduire les affaires. Même lorsque notre ami fait mine d’endosser un soupçon de responsabilité, comme sur l’affaire du Mali, le courage ne l’étouffe pas puisqu’il s’empresse aussitôt de désigner le chef de l’Etat, dans le but de ne pas heurter l’aile extrémiste de son mouvement, farouchement opposée à l’aventure malienne : « Ce n’est pas moi, c’est l’autre…..! »
Et comme toute indigence de la réflexion ou des neurones s’accompagne le plus souvent de brutalités ou de menaces à peine voilées, notre homme, revanchard, reprend du poil de la bête, dès lors qu’il s’agit d’affronter la presse marocaine complaisante ou ses collègues du parlement. Le plus souvent en faisant assaut  de hurlements, de froncements de sourcils et de sous-entendus vengeurs.
Ainsi va la vie dans la plus belle récréation du monde, en attendant que retentisse la cloche qui renverra tout ce petit monde à ses études.
Salah Elayoubi
(1)  Le Cid de Corneille

samedi 9 mars 2013

Urgences médicales : L'obséquiosité ne réussit pas à cacher la douloureuse réalité !

Pauvre constitution


Le roi Mohammed VI a présidé le mardi  5 mars à Fès  la cérémonie de lancement du «plan national des urgences médicales». A cette occasion, le ministre de la Santé El Hossein Ouardi présentation devant le roi les grandes lignes de ce plan et les principaux axes de voies de la restructuration des circuits des urgences médicales.

La télévision nationale a montré les supports de présentation du ministre qui comportent  en particulier une page où sont listées les références  de base dont s'inspire le projet entier et qui lui donnent en quelques sorte sa légitimité (voir l'image ci-dessous)


Le ministre a ainsi mis en évidence quatre références, dans l’ordre suivant:
  • Les directives royales contenues dans le discours du 20 Août 2012 qui mentionne la nécessité d’assurer aux citoyens les conditions appropriées pour l'accès au logement, à la santé et à divers services de proximité.
  • La nouvelle constitution: L'accès aux soins est un droit constitutionnel selon le chapitre 31
  • Le programme de gouvernement
  • La priorité du ministère de la Santé pour l'année 2013
 On observe que les directives royales sont citées en premier rang et la Constitution au deuxième rang, ce qui soulève cette question de principe: Est-il raisonnable que la loi fondamentale occupe le deuxième rang dans un Etat de droit ?  Est-il raisonnable que la Constitution (malgré ses lacunes)  ne soit pas la référence des références, qui a la préséance sur toutes les autres sans exception aucune et à laquelle se soumet  tout le monde, y compris le chef de l'Etat ? L’ordre choisi ne signifie-t-il pas que le concept d’Etat des individus est encore dominant par rapport à celui de l’Etat des institutions, en dépit de la propagande officielle ?
Faut-il déduire que ce plan national n'aurait pas vu le jour s’il n’y avait pas de directives royales, malgré ce que prévoit la Constitution et malgré  le programme gouvernemental qui engage le gouvernement  (en théorie) devant le élus de la nation (en théorie aussi) ?
Le ministre a commencé son discours ainsi: "En application des hautes instructions  de votre majesté qui visent à étendre la protection sociale  et la couverture sanitaire, la lutte contre toutes les formes de pauvreté et d'exclusion, et la consolidation de la solidarité entre les générations, j’ai le grand honneur d’exposer devant votre prestigieuse majesté les grands axes du plan national des urgences médicales…  "
Ce discours du ministre est très clair : il considère que lui ainsi que son ministère ne sont que des exécutants des hautes instructions. Qu'est-ce qui a été changé si le responsable politique qui représente un parti politique accepte volontairement d’être réduit au statut de fonctionnaire qui se contente d’exécuter les instructions?
Le ministre ajoute ensuite dans la même veine: « En application des directives éclairées de votre majesté qui visent la consécration effective du droit à l'accès aux soins, le gouvernement a travaillé à mettre en place les mécanismes nécessaires pour assurer le succès de ce plan qui figure parmi les priorités du programme gouvernemental ...". Qu'est-ce qui se passe si le programme du gouvernement ne correspond pas aux directives éclairées, quelle est l’utilité du programme gouvernemental entier, pourquoi ne pas se contenter seulement des directives éclairées puisque ces directives sont incontestables et sont par essence au dessus de toute autre considération ?
Avant de conclure, le ministre a encore puisé dans le même répertoire de la rhétorique aujourd’hui dépassée: «…Voilà donc les grandes lignes de ce plan qui, grâce à Allah et grâce à votre haute sollicitude et à vos directives éclairées,  permettra d’apporter des services d’urgence conformes aux attentes des citoyens …» 

De toutes les manières nous espérons que ce plan réussira à sauver des vies de citoyennes et citoyens, pourra atténuer en particulier les conséquences des accidents de la circulation et que le Maroc disposera d’un système d’urgences médicales performant.
Quant à la modernisation du discours politique,  l'abandon des formules d’obséquiosité et l’instauration d’un Etat de droit, ce ne sont pas des affaires urgentes.
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Hôpitaux au Maroc : Faute de moyens, les opérations chirurgicales se font rares 

 





Les opérations chirurgicales se font au compte-gouttes. Un retard dans la validation du budget en est, en partie, la cause. L’autre partie est à mettre au passif d’une grève de médecins qui refusent d’opérer tant que les blocs opératoires ne répondent pas aux normes internationales. Résultat, c’est le malade qui paie les pots cassés.


La santé est toujours malade au Maroc. Les principaux hôpitaux du service public souffrent d’un manque flagrant de médicaments. Les stocks sont dans le rouge. Les produits anesthésiants se font rares, du coup il est difficile d’effectuer des opérations chirurgicales sauf dans les cas les plus urgents, le reste est renvoyé à la liste d’attente. La cause: un retard dans la validation des budgets des CHU (Centres hospitaliers universitaires) par la Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation (DEPP), relevant du ministère des Finances.
« C’est une première. Nous n’avons jamais assisté à une pareille crise », reconnaît Addi Bouaârfa, secrétaire général du syndicat du secteur de la Santé affilié à l’ODT (Organisation démocratique de la santé). Actuellement, les hôpitaux travaillent avec ce qui leur reste de stocks de l’année précédente.
« Les ouvertures de plis des appels d’offres sont suspendus. Le contrôleur fiscal ne peut autoriser des opérations d’achats de produits anesthésiants ou de n'importe quel médicament tant qu’il n’a pas l’aval de la DEPP. Certes le ministère des Finances a approuvé le budget du département de la Santé mais c’est la DEPP qui se charge de celui des CHU », explique-t-il. Et bien entendu, ce sont les malades qui paient les frais de ce retard.

Une grève noircit davantage le tableau
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les malades subissent, également, de plein fouet les conséquences de la grève des chirurgiens affiliés au syndicat indépendant  des médecins du secteur public (SIMSP). Un débrayage lancé le 10 février dans de nombreux hôpitaux du royaume (Oujda, Tétouan, Khouribga, Settat, Souss-Massa-Darâa) pour exiger que les blocs opératoires répondent aux normes internationales au début de cette semaine, une délégation du SIMSP s’est entretenue avec le secrétaire général du ministère de la Santé afin de mettre un terme à cette grève.
Un dialogue qui aboutit sur la constitution d’une commission chargée de classer les centres où il est difficile d’effectuer des opérations. Sous couvert d’anonymat, un chirurgien n’hésite pas à faire le lien entre cet arrêt de travail des médecins la SIMSP et la décision d’Houcine El Ouradi d’interdire aux blouses blanches de travailler dans les cliniques privées.

250 praticiens auraient présenté leurs démissions
Justement, les inspecteurs du département de la Santé continuent leurs traques des éléments qui ne sont pas conformes à la décision du ministre. Des informations font état de l’interpellation de huit médecins à Agadir.
Parallèlement à ces inspections, le ministre hésite encore à répondre favorablement aux demandes de démissions présentées par 250 praticiens dont notamment des professeurs universitaires et des assistants. «  S’il donne son accord, ce sera, alors, le coup de grâce pour le service de santé publique au Maroc. Sachant que 200 chirurgiens et médecins avaient quitté les hôpitaux lors de l’opération de départs volontaire lancée en 2005 », avertit Addi Bouaârfa, le SG syndicat du secteur de la Santé affilié à l’ODT.
URL Source :http://www.yabiladi.com/articles/details/15893/hopitaux-maroc-faute-moyens-operations.html

vendredi 8 mars 2013

Lors de son interview avec la presse française Benkirane a prononcé « Sa Majesté » 63 fois

Par demainonline, 4/3/2013

  « Sa Majesté » 63 fois

Si Abdelilah Benkirane a tenté de soigner son image auprès des médias français, c’est raté. Durant près d’une heure d’interview face aux journalistes de TV5 Monde, de Radio France Internationale et du quotidien Le Monde, le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a exposé avec un langage non convaincant et dans un français digne de la rue marocaine, son point de vue sur les différents aspects de la pratique du pouvoir.
Manquant d’expérience en contact avec la presse française, Benkirane s’est imaginé face à des journalistes marocains et rend à l’interview une véritable « halqa » digne de Jamaa El Fna. Loin de donner le succès audiovisuel escompté, sa prestation a été une véritable soumission au roi pour se maintenir aux affaires.
Et en raison ! Puisqu’il est conscient que son statut n’est pas du tout le même que les autres. Il sait bien que sa présence au gouvernement n’est pas dû à la révolution, mais à un geste de Mohamed VI destiné à donner un semblant de réformes qui ne sont qu’un leurre, et que le tout-puissant roi Mohamed VI a gardé l’essentiel de ses pouvoirs. Un leurre qu’il n’hésite pas à justifier : « Nous avons évolué tout seuls. Nous sommes différents ».
Benkirane, qui joue aujourd’hui les saintes-nitouches, n’a pas raté un instant pour faire étalage de sa «vassalité» envers le roi au point de se contenter d’obéir. Et au diable le peuple que soi-disant l’a élu ! Ce qu’il avoue sans honte : « Quand je ne suis pas d’accord, je révise ma position avec la politesse due à un roi parce que c’est un roi, ce n’est pas un président », « si ça ne marche pas avec le roi, je m’en vais », « c’est lui la patron, c’est lui le chef », « Sa Majesté, je le connaissais pas personnellement avant d’être nommé. Je lui ai adressé la parole, on a échangé des termes entre nous pour la première fois quand il m’a nommé. Depuis le temps, j’ai découvert quelqu’un de formidable, de gentil qui aime son pays, qui aime son peuple d’une façon directe ».
Il a prononcé le mot  « Sa Majesté  » 63 fois sans faire allusion une seule fois à la volonté du peuple dont il est censé être l’élu. Celui qui s’est présenté ce 25 février 2013 sur les écrans de TV Monde était un vizir pitoyable qui n’était là que pour louer les « bienfaits » de son adorable roi.
URL courte: http://www.demainonline.com/?p=25746

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Benkirane : "Il n'y a pas un seul prisonnier du M20 au Maroc"