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samedi 18 juillet 2009

Débat - Le bilan de 10 ans de règne est nul, d'accord, et après ?

L'approche du 10ème anniversaire de l'accession au trône de M6 (30 juillet 1999) appelle naturellement des bilans. Le quotidien français Le Monde consacre une série d'articles à ce bilan. Oublions l'article consternant de l'ex-gauchiste Driss El Yazami, qui est un véritable hymne à la gloire du Palais sur le thème : "Tout Va Bien mais ça pourrait aller encore mieux" pour aller directement à celui d'Aboubakr Jamaï, qui interpelle la gauche de Sa Majesté : "La balle est largement dans le camp de cette élite de gauche qui a pactisé avec Hassan II. Promouvoir les valeurs progressistes ne peut se faire en se cachant dans les jupes d'une monarchie peu respectueuse de l'Etat de droit. Le temps est venu d'un grand débat, en fait de ce que les constitutionnalistes appellent "un moment constitutionnel" : les élites progressistes doivent accepter la souveraineté populaire ; elles ne doivent plus exclure la possibilité (non acquise d'ailleurs) de voir les nouveaux acteurs dits islamistes gagner les élections et accéder aux manettes de l'Etat."
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Le bilan institutionnel étant "nul", le temps est venu d'un grand débat
par Aboubakr Jamai, Le Monde, 15/07/2009
Le Royaume du Maroc n'est pas une démocratie. Pour s'en convaincre, il suffit d'en lire la Constitution ou d'en observer les us et coutumes politiques. Deux points de vue sur l'intérêt d'une libéralisation politique dominent. Pour les uns, les Marocains ne sont pas mûrs pour la démocratie : la stabilité et le développement du royaume requièrent une main de fer. C'est le mythe du despotisme éclairé. Et puis il y a ceux qui estiment que la construction d'institutions démocratiques passe par une phase de transition. Au cours de celle-ci, le roi doit mettre une partie de son pouvoir au service d'une libéralisation graduelle et apaisée des institutions. Avec cette deuxième catégorie, on est toujours dans le concept du despote éclairé. Sauf que le souverain, désintéressé et soucieux d'agir pour le bien commun, est censé contribuer activement à la démocratisation du pays. Il existe un consensus tacite, datant des années 1990 : la structure autocratique des institutions est acceptée, mais seulement en contrepartie d'un engagement de la monarchie en faveur d'une ouverture du système - graduelle, certes, mais réelle. C'est dans cet esprit qu'Hassan II a offert à l'opposition socialiste d'intégrer le gouvernement et que celle-ci a accepté. Dix ans après son intronisation, Mohammed VI a-t-il respecté les termes de ces engagements ? Une analyse sérieuse des faits ne permet qu'une seule réponse : non. La modernisation politique du Maroc se mesure à l'aune de deux paramètres : la réforme des institutions et l'élargissement de l'espace public - les acteurs sociaux devenant autonomes et libres de parole. Pour ce qui est des institutions, le bilan de ces dix dernières années est tout simplement nul. Rien n'a été fait pour entamer une réforme constitutionnelle. Pis encore, aux yeux de la monarchie : évoquer la réforme de la Constitution confine au blasphème et expose ses promoteurs à la marginalisation politique et aux foudres des médias aux ordres. Pour ce qui est de l'élargissement de l'espace public, le bilan du "nouveau" règne est au mieux médiocre. Une société civile jugée trop dynamique et autonome a vu son espace vital se réduire. L'arme de la monarchie ? La Fondation Mohammed V. Cette organisation fondée par Hassan II en 1997 a vu sa puissance décuplée par l'organisation annuelle d'une campagne dite de solidarité nationale. Les Marocains sont invités à y faire leurs donations directement, à charge pour cette fondation de redistribuer cette manne aux ONG "méritantes". Inutile d'ajouter que les ONG aux vues un peu trop indépendantes en sont exclues. Même processus dans le monde des affaires, un autre domaine dans lequel le fils a surpassé le père. Le roi est aujourd'hui, à titre privé, le premier banquier, le premier industriel et le premier assureur du pays. Son statut de chef d'Etat, intouchable de par la Constitution, fait réfléchir à deux fois ceux qui seraient tentés de le concurrencer. Tant pis pour la libre entreprise et les effets bénéfiques de la concurrence pour le consommateur. Ce n'est pas tout. Un des phénomènes principaux apparus lors des dernières années du règne d'Hassan II : le processus d'autonomisation du patronat marocain, est aujourd'hui inversé par la mise au pas de sa principale organisation, la Confédération générale des entreprises marocaines. L'agora s'est rétrécie : les Marocains lisent moins de journaux, participent moins aux élections. Faut-il donc tout jeter de ces dix années de règne de Mohammed VI ? Peut-être pas. Il a eu des poussées modernisatrices. Mais, pour chacune de ces initiatives, que d'accès d'autoritarisme ! Les effets bénéfiques de la réforme du statut de la femme, réforme importante, où la sincérité et l'engagement de Mohammed VI ont été au-dessus de tout soupçon, sont sérieusement atténués par un système judiciaire profondément corrompu.

LE SILENCE ET LES COMPROMISSIONS
L'impact du travail de l'Instance équité et réconciliation, censée faire la lumière sur les atteintes aux droits de l'homme durant le règne d'Hassan II, est largement dilué. D'une part par les limites imposées à sa mission - telles que la non-divulgation des rapports d'enquête et l'interdiction de nommer les tortionnaires, encore moins de les poursuivre en justice. Et, d'autre part, par la persistance de la pratique de la torture. Amnesty International et Human Rights Watch ont publié des rapports révélant l'existence d'un centre de torture secret situé à quelques kilomètres du palais royal, à Rabat. Il y a, enfin, la guerre enragée contre la presse indépendante, faite d'interdictions, de répression judiciaire et de boycottage publicitaire. Cet hégémonisme royal commence à sérieusement inquiéter. Comment moderniser le pays et assurer sa stabilité avec des intermédiaires sociaux aussi décrédibilisés et en l'absence de compétences dans l'environnement de la monarchie ? Réponse : il faut que les élites retrouvent leur crédibilité. Qu'elles soient politiques ou économiques, elles doivent abandonner leur attitude passive vis-à-vis de la monarchie, lui signifier ses manquements. Car si la monarchie s'est accaparée autant d'espace, c'est que les élites et les partis politiques le lui ont permis par leur silence et leurs compromissions. Il leur faut aussi cesser d'attendre de la monarchie qu'elle arbitre les débats fondamentaux : agissant d'abord pour préserver sa toute-puissance, elle ne peut pas être désintéressée. La balle est largement dans le camp de cette élite de gauche qui a pactisé avec Hassan II. Promouvoir les valeurs progressistes ne peut se faire en se cachant dans les jupes d'une monarchie peu respectueuse de l'Etat de droit. Le temps est venu d'un grand débat, en fait de ce que les constitutionnalistes appellent "un moment constitutionnel" : les élites progressistes doivent accepter la souveraineté populaire ; elles ne doivent plus exclure la possibilité (non acquise d'ailleurs) de voir les nouveaux acteurs dits islamistes gagner les élections et accéder aux manettes de l'Etat. Les islamistes doivent, eux, s'engager à préserver les libertés politiques, religieuses et culturelles des Marocains. Dans le meilleur des mondes, ce processus bénéficierait du soutien de la monarchie. Espérons que cela reste possible.
Aboubakr Jamai est journaliste, ancien directeur du "Journal hebdomadaire" .


Premières réactions

Saïd Sougty,17/07/2009
Boubker Jamai est une des figures qui ont brillé ses dernières années dans "la presse indépendante" des partis politiques. Ce qui lui a valu son installation aux USA pour garder la liberté de sa plume.

Cette introduction est pour vous exprimer ma déception à la lecture de son texte. Il est totalement décalé dans le temps. De nouveaux éléments d’analyse s’imposent aujourd’hui à tout commentateur de la scène politique marocaine :
Ø le PJD est un mouvement totalement domestiqué, et devient un paramètre pour résoudre les équations du régime. Donc, nous sommes loin de sa conquête du pouvoir,
Ø La création du Parti Authenticité et Modernité n’est pas à négliger. Ce support publicitaire, qui devait amener les citoyens à croire aux institutions en perte de vitesse, s’est vu faire du réchauffé des plats du FDIC. Sa mission a totalement échoué devant le fort taux de boycott.
Ø L'ex-Koutla ne suscite plus d'espoir populaire; elle est réduite à une roue de secours. Pire encore, ses dirigeants transformés en notables sont prêts à tout type d’alliance, pourvu qu’ils restent à leur place. Ses partis, par manque de combativité, produisent, peu ou prou, de militants.
Ø L’'émergence de nouvelles forces politiques qui répondent aux aspirations populaires soient ponctuelles, locales ou nationales, et acquièrent le statut d’un pôle de changement, forçant le respect par leur lutte sans compromissions aucune. Je cite haut et fort les enchômagéEs, les étudiants de base, la grande AMDH et tout naturellement la Voie Démocratique, ATTAC, l’Alternative…
Je dirais que le texte de Boubker Jamai ci-dessous manque de toute investigation dont il nous a souvent habitué. Est-ce que le régime gagne des points en obligeant au départ des journalistes (le cas de Ali Lamrabet aussi), ou tout simplement c’est une réponse d'un fils désobéissant répondant à Khalid JAMAI qu'il n'a rien à attendre de sa lettre adressée à Mohamed VI, car le roi est mouillé jusqu'à l'ONA dans les écueils formulés ??
Said Sougty

Au Maroc
Par Belmaïzi, 17/07/2009
Voilà plus de 50 ans que les cris d’alarme retentissent sans interruption. Au moins trois générations ont inscrit valablement leurs griefs vis-à-vis de ce régime qui, sottement, se croit puissant et immuable. La loyauté de la critique et de la contestation constructives sont remarquablement orchestrées, par les véritables voix encadrant les aspirations de la majorité des citoyens. Elles visent, sans détour, l’élaboration d’une société juste, émancipée et démocratique. En somme un État de Droit.

Depuis l’Indépendance, l’idée fondamentale qui surgissait et continue aujourd’hui à s’exposer au refus catégorique et agressif du roi et de son institution (l’entourage des béni oui-oui), est celle qui exige que le monarque règne et ne gouverne pas.

Une revendication logique, moderne et pleine de bon sens. D’ailleurs le roi Mohamed V, à l’aube de la décolonisation allait s’y résoudre s’il n’avait pas été happé par la pesanteur, la pression et les complots de coulisses – (jusqu’à sa mort… : dans le livre de Ignace Dalle « Les Trois Rois », l’auteur signale que Mohamed V, sous pression et las d’être roi, était sur le point de quitter le Maroc en emportant avec lui tout un butin…) – des mafieux à l’appétit dévoreur. Ils ont réussi à semer l’immoralité dans les rapports entre l’Etat et le Citoyen. La Hogra et la répression sont devenues un système de valeur.

La société civile, aujourd’hui plus outillée que jamais, est une force de proposition et de changement pour garantir un pays paisible, géré par une morale politique et une bonne gouvernance. Tout y est, mais le régime, enfoncé dans une lourde surdité, continue dans sa culture de mépris et de cécité.

Lorsqu’un pouvoir n’écoute pas les forces vives de la nation et qu’il ne fournit aucun effort pour canaliser les énergies en vue de la construction d’un véritable État de Droit. Et lorsque la gouvernance est gangrenée par la corruption de tout genre, par l’empire de l’impunité, par l’arbitraire de la féodalité (on a vu l’exemple de la terreur semée à Khénifra par la famille royale), par la violence répressive, gratuite et superbement inutile (Ifni et sa population martyre), par les bastonnades des manifestants paisibles (force de proposition) , par les emprisonnements à tout bout de champ… et pour n’importe quelle franchissement de lignes rouges… Lorsque les citoyens n’ont plus le goût de participer à la mascarade des élections, blasés qu’ils sont par la dérive et la perversion des cupides et des opportunistes…

Bref lorsque toutes les portes du futur sont fermées et que les horizons s’avèrent sombres et sans espoir, on peut commencer honnêtement à dire tout haut que ce pays n’appartient qu’à une certaine élite bornée qui va le précipiter dans les abîmes abyssaux.

Et du coup, ouvrir le débat sur un questionnement juste et dialectique, s’avère légitime : ce régime et cet État sont-ils fondamentalement légitimes, vu la profondeur du fossé entre une minorité écervelée par le prestige et le pouvoir, et les aspirations légitimes, ancrées dans l’Histoire et la tradition de notre pays ?

On ne peut continuer de tourner indéfiniment autour du pot.


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