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samedi 9 novembre 2013

Algérie-Maroc, la crise : Ce qu’en pensent les Marocains

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Le journaliste Algérien Mehdi Bsikri près de la Mosquée d’Oujda, au Maroc.
Journaliste Algérien , Mehdi Bsikri était au Maroc au moment  de l’attaque du Consulat Algérien à Casablanca. Il y était pour couvrir une conférence sur les énergies du désert, qui a eu lieu à Skhirat, à 30 km de Rabat, du 29 au 30 octobre 2013. En déambulant dans les rues Marocaines, il a recueilli de nombreux témoignages. Il a accepté de les livrer au Blog Paroles d’Algériens, pour rappeler la fraternité « oubliée » qui unit les deux peuples. Récit.
 
Vendredi 1er novembre, jour sacré pour les Algériens: célébrant le 59ème anniversaire du déclenchement de la glorieuse guerre de Libération. Ce jour là, une « secte » connue pour son allégeance au palais royal, tient un rassemblement devant le consulat général d’Algérie à Casablanca. Un jeune mercenaire commet l’irréparable. Il pénètre dans l’enceinte diplomatique algérienne, sous le regard passif de policiers. Une vidéo, qui a fait le tour du monde, le montre grimper jusqu’à la terrasse du consulat pour arracher le drapeau algérien. 
 En Algérie, c’est la consternation. Au Maroc, c’est la condamnation populaire.

Condamnation !

La rue marocaine, dans son écrasante majorité, condamne l’acte du « voyou ».
La veille, un rassemblement avait également été organisé par un autre groupuscule devant l’ambassade d’Algérie à Rabat. Ils protestaient contre le contenu d’un discours du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, lu par son ministre de la justice, Tayeb Louh,  au Nigeria, demandant une commission d’enquête sur les droits humains au Sahara Occidental.
Hasard, pure coïncidence ou mektoub (destin)?
Nous étions au Maroc au moment des faits.

« Hchouma, aar kbir (honte, grande humiliation ».
Ces propos ne sont pas ceux d’un Algérien amoureux de son pays. C’est l’expression de regret d’Ali, 32 ans, ingénieur. Il est marocain. Il aime son pays. Il aime l’Algérie. Il aime l’Afrique du Nord. C’est un maghrébin convaincu. Il croit à la paix et au développement de la région.

Pour lui, « il n’y a pas de différence entre les deux pays, ni entre les deux peuples, ni entre les deux drapeaux ». C’est « kif kif », C’est « bhal bhal »( C’est la même chose).

« Moi, marocain de Rabat, Mohamed, cadre dans une entreprise gouvernementale, je présente mes excuses au peuple algérien frère. Je ne peux pas tolérer une action pareille. Le bandit qui a déchiré le drapeau algérien est un faux marocain. Un vrai marocain n’aurait jamais commis ce geste inadmissible. Les Algériens sont nos frères, l’Algérie comme le Maroc est notre pays », tonne notre interlocuteur, qui assure tenir des propos sincères.

Accueil chaleureux

Dans l’ancienne ville de Rabat, au niveau de la Souika, les venelles sont ambiantes et ne désengorgent pas. Si la discussion est abordée avec un commerçant, l’accent algérien du centre est tout de suite reconnu.

« Enta dziri (vous êtes algérien) », nous demande un vieil artisan, vendeur d’habits traditionnels à l’entrée Est de la médina. Une fois la nationalité algérienne confirmée, le ton change. « Marhba bikoum. Hada nhar mabrouk (soyez les bienvenus, c’est un jour béni), hadi darkoum (ici c’est votre maison) », lance l’artisan.
Nous avons senti ce chaleureux accueil dans tous les magasins, cafétéria, hôtels, taxi. « Akhay (frère dans le parler rbati), les Algériens sont nos frères. Il ne faut pas tomber dans le piège des politiciens des deux pays, qui au fond d’eux ne veulent pas régler les litiges parce qu’ils ont de gros intérêts, comme le trafic de carburants et de cannabis. En même temps, il ne faut pas oublier que des puissances extérieures ne veulent pas la paix totale entre le Maroc et l’Algérie. Pour eux, il n’est pas question de créer un ensemble homogène, efficace et solide en Afrique du Nord », observe Hamid, la quarantaine, cadre dans une entreprise privée.

Consternation

Nous avons effectué une visite éclair à Oujda, ville située à 20 km des frontières algériennes, à l’extrême Est du Maroc. Dans cette contrée, c’est également la consternation. Azouzi, 52 ans, est chauffeur de taxi. Il est en colère:

« Le voyou de la vidéo a porté atteinte au drapeau algérien pour lequel des millions de martyrs sont morts durant la guerre de Libération. A-t-il oublié que les combattants marocains et algériens s’échangeaient les armes, la logistique, les équipements pour lutter contre l’ennemi. Il y un véritable problèmes chez ces fouteurs de zizanies. Nous ne nous voulons pas partager les visions des deux pouvoirs. Les peuples marocain et algérien veulent autre chose. Ils veulent vivre en harmonie, dans l’amour et la prospérité », affirme-t-il avec passion. Et de poursuivre : « Vous êtes venus au Maroc en tant que journaliste algérien. Je ne vous considère pas ainsi. Pour moi, vous êtes mon fils, vous êtes mon frère, vous êtes le cousin. Je vous ouvre les portes de ma maison. Le Maroc est votre pays, et je suis sûr que l’Algérie est également le pays des Marocains ».
Samedi 2 novembre. Nous nous retrouvons à l’aéroport Mohamed V de Casablanca pour un vol à destination d’Alger. Avant d’atteindre la salle d’embarquement, les agents de la police des frontières, une fois notre passeport entre leurs mains, nous adresse un sourire. « C’est votre première fois au Maroc », nous interroge-t-il. Notre réponse est « non ».

L’agent poursuit : « Venez autant que vous voulez. Ne craignez rien. Vous êtes chez vous. Le Maroc est votre pays ».
Au final, la fraternité ne peut être détruite. Les peuples triompheront.

http://blog.slateafrique.com/paroles-algeriens/2013/11/05/crise-entre-lalgerie-et-le-maroc-ce-quen-pensent-les-marocains/

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