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vendredi 23 décembre 2011

Zakaria Moumni condamné à 20 mois d’emprisonnement par la justice marocaine

Zakaria Moumni devant l'ambassade du Maroc à Paris avant qu'il ne soit arrêté par la police au Maroc


Le comité « Libérez Zakaria Moumni » a appris  avec stupéfaction par Maghreb Solidarité la condamnation de Zakaria Moumni à 20 mois d’emprisonnement. Verdict rendu le 22 décembre par le tribunal de Rabat suite au procès en cassation du 15 décembre dernier.
(voir ci-dessous :la plaidoirie)

Le comité a rappelé dans un précédent communiqué le parcours de ce jeune champion de boxe qui l’a conduit à s’attirer les foudres de la justice marocaine. Une justice aux ordres qui détruit puisqu’elle ne répare. Zakaria a vu sa peine passer de deux ans et six mois à 20 mois dans un procès où tous les observateurs et défenseurs des droits de l’Homme y ayant assisté ont constaté l’absurdité, les contradictions et les incohérences flagrantes dans les propos soutenus par les deux plaignants qui se sont présentés, pour la première fois, devant le juge (voir le communiqué de la FIDH ci-dessous). La cour a choisi le parti de l’injustice, même si elle a réduit la peine de 10 mois. Zakaria doit être libéré et réhabilité car il n’a fait que revendiquer un poste de conseiller sportif auquel il avait droit comme le garantit le décret de 1967.

Ce jugement inique est la preuve, entre autres, que le discours sur les droits de l’Homme que distillent les officiels marocains à la face du monde n’est qu’un leurre.

Le comité « Libérez Zakaria Moumni » condamne à nouveau cette privation de liberté et continue sa mobilisation et son soutien à Mme Taline Moumni, l’épouse de Zakaria, et sa famille au Maroc jusqu’à sa libération.
Pour le comité
Ayad Ahram
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 De la part de Luiza Toscane, 23/12/2011
Zakaria Moumni condamné à 20 mois d’emprisonnement par la justice marocaine : une décision inique

La FIDH déplore vivement la condamnation de Zakaria Moumni à 20 mois d’emprisonnement, prononcée ce jour par le Tribunal correctionnel de Salé-Rabat.

« La FIDH considère que cette condamnation ne constitue qu’un prétexte afin de sanctionner Monsieur Zakaria MOUMNI pour avoir dénoncé une discrimination dont il estime avoir été l’objet » a déclaré Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH.

« Par ailleurs, il s’agit d’un signal négatif en contradiction avec le discours officiel de respect des droits et libertés des citoyens marocains » a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Ce sportif marocain, qui a obtenu pour le Maroc un titre mondial de championnat de boxe, avait été interpellé le 27 septembre 2010 lors de son arrivée à l’aéroport de Rabat en provenance de Paris. Il a été conduit alors au Centre d’interrogatoire de Tamara où, victime de torture et de mauvais traitements, il est demeuré pendant quatre jours.

Au terme d’un premier procès particulièrement expéditif, en octobre 2010, il avait été condamné à une peine de trois années d’emprisonnement pour escroquerie, réduite à deux années et demie en appel. La Cour de cassation a ensuite cassé la décision au regard des anomalies du dossier et des déclarations de Monsieur Zakaria Moumni. Lors de l’audience après renvoi de cassation, le 27 octobre dernier, l’affaire avait été ajournée au 15 décembre.

Pendant ce temps Monsieur Zakaria MOUMNI a continué de subir, pendant plus de 14 mois, une détention effectuée dans des conditions particulièrement pénibles. Pourtant le délit d’escroquerie invoqué ne repose sur aucun élément probant et sérieux, comme l’a laissé entendre la Cour de cassation.

Au cours de l’audience du 15 décembre dernier, qui avait vu apparaître, pour la première fois depuis le déclenchement des poursuites contre Zakaria MOUMNI, les plaignants qui ont comparu à la barre en tant que simples témoins, les défenseurs des droits de l’Homme présents au procès, dont l’observateur mandaté par la FIDH, et l’avocat de la défense ont noté et observé de multiples incohérences et contradictions dans les déclarations des deux plaignants qui se sont présentés à ce nouveau procès sans leur avocat.

Au vu des informations fiables en notre possession, il est évident que le maintien en détention de Zakaria MOUMNI qui résulte de la condamnation prononcée ce jour présente un caractère arbitraire et que sa libération immédiate et inconditionnelle continue de s’imposer.
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Compte-rendu de la plaidoirie du 15/12 
Zakaria Moumni confronté à de bien étranges accusateurs
Par demainonline, 22/12/2011
Rabat.- Finalement, les deux accusateurs de Zakaria Moumni se sont présentés devant le tribunal. Alors qu’ils étaient, selon la justice marocaine, introuvables pendant 15 mois de procédure et 5 audiences, ils ont miraculeusement apparu.

Après des pressions venues d’en haut, la Cour suprême avait cassé le jugement en appel condamnant le boxeur à deux ans et demi de prison ferme et ordonné qu’il soit rejugé.

Demain publie un texte envoyé par Mme Taline Moumni, épouse du champion embastillé pour avoir embêté le Divin dans son château picard. C’est un texte d’impression sur les débats qui ont animé le tribunal de Salé, le mercredi 15 décembre.

Ce n’est pas inintéressant !

« La salle est vide. Le seul dossier présenté aux juges est celui de Zakaria Moumni. Pourtant, le 27 octobre dernier, la salle était pleine. Cela dénote de l’intérêt de la justice pour cette affaire.

Les deux personnes qui sont là, sont sensées se présenter comme les plaignants, les accusateurs ayant porté plainte contre Zakaria Moumni. C’est par leur faute qu’il est enfermé depuis 15 mois.

Mais, curieusement, aujourd’hui ils se présentent comme de simples « témoins ».

En épluchant un peu ses documents, Me Abderrahim Jamaï, l’avocat de Zakaria, se rend compte que ces deux personnes se sont toujours présentées comme « témoins ». Jamais comme « plaignants ». Et ils n’ont jamais demandé des dommages et intérêts. Bizarre !

Puis une deuxième surprise : il y a bien un avocat qui les représente, mais celui-ci ne sait pas ce qu’il fait ici… Il n’est pas au courant de l’affaire et comme ses clients sont de simples « témoins » et non des plaignants, il ne peut pas les représenter.

Avant de quitter les lieux, il dit à Me Jamaï : « Je ne connais pas ce dossier. Ces personnes sont venues me voir, m’ont payé 2500 DH pour que je vienne aujourd’hui »

Mais le gros du dossier se trouve dans les contradictions, nombreuses, qui entachent le dossier d’accusation :

1 / Les identités de ces personnes. Leurs noms et prénoms.

2 / Leurs adresses : Des incohérences apparaissent dans leurs propos. « J’habite à cette adresse mais pas tout le temps », dit l’un d’eux.

3 / L’état civil : l’un d’eux avait déclaré dans le PV de police qu’il était célibataire. Devant le tribunal il se présente comme marié. Il l’a toujours été et a même des enfants.

4 / Au niveau de leur profession : l’un d’eux avait déclaré dans le PV qu’il était chômeur. Devant le tribunal, il change d’avis. Il a toujours travaillé.

5/ Le clou de l’affaire est quand Abderrahim Jamaï évoque le dénommé « Soultane ».

En effet, ce « Soultane » est l’élément central dans cette affaire, car les « plaignants », devenus depuis de simples « témoins », soutiennent qu’il a joué l’intermédiaire entre eux et Zakaria Moumni.

Les « témoins » avaient affirmé à la police qu’ils rencontraient à chaque fois « Soultane » dans un « café ». Or, devant le juge, ils se perdent en conjectures. Ils n’ont ni le numéro de téléphone de « Soultane », ni son nom de famille, ni son adresse. Tout ce qu’ils savent de lui c’est son prénom et qu’il possède une 4×4, dont ils ne connaissent pas le numéro d’immatriculation.

« Mais comment pouvez-vous vous donner rendez-vous dans un café à quelqu’un sans connaître son domicile ni son numéro de téléphone ? », interroge maître Jamaï.

Réponse gênée des intéressés : « On se rencontrait au café. Comme ça, sans s’appeler ».

6 / Me Jamaï demande aux deux « plaignants-témoins »: « Comment avez vous connu Zakaria Moumni ? ».

Réponse des deux : « La première fois, on a entendu « Soultane » parler de lui au téléphone. Il disait que c’est un champion du monde ».

C’est tout ? C’est tout !

7 / Une autre question dirigée par Me Jamaï à l’un des accusateurs : « Comment pouvez-vous, alors que vous êtes au chômage, donner 14 000 DH ? ».

Pas de réponse.

Et quand Jamaï relance la question aux deux « témoins », « Comment et où avez-vous trouver 28 000 DH ? », le juge l’interrompt et rejette la question. Motif : le tribunal n’a pas à savoir d’où provenait l’argent.

8 / Dans le PV de police, daté de septembre 2010, ils n’avaient rien dit sur le salaire que ces soi-disant contrats de travail en Europe prévoyaient.

Pourtant, devant le tribunal, ils déclarent que le contrat de travail prévoyait un salaire de 600 euros en Europe …

Jamaï revient à la charge. « Saviez-vous quels étaient les contrats en question ? » et « Quel travail alliez –vous faire ? »

Réponse : « Non, on ne savait pas quel travail on allait faire, on savait juste que c’est un contrat pour travailler en Europe ».

9 / Me Jamaï leur demande : « Que connaissez vous de ce champion et pourquoi pensiez vous qu’il pourrait vous procurer des contrats de travail ? », Qu’est ce qui vous a fait croire qu’il a tant de pouvoir ? »

Réponse : « On ne connaissait pas Zakaria Moumni, c’est « Soultane » qui nous a dit que c’est un champion du monde et qu’il a le pouvoir de faire travailler tout le monde ».

Ah bon ? C’est tout !

Réplique de Jamaï : « Mais un champion du monde, n’est pas un homme de pouvoir… ».

Silence dans box des témoins.

10 / Jamaï leur demande : « Comment pouvez-vous remettre de l’argent à quelqu’un dont vous ne connaissez absolument rien ? »

Réponse : « On ne sait pas, c’est Soultane qui le connaît »

Question de Me Jamaï : « Quand avez-vous vu Zakaria ? »

Et là, une énième contradiction fuse dans la salle du tribunal : Dans le PV de police, les « témoins » avaient déclaré « l’avoir vu au café où ils lui avaient remis l’argent », au tribunal on a eu droit à une autre version : « On l’a vu juste vu deux minutes dans la voiture et on lui a donné l’argent »

Reconnaître un homme 8 mois après les faits (la remise d’argent se serait effectué, selon les « témoins » en janvier 2010, et Zakaria Moumni a été formellement « identifié » par ses accusateurs en septembre 2010) après l’avoir vu « seulement » pendant deux minutes, est un témoignage pour le moins douteux.

Alors, quand Me Jamaï leur demande : « Mais, vous avez donné quelque chose à ce dénommé « Soultane », car, s’il a servi d’intermédiaire il a bien dû toucher quelque chose … ».

Réponse : « Non, il n’a rien demandé et on ne lui a rien donné »

Manifestement, le dénommé « Soultane », qui circule en 4×4 sert d’intermédiaire par philanthropie. De manière désintéressée, évidemment.

Passons pour le refus du tribunal d’ordonner la recherche du dénommé « Soultane », alors que normalement il est visé par la plainte des deux « témoins ».

On voit bien que ceux qui ont envoyé Zakaria Moumni en prison étaient plus intéressés par ce dernier que par le « complice Soultane », qui est accusé des mêmes faits.

Finalement, dans sa plaidoirie, Me Abderrahim Jamaï a évoqué la « vraie raison » de toute cette mascarade, le coup monté politique, le dossier vide pour masquer une punition arbitraire à l’encontre de Zakaria Moumni. Cela a obligé le juge à arrêter sa plaidoirie, à la stopper net. Le magistrat n’a aucune envie de savoir qui est derrière cette sombre affaire.

Mais Jamaï a continué à mettre en évidence les incohérences de cette procédure. Il a dénoncé la pratique de la torture pour extorquer des aveux à un innocent et la mise au secret de son client à Témara, le siège des services secrets marocains, avant de le présenter devant un juge.

Pourquoi un accusé de droit commun se retrouve-t-il séquestré dans le siège des services secrets ?

Pas de réponse. Evidemment.

Verdict aujourd’hui, vendredi 22 décembre.

Taline Moumni «

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