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samedi 13 octobre 2012

Décision abjecte des autorités marocaines, jusqu'au ridicule !


           

Abachikh Hmatou

8/10/2012   
Le consul général du Maroc à Marseille autorise puis refuse au dernier moment et sans explication le rapatriement du corps d'un jeune homme décédé en France, sa terre d'exil, vers le Sahara sa terre natale, et celle de ses ancêtres.

Le 30 septembre 2012, Abachikh Hmatou, un jeune Sahraoui réfugié politique en France décédait dans un accident de moto à Avignon. Il avait 23 ans.
Pour la famille au Sahara, qui ne l'a pas vu depuis ses 6 ans d'exil, pour ses 2 frères réfugiés politiques, pour sa sœur naturalisée française, il est évident que le corps doit être enterré dans son pays le Sahara Occidental.

Tout a été organisé avec l'aide d'une entreprise spécialisée pour le rapatriement de Aba ce lundi 8 octobre, de Avignon à Ellaiun. Les voyages des frères sœurs belle-sœur étaient eux aussi organisés pour cette date, tous billets achetés, de même que sur place, l'ambulance et les démarches administratives.

L'autorisation du consulat général de Marseille pour le voyage du corps avec la Royal Air Maroc a été rendue positive vendredi dernier 5 octobre.

Or, aujourd'hui le consul général de Marseille s'est déplacé à l'aéroport pour interdire le départ du corps déjà présent à l'aéroport.
Selon le consul, un « telex urgent » arrivé aujourd'hui du gouvernement marocain lui donnait cet ordre auquel il ne pouvait que se conformer. Le document d’autorisation a été repris au transitaire.

La famille prévenue par l'entreprise spécialisée à son arrivée à l'aéroport de Marseille est sous le choc devant cette mesure ignoble et inconcevable.
Alors que le gouvernement marocain actuel est islamique, une telle pratique et un tel refus sont incompréhensibles.

Il semble que cela ajoute dans la barbarie à l'interdiction rencontrée il y a trois mois par les 3 frères de pouvoir sortir de l'aéroport de Marrakech pour prendre la route du Sahara Occidental pour une visite familiale, alors que tout était administrativement en règle. Ils avaient été renvoyés en France.

Avoir des opinions contraires à un régime totalitaire est-il un délit même après la mort ?

La famille et les amis entendent bien être nombreux pour faire valoir leurs arguments devant le consul général du Maroc à Marseille et cela dans les plus brefs délais pour que le corps de leur petit frère et ami soit enterré dans son pays, pour que sa mère voie son enfant une dernière fois, et que la souffrance puisse s'atténuer lentement dans le deuil.
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Les autorités marocaines refusent qu’un réfugié sahraoui soit enterré à Laâyoune

Par  Thami Afailal, demainonline, 9/10/2012

Le défunt Abachikh Hmatou au mois de mai dernier (Photo DR)

Pour sa famille, c’est une décision incompréhensible, « une décision abjecte des autorités marocaines ». Le consul général du Maroc à Marseille, qui avait auparavant autorisé le rapatriement d’un jeune sahraoui mort à Avignon, en France, dans un accident de moto, a retiré à la dernière minute, et sans donner aucune explication l’autorisation qu’il avait auparavant fourni à la famille.
Le 30 septembre 2012, Abachikh Hmatou, un jeune Sahraoui réfugié politique en France trouvait la mort dans un accident de moto à Avignon. Il avait 23 ans. Il vivait exilé en France depuis 6 ans.
Ce lundi 8 octobre, à l’aéroport de Marseille, tout était prêt pour que le corps du défunt soit envoyé au Maroc quand le consul général du Maroc de Marseille s’est présenté personnellement pour interdire le départ.
Selon le consul, un « telex urgent » arrivé aujourd’hui du gouvernement marocain lui donnait cet ordre auquel il ne pouvait que se conformer. Le document d’autorisation a été repris au transitaire.
« Un tel refus émanant d’un gouvernement marocain dont le chef se dit un bon musulman est incompréhensible », explique une source proche de la famille.
Poursuivre de sa vindicte un homme, même après sa mort, n’est pas du tout très musulman.


URL courte: http://www.demainonline.com/?p=22056
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 La suite de cette affaire odieuse...

  Le consul de Marseille aurait autorisé le départ du corps de Aba, la famille attend depuis + d'1 h le document écrit de la décision... Ils sont toujours devant le consulat. Il faut aussi que la famille puisse partir.

Sur LCM - LE JOURNAL DE 19H30 - Diffusé le 09/10/12 à 19h30
A la 12eme minute du journal...Leila, Salah, Taleb... pour le rapatriement d'Aba, leur frère

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Par APSO, 9/10/2012


Nouvelles embûches sur le retour d’Abachikh au Sahara Occidental


Après avoir passé la journée à attendre au consulat général du Maroc à Marseille, la famille de Abachikh Hmatou a reçu l'assurance que le corps de leur petit frère allait pouvoir partir.

Alors que le ministre marocain des affaires étrangères, Saâdeddine El Othmani, membre du PJD, avait donné vendredi l'autorisation du rapatriement jusque Elaaiun, le ministre de l'intérieur du même gouvernement, Mohand Laenser, secrétaire général du Mouvement populaire qui avait annulé hier cette décision, semble avoir aujourd'hui changé d'avis, et avoir autorisé le rapatriement du corps à Tantan.

Le consul qui s'est dit choqué par la décision de refus de rapatriement n'a pu que transmettre à la famille les nouvelles informations reçues de son gouvernement.
Sans document écrit en possession de la famille, rien n'a évolué et la situation est toujours aussi inique.

Les parents, la famille de Abachikh sont à El Aaiun, au Sahara Occidental, et non à Tantan au Maroc. Il est inconcevable pour eux d'enterrer l'enfant de la famille loin de tous, perdu sur une terre qui n'est pas la sienne, à plus de 300 kilomètres.

Il ne s’agit pas seulement de l’impossibilité de voyager pour les deux parents, âgés et très malades, ou de déplacer les centaines de parents et amis… Il s’agit de ne pas mêler politique et dignité, de ne pas repousser à ce point les limites de l’aberration.

Comme élément de justification à l’annulation du voyage, le consul a évoqué l’anniversaire demain 10 octobre de la naissance de la grande manifestation sahraouie et populaire de Gdaim izik, et les risques d’émeute que craignent à cette occasion les autorités marocaines, puissance coloniale sur place.
Il est bien connu dans les films que les morts participent aux émeutes et font de la politiques … mais dans la triste réalité actuelle, la famille ne souhaite que la tranquillité et le repos pour le corps d’Abachikh, proche de l’amour des siens, dont il a été privé du fait de l’exil.

Le gouvernement marocain toujours si prompt à étouffer toute manifestation identitaire sahraouie, au Sahara, au Maroc et à l’étranger, a cette fois failli dans son obsession, parce qu’en offensant la souffrance du deuil, il a heurté les consciences, et alerté la presse locale et nationale française.

Le mouvement de soutien spontané à la famille a rassemblé devant le consulat des amis, passants, des policiers compatissants, mais aussi plusieurs sportifs, et deux champions d’Europe français dont Benoit Z. La famille du sport dépasse les clivages géopolitiques.

Les deux frères en exil en France qui n’ont pas reçu l’autorisation d’accompagner leur petit frère, la famille et les amis ont annoncé ce soir leur volonté de rester devant le consulat tant que le corps de leur petit frère Aba ne serait pas arrivé à El Aaiun.


mercredi 15 février 2012

Tout est perdu, fors la moustache!

La moustache de Sebbar, dessin de Salah El Ayoubi

Par Salah El Ayoubi, juriste, cyber activiste et républicain, Vox Maroc, 10/2/2012
« Comme il faut de la vertu dans une république, et dans la monarchie de l'honneur, il faut de la crainte dans un gouvernement despotique ; la vertu n'y est point nécessaire et l'honneur y serait dangereux. » Montesquieu
Salah El Ayoubi
Il y a quelques semaines, le magazine Tel Quel publiait, dans sa rubrique interrogatoire, une interview de Mohamed Sebbar, Secrétaire général du CNDH (Conseil national des droits de l'homme).
L’interview qui avait pour habitude de se décliner sur un ton badin, m’a semblé, cette fois-ci, aux antipodes de la décontraction.
C’est que l'interviewé, qui paraît sur la défensive, n’en mène, en réalité, pas large !
Sans doute, l’actualité nationale y est-elle pour quelque chose. Tantôt chaude, avec les manifestations qui semblent s’étendre à l’ensemble du territoire national et redoubler d’intensité, tantôt dramatique, au regard des immolations de diplômés chômeurs, las de voir leur vie professionnelle leur filer entre les doigts, tantôt révoltante, avec les arrestations, la répression, la torture, la maltraitance de militants épris de liberté et tantôt abominable avec les assassinats perpétrés par des voyous ou des policiers-voyous.

Les italiens, dans leur inimitable don pour l’ironie et le sarcasme, ont une expression qui résume, parfaitement, la situation de celui qui a perdu la face ou l’honneur. Ils passent la main à plat sur leur visage et disent: « fai la figura ! »


Mohamed Sebbar "avant"
Comme ses prédécesseurs, Herzenni, El Yazami et les autres gauchistes repentis, qu’il a rejoints, Mohamed Sebbar qui observe un mutisme assourdissant face à l’enchaînement des ignominies du régime, est en situation de « faire la figure ».

Il a décidé de se défaire, définitivement, de ce qui faisait son honneur, abandonnant, au milieu du gué, ses idées et ses combats de gauche, ses compagnons de lutte de la veille et les militants qui attendaient de lui, qu’il continuât d’éclairer leur chemin vers la liberté.

A 57 ans, il en est d’autant plus impardonnable, qu’il est un témoin exceptionnel de son temps.

Le gauchiste qu’il était a vécu les années de plomb, avec leur cortège d’exactions, comme autant d’aiguillons de n’importe quelle conscience.

Hassan II disparu, le militant aura, les premières années du règne de Mohammed VI, eu, à l’instar de nombre d’entre nous, nourri l’espoir d’un revirement susceptible de briser la ligne dictatoriale du régime. En pure perte.

L’homme semble, peu ou prou, gêné par la dérive absolutiste du régime, l’affairisme débridé du roi, sa propension à répartir auprès de sa famille, ses amis et affidés, les richesses du pays, comme autant de friandises. Pas plus qu’il ne paraît se soucier de la présence aux commandes de l’Etat des anciens bourreaux du peuple marocain.
Mohamed Sebbar "après"
Avoir été de tous les prétoires, brandi le code pénal, croisé le verbe et manié les effets de manche, pour rejoindre, aujourd’hui, les tenants de l’absolutisme, leur empruntant la langue de bois, le bigotisme, le costume et la cravate n'aura surpris qu'à moitié, tant l'initiative semble, désormais, faire partie du modus operandi de nos gauchistes, lorsque les rattrape le poids des ans.

A croire que le temps aidant, les honneurs valent à leurs yeux plus que l'honneur. Que reste-t-il à un homme lorsqu'il a perdu tout honneur? A notre ancien droit-de-l'hommiste, il reste sa moustache ! C’est pratique une moustache !

Ça vous déguise son homme, vous habille le visage quand vous faites « la figure », vous masque la gueule, quand vous l’avez perdue, et qu’il ne vous reste plus que le front, vous dissimule la langue quand elle se fait fourchue ou boiseuse. En un mot, ça vous maquille son homme, quand il tourne casaque et lui donne cet air de sévérité, censé dissuader ceux qui voudraient l'accabler de leurs reproches.

Le 20 ou levain ? Levain, bien sûr ! De la bonne levure, pour de bonnes grosses miches de pain, bien croustillantes, accompagnées d’un bon tagine, voire plusieurs, les uns à la suite des autres ! Toujours aux frais de la Mère-Patrie, bien entendu !

Mais pas que ! Il y a tout le reste ! Et qui va avec : le costume, la cravate, le brushing, les frais de bouche, les primes, les limousines, les chauffeurs et les espèces sonnantes et trébuchantes.

Mohammed Boudouroua précipité du haut d'une terrasse ? Qu’est-ce-qui lui a pris, de monter sur cette terrasse aussi ? Il avait quoi, à y faire ? Suspendre la lessive ?

Kamal Hassani poignardé ? Il aura surement fait dans la provocation, comme en ont l'habitude ces Rifains !

Comment ? Ezeddine Erroussi se meurt d’une grève de la faim ? Mais qu’il mange pardi ! Qui l’en empêche ? Est-ce-que je jeûne moi ? Il ne s’hydrate plus, non plus ? Mais qu’il s’abreuve, jusqu’à plus soif ! Il serait à l'article de la mort ? Faut voir !

Dessin publié sur demainonline

Mustapha Ouchtoubane embastillé pour avoir défendu son village qui meurt de la pollution et de la misère ? Aaaah ces berbères ! Jamais contents ! Toujours à revendiquer quelque chose!

Abdelouahab Zaydoun immolé par le feu ? C’est péché ça, d’attenter à sa vie ! Mauvais musulmans ! Il était au chômage, vous dites ? Ils n’avait qu’à travailler !

Lasri Cherkaoui est mort sous la torture ? Il aurait dû écouter son père et rentrer chez lui !

Walid Bahomane arrêté pour crime de lèse-majesté ? S'attaquer à sidna* ! Il fallait oser tout de même ! Il l'aura cherché !

« Tant de gens échangent, volontiers, l'honneur contre les honneurs » dit Alphonse Karr. Ainsi va la vie dans le plus beau pays du monde : Socialistes, communistes, trotskystes, marxistes-léninistes, écologistes, islamistes, droit-de-l'hommistes, associatistes, ont, tous, à quelques exceptions près, rendu armes et bagages et abandonné au vestiaire des palaces, leurs velléités militantes, contre quelques prébendes.

Après ça, allez parler de partis politiques au citoyen marocain Lambda !

* Sidna, notre seigneur, c'est ainsi qu'il est de bon ton de nommer Mohammed VI

Article publié sur le blog de Salah El Ayoubihttp://voxmaroc.blog.lemonde.fr/2012/02/10/tout-est-perdu-fors-la-moustache/

mardi 13 septembre 2011

Comment le 11 Septembre a changé le Maroc

par Ali Amar, Slate, 9/9/2011
Rabat a toujours été proche des États-Unis. L’après-11 Septembre en a fait un allié dans la lutte contre la terreur et un modèle dans un monde arabe en effervescence. A quel prix?
Mohammed VI et George W. Bush, le 23 septembre 2033 à New York
REUTERS/Larry Downing


«Soyez certain, Monsieur le Président, que le Maroc fera tout pour soutenir les États-Unis dans leur guerre contre la terreur».

Le 23 avril 2002, dans le bureau ovale, ces quelques mots de Mohammed VI, quelque peu intimidé par la forêt de micros que lui tend la presse, provoquent un large sourire de George W. Bush. Il sait que ce jeune roi arabe qui lui rend visite se pliera aux volontés de l’Amérique vengeresse, encore groggy des attaques de Ben Laden sur le World Trade Center et le Pentagone.

Un allié contre la terreur

A la veille de l’investiture de Barack Obama à la présidence américaine, Thomas Riley, l’ambassadeur des États-Unis à Rabat confirmait que l’engagement pris par le successeur de Hassan II serait toujours honoré:
«Dans le combat contre l’extrémisme et le terrorisme, le Maroc est un modèle dans la région».
Ces échanges d’amabilité résument à eux seuls les relations entre la première puissance du monde et son allié nord-africain durant cette décennie 11 Septembre. Un allié qui, en contrepartie de son alignement, compte sur le soutien de Washington pour assurer la pérennité de son régime et convaincre la communauté internationale du bien-fondé de l’annexion du Sahara occidental au royaume depuis 1975, handicap majeur de sa diplomatie, mais surtout fermement propagandiste de l’unité nationale autour du trône.
Sous-traitance de la torture
21 juillet 2002. Un jet d’affaires Gulfstream V immatriculé N379P venant d’Islamabad au Pakistan atterrit sur la piste de l’aéroport de Rabat-Salé. A son bord, Mohamed Binyam Al Habashi, citoyen britannique d’origine éthiopienne, yeux bandés et pieds entravés, n’a aucune idée d’où il se trouve, ni de ce qu’il va endurer dans les cachots de la prison verte de Témara, siège de la DST marocaine et centre de détention secret. Il y passera dix-huit mois de calvaire avant d’être transféré comme des centaines d’autres à Guantanamo.

Binyam est, pour l’administration Bush, un «combattant illégal d’al-Qaida», qui a eu le malheur de tomber entre les mains de la CIA et du MI5 britannique qui l’expédient au Maroc, un des pays qui a accepté de participer au programme «restitutions extraordinaires» pour les interrogatoires musclés de djihadistes capturés en Afghanistan. Un programme révélé dès 2002 par le Washington Post et qui incluait la sous-traitance de la torture à des pays peu regardants en matière de droits de l’homme. A Témara, durant sa longue captivité, rapporte son avocat Stafford Smith, patron de l’ONG Reprieve, Binyam y a subi les pires supplices.

Des «pratiques médiévales»: scarifications au scalpel sur les parties génitales, privation prolongée de sommeil, températures excessives, administrations forcées de drogues et musique rock à plein volume, écouteurs plaqués sur les oreilles jour et nuit. Binyam a décrit divers centres secrets où il a été détenu au Maroc. Entre juillet 2002 et janvier 2004, il a été torturé à maintes reprises par une équipe d’interrogateurs américains et britanniques ainsi que d’autres agents, pour la plupart marocains. Son cas a été reconnu par un tribunal de Londres, mais jamais au Maroc…
Rabat face au «péril vert»
Selon le rapport de la commission du Parlement européen chargée d’enquêter sur les vols secrets de la CIA en Europe, les avions qui ont transporté des supposés terroristes vers des «sites noirs de torture» ont effectué 40 escales au Maroc entre 2001 et 2005.

Rabat s’était rallié sans conditions à la «guerre contre le terrorisme» menée par George W. Bush et son administration, le régime de Mohammed VI se sentant tout aussi menacé par le «péril vert». Les attentats de Casablanca en 2003 et 2007 et plus récemment celui du café Argana de Marrakech abondent dans ce sens, mais leurs circonstances demeurent toujours opaques.

Avec l'implication de Rabat dans des activités illégales commandées par les stratèges de Washington, la question du fonctionnement de ses services de sécurité revêt une importance particulière. Le cas de Binyam n’est pas le seul répertorié: de nombreux témoignages de «déportés de la torture» au Maroc existent, mais aussi de salafistes locaux. Ces affaires prouvent que le régime marocain ne s'est ménagé aucune peine pour éradiquer la menace islamiste, mais également pour plaire et se plier aux exigences de l’Amérique.

Une vassalisation contrainte
Deux raisons expliquent cette vassalisation. La géostratégie d'abord. Le Maroc est un petit pays dans le concert des nations. Embarrasser les États-Unis peut lui être dommageable. A l’époque, Paul Wolfowitz, un des faucons néoconservateurs, avait été placé à la tête de la Banque mondiale par Bush. Le Maroc ne pouvait alors se mettre à dos l’institution qui l’accompagne dans ses réformes économiques.

Et puis, il y a encore et toujours l'affaire du Sahara occidental. Avec une Algérie qui soutient les irrédentistes du Front Polisario, forte de ses pétrodollars et donc plus solvable que le Maroc —acheteuse massive d'armes de surcroît et tout aussi prête à aider Washington dans sa croisade contre Ben Laden —, la marge de manœuvre était vraiment faible.

Le risque politique pris par Mohammed VI vis-à-vis de son opinion publique n’est pas négligeable. Depuis une certaine révolution iranienne, tout le monde sait ce qu'il en coûte à une monarchie absolue en terre d’Islam de trop se prosterner devant les Américains. La deuxième raison est liée aux tensions que subit l'appareil sécuritaire dans sa relation avec le jeune roi. Il n'est un secret pour personne que la rhétorique des droits de l’homme si chère au roi a toujours rendu nerveuse sa garde prétorienne.

Les piliers militaires de Hassan II, sur lesquels s'appuie toujours Mohammed VI, ne se sentent plus en totale impunité. La volonté ostentatoire du général Hamidou Laânigri, alors patron de l’antiterrorisme marocain, à collaborer étroitement avec les Américains, faisait dire qu'il se cherchait une assurance-vie. En exécutant les basses besognes de l'administration Bush, il était ce que Roosevelt disait de Somoza: «C'est un salopard, mais c'est notre salopard».
La nouvelle Constitution qui sanctuarise l’appareil sécuritaire (forces de police, renseignement et armée) a sans aucun doute apaisé les craintes des caciques du régime. D’ailleurs, depuis les premiers attentats de 2003, vécus dans le royaume comme un «mini 11 Septembre», le Maroc a pris un tournant sécuritaire qui en plus de vouloir endiguer l’islamisme rampant a surtout fortement réduit les maigres espaces de liberté, au point que la monarchie est sur cet aspect et sur celui de l’affairisme accusée de «bénalisation», du nom de l’ex-dirigeant tunisien.
La rue marocaine «anti-impérialiste»
Les candidats au protectorat de la Maison-Blanche oublient cependant que les administrations américaines changent et que les crimes restent. La loi internationale permet l'arrestation de chefs d'État et d'anciens généraux comme de vulgaires petits délinquants. Le risque pour le roi et ses hauts gradés a toujours été quasi nul, mais il existe dans l’absolu lorsque l’on constate les actions de justice engagées contre les dictateurs et les criminels de guerre.

Sur cette question, le régime a toujours su réprimer brutalement sans dépasser les limites de l’acceptable aux yeux d’un Occident indulgent et bienveillant. Mohammed VI n’est certes pas Kadhafi ou Assad…

A la possibilité d'une pression internationale s'ajoute celle de la rue marocaine, qui exècre voir ses sécuritaires jouer les valets de service d'une Amérique honnie. Elle aussi commence à demander des comptes.

Les plus grandes manifestations qu’a connues le pays depuis des années, rassemblant des millions de personnes battant le pavé des artères des grandes villes ont souvent été en réaction à la politique américaine au Proche-Orient, jugée impérialiste, arrogante et systématiquement pro-israélienne. Mais depuis les révolutions arabes, c’est le régime lui-même qui est pris à parti, notamment par le Mouvement du 20 février.

Des aides militaires substantielles
Dans les années 70, quand Hassan II a voulu remettre sur pied une armée décapitée par deux tentatives de coup d'État et se lancer dans l'aventure du Sahara, il a demandé le soutien de son vieil ami Vernon Walters, ex-patron de la CIA, pour convaincre le Congrès américain de lui permettre de moderniser son arsenal militaire. Le lobbying marocain à Washington n'avait besoin que d'un coup de fil à la Maison-Blanche, la logique de la Guerre froide s'occupait du reste.

Depuis, la donne géostratégique a beaucoup changé et Mohammed VI n'a plus les coudées franches avec son chaperon de toujours, même s’il reçoit autant d’aides substantielles. Au crépuscule de son long règne, Hassan II avait fini par assimiler que l'idée d'un Maroc tête de pont du «monde libre» au Maghreb avait, depuis la chute du mur de Berlin, fait son temps. Les rapports d’ONG internationales comme Amnesty et Human Rights Watch comparant le roi du Maroc aux plus infréquentables dictateurs de la planète n’étaient plus inaudibles aux oreilles de l’Occident, et des États-Unis en particulier.

Un «pays modèle», à quel prix?
Mais la nouvelle doctrine américaine, née sur les décombres du 11 Septembre, a donné davantage d'opportunités aux lobbyistes pour promouvoir un Maroc « modèle» dans un monde arabe en effervescence. Jusqu’au «printemps arabe», les régimes autoritaires de la région ont largement profité chacun à sa manière de l’épouvantail islamiste, notamment Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte.

En décembre 2004, le Forum pour l’Avenir se tenait à Rabat. Il était l’émanation de la politique du «Grand Moyen-Orient» des conseillers de Bush, qui voulaient instaurer un calendrier de réformes politiques à pas forcés de Rabat à Islamabad. Ce sera un échec cuisant: des poids lourds comme l’Égypte rejetteront l’initiative et ce n’est pas un hasard si Obama a décidé de relancer ce processus à sa manière à partir du Caire.

Le Maroc accepte, pour sa part, tout de son allié, comme par exemple un accord de libre-échange qui menace pourtant des pans entiers de son économie. Les Américains, plus intrusifs que jamais demandent d’intervenir directement dans le champ religieux, orientant la réforme de l’islam officiel et s’impliquant dans la confection des programmes scolaires. Ils obtiennent des fréquences FM pour Radio Sawa, qui en plus de l’antenne de Voice of America est censée contrecarrer l’influence des chaînes satellitaires panarabes comme Al Jazeera. Les installations près de Tanger du système d’écoute mondial Echelon sont renforcées.

Depuis 1972, les bases américaines, celle aéronavale de Kénitra en particulier avaient été fermées. Cependant, l’imposant camp retranché de Ben Guerir, près de Marrakech, a toujours accueilli des GI’s, des pilotes de l’US Air Force et une piste aérienne stratégique pour les navettes spatiales de la Nasa.

Mais après le 11 Septembre, les États-Unis ont eu l’ambition de reprendre pied sur le continent pour abriter leur commandement africain (Africom) installé temporairement en Allemagne. Les risques de voir s’installer dans le ventre mou du Sahel des cellules d’al-Qaida chassées d’Afghanistan et l’allégeance de groupuscules salafistes en Algérie à Ben Laden les ont convaincus. Le Maroc, encore une fois, est tout désigné comme candidat à un retour de l’US Army au Maghreb.

Ce que Washington veut, Dieu veut
Rien ne peut être refusé aux États-Unis contre leur indéfectible soutien au rythme des réformes voulues par le Palais et face à l’Algérie et au Polisario sur la question du Sahara Occidental. La politique marocaine va alors se draper de tout ce qui peut paraître positif aux yeux d'une Amérique à l'idéologie conquérante: réformettes institutionnelles, négociations directes avec les séparatistes sur le sol américain, plan d’autonomie des provinces du Sud, régionalisation, etc.

Malgré des rapports américains confidentiels qui prophétisent une déferlante islamiste ou la révélation par WikiLeaks de câbles diplomatiques peu avenants pour Mohammed VI, Rabat a toujours su se ménager les appuis de son suzerain impérial et profiter des aides économiques et militaires récompensant ses plus fidèles alliés de la région. Et ce n’est pas l’enlisement perceptible des transitions politiques en Tunisie, en Égypte, en Libye ou demain en Syrie qui changeront la donne.