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jeudi 10 février 2011

Mouhieddine CHERBIB rentre en Tunisie le 13 février 2011.

Par Kamel Jendoubi, Président du CRLDHT Tunisie, 10/2/2011

اللجنة من أجل احترام الحريات وحقوق الإنسان في تونس
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie
Membre du Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l’Homme

Notre ami Mouhieddine CHERBIB
membre fondateur du CRLDHT et ancien Président de la FTCR
rentre en Tunisie le 13 février 2011.

Pour une Justice Indépendante et Impartiale
Notre ami Mouhieddine Cherbib a été condamné à deux ans de prison ferme dans le cadre du procès des leaders du mouvement social du Bassin minier de Gafsa en 2008, pour son rôle de soutien en France à la population de la région. Il vient de faire opposition à cette condamnation. Un nouveau procès a été fixé pour les 15-16 février 2011 à Gafsa.
Le CRLDHT veut profiter de cette occasion pour dénoncer le dysfonctionnement de la justice tunisienne sous le régime de Ben Ali et pour poser les questions de fond relatives à la réforme du système judiciaire tunisien afin d'aboutir à une justice indépendante et impartiale en Tunisie.

Une délégation de personnalités amies du peuple tunisien accompagner notre ami Mouhieddine. Elle sera composée de :
- Alima Boumedienne, sénatrice – Les Vert Europe Ecologie
- Bernard Dréano, CEDETIM
- Driss El Kherchi – Président de l’ATMF
- Gilles Manceron – Vice Président de la Ligue des Droits de l’Homme
- Jamel Jeni – Président Association Maghrébine des Droits de la Personne au Canda.
- Kamel Jendoubi – Président du REMDH
- Philippe Le Grand - LDH Nantes
- Michel Debon – SGEN-CFDT – Solidarité laique
- Mohamed Nemri – Président ATMF Argenteuil
- Abdesslem Lahcen Omar - Association des Familles des Prisonniers et Disparus Sahraouis
- Monseigneur Jacques Gaillot
- Razzi hammadi – Secrétaire National – Parti Socialiste
- Said Tahri – ATMF Mantes la Jolie
- Souhayer BelHassen , Présidente de la FIDH

Le programme de la délégation comportera les étapes suivantes :
- Rencontre avec les familles des martyrs de la révolution à Ras El Jebel et à Bizerte (Nord de la Tunisie).
- Une visite à M. Ali Ben Salem (Doyen des militants des droits humains), Président de la section de la LTDH à Bizerte
- Rencontre avec les différentes composantes de la société civile à Tunis, au siège de la LTDH.
- Rencontre avec la population du Bassin minier de Gafsa (Redeyef, Moulares…)
- Rencontre avec les familles des martyrs de la révolution tunisienne à Sidi Bouzid et à Kasserine/Thala.
21ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS - Tel/Fax : 00.33.(0)1.43.72.97.34
crldht@gmail.com / www.crldht.org

LE MAROC INVITÉ À PRESSER LE PAS DES RÉFORMES

Par Camer.be, 9/2/2011
De jeunes Marocains ont lancé récemment sur Facebook un mouvement, soutenu par quelques milliers de sympathisants, en faveur de manifestations pacifiques.
Depuis les révoltes de Tunisie et d'Egypte, des voix plus pressantes se font entendre au Maroc pour réclamer des réformes, mais sans remettre en cause la monarchie dans ce pays jusqu'ici épargné par la contagion.
"Beaucoup pensent qu'une réforme constitutionnelle permettant au Maroc de se doter d'institutions plus modernes est nécessaire", estime Driss Benali, économiste et analyste de la scène marocaine, évoquant une évolution vers une monarchie dotée de moins de pouvoirs.
Cette semaine, un important mouvement islamiste marocain, l'association Justice et Bienfaisance - non reconnue mais tolérée - a réclamé un "changement démocratique urgent" au Maroc, en saluant les événements de Tunisie et d'Egypte."Il est injuste que la richesse du pays soit accaparée par une minorité", a accusé le mouvement, dans un texte publié sur son site.
Le Maroc, où les inégalités demeurent fortes, ne connaît pas de mouvements de contestation importants, mais les récentes convulsions en Tunisie et en Egypte ont été suivies attentivement dans les grandes villes grâce à la chaîne qatarie Al-Jazeera.
De jeunes Marocains ont lancé récemment sur Facebook un mouvement, soutenu par quelques milliers de sympathisants, en faveur de manifestations pacifiques, le 20 février, pour une "large réforme politique". Et un débat s'amplifie sur le web sur l'opportunité ou non de changements.
Le prince Moulay Hicham, cousin du roi Mohammed VI et surnommé le "prince rouge" en raison de ses critiques contre la monarchie, a averti dans des interviews à des médias étrangers que le Maroc "ne serait probablement pas une exception" dans la contestation actuelle.
En visite à Rabat, le commissaire européen à l'élargissement Stefan Füle a pour sa part demandé aux autorités marocaines d'aller plus loin dans les réformes en particulier pour l'éradication de la pauvreté.
Mais les autorités se déclarent "sereines", soulignant que le pays est "engagé depuis longtemps dans un processus irréversible de démocratie". Elles ont toutefois maintenu les subventions pour éviter une hausse des prix des denrées de base comme la farine, le sucre ou le gaz butane.Pour Driss Benali, "la société marocaine n'est pas à l'abri de ce qui se passe ailleurs" et "plutôt que de subir les événements, il vaudrait mieux les anticiper et faire des réformes".

Mohammedia : Meeting populaire réussi


La confédération démocratique de travail (CDT- l'union locale de Mohammedia), a organisé avec succès, le mardi 8 février 2011, devant son local, un meeting populaire.
Par Ali Fkir, 9/2/2011

Des centaines de travailleurs et de simples citoyens ont répondu présents à l'appel de la CDT
Le militant Abdelghani Raki, leader syndicaliste et cadre de la CDT a souligné, entre autres, dans son allocution:
- La solidarité avec les révolutions tunisienne et égyptienne
- Les conditions intolérables qui prévalent dans le monde du travail au Maroc
- Les conditions précaires où vivent la majorité des marocains
- La nécessité de :
* la démission du gouvernement
* la dissolution des deux chambres du parlement
* la dissolution des « conseils des élus »
* des réformes constitutionnelles
La foule a scandé à vive voix des slogans de solidarité avec les peuples égyptien et tunisien, des slogans fustigeant les politiques de l’Etat marocain, des appels à la lutte pour le changement….
Bravo CDT-Mohammedia !

http://www.youtube.com/watch?v=Hl8uCrEpkac

Des militantes des droits des femmes sahraouies ont été agressées au Forum Social Mondial


La question sahraouie empoisonne le Forum social

Par Julien Vlassenbroek depuis Dakar, RTBF, 8/2/2011

Des militantes des droits des femmes sahraouies ont été agressées au Forum Social Mondial (FSM). La question sahraouie, qui oppose le Maroc aux indépendantistes, a pourri le climat du Forum social mondial.

L'atelier "Sahara occidental, la dernière colonie africaine" qui devait avoir lieu hier, n'a pu se tenir qu'aujourd'hui. Et encore, dans des conditions plus qu'électriques.
Pour rappel, la question du Sahara occidental oppose le Maroc (qui revendique la souveraineté sur ce territoire depuis le départ des Espagnols en 1976) au groupe indépendantiste du Front Polisario. Ce dernier a fondé la République arabe sahraouie démocratique (RASD) sur environ un cinquième du territoire du Sahara occidental.
Des violences gâchent la fête
Organisé dans le cadre du Forum Social Mondial, l'atelier qui a catalysé les tensions devait permettre aux représentantes de l'Union nationale des femmes sahraouies (UNFS) de témoigner de leur situation. Mais elles ont été prises à parti et violentées par des ressortissants marocains.
Selon Pierre Galand, ancien sénateur socialiste belge, qui a assisté à la scène, il ne s'agissait pas de participants. D'après lui, il s'agit de gens "pilotés par l'ambassade" du Maroc. Information qu'il nous a été impossible de recouper, par ailleurs. Un journaliste marocain, sous couvert d'anonymat, prétend, lui, que ces agressions ont été "orchestrées par le ministère de l'Intérieur marocain". L'une des représentantes sahraouies avance, elle, que "des gens ont été payés pour casser toute initiative visant à sensibiliser à la cause sahraouie".
Quoi qu'il en soit, il est certain que ces violences ont pourri l'ambiance autour de ce thème et ont complètement dénoté dans l'ambiance fraternelle de rencontre et de dialogue qui règne sur le Forum social mondial.

La question de la sécurité des participants se pose
Ne s'estimant plus en sécurité sur le Forum, les représentantes sahraouies ont demander "qu'on assure leur sécurité". Résultat : aujourd'hui l'atelier était reprogrammé, cette fois avec un nombre conséquent de membres de la sécurité. Ces derniers ont empêché de nombreuses personnes de rentrer dans l'auditoire où se tenait la conférence-débat.
S'il a bien permis que l'atelier se tienne jusqu'à son terme, ce dispositif de sécurité n'a pas suffi à assurer un déroulement dans de bonnes conditions. Plein comme un oeuf, le local est vite devenu le théâtre de tentatives d'intimidations, avant que les personnes les plus véhémentes ne se fassent expulser manu militari. Vraiment pas l'esprit Forum social, en somme.

"Je suis là pour témoigner pacifiquement"
Avec une grosse heure de retard la conférence peut enfin commencer, couvée par le brouhaha des échanges animés et des cris venant de l'extérieur.
"Je suis là pour témoigner pacifiquement", commence la première intervenante. Pendant une demi-heure, ces femmes vont exposer les tortures et les violations des droits humains dont elles ont été victimes. Avant d'être interrompues par un participant qui se présente comme "Marocain et docteur en droit international" : "Le drapeau que vous arborez (celui du Sahara occidental, NDLR) est interdit, enlevez-le !", lance-t-il avant d'être pris à partie par la sécurité.
Finalement, la conférence peut aller jusqu'à son terme dans une ambiance tendue mais sans heurt.
"Pas un jour sans que l'on constate des violations graves des droits des sahraouis par les autorités marocaines", résumera l'une des conférencières. Et même au Forum social mondial, pourtant incontestable espace de dialogue et d'ouverture, les femmes sahraouies ont dû braver les intimidations pour faire entendre leur voix.

Des intellectuels arabes demandent solidarité avec les aspirations démocratiques du peuple


Un groupe de plus de 60 intellectuels du Maghreb et du Proche Orient ont signé un manifeste le 3 février où ils remercient et soutiennent les manifestations populaires qui ont commencé en Tunisie et, maintenant, secouent l'Égypte, exigeant 'des sociétés plus justes et plus humaines, régies par les règles de l'État de Droit, universellement établies".
Source : El Pais, 08/2/2011
Écrivains, sociologues, philosophes, cinéastes, professeurs d'université et peintres demandent à la communauté internationale de "se mettre de côté des combattants pour la liberté", qu'ils dénoncent la répression de régimes dictatoriales comme celui de Moubarak et reconnaissent la légitimité de leurs peuples "à se libérer de joug de l'oppression et à construire la démocratie".
Leur appel a été publié un jour après que des personnes pro-Moubarak, parmi eux beaucoup de policiers en civil et fonctionnaires, ont chargé brutalement contre les manifestants anti-gouvernementaux qui se manifestaient pacifiquement dans la Place de la Libération (Tahrir) du centre du Caire. La communauté internationale, jusqu'alors très critiquée par la tiédeur de ses déclarations sur les évènements qui sont entrain de révolutionner certains pays arabes, a commencé à réagir et à demander à Moubarak de cesser la violence.

Le mnifeste est signé par des personnalités comme Amin Maalouf, l'écrivais libanais qui a gagné le prix Prince des Asturies des Lettres en 2010 et auteur de titres comme Léon L'Africain: le poète libanais aussi Adonis; l'écrivain marocain Kamal Boullata; son compatriote Abdellatif Laâbi, qui a publié une tribune dans ce quotidien le 30 janvier sur la sentiment d'impuissance de la jeunesse de son pays; et l'auteur de Le Lecteur de Bagdad, l'irakien Jabbar Yassine entre beaucoup d'autres.

Texte intégral du manifeste :
"Nous exprimons, en premier lieu, notre immense gratitude au peuple tunisien qui a été, sans aucun doute, le précurseur d'une nouvelle ère de lumière dans nos pays, celle de la renaissance citoyenne. Nous exprimons aussi notre soutien catégorique au peuple égyptien dans sa lutte décisive contre la tyrannie et pour l'instauration de la démocratie. Nous nous inclinons devant ceux et celles qui ont donné leur vie pour la réalisation du rêve confisqué dans nos pays depuis des décennies, le rêve des sociétés plus justes et plus humaines, régies par les règles de l'État de Droit, universellement établies : souveraineté populaire dans l'élection de nos représentants et gouvernants, séparation des pouvoirs, égalité devant la loi, redistribution équitative des richesses, éradication de la corruption et garantie des libertés individuelles et collectives, y compris les libertés d'opinion et de croyance.
Nous le disons haut et fort, aucun pays arabe ne peut se soustraire à ce mouvement irréversible qui s'est, clairement, adjugé la tâche de mettre fin au royaume de l'arbitraire. L'aube qui a commencé dans le monde arabe a, à présent, la couleur de la dignité récupérée et de la liberté. Partout, les peuples y ont pris note. Nous appelons, donc, les intellectuels, où qu'ils se trouvent, à exprimer leur solidarité avec les aspirations des peuples arabes, en particulier le peuple égyptien, dans cette étape critique. Nous appelons, finalement, toutes les instances de la communauté internationale à se mettre du côté des combattants pour la liberté, en dénonçant la répression sauvage dont sont victimes et e, reconnaissant sans ambages, la légitimité des aspirations de nos peuples à se libérer du joug de l'oppression et à construire la démocratie".

Premiers signataires :
Adonis, écrivain (Líban)
Abdellatif Laâbi, écrivain (Maroc)
Khalida Saïd, critique littéraire (Líban)
Issa Makhlouf, écrivain (Líban)
Amin Maalouf, écrivain (Líban)
Kamal Boullata, peintre (Palestine)
Tahar Ben Jelloun, écrivain (Maroc)
Salah Stétié, écrivain (Líban)
Mohammed Berrada, escritor (Marruecos)
Mohammed Bennis, poète (Maroc)
Qassim Haddad, écrivain (Bahrein)
Abdessalam Cheddadi, historien (Maroc)
Jabbar Yassin, écrivain (Irak)
Anouar Benmalek, écrivain (Algérie)
Aicha Arnaout, poète (Syrie)
Zouleikha Abu Richa, écrivain (Jourdan)
Joumana Haddad, écrivain (Líban)
Khalid Darwish, écrivain (Palestine)
Yassin Adnan, écrivain (Maroc)
Mahi Binebine, peintre (Maroc)
Amin Salih, écrivain (Bahrein)
Fouad Laroui, écrivain (Maroc)
Ahmed El Maanouni, cinéaste (Maroc)
Karim Bennani, peintre (Maroc)
Najwan Darwish, écrivain, journaliste (Palestine)
Mohammed Tozy, sociologue (Maroc)
Nasser Oumi, peintre (Palestine)
Amina Saïd, poète (Tunisie)
Mohammed Hmoudane, écrivain (Maroc)
Abdelkader Lagtaa, cinéaste (Maroc)
Siham Benchekroun, écrivain (Maroc)
Bouthaïna Azami, écrivain (Maroc)
Driss Allouch, escritor, écrivain (Maroc)
Hicham Fahmi, écrivain (Maroc)
Abdelhadi Saïd, écrivain (Maroc)
Dominique Eddé, écrivain (Líban)
Driss Chouika, cinéaste (Maroc)
Farida Benlyazid, cinéaste (Maroc)
Vénus Khoury-Ghata, écrivain (Líban)
Etel Adnan, écrivain (Líban)
Gérard Khoury, historien (Líban)
Nabil Abi Chacra, Forum culturel libanais (Líban)
Jamal Boudouma, écrivain (Maroc)
Simone Fattal, écrivain (Maroc)
Nabil El Azan, directeur de théatre (Líban)
Abderrahman Djelfaoui, écrivain (Algérie)
Habib Tengour, écrivain (Algérie)
Abderrahim Yamou, peintre (Maroc)
Habib Samrakandi, profeseur d'Université (Maroc)
Driss Ksikes, écrivain (Maroc)
Mohammed Nedali, écrivain (Maroc)
Abdellatif Bazi, journaliste (Maroc)
Nadir Boumaza, professeur d'Université (Algérie)
Salah Boussrif, poète (Maroc)
Habib Selmi, écrivain, journaliste (Tunisie)
Saïd Boukrami, écrivain (Maroc)
Faraj Bayrakdar, écrivain (Syrie)
Salah Guemriche, écrivain (Algérie)
Sabah Kharrat Zouein, écrivain (Liban)
Abdallah Saaf, professeur d'Université (Maroc)
Ahmed Bouzfour, écrivain (Maroc)
Noureddine Saadi, écrivain (Algérie)

Source : El Pais, 08/02/2011
Traduction non-officielle de Diaspora Saharaui

Les ouvriers égyptiens entrent en révolution

par Salem Ferdi, Le Quotidien d'Oran, 10/2/2011
"C’est une révolution !". Ce n’est pas un opposant qui l’affirme mais Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe qui se prépare à terminer son mandat et qui ambitionne de jouer un rôle dans la nouvelle Égypte. Le régime, aux abois, agite la menace, Place Al-Tahrir relève le défi et promet un autre vendredi de la colère. Les ouvriers égyptiens entrent dans la révolution par des grèves.
"Moubarak veut changer de peuple"
Le régime, par la voix d’Omar Souleïmane, donne des signes d’impatience et se fait menaçant contre une place Al-Tahrir, plus décidée que jamais à obtenir le départ de Moubarak et la chute du régime. Dans ce contexte, les déclarations d’Amr Moussa au journal « Le Monde » sonnent comme un avertissement contre un éventuel recours à la force. Pour Amr Moussa, l’expression d’Intifadha concédée par le patron des services égyptiens, devenu vice-président, ne rend pas compte de la réalité. « L’Egypte d’après le 25 janvier est radicalement différente de celle d’avant. Les voix populaires se sont élevées avec clarté et beaucoup de courage, disant toutes que le changement est inéluctable. La jeunesse égyptienne, soutenue par l’ensemble des générations, dit aujourd’hui des choses que personne n’a osé dire, durant plusieurs décennies. Je répète  : c’est une révolution ». Et comme pour le conforter, Égypte assiste, depuis hier, au début de sa troisième semaine de contestation, à l’entrée en scène du monde ouvrier principalement dans le secteur public.
Des milliers d’ouvriers du textile, des personnels médicaux, des chemins de fer, du secteur pétrolier, des centraux téléphones ou des entreprises du Canal de Suez sont entrés dans la contestation avec des revendications sociales. Le syndicalisme autonome, très combattu par le régime, a le vent en poupe. Les mouvements de grève sont venus donner un contenu social aux protestations qui sont entrées dans leur troisième semaine.
Dégage: on te le dit en hiéroglyphes pour que tu comprennes, ô Pharaon

PAS DE LASSITUDE DES EGYPTIENS
Ils confirment ce qui était observé depuis plusieurs jours : au lieu de la lassitude escomptée par le régime, la situation de blocage ne fait qu’élargir le nombre des partisans de la révolution. Hier et en dépit de la menace de Omar Souleïmane, des dizaines de milliers des protestataires ont persisté, au lendemain d’un mardi qui a connu une affluence record, à réclamer le départ de Moubarak. Au moins trois personnes ont été tuées et une centaine d’autres blessées, lors d’affrontements entre la police et des manifestants, dans le sud de l’Égypte. Cela s’est passé à El Khargo, à plus de 400 km, au sud du Caire, où la police a usé de balles réelles contre des manifestants. Ces derniers ont réagi en mettant le feu à sept bâtiments officiels, dont deux commissariats, un tribunal et le siège local du Parti national démocrate (PND).
Nous, on ne veut pas de toi. On te le dit en japonais si tu ne comprends pas l'arabe

LA « LIGNE » DE LA PLACE AL-TAHRIR S’IMPOSE
Place Al-Tahrir, la détermination des contestataires reste intacte. Mustapha Chawki, un des membres de la Coalition de la révolution de la colère a estimé que le mouvement de protestation prenait de l’ampleur et qu’il s’agissait d’un message à Moubarak. Une nouvelle grande manifestation du million est programmée pour le vendredi. Les signes de division apparues, il y a quelques jours, semblent être dépassés, la place Al-Tahrir imposant à tous la « ligne » du départ de Moubarak et de son régime.
Les Frères musulmans qui sont présentés comme une « menace » dans les médias occidentaux mais également par ceux du régime, s’emploient à rassurer. « Les Frères musulmans ne recherchent pas le pouvoir. Nous ne voulons pas y participer pour le moment (...). Ils ne peuvent pas être la force dominante », a affirmé Mohamed Moursi, un haut responsable du mouvement, lors d’une conférence de presse en précisant que « ce n’est pas une personne, un parti ou un groupe qui mène les manifestations. Personne ne peut prétendre qu’il mène la foule. Sagement les « ikhwane » annoncent qu’ils n’auront pas de candidat aux présidentielles.
« Nous sommes avec la volonté du peuple, avec la majorité du peuple égyptien. Nous ne sommes pas la majorité », a-t-il indiqué en insistant sur le fait que Moubarak « doit quitter son poste. Une nouvelle ère doit commencer. Le régime est tombé, il doit désormais partir. C’est la seule revendication (actuellement). Il n’est pas question de parler de vestiges du régime », a-t-il ajouté.
L'Union des menuisiers égyptiens demande à Mister Moubarak : c'est quoi la marque de colle que vous utilisez ?
MISE EN GARDE DE SOULEÏMANE
Cette union de l’opposition au sujet de revendications de base met le régime aux abois. Omar Souleïmane, a rejeté ces exigences et a laissé entendre qu’il pourrait y avoir recours à la force pour vider la place Al-Tahrir, devenue le coeur de la révolution et la hantise du régime. « Nous ne pourrons supporter cette situation longtemps et il faut mettre un terme à cette crise le plus rapidement possible  », a prévenu mardi le vice-président Souleimane. Il a également mis en garde contre les appels à la « désobéissance civile » dans le pays. De telles initiatives sont « extrêmement dangereuses pour la société (...) Nous ne le tolérerons pas », a-t-il insisté, lors d’une rencontre avec les rédacteurs en chef de la presse gouvernementale et partisane. Comme s’il ne percevait pas qu’il s’agit d’une « révolution  », Omar Souleimane s’était risqué à affirmer que l’Egypte n’était pas mûre pour la démocratie.

Tu vas partir! Fais vite, que je puisse aller prendre une douche
La Maison-Blanche a déploré mardi des propos par lesquels le vice-président égyptien Omar Souleimane avait estimé la veille, que son pays n’était pas mûr pour la démocratie. « Je pense que cela ne correspond pas du tout aux perspectives de progrès telles que les voient ceux qui sont en quête de meilleures possibilités et d’une liberté plus grande », a dit Robert Gibbs, porte-parole de la présidence. « Le gouvernement doit cesser d’arrêter des manifestants et des journalistes, de mettre fin au harcèlement, aux brutalités et aux interpellations visant des reporters, des militants et ceux qui sont engagés au sein de la société civile ». Hier, c’était au tour du vice-président des États-Unis Joe Biden d’appeler Omar Souleimane pour lui demander d’élargir le dialogue en cours sur la transition politique, à davantage de groupes d’opposition. L'Égypte marchera encore vendredi.
Dégage: la maman va accoucher et le nouveau-né ne veut pas te voir
Le peuple : À bas Moubarak ! Dégage !
Moubarak : À bas Al Jazeera !

Elena Valenciano (PSOE) : « Le Maroc devrait prendre note de la désaffection de la jeunesse »

et du « manque d’offres de travail et de grandes libertés ».
Par Ali Lmrabet, (facebook), 9/2/2011

C’est une surprise. Elena Valenciano, la secrétaire de Politique internationale au Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, au gouvernement) vient de faire il y a quelques minutes une déclaration pour le moins inusuelle quand s’agissant du Maroc. Le PSOE étant, avec l’actuel gouvernement espagnol, l’un des plus forts soutiens du régime marocain à l’échelle internationale.
Mme Valenciano a déclaré lors d’un chat avec les lecteurs du quotidien El Mundo que « Le Maroc devrait prendre note de la désaffection de la jeunesse » et du « manque d’offres de travail et de grandes libertés ».
Valenciano, qui dans le passé, comme son parti, a défendu la « démocratisation » du Maroc, estime cette fois-ci que le royaume alaouite n’est pas différent des autres pays arabes et que des protestations massives « pareilles » à celles de Tunisie et d’Egypte » ne sont pas à exclure. « Les peuples veulent du pain et de la liberté », a-t-elle affirmé.
Elle a également averti les autorités marocaines qu’il n’était pas non plus impossible qu’une protestation comme celle d’Agdim Izik, au Sahara, puisse se reproduire « faute d’opportunités socioéconomiques ».
C'est la première fois qu'un responsable européen met en doute la version officielle de "l'exception" marocaine.

mercredi 9 février 2011

Non à un Guantanamo à la française !

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Non à un Guantanamo à la française !
Communiqué commun Cimade / LDH / SafParis, le 3/2/ 2011
La commission des lois du Sénat a adopté, le 19 janvier 2011, un amendement proposé par le gouvernement sur son propre projet de loi relatif à l’immigration. S’il était définitivement adopté par le Sénat, cet amendement permettrait de détenir certains étrangers plus de 18 mois, en centre de rétention administrative.
Ce dispositif pourrait s’appliquer aux personnes étrangères qui ont été condamnées pour terrorisme et sont frappées d’une interdiction du territoire français, ou font l’objet d’une mesure d’expulsion motivée par « un comportement lié à des activités à caractère terroriste pénalement constatées ».
Parfois, ces personnes ne peuvent pas être renvoyées dans leur pays par la France du fait des risques de persécutions auxquelles elles seraient exposées. Ces craintes sont souvent constatées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, par la Cour nationale du droit d’asile ou par la Cour européenne des droits de l’homme que les intéressés saisissent.
Il n’est pas acceptable que des personnes puissent être détenues pendant plus d’une année et demi sur simple décision administrative, et ce aux seuls motifs qu’elles seraient vaguement soupçonnées de terrorisme.
Cette disposition opère une confusion dangereuse entre rétention administrative et mode de surveillance des personnes, dans un contexte de criminalisation du statut des étrangers et créerait, si elle est adoptée, un « Guantanamo à la française ».
Nous appelons l’ensemble des sénateurs à veiller au respect des libertés fondamentales en refusant cet amendement, ainsi que l’ensemble des dispositions de ce projet de loi qui portent gravement atteinte aux droits des étrangers.
Signataires :
La Cimade
Ligue des Droits de l’Homme
Syndicat des Avocats de France

Le 10e FSM dédié à la gloire de la propagande marocaine

 La voix des Sahraouis étouffée à Dakar

par Hassan Moali, Dakar, El Watan, 8/2/2011
La dixième édition du Forum social mondial (FSM) 2011 a commencé ses travaux dimanche après-midi à Dakar (Sénégal).
Ils étaient près de 60 000 militants alter+mondialistes à battre le pavé dans les grandes artères de la capitale sénégalaise pour dire aux dirigeants de la planète qu’un autre monde, plus juste voire meilleur, est encore possible. Quoi de plus normal que d’entamer cette 10e édition par une marche de protestation qui s’est ébranlée du siège de la Radio Télévision du Sénégal (RTS) vers l’université Cheikh Anta Diop, qui accueille le forum, sur près d’une dizaine de kilomètre. Couleurs bigarrées, slogans hostiles au monde capitaliste et aux multinationales, ces milliers de participants ont bravé un soleil de plomb pour crier leur colère d’un monde injuste dans toutes les langues.
L’ambiance festive et carnavalesque par endroits ajouter au rythme des chants et danses auront rythmé ce grand moment de communion mondiale de ceux qui se sentent à l’écart du développement. Et pour une telle démonstration de force, les altermondialistes ont accueilli en guest-star, le président colombien Evo-Morales, qui, chaussé de trainings marrons, a lui aussi sué comme toute la foule tout au long du parcours. Pas loin de lui, on pouvait apercevoir le porte- parole du Parti socialiste français, Benoît Hamon, marcher l’air plutôt joyeux. Sa patronne, Martine Aubry, elle, a abandonné l’épreuve juste après les premières centaines de mètres. La chaleur était en effet telle qu’il était difficile pour les habitués des salons parisiens et des plateaux télé de tenir. Mais le FSM est un rendez-vous social annuel vital à honorer pour les politiques qui veulent montrer leur ancrage à gauche pour subjuguer les «masses».
Mais depuis la première édition à Porto Alegre, au Brésil en 2001, le FSM semble tomber dans le spectacle et le ronron. A Dakar en tout cas, on a pas l’impression que la ou les causes défendues sont partagées par tous les déçus de la planète. Pis encore, on assiste même à une répression de ceux qui ne partagent pas les combats douteux de certaines parties.

En territoire conquis
Tout le monde a vu, en effet, comment une grappe de militants sahraouis qui a pu passer entre les mailles de la police marocaine pour venir ici à Dakar, se faire encercler par les envoyés spéciaux de sa majesté, en pleine marche pour «éteindre» leurs voix et cacher leurs drapeaux. Ce fut un comportement odieux à voir dans une manifestation censée rassembler tout le monde quelle que soient leurs couleurs ou leurs origines. Mais «l’armée» de 600 personnes dépêchée par les autorités marocaines ici à Dakar a tout fait pour étouffer la voix des sans-voix sahraouis. A eux seuls, ils constituent un bon pourcentage de l’ensemble de participants au 10e forum alter mondialiste. Conscient de l’importance d’une telle tribune mondiale pour prêcher la «bonne parole» du Sahara «marocain», le Maroc a investi en force ce royaume de la protesta.
Drapeaux diffus, pancartes, affiches et autres banderoles sont bruyamment agités par des centaines de Marocains, tout au long de la célèbre avenue Malick, au centre de Dakar. Et pour mettre un peu d’ambiance, et bien sûr narguer les Sahraouis, ces militants associatifs «makhzenisés» entonnent à tue-tête des chants à la gloire du roi. Il est du reste facile à deviner que les Marocains se sentent ici au Sénégal parfaitement chez eux, en ce sens que ce pays, pour des raisons économiques, épouse leur «cause». Et cet alignement trop marocain du forum se voit aussi au niveau des stands d’exposition où les drapeaux du royaume trônent quasiment partout dans les coins et recoins de l’université Cheikh Anta Diop. Cela frise carrément l’envahissement et la récupération d’un événement censé être une tribune internationale pour les causes consensuelles. Et pour cause, même dans les ateliers, il est difficile pour les 60 000 autres participants venus du Brésil, de Cuba, d’Europe, d’Asie et même d’Australie, de pouvoir placer un «mot» face à la déferlante thématique marocaine.

Algérie, les seconds rôles...
Tout se passe comme si les maux de l’humanité se résumaient aux Sahraouis, et qu’il suffirait aux altermondialistes de soutenir la colonisation marocaine pour que le monde soit meilleur. C’est pousser jusqu’à la caricature l’idée répandue ici à Dakar y compris dans les travaux des ateliers où l’on croirait que les thèmes ont été choisis à Rabat ou à Casablanca. Morceaux choisis : «Dynamisme de la femme sahraouie, leader dans le domaine associatif, économique et politique pour conforter l’attachement des femmes marocaines du Sud à la patrie, le Maroc». Ou encore, «La femme sahraouie depuis la marche verte» et le «Rôle des conseils municipaux dans le développement humain dans la région du Sahara et au Maroc». Un «rôle» qu’on a pu voir de près lors des événements de Gdeim Izik. Cela étant dit, et pour apporter la contradiction à cette propagande marocaine, un atelier devait se pencher hier après-midi sur le thème : «Le Sahara occidental : la dernière colonie africaine».
La petite délégation sahraouie d’une trentaine de militants compte bien exploiter cette occasion pour se faire entendre en compagnie des acteurs associatifs algériens, présents ici à Dakar. Mais il y a visiblement un déséquilibre des forces en présence. Les quelque 30 participants algériens ramenés par le CNES ne pourront même pas croiser les mots avec cette mystérieuse association des Marocains victimes d’expulsion arbitraire en Algérie (AMVAA) qui répand sa littérature dans le journal officiel du forum. C’est dire qu’en matière de lobbying dans ce genre de forum, l’Algérie est très loin du compte. Si le Maroc a pratiquement conquis l’Afrique noire, l’Algérie paraît ici dans un continent étranger, loin des salons du NEPAD et de l’Union africaine que le Maroc ignore depuis longtemps. Cela veut tout dire.
http://www.elwatan.com/evenement/la-voix-des-sahraouis-etouffee-a-dakar-08-02-2011-110690_115.php

Quand les villageois se prennent en charge dans ce «Maroc inutile»...

Par Hicham Houdaïfa. La Vie éco, 8/2/2011
Regroupées dans le réseau «Immigration développement démocratie», 15 associations migrantes en France et 20 associations villageoises au Maroc travaillent sur l’amélioration des conditions de vie dans le Maroc profond.
Bouizakarne est une petite ville de 15 000 habitants située à 250 km au sud d’Agadir. Cette localité est également le lieu de bifurcation de deux routes : celle du grand Sud qui mène à Guelmim, la fameuse «Porte du Sahara» et l’autre du Sud-Est qui va vers Tata. A l’occasion de la visite, mi-janvier, d’une délégation de représentants d’associations migrantes en France ainsi que des militants, chercheurs et maires venant d’autres pays d’Afrique (Mali, Sénégal), les associations partenaires de la ville ont tenu à faire part de leurs projets, mais aussi de leurs contraintes au quotidien.
A la base de cette initiative, le réseau Immigration développement démocratie (IDD). Il s’agit de 20 associations villageoises au Maroc et 15 associations de migrants en France qui travaillent ensemble dans des projets de développement. Leader de l’action associative dans les deux provinces de Guelmim et de Tata, «Espace Sud» est un réseau d’associations de Bouizakarne, Guelmim, Timoulay, Tamanar et Ifrane de l’Anti -Atlas qui dédie son action au développement, à la culture et aux droits humains. «Nous avons comme mission de renforcer les capacités des acteurs associatifs, consolider le réseautage associatif», explique le président de l’association Abdellah Badou. 
 Parmi les réalisations les plus notables d’Espace Sud, l’organisation des campagnes de sensibilisation aux droits humains dans les établissements scolaires ainsi que le renforcement des capacités des associations. «Dans ce Maroc souvent qualifié d’inutile, la demande sociale est très élevée. Les associations sont appelées à se professionnaliser afin de répondre aux attentes de la population. Nous avons donc organisé plusieurs sessions de formations au profit du tissu associatif de la région», ajoute ce militant associatif. Avec des moyens de bord très modestes (salle gratuite et formateurs bénévoles), l’association a organisé trois ateliers sur l’approche participative, la gestion administrative et financière ainsi que sur le montage des projets. «Nous sommes conscients que la mise en réseau des associations est le seul moyen pour faire entendre notre voix. Mais les contraintes sont multiples. A commencer par les ressources humaines qui manquent de qualification, l’absence de fonds, d’interlocuteurs régionaux et le recul des valeurs du bénévolat et du volontariat chez la population», se désole M. Badou. Cette petite ville du Sud du pays peut s’enorgueillir du nombre d’associations actives, et ce, dans plusieurs secteurs. Comme l’association Lagraga qui milite pour la valorisation de la culture et du patrimoine hassanis. «Nous considérons la culture comme un droit humain. La culture hassanie ne se limite pas au folklore, mais embrasse plusieurs domaines comme la poésie et les arts culinaire et vestimentaire», lance Mohamed Kharbouch, président de l’association. Quant à l’association Oued Maït, du village Targamaït, elle a réussi dans un premier temps à faire sortir le village de l’exclusion en le reliant au réseau d’eau potable et d’électricité. «Aujourd’hui, nous sommes passés à un autre stade avec des programmes de lutte contre l’analphabétisme, la scolarisation des fillettes et des projets générateurs de revenus pour les femmes du village», explique Samira Oubella, membre active de l’association.
Si ces actions sont possibles, c’est grâce à l’implication de migrants du village, à l’image d’Abdellah Oubella, aujourd’hui retraité. «J’ai quitté mon village alors que j’avais 19 ans. Mon rêve, c’était d’aider mon village avec des programmes de développement», explique M. Oubella qui préside l’association Oued Maït France, également membre du réseau IDD. Avant d’ajouter : «Je souhaite que le développement touche également ces régions reculées du pays. Il faut lutter contre l’analphabétisme, aider les femmes à sortir de la marge. Il faut également développer des projets autour des palmiers dattiers, une richesse encore inexploitée dans la région. Nos villages sont vides d’hommes. Il n’est pas normal que la plupart des jeunes de la région migrent vers l’Europe ou vers les grandes villes marocaines».

«Un espace culturel du village»
L’esprit associatif n’est pas étranger à cette partie du Maroc, réputée par sa grande diversité culturelle. Historiquement, les tribus de la région fonctionnaient en gouvernance collective, Ineflass en amazigh. Aujourd’hui, les jeunes du village de Targamaït tentent de retrouver l’esprit des anciens et sortir leurs douars de l’exclusion. Et cela marche vraisemblablement. «La région souffre de l’absence de l’Etat et de la désorganisation des collectivités locales, ces associations villageoises nous ont montré qu’avec peu de moyens et une grande volonté, ils peuvent réaliser des choses formidables», explique le président d’IDD, Latif Mortajine.
Un peu plus loin de Bouizakarne se dresse la petite localité de Timoulay Izder sur la route de Guelmim. Le village abrite une des premières bibliothèques rurales construites par le réseau IDD au profit des jeunes et des femmes du village. «Au départ, le lieu de construction de la bibliothèque était une décharge publique. Aujourd’hui, c’est l’espace culturel du village», lance fièrement Abdellah Zniber, coordinateur du projet et un des fondateurs du réseau IDD. L’exemple du projet de bibliothèques rurales rend bien compte de la philosophie du réseau qui table sur la culture comme moteur de développement. En 2000, IDD a lancé une campagne «10 villages, 10 bibliothèques». Aujourd’hui, pratiquement toutes les associations villageoises membres d’IDD ont construit leurs bibliothèques rurales. «Il n’y a jamais eu de politique étatique dans ce secteur. En France, ce sont les communes qui construisent et gèrent les bibliothèques. Le contact avec le livre est primordial, sinon la porte sera ouverte à l’aliénation», analyse M. Mortajine.

La concertation avec la population locale, clé de la réussite
A Timoulay, la bibliothèque sert pour la location des livres, mais aussi pour les cours de soutien scolaire et d’alphabétisation des femmes. Et c’est encore une fois la bibliothèque qui est au centre de l’activité à Aït Harbil, un village plus au sud de Timoulay. Cette localité rurale, connue pour son oasis et son tagadirt (sorte de kasbah où l’on stockait la moisson) est le théâtre d’une véritable success story dont le héros est Mohamed El Ayoubi, un migrant du village qui a travaillé toute sa vie dans le secteur de l’automobile en France. Comme des milliers d’autres migrants, il a fait du développement de son village le sens même de sa vie. L’homme qui a milité au sein de l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF) pendant des années a intégré IDD dès sa création afin d’inscrire son action dans le cadre d’un réseau plus large. «Les militants ont créé des associations dans leurs villages d’origine. Chaque association est autonome, mais on se retrouve au sein d’IDD sur un projet commun. Le principe, c’est que chaque association de migrant a au moins une association partenaire au Maroc», explique Abdellah Zniber. Chadia Arab, chercheuse au CNRS à Angers, est une fille de migrants et présidente de l’association Crépuscule, partenaire de Tifawine à Beni Ayad, un village situé près de Béni-Mellal qui est à l’origine de la construction d’une bibliothèque rurale dans ce village en 2000. Elle considère que «ce genre de projet incarne la philosophie d’IDD, à savoir la promotion des idées de citoyenneté, de démocratie, de liberté et de justice sociale». Avant d’ajouter : «Il faut aller au-delà des activités génératrices de revenus, de routes à aménager ou de puits à creuser, il faut faire évoluer les mentalités, réfléchir le développement autrement».
A Aït Harbil, la construction de la bibliothèque a mobilisé le réseau IDD, la population locale ainsi que l’association Architecture et Développement. Abderrahim Kassou, architecte en charge de la construction de la bibliothèque d’Aït Harbil, se souvient : «On a conçu cet espace ensemble avec les villageois. Il fallait qu’ils définissent eux-mêmes la nature du projet éducationnel et culturel qu’ils désiraient. Puis il y avait également le choix du site. Là, il fallait encore une fois décider ensemble du lieu : à côté du souk, proche de l’école ou du centre du village». Tout cela afin de construire une bibliothèque adaptée au besoin des villageois. «Le but de cet espace est d’en faire un moyen de développement local, ouvert à toutes les générations, pour alphabètes et analphabètes. Nous sommes parti de la conviction que les villageois doivent s’approprier leur projet pour la simple raison que ce sont eux qui vont l’utiliser», développe Abdellah Zniber. Autre projet phare du réseau IDD : le programme «Ecole pour tous». Ce programme vise à choisir une école rurale où il n’y a pratiquement rien et à l’équiper entièrement. «On essaie à travers ce programme de faire de l’école un centre de développement local du village», conclut M. Mortajine. L’Etat et surtout les collectivités locales gagneraient beaucoup à s’associer à ce type d’initiatives. Car après tout, le développement local relève en premier lieu de leur responsabilité...

Kamal Lahbib, Secrétaire général du Forum des alternatives Maroc (FMAS) : «L’associatif ne peut remplacer ni l’Etat ni les collectivités locales»

La Vie éco : Quel est le rôle du Forum dans cette initiative ?
Kamal Lahbib : Notre travail en tant que FMAS, c’est de soutenir ces associations de migrants qui parviennent à faire des choses magnifiques dans les villages du Maroc. Nous intervenons pour monter des programmes de plaidoyer autour des conclusions de ce projet, en parallèle ou en partenariat avec les associations migrantes.

Que pensez-vous du travail de ces associations ?
Le travail d’Immigration développement démocratie est remarquable. Il faut l’inscrire dans une évolution dans l’action des associations de migrants en Europe en direction de leur village. Cette dynamique ne date pas d’aujourd’hui. Déjà dans les années 80, les migrants ont commencé à créer des «petites révolutions» en introduisant l’eau et l’électricité. Cela a contribué à transformer les espaces et les mentalités. Dans les années 80, le système politique était fermé et la seule action associative acceptable était le développement économique dans les villages. Après, ce mouvement a commencé à débattre d’autres questions comme la gestion locale, la démocratie locale, la répartition des richesses. Le tissu associatif de migrants a suivi également cette mutation. Ce qui a donné naissance à des réseaux comme IDD. Nous nous sommes tous retrouvés dans cette même dynamique de l’intégration de l’économique dans la démocratie.
On évoque de plus en plus le partenariat associations, Etat, collectivités locales. Sur le terrain, cette collaboration est parfois inexistante…

Oui, mais chacun a un rôle précis !
Le principe de base, c’est que l’associatif est un catalyseur. il ne peut remplacer ni l’Etat ni les collectivités locales. Maintenant, il s’avère que l’Etat est incapable de tout faire. Le Maroc a laissé des régions entières à l’abandon. Nous avons donc une responsabilité pour pallier les déficiences de l’Etat. Les collectivités locales doivent suivre le mouvement et s’impliquer davantage dans l’effort des associations. Sinon, il faut les dénoncer et les «attaquer» si elles sont coupables de mauvaise gestion. Il faut également penser à former les élus, les accompagner afin que ce partenariat puisse voir le jour.

Focus : Aider par la formation
Le dernier projet d’IDD a été réalisé en collaboration avec le Forum des alternatives Maroc (FMAS), l’Institut de formation des agents de développement (IFAD) et l’association Touya pour l’action féminine. «Associations villageoises, associations migrantes, une mise en réseau pour un développement local et solidaire au Maroc» est l’intitulé de ce projet. Avec comme axes principaux la formation, l’accompagnement sur le terrain ainsi que les échanges et la mise en réseau. Au Maroc, la formation a bénéficié à 25 acteurs associatifs (12 femmes et 13 hommes), représentant 16 associations villageoises, partenaires du réseau IDD. La formation qui a été dispensée par l’IFAD a duré une année. «Cette formation m’a ouvert plusieurs possibilités. J’ai appris comment animer des ateliers, rédiger et monter des projets. Aujourd’hui, je maîtrise mieux le langage du développement», avoue Abdelhadi Drider, membre de l’association Espace Sud et un des bénéficiaires de la formation. Ces acteurs de développement, une fois de retour au village, deviennent les passeurs d’une formation qui mise avant tout sur l’humain. De la contamination positive quoi !
www.lavieeco.com
http://www.lavieeco.com/news/societe/Quand-les-villageois-se-prennent-en-charge-dans-ce-%C2%ABMaroc-inutile%C2%BB-18763.html

ON TORTURE TOUJOURS au Maroc qui proclame haut et fort ses progrès en matière de droits de l'Homme !

Ali AARRASS a été torturé

COMMUNIQUE DE PRESSE du CABINET D’AVOCATS JUS COGENS – Me Christophe MARCHAND (GSM: 32.486.32.22.88) et Me Dounia ALAMAT (GSM:32.472.40.58.02)

Affaire Ali AARRASS 8 février 2011 :
Après l’extradition par l’Espagne d’Ali AARRASS, malgré la demande expresse du Comité des Droits de l’Homme des Nations-Unies de suspendre cette mesure, ce belgo-marocain a été torturé au Maroc
Ali AARRASS est belgo-marocain. Il n’est marocain qu’en raison du fait qu’il a dû obtenir, pour voyager, un titre d’identité. Ali AARASS est né dans l’enclave espagnole de Melilla. Il n’a jamais vécu au Maroc et n’a aucun lien affectif avec ce pays.
Ali AARRASS a vécu 28 ans en Belgique, y a fait son service militaire, y a développé un commerce de proximité et des attaches profondes.
Ali AARRASS a un casier judiciaire vierge tant en Belgique qu’en Espagne, où il était retourné vivre près de son père en 2005. Il a fait l’objet de deux enquêtes en Espagne pour vérifier qu’il n’entretenait pas de liens avec des groupes terroristes. Il a été totalement blanchi après une instruction de près de trois ans, menée par le juge Baltasar GARZON.
Ali AARRASS était détenu en Espagne depuis avril 2008 suite à une demande d’extradition formulée par le Maroc. Il est soupçonné par cet État d’appartenir à la « cellule terroriste Belliraj ».
Il est de renommée commune que le Maroc torture de manière systématique les individus dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, motif invoqué par cet État pour museler toute opposition politique pacifique. Il est également de renommée commune que le « procès Belliraj », mené au Maroc, a été une véritable mascarade, une parodie de justice. Les inculpés ont été torturés pour ensuite être condamnés sur base de leurs propres « aveux », obtenus sous la torture.
Sur cette problématique, les critiques des organisations internationales de défense des droits de l’homme sont aussi virulentes que celles faites à l’encontre d’autres pays du Maghreb, aujourd’hui en pleine révolte.
Ali AARRASS s’opposait dès lors fermement à son extradition. Il a fait trois grèves de la faim pour l’éviter.
Interpellée par la famille AARRASS depuis l’incarcération d’Ali, le Ministre des affaires étrangères belge a refusé de prendre contact avec l’Espagne afin de faire part ne fut-ce que de la préoccupation des autorités belges à l’égard de leur ressortissant. Le Ministre invoquait « la confiance mutuelle » qui prévaut entre les différents États européens, alors même que cette confiance était mal placée.
Le 19 novembre 2010, le Conseil des ministres espagnol a approuvé l’extradition d’Ali AARRASS. Par contre, l’Espagne a refusé d’extrader Monsieur EL BAY, détenu dans la même affaire mais de nationalité hispano-marocaine. Cet homme a, à juste titre, été libéré.
Le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies a alors été saisi d’une requête en extrême urgence afin d’empêcher la remise d’Ali AARRASS au Maroc.
Au grand soulagement de toute sa famille, le Comité des droits de l’Homme a pris une mesure provisoire et a demandé l’Espagne à ne pas l’extrader, dès le 26 novembre 2010.
Les proches d’Ali AARRASS pensaient alors que l’injustice qu’il subissait depuis des années prendrait bientôt fin.
Malheureusement, le 14 décembre 2010, le consul belge, qui avait finalement reçu instruction de visiter Monsieur AARRASS, a été informé que cette visite ne pouvait avoir lieu : Ali AARRASS avait été extradé.
Ce consul n’a même pas pris la peine de contacter les avocats d’Ali AARRASS ou sa famille. C’est par la presse que cette extradition a été portée à la connaissance de ses proches.
En extradant Ali AARRASS malgré la mesure provisoire adoptée par le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’Espagne a manifestement violé ses obligations internationales . C’est d’autant plus choquant que, s’adressant au Comité des Droits de l’Homme, cet État avait sollicité, le 7 décembre 2010, la levée de la mesure provisoire, ce qui ne lui avait pas été accordée.
Après cette extradition illégale, le Ministère des Affaires Étrangères belge a, à nouveau, été contacté. Le Ministère s’est cette fois retranché derrière la double nationalité d’Ali AARRASS pour refuser toute intervention en sa faveur. Ce refus paraît inacceptable. Le Maroc pourrait éventuellement refuser de faire droit aux demandes des autorités consulaires belges mais le Belgique ne peut se dédouaner ainsi de ses obligations diplomatiques, d’autant qu’une pression internationale est en soi de nature à protéger Ali AARRASS.
De très nombreuses démarches ont été effectuées, dès le 16 décembre 2010, afin de localiser Monsieur AARRASS et de le soutenir. Le Ministre de la Justice marocain a notamment été avisé de l’état de santé très précaire d’Ali AARRASS, qui était en grève de la faim depuis près d’un mois. Le Rapporteur spécial contre la torture des Nations-Unies a également été alerté, compte tenu des craintes de mauvais traitements.
Malheureusement, la procédure marocaine autorise le maintien en garde-à-vue pendant douze jours en cas d’application de la législation antiterroriste. Durant ce délai, les personnes sont maintenues au secret et ne peuvent pas communiquer avec l’extérieur ou bénéficier de l’assistance d’un avocat. Dans son rapport du 1er décembre 2004, le Comité des Droits de l’Homme avait déjà indiqué : « Le Comité considère comme excessive la période de garde à vue – 48 heures (renouvelables une fois) pour les crimes ordinaires et 96 heures (renouvelables deux fois) pour les crimes liés au terrorisme –, période pendant laquelle un suspect peut être détenu sans être présenté devant un juge. L’État partie devrait revoir sa législation sur la garde à vue et la mettre en conformité avec les dispositions de l’article 9 ainsi que de toutes les autres dispositions du Pacte. L’État partie devrait modifier sa législation et sa pratique pour permettre à la personne arrêtée d’avoir un accès à un avocat dès le début de sa garde à vue (articles 6, 7, 9, 10 et 14 du Pacte) » .
C’est au cours de ce délai illégal de garde-à-vue que Monsieur AARRASS a été torturé. Il a été privé de sommeil pendant de nombreux jours et soumis à des interrogatoires incessants. Au cours de ceux-ci, il aurait fait l’objet d’injections de produits chimiques, de chocs électriques dans les parties génitales, du supplice de la bouteille (viol) et de nombreux autres sévices inqualifiables.
Il semble que, lorsqu’il a été présenté pour la première fois devant un juge d’instruction, Monsieur AARRASS se trouvait dans un tel état qu’il a été impossible de l’auditionner. Lors de sa seconde présentation, l’avocat de Monsieur AARRASS a pu l’accompagner mais le juge d’instruction a refusé d’acter les allégations de torture de Monsieur AARRASS.
Pourtant, la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984, impose :
« Tout État partie assure à toute personne qui prétend avoir été soumise à la torture sur tout territoire sous sa juridiction le droit de porter plainte devant les autorités compétentes dudit État qui procéderont immédiatement et impartialement à l’examen de sa cause. Des mesures seront prises pour assurer la protection du plaignant et des témoins contre tout mauvais traitement ou toute intimidation en raison de la plainte déposée ou de toute déposition faite».
« Tout État partie veille à ce que toute déclaration dont il est établi qu’elle a été obtenue par la torture ne puisse être invoquée comme un élément de preuve dans une procédure, si ce n’est contre la personne accusée de torture pour établir qu’une déclaration a été faite » .
Dans ces circonstances, les proches d’Ali AARRASS sont extrêmement inquiets. Ils ont peur qu’Ali soit condamné sur base d’aveux obtenus sous la torture, les siens et ceux de Monsieur BELLIRAJ. Le dossier répressif marocain ne contient en effet aucun élément objectif relatif à l’implication de Monsieur AARRASS dans un quelconque groupe terroriste.
Les proches de Monsieur AARRASS appellent les gouvernements espagnols et belges à se préoccuper de celui qu’ils ont livré à ses tortionnaires. Ils exigent qu’une enquête impartiale soit réalisée quant à ces allégations de torture. Ils appellent toutes les bonnes volontés à faire pression afin qu’Ali puisse bénéficier d’un procès équitable. Ils implorent les juridictions marocaines à ne pas avaliser l’usage de la torture et à rendre une justice qui puisse honorer le peuple marocain.
Source : Moqawama, 08/02/2011
Commentaire de Diaspora Saharaui :
Un autre ressortissant belgo-marocain, Abdelkader Belliraj se trouve en prison depuis 2008 sous des fausses accusations liées au terrorisme