Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Abdelfettah Fakihani. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Abdelfettah Fakihani. Afficher tous les articles

dimanche 26 juillet 2009

Dernier adieu au camarade Fakihani


Par Ali Fkir, 26/07/2009


Des dizaines de camarades et amis de Abdelfettah Fakihani, se sont retrouvéEs ( en présence de sa petite famille)le samedi 25 juillet à la bibliothèque nationale (à Rabat) pour commémorer dans une ambiance émouvante le 40ème jour du décès de notre très cher Fakouss.
Merci Seddik, merci Fouad...pour votre noble initiative! Vous avez organisé avec grand succès cette commémoration qui a permis à des dizaines d'ex-prisonniers politiques de se retrouver, et à des dizaines de démocrates et militants (ancienne et nouvelle générations) de mieux connaître l'épopée des années soixante-dix en général et de la riche expérience du défunt Fakihani

NB : le comité de rédaction du journal "ANNAHJ ADDIMOCRATI" a demandé à un ami de Fakihani de contribuer dans le prochain numéro par un témoignage. Cet ami n'a pas pu produire l'article demandé. On m'a contacté, et avec un grand plaisir (en même temps avec douleur), j'ai écrit ce petit témoignage à l'intention de touTEs celles et ceux qui ne renient pas l'Histoire.

samedi 25 juillet 2009

commémoration du 40ème jour du décès de fet Abdelfettah FAKIHANI


Les amiEs, camarades et famille de feu Abdelfettah FAKIHANI organisent une cérémonie de commémoration du 40ème jour du décès de feu Abdelfettah FAKIHANI, le samedi 25 juillet :


* A 18H une cérémonie de recueillement et de l’apposition de la stèle à la tombe de notre regretté Fakous au cimetière des Chouhada Rabat
* A 19H une cérémonie de mémoire.. à la bibliothèque nationale Rabat Agdal

lundi 29 juin 2009

Adieu l'ami

par Khalid Jamai
Le dernier adieu
Des voix s’élèvent tout d’un coup dans cette après midi où le temps semblait s’être figé.
Des voix qui entonnent un chant jailli du fond des cellules de Derb Moulay Chrif, du fond des celles de la prison central de Kénitra.
Un chant pétri de mots forgés dans la douleur, dans la souffrance, dans l’espoir au plus fort des années de plomb, écrit par des militants venus d’Azrou, dans les années 70.

« Camarades, nous avons rendez-vous,
Rendez-vous que nous ne raterons pas.
Dans nos rangs, les masses se tiennent à nos côtés.
Et la main tendue de la lutte qui nous invite.
Nous l’allumerons révolution dans les collines, dans les montagnes.
Révolution que nous ferons éclore sur chaque pouce de terrain.
Rien ne peut venir à bout de la volonté d’un peuple.
Ni la prison, ni les dangers ne nous font peur.
Les tyrans du régime ont fait leur temps.
Et, déjà pointe leur crépuscule ».

Chant clamé par les militants d’ « Ila Al Amam » et de « 23 Mars », victimes de la répression sauvage des années 70 et 80, venus rendre un dernier hommage à un des leurs. Un homme d’une rigueur, d’une rectitude, d’une honnêteté sans faille. Un homme nommé Abdel Fettah Fakihani.
1949 fut l’année qui le vit naître, celle de 1972, celle où il fut enlevé et torturé une première fois.
Il n’avait que 23 printemps, âge où il fut condamné à perpétuité… plus deux années pour outrage à magistrat !
Leurs mémoires remontent le temps : déjà prés de quarante années. Ils étaient jeunes et rêvaient d’une révolution qui enfanterait un monde meilleur et un Maroc où régneraient la justice, l’égalité, la démocratie, la liberté, la dignité.
Et qu’importait le prix à payer.


Et le prix fut des plus exorbitants.
Fakahani et ses camarades subirent les pires tortures, les pires humiliations par un même tortionnaire en chef, Youssfi Kaddour, aujourd’hui libre comme le vent, jouissant d’une impunité totale et d’une retraite confortable pour " sévices rendus."
Abdel Fattah faillit perdre l’usage de ses deux pieds, résultat d’infections purulentes causées par de terribles séances de falaka.
Il en emportera les stigmates jusqu’à la fin de ses jours.
Il mena, toujours, avec ses camarades, pour arracher quelques droits élémentaires et le statut de prisonniers politiques, de longues grèves de la faim.
Saida Mnbhi naquit, elle aussi, à Marrakech, en 1952 et fut arrêtée, pour appartenance à « Il Al Amam » en 1976.
24 ans, presque le même âge que Fakahani, Elle « séjourna » au centre de Derb Moulay Chrif où elle subit , elle aussi, les pires tortures, par les sbires du même Youssfi Kaddour et fut condamnée à cinq ans …plus deux ans pour…outrage à magistrat !
Avec tous ses compagnons, elle observa une première grève de faim pour que le procès ait lieu .La seconde, durant le procès, pour protester contre les violations des droits de la défense et des inculpés, et la dernière, entamée le 8 novembre 1977, dura 40 jours pour réclamer le statut de prisonnier politique et des conditions humaines de détention. Le 11 décembre 1977, elle meurt à l’âge de 25 ans.
Du fond de son calvaire, avec des mots-pierres, elle écrivit


« La prison, c’est laid
Tu la dessines, mon enfant
Avec des traits noirs
Des barreaux et des grilles
Tu imagines que c’est un lieu sans lumière
Qui fait peur aux petits
Aussi pour t’indiquer
Tu dis que c’est là-bas
Et tu montres avec ton petit doigt
Un point, un coin perdu
Que tu ne vois pas
Peut être, la maîtresse t’a parlé
De prison hideuse
Que tu ne vois pas
Peut-être la maîtresse t’a parlé
De maison de correction
Où l’on met les méchants
Qui volent les enfants
Dans ta petite tête
S’est alors posée une question
Comment et pourquoi
Moi qui suis pleine d’amour pour toi
Et tous les autres enfants
Suis-je là-bas ?
Pour que demain
La prison ne soit plus là »


Comme Fakahani, Saida, Zahra Boudkour, née un 28 novembre 1987 à Zagora, mena une grève de plus de 40 jours pour réclamer le statut du prisonnier politique et des conditions humaines de détention.
Un même combat. Un même adversaire.
Aujourd’hui, elle souffre de toutes sortes de maladies, conséquences des tortures subies et des conditions moyennes âgeuses de son incarcération.
« Ce n’est pas le système qui nous juge, ce sont nous qui le jugeons», ne cesse t-elle pas de répéter.
Il est 18 h. Nous sommes au cimetière des « chouhadas ». La tombe est béante. Elle attend notre ami, elle attend une partie de nous même.
L’épopée se poursuivra, se poursuit ; ses héros avaient, hier, pour noms : Mohamed Bennouna, Fakahani, Saida Mnbhi et de centaines d’autres.
Aujourd’hui, elle a pour nom Zahra Boudkour et ses amis.
Dans une lettre adressée à ses amies, du fond de sa cellule elle écrit : « Nous forgerons un chemin pour des lendemains meilleurs. Le chemin de la victoire sera long, périlleux, mais, nous l’emprunterons car telle est la loi de l’Histoire. L’arbre que nous avons planté donne déjà ses fruits… », Et de citer ces vers de Mahmoud Darwich : « Nous sommes ceux qui naissent sous les arbres, sous la pluie, de la pierre, des défaites. Toujours des nouveaux nés. Depuis le début, nous naissons et renaissons sans fin ».Un cri d’espoir qui rejoint celui Fakahani, près de 40 années plus tard.
Adieu l’ami, nous hériterons de ton livre testament : « Le couloir ». Et d’un sous titre : « Des bribes de vérités sur les années de plomb ».
Des bribes, car ces années perdurent. Et la lutte aussi.

vendredi 19 juin 2009

Ses derniers mots : "ana farhane"

pour Abdelfettah Fakihani
par smirnova, 1b/6/2009

ils/elles étaient tous et toutes là
devant la mosquée
attendant son cercueil...
des journalistes..
des camardes de geôle..
des amiEs..
son enfant Anas...
à peine 15ans..
il leur a permis de se revoir..
car avec les temps qui courent..
on ne se voit plus..;
la vie nous sépare
la mort nous réunit!!!
ils/elles s'embrassaient
se consolaient
de la perte brusque
d'un être
qu'ils/elles ont plus ou moins côtoyé..
cet homme dont la droiture fait l'unanimité
et c'est rare chez nous!!!
cet homme
de cette génération
qui a osé rêver
que tout est possible
que le bonheur existe
pour tous et toutes..
cet homme
prêt pour se sacrifier pour des valeurs
en qui il a cru toute sa vie..
permier emprisonnement en mars 1972
jugé aprés 15 mois
il fut libéré ..
pour reprendre de plus belle
sa lutte
contre la hogra ou lkahra
un des fondateurs
un des dirigeants de l'organisation ila amam
il fut arrêté une 2ème fois en 1975
où il eut droit
dans un simulacre de procés
droit à la perpétuité plus 2 ans..
(2 ans pour irrespect à la cour, a jugé le magistrat
quand un des détenus a crié:f ascistes
et que tous ses camarades se levèrent
quand le juge osa chercher qui l'a traité de facho
ça l'étonnait!!)
en prison
ses camarades nous racontent
un artiste qui aimait la musique
piaf, sinatra, dakka marrakchia
il paraît qu'il a crée le premier instrument de musique en prison..
ce marrakchi...
liberé en1989
aprés 13 ans de réclusion
de torture
dont il garda les séquelles
ses pieds en temoignerent jusqu'a sa mort
lui qui se demandait
ce qu'il devait dire à son fils
pour expliquer ses cicatrices!!!!
il continua son chemin
droit et fier
refusant l'indemnisation
alors qu'il vivait modestement...
journaliste, il devint...
je m'en souviens
repondant à nos appels
pour couvrir les luttes des ouvrières du textile
avec ce sourire tendre et amer
ses yeux tristes...
il mourut
comme il a vécu
dans la dignité
dans la droiture...
dans ce cimetière
par cet apres midi si chaud
ils/elles étaient là
écoutant attentivement l'allocution de fouad
si touchante
parlant de la vie
de cet homme
qui est parti si tôt...
"son dernier jour
il a ouvert les yeux
a vu tous ses proches l'entourant
il a dit "ana farhane: je suis heureux"
c'est son testament
c'est son legs"
à nous toutes et tous
lutter pour que règne la joie
dans le coeur de tous et toutes
ils partent
l'un après l'autre
ceux qui nous ont tracé le chemin
un sentiment de douce tristesse m'envahit
mais aussi un sentiment
de grand soulagement
voyant
toutes et tous ceux
qui ont fait le chemin
pour lui dire adieu .

jeudi 18 juin 2009

Faire-part

Abdelfettah Fakihani est mort mercredi 17 juin en soirée à l'Hôpital Cheikh Zayed de Rabat. Âgé de 60 ans, il avait été atteint d'une maladie fulgurante qui l'a emporté en un mois.

Abdelfettah, "Fakous" pour ses amis, l'un des fondateurs du mouvement marxiste-léniniste marocain Ila Al Amam et ancien prisonnier politique des années de plomb, était journaliste à l'AFP.

Enseignant de français à Khourigba, il avait passé 15 ans dans les geôles de Hassan II. Emprisonné une première fois de mars 1972 à août 1973, il est à nouveau emprisonné en 1975. Condamné à la perpétuité au "procès-fleuve" de 138 militants d'Ila Al Amam à Casablanca en 1977, il retrouve la liberté le 7 mai 1989.
Il fait des piges durant quatre ans pour le quotidien arabophone Al Alam. Ne supportant pas le dédain d’une rédaction gérée comme une tribu, il donne sa démission en 1995, alors que sa femme est enceinte de huit mois. De nouveau, l’angoisse du chômage. Il envoye un CV à l’AFP, comme on envoie une bouteille à la mer. Il a de la chance, Ignace Dalle, alors directeur de l’agence, le prend dans son équipe.

Abdelfettah Fakihani était l'auteur de plusieurs ouvrages dont un recueil de poèmes et un livre-témoignage sur ses années de détention, "Le Couloir, Bribes de vérité sur les années de Plomb" (Collection Témoignages Tarik éditions, 2005, 182 pages, 60 DH), dont le titre fait allusion au allusion au couloir central de la prison de Kénitra.
Le défunt était connu pour son sérieux et son honnêteté dans le travail ainsi que par son humour de Marrakchi.
Son enterrement a lieu aujourd'hui 18 juin à partir du logement familial, résidence Assabah, Immeuble Atlantique vers 16h30 puis à la mosquée Sahat Achouhada (Place des Martyrs) vers 17h15, et ensuite au cimetière Achouhada.


Extrait de "Le Couloir"

"Salle de torture. Silence total. Des bruits furtifs à gauche et à droite, devant et derrière. La peur dans l’âme, dans le sexe qui se rétrécit. Dans le ventre tordu. Et dans la tronche qui grouille. Quand est ce qu’elle va commencer, cette séance ? De torture.
Ils voudront des noms, des adresses. Les camarades, voilà ce qu’ils veulent. Ils voudront la direction, ce qui reste des dirigeants. Presque tous arrêtés, les camarades. Il y en a qui circulent encore. C’est bon. Il y en a même qui peuvent même restructurer l’organisation après la vague. C’est bon.
Les noms, les adresses, les coups. La mort. C’est possible la mort. Abdellatif Zéroual, mort ici, peut être dans cette sale, peut être à l’hôpital Ibn Sina.
Ici, aucun moyen de se donner la mort. Les résistants. Il yen a qui se la sont donné. Cyanure. Ils avaient des secrets, les résistants. Les armes à feu, les bombes. Colonisation, résistance, armes.
Minutieux. Tout est minutieux. Mes pieds et mains noués autour d’une barre de fer, le corps nu et les yeux bandés. On m’a déshabillé. Et ça n’a pas encore commencé, la torture, la véritable. Pas les gros coups de poing que j’ai reçu en pleine figure et dans le ventre quand j’ai refusé de répondre à leurs questions, à peine débarqué au centre. Les coups m’avaient fait tomber. La douleur au sol. C’est rien devant la douleur au vol. Perroquet : plantes des pieds en l’air, exposées. A Quoi ?
Silence total. J’attends. Grand souhait que mon corps ne tienne pas face à ce qui va venir. Qu’il succombe et me libère ! De peur de trop souffrir, ou de succomber en faisant des aveux.
La torture c’est quoi ? Très compliqué. Milliers de situations. Résister sur toute la ligne. Ou résister tant qu’on peut. Insultes. Ça les révolte, les mamans, toutes les mamans. Redevenu bébé sous la torture. Ma voix, lui parvient elle ?
Un colosse me tape sur les deux oreilles. J’imagine ce qu’il fait. C’est clair. Il écarte ses bras. Me tape sur les deux oreilles simultanément. Avec deux mains fortes et charnues. Insultes de plus en plus sexuelles. "pédé", "fils de pute". Je m’offusque même en pleine séance. De torture. "Descendez le !". Un mouton. On n’est pas en fête. On me descend à terre.
On descend la barre de fer, alourdie par mon corps. Appliqués les tortionnaires. Je suis par terre, et je ne vois rien. Le bandeau sur les yeux. Bien serré. Des heures et des heurs de coups. est ce le jour ou la nuit ? Comment savoir ?
"Remontez le !". Sur le visage, sur les plantes des pieds. Sur les cuisses. Sur les oreilles. Les coups. Avec quoi ? Nerf de bœuf , ceinture, baguette de fer ?
"Descendez le !". Un petit répit. Et le but, c’est quoi ? Que je crève pas ? Veulent ils me maintenir en vie A Tout prix ? Je souhaite être sauvé. Je désire m’évanouir ? Mais ça ne se simule pas un évanouissement, avec les tortionnaires. Je n’y arrivais pas. A m’évanouir.
Électricité : sur les cheveux, sur les bras, sur les cuisses. Aïe. Sensation étrange. Douleur désagréable. C’est quoi ? cet engin , un fil, une baguette électrique ? Je n’entends pas le moteur. Le mal est là. Encore un électrochoc. Je crie. Le crie aigu, plus aigu que mon timbre de voix. "Cri de pute" , m’assène un tortionnaire.
(...) L’étouffement. Un chiffon sur le nez, bien serré. Je suffoque déjà. Et puis on verse dessus. De l’eau à senteur de chiffon. Ils arrêtent de verser lorsque mes méninges me chuchotent un adieu à la vie. encore le chiffon. Encore l’étouffement. Convulsions atroces.
(...) Je commence à faiblir. Le corps déchiqueté. Je ne supporte plus la douleur. Soudain aboiements assourdissants d’un gros chien, que je n’ai pas vu. "Ce chien va te baiser", me dit un tortionnaire. Je me sens de plus en plus incapable de supporter. Seul contre une armada de tortionnaires. Seul devant la vie et la mort qui ne vient pas.
(...) A un certain moment, j’ai parlé. Monté encore une fois dans une fourgonnette de police. Meurtri, défait, la mort dans l’âme, j’ai désigné l’emplacement de deux maisons à mes tortionnaires. Directement responsable de l’arrestation de trois camarades qui s’y trouvaient. Ils n’ont pas pu quitter les lieux. Blessure qui ne sera pas cicatrisée. Le plus humiliant, le plus atroce, sur le coup, c’est qu’après les avoir arrêtés, la police a fait asseoir l’un d’eaux à côté de moi, sur la même banquette du fourgon.
Je n’ai jamais vécu pareille humiliation. Pire, je suis l’auteur d’une petite brochure sur la résistance à la torture. J’y soutenais qu’avec la police, il n’y a pas de subterfuges. Ne rien dire et résister jusqu’à la mort."


Une dépêche d'Abdelfettah Fakihani

Les célèbres conteurs de la place Jemaa El Fna en voie d’extinction

AFP, 5 juin 2008 - Les fameux conteurs de la célèbre place Jemaâ El Fna de Marrakech, espace culturel classé en 2001 par l’Unesco parmi les chefs-d’oeuvres du patrimoine oral et immatériel de l’humanité, sont en voie de disparition. "Le destin des conteurs, c’est l’extinction", déclare sans ambages Abdelhay Nafiî, responsable de "l’Association des professionnels de la halqa pour le spectacle et le patrimoine". La halqa désigne le cercle des spectateurs autour du conteur.
"Les maîtres conteurs sont morts, et ce qu’on raconte aujourd’hui, c’est les légendes de la fin des temps", dit ironiquement un nostalgique vendeur de brochettes, d’une soixantaine d’années.
Le fumet des grillades attire en début de soirée les touristes marocains et étrangers transformant cet espace multicolore créé au XVIe siècle en un gigantesque restaurant à ciel ouvert.
Les cartomanciennes, les charmeurs de serpents, groupes de musique afro-musulmane "Gnaoua", les prestidigitateurs, guérisseurs, dresseurs de singes et marchands de toutes sortes de boissons, potions et parfums s’y pressent.
Mais point de conteurs. "Nous en voyons un quelquefois, un seul, qui tient sa halqa devant Café France mais aujourd’hui il n’est pas venu", indique au journaliste de l’AFP un marchand de jus d’oranges, scrutant la place du haut de son siège.
"En 1970, il y avait 18 conteurs, aujourd’hui, il n’en reste plus que sept", se lamente Mohamed Bariz (49 ans), l’un des derniers survivants. Barbe grisonnante, grosses lunettes optiques, ce formidable narrateur des Mille et une nuits et des grandes épopées arabes avoue ne se rendre que très rarement à Jemaâ El Fna, où il s’installe en général pour "expérimenter des adaptations orales de textes littéraires contemporains".
"La télévision, notamment les dessins animés, remplacent les contes que les parents racontaient lors des veillées à leurs enfants, et qui les faisaient rêver", dit-il. "Les jeunes ne veulent pas prendre la relève : ce métier est ardu à apprendre et rapporte peu. C’est beaucoup plus dur que le chant ou la percussion car il faut capter l’attention des auditeurs avec les mots", explique-t-il.
Une polémique a opposé certains conteurs à la mairie de Marrakech, par voie de presse, sur de supposées "primes" de l’Unesco destinées à être versées aux conteurs. "Nous gagnions bien notre vie avant que l’Unesco s’intéresse à cette place, car après chaque épisode d’un conte, le public se montrait généreux. Maintenant, ils nous rétorquent : <>", indique le conteur.
Or, aucune rémunération n’a été attribuée, assure à l’AFP Philippe Queau, directeur du bureau de l’Unesco à Rabat. "Nous n’avons accordé aux conteurs aucune subvention d’ordre pécuniaire. Ce que nous avions financé, ce sont des opérations pédagogiques dans les écoles de la région de Marrakech, auxquelles certains conteurs ont participé à titre individuel", précise-t-il.
"L’Unesco est très intéressée par la préservation du patrimoine immatériel de la place Jemaâ El Fna", affirme M. Queau. "Mais les mesures de protection, c’est à l’Etat marocain de les prendre, et à sa demande, nous pourrions intervenir à un niveau technique", poursuit-il.
Pour le conteur Mohamed Bariz, si l’on veut sauver cet art séculaire, il faut créer une école pour former de jeunes conteurs et leur octroyer un "salaire mensuel symbolique" et une couverture médicale.