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vendredi 29 juillet 2011

Les Berbères veulent se faire un prénom au Maroc

Par Ali Amar, Slate, 26/07/2011


Les prénoms berbères sont interdits au Maroc. La nouvelle Constitution qui officialise la langue amazighe changera-t-elle la donne?
Une femme et son bébé dans le village de Tarart, Haut Atlas, au Maroc, le 31 août 2006. REUTERS/STR New

Il y a quelques années, dans une petite ville du sud-est du royaume chérifien, les parents d’un nouveau-né voulaient l’appeler Amazigh (l’homme libre, en langue berbère). Mais les autorités ne l’entendaient pas de cette oreille, obligeant l’enfant à porter un prénom arabo-musulman, conformément à l’idéologie officielle —bien que le peuple amazigh, dans sa diversité, soit un peuple autochtone (il représente une très large part de la population marocaine) et de surcroît indigène d'Afrique du Nord et largement musulman.

Amazigh n’est pas un cas isolé, loin s’en faut. Celui par exemple du petit Sifaw a défrayé la chronique alors que les révolutions dans le «monde arabe» battaient leur plein.

Les plus importantes populations amazighes se trouvent au Maroc et en Algérie. Leurs élites sont activement engagées dans la lutte pour leurs droits culturels, linguistiques et politiques. En 2001, dans un geste d’ouverture politique, le roi Mohammed VI avait créé un Institut royal de la culture amazighe, mis en place un programme d'enseignement des langues berbères à l'école et autorisé des programmes de radiotélévision dédiés.

A son accession au trône en 1999, le roi avait brisé un tabou en visitant le Rif, une région berbère pauvre et enclavée où son père, Hassan II, n'était jamais allé en 38 ans de règne. Et pour cause: c’est dans cette même région qu'en 1958, au lendemain de l'indépendance, Hassan II avait durement maté dans le sang une rébellion alors qu'il n'était que prince héritier…

Des discriminations historiques, culturelles et politiques

Avec l’officialisation de la langue amazighe, le Maroc s’est engagé à parachever les mesures prises jusqu’ici avec timidité pour la reconnaissance effective des droits culturels et identitaires des berbères. Faudra-t-il attendre longtemps pour que le droit des parents à choisir un nom amazigh à leurs enfants soit reconnu? La question mérite d’être posée tant les Amazighs sont victimes de discriminations liées à leur culture, leur histoire, leur identité.

Pour les plus sceptiques, cela pourrait encore durer. La nouvelle Constitution, bien qu’adoptée, prévoit une consécration graduelle de la langue amazighe, mettant l’accent sur des «priorités» que des lois organiques devront définir au gré des votes parlementaires. Et sous l’Hémicycle, les débats risquent d’être houleux; la sainte alliance des conservateurs, tenants du panarabisme nationaliste (Parti de l’Istiqlal, indépendance en arabe) et des islamistes (Parti de la justice et du développement, PJD), unis sous l’étendard de l’arabité et de l’Islam, comptent ferrailler pour que cette reconnaissance demeure confinée à un ornement symbolique de l’identité nationale.

Une loi scélérate édictée sous Hassan II
Jusqu’ici —et depuis l’adoption d’une loi scélérate en 1996 sous le règne d’Hassan II et que l’on dit édictée par Driss Basri, son homme lige, tout puissant ministre de l’Intérieur durant les années de plomb— les agents de l’état civil refusent d’enregistrer les nouveau-nés dont les prénoms «ne sont pas marocains», —sous-entendu «arabes».

Cette décision administrative écarte les références régionales, culturelles, historiques et tribales, sous peine de «porter atteinte aux coutumes de la société ou à la sécurité nationale». Dans la pratique, tout prénom ne peut être enregistré s’il ne figure pas sur une liste spécifiquement arrêtée par les services de l’Etat.

Rabat avait même envoyé à toutes ses ambassades et consulats à l’étranger cette liste de prénoms autorisés afin d’éviter que la communauté marocaine vivant à l’étranger puisse déroger à la règle, y compris pour les binationaux et les enfants de couples mixtes. Les prénoms chrétiens étant déjà interdits.

«Nous interdisons les prénoms berbères parce qu’ils ne sont pas en accord avec l’identité, et parce qu’ils sont une porte ouverte à la prolifération de prénoms dépourvus de sens», avait déclaré un agent consulaire à la presse néerlandaise lorsqu’avait éclaté il y a quelques années une polémique à ce sujet aux Pays-Bas, terre d’émigration de Marocains majoritairement berbères.

Des raisons éminemment politiques sont à l’origine de l’interdit. La monarchie se réclame d’ascendance prophétique: le roi est Commandeur des croyants par son statut de monarque divin, il tire sa légitimité religieuse mais aussi et surtout politique de sa filiation avec Mahomet. Aussi, le trône a toujours été très rétif à lâcher la bride aux Amazighs, réputés rebelles à son autorité depuis la nuit des temps. Ce n’est pas par hasard que les revendications les plus en pointe sur la laïcité et les libertés individuelles au Maroc soient portées par des militants de la cause amazighe.

Des victoires juridiques obtenues à l’arraché
D’ailleurs, le Maroc est un pays où on peut appeler sa fille Shams (soleil, en arabe), mais pas Tafoukt (soleil, en amazigh), preuve s’il en faut que la discrimination n’est pas seulement de nature religieuse. En réalité, la Couronne, encore très attachée à son centralisme aux relents féodaux, gère avec un doigté fébrile un régionalisme potentiellement dissident en s’appuyant sur sa supposée capacité unificatrice d’un Maroc melting-pot, mosaïque de peuples, de langues, de cultes et d’identités multiples.

«Cette loi interdisant ou plutôt n’autorisant que les prénoms figurant sur une liste délivrée par le ministère de l’Intérieur, maintenue à cause soi-disant de l’acculturation aux séries télévisées égyptiennes et mexicaines, préfère les prénoms issus de la tradition marocaine.

Alors, comment explique-t-on le cas de ces deux prénoms refusés à deux bambins: Massine et Noumidia? Un garçon et une fille nés il y a deux ans et qui ne figurent pas dans l’état civil. Massine est un vieux prénom berbère et Noumidia (la Numidie) est le nom d’une partie du Maroc à l’époque romaine. Est-ce contraire à la tradition marocaine d’utiliser des prénoms berbères?», s’insurgeait déjà en 1999 un blogueur.

Malgré les interdits et le déni officiel, la loi donne cependant dans les années 2000 le droit aux parents de faire appel d'un refus en justice auprès de la Haute commission de l'état civil, une instance ad hoc composée de représentants des ministères de l'Intérieur et de la Justice, ainsi que de l’historiographe du royaume, nommé par le Palais, gardien et scribe de l’Histoire officielle de la dynastie alaouite.

En dix ans, la commission a statué sur des dizaines de prénoms amazighs, ou autres non arabo-musulmans, en acceptant certains et rejetant la plupart. Plusieurs Amazighs marocains ont rapporté que lorsque les agents de l'état civil se voient encore présenter en 2011 des prénoms peu fréquents, ils consultent des listes périodiquement mises à jour par la Haute commission. Ces listes comportent non seulement les prénoms autorisés, mais aussi des dizaines de prénoms bannis.
Des autorités avilissantes et revanchardes

En 2009, l’ONG internationale Human Rights Watch (HRW) avait interpellé l’Etat marocain sur cette discrimination à travers cinq cas emblématiques. Ceux-ci, documentés dans la lettre de HRW adressée au ministre de l’Intérieur de l’époque, impliquant des résidents du Maroc ainsi que des émigrés vivant à l'étranger, avaient finalement trouvé une issue victorieuse.

Cependant, pour voir leurs cas aboutir, les parents ont dû faire appel à la mobilisation de l’opinion publique nationale et internationale et faire preuve de patience face à des délais bureaucratiques considérables et de longues procédures d'appel. Certains ont également subi des questions hostiles ou humiliantes de la part de fonctionnaires marocains. Enfin, ils ont dû supporter l'insécurité d'avoir un enfant sans identité légale durant plusieurs mois, voire plusieurs années.

Les parents d'un enfant qui n'est pas enregistré par l'état civil peuvent se retrouver confrontés à des obstacles lors d’une demande de passeport, dans les procédures de remboursement par les assurances médicales d'Etat, ou pour l'accès à d'autres services —y compris la scolarisation.

La plupart des parents qui persistent à demander au gouvernement d'enregistrer les noms amazighs sont généralement politiquement actifs, membres d’associations ou de mouvements de droits civiques et politiques. Ils affirment que pour chaque couple revendicateur de leurs droits, d'autres, plus nombreux, évitent de donner des prénoms amazighs à leurs enfants par crainte d’un refus avilissant et revanchard des autorités locales.

Une cour de première instance de la province de Taza avait donné en juillet 2009 son accord pour un prénom amazigh dans un sixième cas répertorié par Human Rights Watch. Abdallah Bouchnaoui et Jamila Aarrach ont été autorisés à prénommer leur fille âgée de cinq mois Tiziri, qui signifie lune en langue amazighe. Ce couple de Zerarda, un village du Moyen Atlas, a dû supporter des mois d'incertitude avant cette victoire, qu’ils semblent avoir remportée uniquement parce que le prénom lune est autorisé en langue arabe (qamar)…
Un chemin de croix bien tortueux

HRW avait aussi évoqué le cas de Rachid Mabrouky, qui avait tenté d’enregistrer sa fille à Marrakech sous le nom de Gaïa, un prénom de princesse berbère dont l’étymologie renvoie à la divinité Terre en latin. Lorsqu'il a expliqué que le prénom Gaïa était amazigh et donc forcément marocain, l'employé du service a persisté dans son refus, s'exclamant: «Vous, les Amazighs, vous êtes tous des fanatiques!»

La jurisprudence internationale affirme la liberté à choisir son prénom. En 1994, dans l'affaire Coeriel et Aurik c. Pays-Bas, le comité pour les droits de l'homme des Nations unies a statué que «l'article 17 [du Pacte international sur les droits civils et politiques] prévoit notamment que nul ne sera l'objet d'immixtion arbitraire ou illégale dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance. Le Comité considère que la notion de vie privée renvoie au domaine de la vie de l'individu où il peut exprimer librement son identité […] [Ceci] comprend la protection contre les immixtions arbitraires ou illégales dans l'exercice du droit de choisir son nom et d'en changer».

En 2007, les Nations unies avaient fait savoir qu’elles jugeaient toute mesure contraire à cette jurisprudence discriminatoire à l’égard des populations berbères, très nombreuses au Maroc. Face à la mobilisation des associations amazighes, le ministère de l’Intérieur marocain a diffusé en avril 2010 une circulaire reconnaissant que certains noms berbères remplissaient l’exigence légale de «caractère marocain». Cette circulaire, qui invite les officiers de l’Etat civil «à faire preuve de souplesse» et «à procéder à des recherches avant de refuser un nom», commencerait à porter ses fruits.

Dans ce sens, la nouvelle Constitution du Maroc prétend que les lois du royaume seront dorénavant en adéquation avec les textes et principes universellement reconnus en matière de droits de l’homme. Dans bien des domaines d’application, cela augure d’un chemin de croix bien tortueux. Serait-ce aussi le cas de ceux qui aspirent à prénommer leurs enfants à leur guise?
http://www.slateafrique.com/17309/maroc-prenoms-amazighs-interdiction-constitution-identite-culture-berbere

jeudi 28 juillet 2011

Le Nouvel Observateur enquête sur Mohammed VI

Par lakome.com, 28/7/2011

Le nouvel Observateur a eu accès à des sources proches du palais pour mener son enquête sur Mohammed VI. Pas tendre pour la monarchie et pour les élites du pays. Extraits. (Les intertitres sont de la rédaction de Lakome)
Mohammed VI et son image

…En Occident il incarne la modernité et l’ouverture. Mais dans son royaume, il est l’objet d’une étrange vénération. « Faire un portrait du roi, vous n’y pensez pas! C’est impossible. Le rencontrer ? Il serait plus facile de rencontrer Dieu.. » s’exclame un diplomate proche du palais ..

(17/7) C’était le jour le plus important de son règne. Mais, comme souvent, il donnait l’impression de vouloir être ailleurs…Ce soir là, vers 20 heures, le commandeur des croyants s’engage à limiter ses pouvoirs et à instaurer une monarchie parlementaire. Un discours historique. Mais le roi avale péniblement sa salive et se lance dans une récitation fastidieuse des articles de loi, les yeux rivés sur ses papiers…

..Comme le seigneur des ténèbres dans « Harry Potter », Mohammed VI est celui dont on ose à peine prononcer le nom..

Mohammed VI, Hassan II et Moulay Hicham

..Pour le former au métier de roi, Hassan II a appliqué les méthodes héritées de son père Mohammed V…Mais Hassan II y a ajouté une dose de cruauté. Il convoque son fils à cinq heures du matin pour le sermonner, l’humilie publiquement...

…C’est cette violence exercée par le père à la fois haï et admiré, qui a façonné le futur roi et son rapport au pouvoir. « Comme si Hassan II avait voulu faire payer à son fils le fait qu’un jour il allait lui succéder », explique un proche. La perversité du monarque est inépuisable. Ainsi il laisse entendre au prince héritier qu’il pourrait bien céder le trône à son cousin, le prince Moulay Hicham.... Dans cette rivalité d’enfance vont naître les prémices d’une dissidence d’autant plus nocive pour le futur roi qu’elle vient du cercle le plus intime du palais. Plus tard Moulay Hicham qui appelle de ses vœux une réforme de la monarchie, ne ménagera pas ses critiques contre Mohammed VI…

Les pièges du Pouvoir et les mœurs du Makhzen

…M6 rattrapé par le fantôme d’Hassan II. Les lourdeurs de la monarchie et d’une courtisanerie d’un autre âge. Comment résister lorsque vos anciens amis se prosternent devant vous, que vous vivez dans un monde où l’on dore à l’or fin les sabots de vos chevaux et que vous pouvez d’un froncement de sourcils décider des fortunes ou du malheur de vos sujets ?..

…« Mais le pire, c’est quand vous n’êtes même pas congédié. Vous l’apercevez encore, mais lui ne vous voit plus. Vous faites anti-chambre en vous gavant de clubs-sandwichs au homard, vous prenez du poids, malheureux en espérant regagner ses faveurs. Cela peut durer des mois » un membre du sérail qui a fait les frais des bouderies royales. Ces disgraciés, on les croise, mal peignés, presque en deuil, dans les salons de la haute bourgeoisie marocaine. Il y a même une série de noms pour désigner leur triste condition : Le Moharem, le roi ne le voit plus ; le Penek, il ne lui parle plus…les bannis sont privés de fêtes nomades et de voyages officiels…

Le roi et l’argent

...Le roi des pauvres qui voulait pourtant rompre avec les habitudes de son père grand amateur de bijoux et de Rolls, ne cache désormais plus ses goûts de luxe. Il a ses habitudes dans les boutiques de la rue Saint Honoré à Paris et de Madison Avenue à New York...

…Sa dernière folie ? La construction du magnifique hôtel Royal Mansour à Marrakech, qu’il a supervisée lui-même jusqu’aux plus infimes détails. Les suites les plus luxueuses, vitrines des chefs-d’œuvre de l’artisanat marocain, abritent souvent la famille royale et sont facturées plusieurs dizaines de milliers d’euros la nuit…

...« Hassan II se servait de son argent pour consolider son pouvoir, M6 maximise ses richesses, il est de son temps » selon un grand banquier marocain...

...Selon les calculs de Forbes, l’entretien et la maintenance des palais royaux coûteraient 1 million de dollars par jour...

Mohammed VI et la bourgeoisie marocaine

..Cette captation des richesses par le palais a exaspéré « le makhzen économique », autrement dit la grande bourgeoisie marocaine. L’un de ses représentants enrage : « Les nouveaux conseillers bling-bling du roi ont pété les plombs. Nous au moins, nous avons l’argent discret. Un peu comme la bourgeoisie lyonnaise, si vous voulez. Et ils nous ont fait honte. ».

...Pour l'instant, "son peuple" lui a fait la politesse de croire que seuls ses deux conseillers (Majidi, El Himma) étaient responsables des maux dont souffre le Maroc. Jusqu'à quand? Et l'Homme d'affaires de la vieille école de paraphraser Giuseppe Tomasi, qui décrit dans "le guépard" une Sicile aux prises avec les tourments de la révolution: « Aujourd’hui, au Maroc, pour que rien ne change, ce que nous voulons tous, il faut que tout change. La constitution, mais surtout la redistribution des richesses »…

http://fr.lakome.com/politique/42-actualites-politique/583-nouvel-os-enquete-sur-mohammed-vi-extraits.htm

LE BALTAJIA MEDIATIQUE N'ARRÊTERA PAS LA MARCHE DU CHANGEMENT

Par Ali Fkir, 28/7/2011

Le mouvement du 20 février est un mouvement populaire indépendant; les forces vives d'opposition (politiques, syndicales, associatives...) y jouent un rôle fondamental. C'est leur devoir, c'est leur raison d'être. D'aucuns diabolisent des forces actives dans ce mouvement tels ANNAHJ ADDIMOCRATI et AL ADL...

Tout le monde sait qu'il n'y a aucune alliance d'ANNAHJ avec Al ADL , ils se retrouvent ensemble sur le terrain de la résistance à la tyrannie makhzenienne.
Aucune force , je dis bien aucune force, n'est capable de faire du MVT20FEVRIER ce qu'elle veut. Ce qui cimente ce mouvement c'est l'opposition à la nature du système dominant, à la tyrannie, au refus du pouvoir de répondre positivement aux revendications du mouvement dont la nécessité d'une ASSEMBLÉE CONSTITUANTE en vue de préparer, loin des institutions étatiques, un projet d'une constitution démocratique...Tant que des individus impliqués dans les crimes politiques, économiques...se trouvent dans les institutions de l'Etat, aucun démocrate conséquent n'acceptera de rester les bras croisés...
Les "journalistes " qui fonctionnent sur commande, la presse liée aux affairistes et aux services "sécuritaires" , les partis parlementaires qui ont scellé leur sort au sort du makhzen, les dernières recrues, ne peuvent rien changer à cette réalité.
Le cafouillage, l’amalgame délibéré, le dénigrement pernicieux des uns et des autres resteront sans lendemain tant que la réalité (politico-économico-sociale) qui a enfanté le MVT20FEVRIER n'a pas changé.

.Maroc: « Un grand pas vers le passé"

Mehdi Lahlou
Par M.L., Politis, 14/7/2011

Chargé des relations internationales au Parti socialiste unifié marocain*, Mehdi Lahlou dénonce ici un référendum constitutionnel truqué, qui atteste d'une cour politique sourde aux aspirations populaires.

Au vu des conditions dans lesquelles le processus référendaire pour la « révision constitutionnelle » s'est déroulé au Maroc, depuis l'annonce de « réformes profondes » faite par le roi le 9 mars 2011 jusqu'à la publication des résultats du vote du 1" juillet, chacun fait le constat que le royaume chérifien, comme on dit encore en France, a fait de grands pas vers.., le passé.
Le score de 98,5 % annoncé pour le « oui », normal dans l'ex-Union Soviétique ou dans la Tunisie de Ben Ali, ou encore dans l'Égypte de Moubarak, fait tache aujourd'hui que les régimes staliniens ont périclité en Europe de l'Est et que la plupart des autocraties se sont écroulées. Les stratèges du « oui » à Rabat n'ont pas compris que le monde, et la société marocaine avec lui, a changé. Tout en usant des mots «modernité » et « démocratie », ils n'ont pas saisi que les scores fleuves sont passés de mode et donnent des arguments de réfutation à tous ceux qui estiment que tout ce cirque n'est plus qu'un attroupement de clowns bien tristes, vieillis et décolorés. [...] Un score de 55 % ou encore de 85 % de « oui » pour une réforme constitutionnelle proposée par le roi aurait été plus facilement [...] opposable aux adversaires, à supposer qu'on puisse qualifier ainsi les jeunes Marocains descendus nombreux dans les rues, depuis le 20 février 2011, parce que le « printemps arabe » ne pouvait pas ne pas concerner le Maroc. [...]
La réforme constitutionnelle a été enclenchée dans la précipitation. Le discours royal de début mars 2011 avait entrouvert un espoir ténu de réponse positive aux revendications du « Mouvement des jeunes du 20 Février» pour « une réforme constitutionnelle donnant plus de pouvoirs au gouvernement et au Parlement, l'indépendance de la justice, la fin de la corruption et de l'économie de rente, moins de religion dans la sphère politique et une répartition moins inégalitaire des richesses nationales... ». Mais le texte distribué à la suite du discours du 17 juin a fait machine 
arrière.
Le roi garde ainsi l'essentiel des pouvoirs qui lui étaient reconnus par l'ancienne constitution. Il se voit renforcé dans ses prérogatives par la présidence du Conseil de sécurité intérieure, celle du Conseil supérieur de l'autorité judiciaire, celle du Conseil des oulémas, élevé par la même occasion au rang d'instance constitutionnelle. Comme préalable à cette intrusion, exact contre-pied de « l'État civil» réclamé par la gauche démocratique marocaine, l'islam devient la religion d'État, une concession magistrale au Parti de la justice et du développement (PJD), islamiste et l'un des plus réactionnaires du pays.
Quant aux conditions de la campagne référendaire, organisée de telle sorte que seuls les tenants du « oui » (de l'USFP au PPS en passant par l'Istiqlal, le PJD et autre PAM) fassent entendre leurs voix, elles ont surtout été marquées par [...] l'implication officielle des mosquées en faveur du projet de constitution et par le recours aux zaouias [confréries religieuses], dont celle des Boutchichis, pour créer une espèce de fitna [sédition] en opposant les islamistes adoubés à ceux d'El Adl Wa Al lhsane, ainsi que dans le recrutement de voyous pour « casser » les manifestations à l'image de ce qui s'est passé sur la place Tahrir, au Caire, le 11 février 2011.

Et maintenant, que faut-il faire ?
Avec une nouvelle constitution qui lui donne tous les pouvoirs, [...] il revient au roi de créer des emplois, de redresser le système scolaire et éducatif du pays, d'éradiquer la corruption et réduire l'économie de rente, dont les principaux bénéficiaires sont très proches de la cour, en plus de quelques responsables politiques en vue, un peu partout sur l’échiquier des partis au gouvernement, USFP comprise.
Et si demain la crise s'aggravait, si une série d'années de sécheresse advenait[..], si demain le gouvernement mis en place ne parvenait pas à financerr des dépenses inconsidérées engagées depuis le début de l'année 2011 pour acheter paix sociale et politique, si demain...
Que fera-t-on alors face à la révolte de la rue [...] ? 
Lui enverra-t-on les chars, comme en Syrie, mettra-t-on en place les ingrédients de la guerre civile, comme en Libye ou au Yémen ? Demandera-t-on l'aide de cette France officielle dont on a vu la réaction tout en frilosité suite aux chutes de BenAli et de Moubarak, et qui soutenait les mêmes tant qu'ils étaient au pouvoir ?
La France qui dit aujourd'hui, par la voix de son Président, que « les réformes engagées au Maroc » sont historiques, préservant par là des intérêts français de plus en plus importants. Celle-là même contre laquelle les jeunes du 20 février scandent « Veolia dégage » ou « Lydec dégage».

*Créé en 2005 mais issu de l'Organisation de l'action démocratique populaire fondée en 1983, le Parti socialiste unifié (rien à voir avec le PSU français) est un mouvement de la gauche socialiste marocaine. Il demande notamment l'établissement d'une monarchie parlementaire. Depuis2007, le PSU détient 6 sièges à l'Assemblée nationale.

Ahmed Benseddik à Mohammed VI : « j’ai décidé de rompre toute relation d’allégeance vis-à-vis de vous »


Par  lakome.com, 26/7/2011

« J'ai le regret de vous informer que, pour ma part, j’ai décidé de rompre toute relation d’allégeance vis-à-vis de vous » C’est par ses mots qu’Ahmed Benseddik commence sa missive à l’intention de Mohammed VI. Cette lettre que publie Lakome est celle d’un homme désespéré qui n’estime n’avoir plus rien à perdre. Elle contient quelques révélations qui valent le détour.

La première a trait à la nomination de Saad Kettani, fils de moulay Ali Kettani, fondateur du groupe Wafabank, en qualité de haut-commissaire à la célébration du 1200ème anniversaire de Fès. Ahmed Benseddik affirme que Brahim Frej, Chambellan de Mohammed VI au moment des faits, lui aurait affirmé que la nomination de Kettani était sous-tendue par « la docilité dont il avait fait montre lors de la vente de Wafabank » à la holding du roi. Il faut rappeler que de cette opération est né Attijari Wafabank, pilier du conglomérat du roi et véritable tour de contrôle de l’économie marocaine.

Benseddik affirme aussi que Abdeslam Aboudrar, président de l'Instance de Prévention Contre la Corruption, lui avait avoué que le Cabinet Royal lui avait demandé de ne pas « ouvrir » le dossier Moulay Yacoub. Une révélation qui met à mal la crédibilité de l'appui du palais à la lutte contre la corruption.

D'autre part, Benseddik accuse Majidi d'avoir monté une cabale judiciaire contre Khalid Oudghiri, ancien PDG d'Attijari Wafa, condamné à 15 années de prisons à l'issue d'un procès ubuesque.

Coupable d’avoir dénoncé un peu trop bruyamment la mauvaise gestion et la corruption qui gangrénait la société dont il venait d’être chargé, la société thermo-médicale de Moulay Yacoub filiale de la CDG, Ahmed Benseddik fut démis de ses fonctions. Il avait pourtant été jugé assez fiable pour que le roi lui confie la direction exécutive de l’association du 1200ème anniversaire de la ville de Fès Marginalisé, Ahmed Benseddik, a vu toutes les portes se fermer devant lui. Diplômé de l’Ecole Centrale, l’une des écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses de France, il a pourtant des états de service qui lui permettent de prétendre aux plus hauts postes de responsabilités.






Lettre de Ahmed Benseddik à Mohammed VI
Au nom de Dieu le Clément le Miséricordieux
De : Ahmed Benseddik,
Ingénieur de l’école centrale de Paris,
Ancien directeur général de la société thermo-médicale de Moulay Yacoub,
Concepteur du projet et ancien directeur exécutif de l’association du 1200ème anniversaire de la ville de Fès.
Après la lettre de la dignité, la responsabilité et la clarté datée du 05 07 2010 adressée au:
Roi du Maroc Mohamed VI
La présente lettre s’adresse au même destinataire.
Paix et salut sur vous,
Si, après le 20 février, le concept de l’allégeance au roi garde encore quelque signification, j'ai le regret de vous informer que, pour ma part, j’ai décidé de rompre toute relation d’allégeance vis-à-vis de vous. Et ce, en raison de ma profonde déception née des suites de votre injustice, mais, aussi, parce que j’ai perdu tout espoir de vous voir me rendre cette justice que je ne cesse de revendiquer, à juste titre, depuis… Un contrat ne devient-il pas caduque, donc nul et non avenu, dès lors que l’une des parties contractantes n’en remplit pas, avec entêtement, les obligations ?
Je me suis adressé à vous par divers moyens, et via divers canaux, pour vous faire part de certains actes éminemment graves commis par ceux qui ont votre confiance ou avec qui vous avez conclu des transactions. Ainsi, ceux-là, n’ont pas hésité à tisser des accusations mensongères, à bafouer le droit, à mépriser le patrimoine, l'histoire et la civilisation, à détourner l'argent public et à s’approprier, comme de vulgaires pirates, les idées et les efforts des autres. En l’occurrence, les miens. Aussi, ont-ils parjuré et détourné le nom du roi pour en faire une arme de destruction massive, sans se soucier, le moins du monde, des conséquences morales, matérielles, professionnelles, sociales et psychologiques, toutes tragiques il va sans dire, qui allaient en découler.
Je me suis adressé à votre cabinet, à toutes les institutions de l'État et à toutes les personnalités impliquées, d’une manière ou d’une autre, dans le scandale de la station thermale de Moulay Yacoub* et dans celui du 1200ème anniversaire de Fès. L’absence de réaction et l’assourdissant silence qui sanctionnèrent mes multiples requêtes m'ont conforté dans l’idée que le manque de responsabilité morale, l'impunité et le manque de courage sont des points communs que partagent certains membres de votre entourage. Le silence des lâches n’est-il pas le meilleur encouragement à la corruption et le meilleur soutien à l’injustice ?
Pourtant, votre chambellan, Mr Brahim Frej, m’a bien expliqué, sans détour aucun, que votre décision de nommer Mr Saad Kettani en qualité de haut-commissaire à la célébration du 1200ème anniversaire de Fès était sous-tendue par la docilité dont il avait fait montre lors de la vente de Wafabank à votre holding. Une manière de le récompenser en somme. Dois-je rappeler aussi, que votre conseiller, Mr Abbès Jirari, avait fait une déclaration retentissante sur les « clous de votre table » et sur ces vautours qui vous entourent et dont l’influence a fini par vous rendre pratiquement dans l’incapacité d’assumer votre obligation d'équité et d’être à même de pouvoir réparer leurs dégâts. Aussi, d’aucuns s’accordent à admettre qu’ils ont, désormais, plus de pouvoir que vous.
Pour sa part, Mr Abdesslem Aboudrar, président de l'Instance de Prévention Contre la Corruption, a fini par avouer, pour sa part, que le Cabinet Royal lui a demandé de ne pas « ouvrir » le dossier Moulay Yacoub.
Je vous rappelle également que cette « affaire » de Fès avait fait l’objet d’une question posée au Premier Ministre le 22 mai 2008 dans le cadre des débats parlementaires...Mais, celle-ci, ne suscita, encore une fois, aucune réaction. Il n’y eu, pour ainsi dire, ni enquête, ni délimitation de la responsabilité des uns et des autres dans ce scandale. Encore moins de réhabilitation à mon égard…
Par ailleurs, je suis au regret de constater qu’au terme de votre douzième année de règne votre ligne de conduite est restée désespérément la même ; une ligne de conduite qui consacre l’impunité des lobbys qui menacent grandement, faut-il le préciser ?, l’avenir de notre pays. Un constat que corrobore votre persistance à laisser délibérément la corruption ronger la société et l’Etat. Cette gangrène fait classer notre pays dans un rang peu honorable au titre de l’indice de la corruption.
C’est dire, ô combien est malheureux le fait que vous n’avez tenu aucun compte du sage conseil d’Ibn Khaldoun sur la question de l’incompatibilité entre l’exercice du pouvoir et celui des activités économiques.
Aussi, avais-je écrit, dans ma précédente lettre, ceci :"Votre majesté n’ignore pas qu’après le refus des Institutions, de la Justice entre autres, d’assumer leur plein rôle, votre devoir est de faire triompher le Droit, d’ordonner la réparation des torts et de redonner, aussi, de la crédibilité et de la légitimité à vos royales décisions en réhabilitant notamment la dignité qui a été bafouée en votre nom, et en sanctionnant de manière juste et équitable, il va sans dire, les responsables des dérives et des abus quand bien même ceux là font partie de votre sérail ». Je privilégiais alors, l’hypothèse que « le roi ne saurait céder au chantage ou se laisser instrumentaliser par les comploteurs et ne se laisserait pas aller à encourager la lâcheté et le piratage des idées ; et que le roi, n’ayant besoin ni d’hypocrites ni d’obséquieux, ne peut, non plus, fermer les yeux face à autant de mépris de l’histoire et de la moralité. Où se situe le problème alors ? »
Votre silence face à cette interrogation est venu me conforter dans l’idée que le problème réside justement dans mes hypothèses naïves et dans ma conception idyllique des choses. Vous avez, en effet, consciemment ou inconsciemment je ne saurais le dire, encouragé la lâcheté et la déliquescence de la morale. Et vous avez, malheureusement, ô roi, protégé des escrocs et des malfrats. Tout comme vous avez abandonné, à leur triste sort, bien avant moi, le capitaine Mustapha Adib qui, comme tout un chacun le sait, a été emprisonné au seul motif qu’il avait dénoncé abus et corruption, et Mr Khalid Oudghiri, le président d’Attijariwafabank, injustement condamné par un appareil de Justice instrumentalisé par votre secrétaire particulier, Mr Mounir Majidi, qui tenait à assouvir une vengeance.
Dois-je comprendre que j’ai commis l’erreur, lors de votre visite à Moulay Yacoub, de ne pas avoir été assez obséquieux, et de vous avoir exposé un projet scientifique que vous aviez alors encouragé ? Je tiens à rappeler, avec quelque insistance, que je n’avais alors rien sollicité pour moi-même. Par contre, je vous ai offert la photo du drapeau national planté, pour la première fois, en haut de l’Everest, sur le toit du monde, le jour de votre mariage ! Je me souviens que ce geste vous a particulièrement touché. J’avais aperçu alors une flamme de joie, non feinte, dans les yeux de l’homme que vous êtes avant celles du roi. Mais une telle audace, pour innocente qu’elle fût, n’était pas du goût des tenants de la machine à broyer qui vous entoure.
Dois-je comprendre aussi, que j’ai commis l’erreur de prendre une autre initiative, celle-là plus osée encore, devait penser votre entourage, en proposant qu’une commémoration historique exceptionnelle soit intelligemment exploitée pour renforcer la fierté nationale et mettre en lumière des aspects de la civilisation du Maroc ? Un projet dont vous aviez approuvé non seulement le concept mais auquel vous aviez ordonné la budgétisation de 350 millions de DH pour sa mise en œuvre. Il est clair qu’un tel budget est de nature à attirer les rapaces et à aiguiser bien des appétits.
Ce n’est que récemment que j’ai réalisé, avec beaucoup d’amertume, que, dans mon pays, en vertu d’une constitution, celle-là non écrite, il est formellement interdit de réfléchir ou de suggérer des initiatives. Aussi sanctionne-t-elle l’acte de rêver d’un Maroc fier de sa culture, fier de son histoire et irrévocablement réconcilié avec ses talents, honnêtes et méritants.
Vous avez été terriblement injuste à mon égard et m’avez fait beaucoup de tort. Aussi, cette injustice et ce tort deviennent-ils chaque jour que Le Bon Dieu fait, un peu plus douloureux. Et aujourd’hui cette douleur est à son paroxysme.
A ma loyauté envers mon pays et à mon patriotisme vous avez répondu par le mépris, par l’humiliation et par une insoutenable indifférence. L’avenir de mes enfants s’est ainsi trouvé détruit par votre silence, que je qualifie, sans réserve, de honteux, et par celui, non moins honteux, de vos institutions et organes. Néanmoins, je m’efforce de ne pas avoir de ressentiment vis-à-vis de votre personne. Tout comme d’ailleurs, et je tiens à le souligner, je n’ai pas d’appréhension particulière par rapport à la monarchie parlementaire. Je demande à Dieu à ce que mon cœur reste pur et ne devienne pas proie à la haine et à la rancœur.
Pour toutes ces considérations, je romps donc l’allégeance envers vous. Et je me libère de tout lien et de tout engagement à votre égard. Faites ce que bon vous semblera.
Tuez-moi autant de fois que vous le voudrez ! Sans vous soucier des conséquences...Comme, malheureusement, cela est dans votre habitude.
Paix sur celui qui connait sa valeur et se soumet à son Dieu.
Ahmed Benseddik
ahmed.benseddik@gmail.com

 Ahmed Benseddik a depuis des années tiré la sonnette d'alarme sur l’ancien bâtiment thermal qui risque de s’effondrer, alors qu’il reçoit journellement plusieurs milliers de personnes. ndlr

mercredi 27 juillet 2011

Aminatou Haidar citoyenne d’honneur de la ville italienne de Montespertoli

 Par SaharaDoc, 27/7/2011

Rome, 27 juillet 2011 (SPS)- La citoyenneté honoraire de la ville toscane de Montespertoli a été donnée à la militante sahraouie Aminatou Haidar, une femme symbole de la lutte pacifique pour l’autodétermination du peuple sahraoui, a indiqué mardi la mairie de la ville dans un communiqué.
La cérémonie organisée à cet effet s’est déroulée en présence du représentant sahraoui en Toscane, Abdellai Salem Mohamed, et d’un groupe d’enfants sahraouis invités en Italie.

« C’est la première fois que la municipalité de Montespertoli donne une telle reconnaissance à une personnalité de l’importance d’Aminatou Haidar, qui, avec son courage et sa ténacité, incarne toutes les injustices que le peuple sahraoui subit depuis de nombreuses années », est-il souligné dans le communiqué.

En donnant la citoyenneté d’honneur à cette femme, le conseil municipal de Montespertoli a estimé qu’il a fait « un geste concret de condamnation de la violence perpétrée par les autorités marocaines », contre le peuple sahraoui.

Née en 1967, Aminatou Haidar est une militante sahraouie des droits humains qui vit à El Ayoun, capitale du Sahara occidental occupée, a rappelé la même source, indiquant qu’en 2005, elle a participé à l’intifada non violente pour l’indépendance du Sahara occidental. Elle a été arrêtée et emprisonnée dans la « prison noire » d’El Ayoun le 17 juin de la même année et torturée pendant son interrogatoire.

Après cet épisode, Amnesty International a exprimé sa grave préoccupation au sujet de la situation des prisonniers sahraouis au Maroc et dans les territoires occupés du Sahara occidental, et en particulier d’Aminatou Haidar, condamnée le 14 décembre 2005 à 7 mois de prison par un tribunal marocain à El Ayoun. De là a commencé une campagne internationale pour la libération d’Aminatou Haidar, notamment avec l’intervention du Parlement européen qui a demandé sa libération immédiate.

Le 17 janvier 2006, après sept mois d’emprisonnement, Aminatou Haidar a été libérée. Sa libération a impulsé l’organisation de nombreuses autres manifestations par le peuple sahraoui dans les territoires occupés, relève encore le conseil municipal de Montespertoli.

« Les campagnes médiatiques et le soutien apporté par des associations et des politiques de pays occidentaux ont permis à Haidar d’être autorisée à voyager à l’étranger, où elle a joué le rôle d’ambassadrice itinérante de la RASD, nouant des contacts officiels avec les gouvernements et les associations internationales de soutien au peuple sahraoui », est-il rappelé dans le communiqué.

Le 15 novembre 2006, elle regagne le Sahara occidental pour engager le premier acte de désobéissance civile. Deux ans plus tard, elle est empêchée de renter chez elle par les autorités marocaines, qui céderont sous la pression internationale et après une grève de la faim d’Aminatou Haidar de plusieurs semaines dans un aéroport des îles Canaries. En hommage au courage de cette femme, plusieurs municipalités en Italie lui ont décernée la citoyenneté d’honneur.

Sur la situation de ces enfants migrants que la France, terre d'asile, a le devoir de protéger.

France Terre d'Asile, 26/7/2011
Alors que le président du Conseil général de Seine-Saint-Denis vient d’interpeller publiquement l’Etat sur la question de l’accueil des mineurs isolés étrangers, nous tenons à rappeler quelques fondamentaux sur la situation de ces enfants migrants que la France a le devoir de protéger.
Il n’y a pas d’« afflux massif » de mineurs isolés étrangers (MIE). A défaut de statistiques nationales précises, les différents acteurs s’accordent à parler de 6 000 mineurs isolés étrangers présents sur le territoire, et ce de manière constante depuis plusieurs années. Si l’on rapporte ce chiffre aux quelques 250 000 enfants bénéficiant d’une prise en charge de l’Aide sociale à l’enfance, ou aux 3,7 millions d’étrangers résidant régulièrement en France, la présence de mineurs isolés étrangers sur le territoire apparaît comme un phénomène à l’ampleur limitée.

En revanche, la prise en charge de ces enfants se concentre sur un nombre restreint de départements, dont font partie la Seine-Saint-Denis, Paris ou le Pas-de-Calais. L’accueil des mineurs isolés étrangers représente pour ces collectivités une part significative des admissions à l’Aide sociale à l’enfance et pèse effectivement sur le budget des Conseils généraux.
Si la question est épineuse pour les départements face à l’absence de financement de l’Etat, il faut cependant rappeler qu’elle l’est avant tout pour ces mineurs en quête de protection. Beaucoup peinent à accéder à une prise en charge adaptée, à laquelle la loi leur donne pourtant droit. Ils se heurtent en particulier à la contestation de leur âge fondée sur des expertises osseuses dont le manque de fiabilité est notoire. Les difficultés de financement les affectent en tout premier lieu, lorsqu’ils sont soumis à des délais et conditions de prise en charge peu adaptés à leur vulnérabilité.

Les réponses apportées doivent être à la mesure de la gravité de la situation, pour les mineurs isolés étrangers comme pour les territoires qui les accueillent. France terre d’asile appelle une nouvelle fois l’ensemble des acteurs à initier un travail en concertation, à l’échelle nationale et régionale. Sur le plan national, le dialogue doit réunir l’Etat, l’Assemblée des départements de France et les organisations engagées dans l’accueil des mineurs isolés étrangers. Au niveau régional, Ile-de-France, État, départements et organisations doivent également s’asseoir à une même table. C’est ce que nous réclamons avec force depuis cinq ans, sans succès ! C’est d’une plus grande solidarité, entre départements mais aussi entre État et départements dont il faut parler. L’enjeu est de respecter l’engagement de la France au titre de la Convention internationale des droits de l’enfant, pour que tout enfant privé du soutien de sa famille, qu’il soit ou non étranger, puisse être réellement protégé.
http://www.france-terre-asile.org/component/flexicontent/item/5877-cpmineurs-isoles-etrangers-le-devoir-imperieux-de-proteger