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mercredi 26 août 2015

Un appel historique contre le crime climatique




|  Par Jade Lindgaard
En finir avec les discussions dilatoires sur le climat et passer, enfin, à l’action en forçant États et industries à laisser les énergies fossiles dans le sol. Tel est le message principal d’un appel « pour en finir avec les crimes climatiques » lancé par cent personnalités internationales que Mediapart publie en avant-première.

En finir avec les discussions dilatoires sur le climat et passer, enfin, à l’action en forçant États et industries à laisser les énergies fossiles dans le sol. Tel est le message principal d’un appel « pour en finir avec les crimes climatiques » lancé par cent personnalités internationales que Mediapart publie en avant-première.

mardi 18 novembre 2014

Esclavage : Mariages de mineures : jusqu’à 60 000 dirhams par mariage

le 2 minutes

Lors d’une conférence organisée à Rabat par les associations Ennakhil, Jossour et Bayt Al Hikma dans le cadre de la campagne « Ha3lach » (voila pourquoi), des données effrayantes ont été révélées sur les mariages de mineures au Maroc. 
La présidente de l’association Ennakhil, Zakia Chramou a ainsi affirmé qu’à « Qalaât Sraghna, des mariages de mineurs sont conclus en contrepartie d’un contrat », cependant, précise-t-elle, ce ne sont pas « des contrats de mariage mais des contrats de prêt ». Ces «arrangements» n’ont de « prêts » que le nom puisqu’il s’agit plutôt de dons d’argent en échange de la main de la − très − jeune fille, et vont de 20 000 à 60 000 dirhams. Les contrats de prêts sont légalisés à la commune, et conclus avant le mariage, entre le père de la future épouse et son futur mari. Les noces sont ensuite célébrées, mais l’union n’est pas légalisée, un juge devant autoriser chaque mariage de mineures, et la jeune mariée n’est donc pas protégée.

mardi 4 mars 2014

MAURITANIE Les derniers négriers, ignoble tradition illégale non reconnue

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    En Mauritanie, des milliers d'hommes et de femmes à la peau noire sont toujours traités comme des marchandises. Voyage au cœur de l'un des derniers pays où l'on naît esclave.
Dessin de Falco.    
Dessin de Falco.
 
Il existe un pays où des êtres humains naissent pour une seule raison : servir leurs maîtres. Comme leurs parents avant eux. Et comme leurs futurs enfants, qui leur seront arrachés en bas âge pour être donnés en héritage ou en cadeau de noces.

Chada Mint M'Beyrick a des enfants, mais n'a jamais été mère. Elle a été une machine reproductrice. Elle est née il y a trois ou quatre décennies, quelque part entre les dunes du Sahara. Dans cette vaste région désertique aux confins de la Mauritanie, du Mali, de l'Algérie et du Sahara-Occidental, les frontières sont aussi floues que l'âge des hommes. D'aussi loin qu'elle se souvienne, Chada a toujours travaillé. Petite fille, elle gardait des chèvres. Plus tard, des chameaux, qu'elle amenait paître sous un soleil aride. C'était un travail éreintant. Quand elle a eu sa première fille, Teslem, elle ne s'est pas arrêtée. Elle la portait sur son dos, de l'aube au crépuscule.

Un jour, le maître de Chada est venu chercher Teslem pour l'offrir à son fils. La fillette devait avoir 4 ans, tout au plus. Chada n'a pas protesté. Dans son univers étriqué, cela semblait être dans l'ordre des choses. Puis, Chada a eu une deuxième fille, M'Barka. Le maître l'a donnée en cadeau à sa sœur. "Il a récupéré mes enfants comme ça, un à un, pour les distribuer aux membres de sa famille. Il ne m'a pas demandé mon avis."  Il n'avait pas à le faire. Au fil des ans, Chada en a donné neuf à son maître. Neuf petits esclaves, comme elle. Esclaves d'aujourd'hui

Les Noirs sont une marchandise

Aux yeux de son maître, Chada était une marchandise. Elle était née pour le servir, comme ses enfants, comme sa mère avant elle. Cet esclavage héréditaire semble d'un autre âge, mais se pratique toujours, ici. Largement. La Mauritanie se situe en tête des pays esclavagistes, selon un classement de la fondation australienne Walk Free. Nulle part ailleurs une aussi large proportion de la population n'est-elle réduite en esclavage : 4 % des Mauritaniens sont asservis, soit 150 000 des 3,8 millions d'habitants du pays. Ces esclaves des temps modernes sont, pour la plupart, éparpillés dans le désert. Ils n'ont pas droit à l'école, aux terres, à l'héritage. Ils ne peuvent ni se marier ni divorcer sans la (rare) permission de leur maître. Ils sont totalement dépendants. Et soumis.

La nuit tombée sur le désert, Chada se recroquevillait sous des loques, blottie contre l'enfant qui ne lui avait pas encore été arraché, pendant que son maître s'installait avec sa famille sous une large tente bien dressée. Parfois, l'enfant s'approchait de la tente. Le maître le chassait en le traitant de "petit chacal". Chada et les siens ne se sont jamais réunis sous une tente pour partager un repas. "Ce n'est jamais arrivé. Jamais. Je croyais que les fêtes, c'était pour les maîtres. Et je croyais que ma vie était normale. Je n'avais rien connu d'autre."

Des viols sans cesse

Les enfants de Chada ont, pour la plupart, hérité de sa peau d'ébène. Mais quelques-uns ont le teint beaucoup plus clair. Bien malgré eux, ces enfants mulâtres lui rappellent sans cesse les viols que son maître lui a fait subir, année après année. En Mauritanie, la couleur de la peau distingue dans une large mesure le maître de l'esclave. Les premiers sont maures, d'origine arabo-berbère, et forment l'élite du pays. Les seconds sont haratines, descendants des Noirs africains qui vivaient le long du fleuve Sénégal avant d'être capturés et asservis, il y a des siècles, par les envahisseurs maures. Quand on interroge Chada sur le père de ses enfants, elle se mure dans le silence. "On ne pose jamais cette question", me sermonnera plus tard Hamady Lehbouss, porte-parole de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), groupe militant.

"L'esclave n'a pas de père. Souvent, c'est le maître, ou alors, c'est un homme de passage." L'important, c'est que l'esclave soit engrossée, explique Salimata Lam, coordonnatrice nationale de l'organisme SOS esclaves ! "Le maître a besoin des enfants. C'est sa main-d'œuvre." Alors, il traite son esclave comme du bétail. "Mon maître me disait que je n'avais pas d'âme. Me tuer, c'était comme tuer un animal", raconte Chada.
Il y a dix ans, son frère Matala a disparu sans laisser de traces. Chada s'est inquiétée auprès de son maître de ne plus jamais l'apercevoir au campement. Le maître lui a répondu que son frère était mort, sans plus d'explications. "Il m'a seulement dit : 'Pourquoi me parles-tu d'un esclave qui n'existe plus ?'" Mais Matala n'était pas mort. Il avait fui.

La liberté à tout prix
Quand il était esclave, Matala Ould M'Beyrick a appris qu'ailleurs la vie pouvait être différente. Qu'il existait un endroit où les Maures et les Haratines pouvaient s'asseoir sur le même tapis, sous la même tente, et partager le même repas. D'égal à égal. Matala avait soif de cette vie-là. Il n'en pouvait plus d'être battu, de se nourrir de restes et, surtout, de voir sa mère puis sa sœur Chada se faire violer sans pouvoir intervenir. Matala voulait fuir, à tout prix. Quitte à risquer sa vie. "J'avais vu les dépouilles de deux esclaves, au campement, qui avaient tenté de s'enfuir." Leurs maîtres les avaient rattrapés, à bord de leur Land Rover, dans le Sahara. L'un est mort étouffé sous d'énormes sacs de provisions, dans le coffre arrière du véhicule. L'autre a été pourchassé en plein désert. "Ils l'ont forcé à courir à perdre haleine devant le 4 x 4. Il n'a pas tenu le coup."

Discrètement, Matala a programmé sa fuite. Ça s'est passé un jour de 2003. Il a dirigé son troupeau vers la seule route des environs, qui menait à une base militaire. Et il a attendu. Une patrouille est passée. Par chance, le chef était haratine. Matala a pris son courage à deux mains et lui a tout raconté. La patrouille l'a escorté à la base. Plus tard, les maîtres sont venus le réclamer. "Ils ont voulu arranger les choses à l'amiable avec les militaires. J'ai dit au chef que je préférais qu'on me tire une balle dans la tête plutôt que de retourner vers ces gens." Les militaires ont chassé les maîtres. Pour la première fois de sa vie, Matala était libre.

Opération de sauvetage

Libre, enfin. Mais tourmenté. Pendant dix ans, Matala a pensé à sa sœur Chada et aux enfants qu'il avait laissés. Pendant dix ans, il a tenté de les faire libérer. Chaque année, depuis 2003, il a pris un mois de congé pour retourner là-bas, à un millier de kilomètres de la capitale, Nouakchott, afin de plaider sa cause auprès des autorités locales. Longtemps, personne n'a voulu l'aider. On lui a d'abord raconté qu'on ne retrouvait pas les nomades. Puis, on a prétexté que le campement ne se trouvait pas en territoire mauritanien, mais en Algérie. On a même exigé 1,8 million d'ouguiyas (4 600 euros) pour financer l'opération de sauvetage.

Alors, chaque année, pendant 10 ans, Matala est rentré à Nouakchott, la capitale, les mains vides et le coeur gros. Mais il n'a jamais lâché. Il a harcelé les gendarmes et les militaires. En mars 2013, alors qu'il n'y croyait presque plus, sa ténacité a enfin été récompensée. Ils sont partis en pleine nuit. Un convoi militaire de 15 véhicules armés. Pas de risques à prendre ; ce coin du désert pullule de membres d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). En 2005, une centaine de djihadistes avaient pris d'assaut une caserne alentour, tuant 15 soldats et s'emparant de tout un arsenal.
Ils sont arrivés au campement aux premières lueurs de l'aube. Quand elle a aperçu son frère, en tête du convoi, Chada a pleuré de joie. Il a fallu des heures pour tous les réunir, mais ils sont repartis ensemble, Chada, ses neuf enfants et ses deux petits-enfants. Les maîtres ont été embarqués. Ils ont passé trois mois en prison avant d'être libérés – et de se volatiliser dans le désert.


  1. L'esclavage est pourtant, depuis 2007, un crime qui peut entraîner de cinq à dix ans de prison en Mauritanie. Matala espère obtenir justice, mais n'attend rien d'un gouvernement qui s'obstine, malgré la nouvelle loi, à nier l'existence même de l'esclavage. En effet, les autorités se bornent à évoquer les "séquelles" d'une pratique ancestrale, désormais éradiquée, assurent-elles, de la Mauritanie moderne. "Les Maures s'en tirent toujours, soupire Matala. L'Etat ne reconnaît pas l'esclavage, alors sa justice ne condamnera jamais un esclavagiste."

Déjà, Matala a pratiquement réussi l'impossible. En mars 2013, quand Chada et les enfants sont entrés dans la petite ville de Zouerate, à 530 km du campement, ils ont été abasourdis. Cramponnée à son oncle, M'Barka posait un tas de questions : c'est quoi ? Un frigo. C'est quoi ? Un mur. C'est quoi ? Des lumières. Oui, ça brille, mais la nuit est bien tombée, je t'assure. Ils n'avaient jamais vu une ville.

Les affranchis

Matala vient d'égorger le mouton. Il le dépèce d'une main experte. Sa soeur Chada, allongée sous la tente, a revêtu ses plus beaux vêtements. Il l'interpelle: "Hé, Chada, tu veux la tête ?" Ils éclatent de rire. "Donne-moi ça et je t'étripe !" C'est jour de Tabaski (ou Aïd-el-Kébir, fête musulmane commémorant le sacrifice d'Abraham). L'équivalent de Noël, pour les catholiques.
En ce 15 octobre 2013, Chada s'apprête à la célébrer pour la toute première fois de sa vie.

Pendant ses années d'esclavage, elle avait bien vu ses maîtres préparer le Tabaski, acheter des habits, des bijoux, un mouton pour le traditionnel méchoui. Mais pour elle, c'était une journée comme les autres – mis à part le fait qu'après avoir festoyé ses maîtres lui donnaient la tête de l'animal. Aujourd'hui, elle s'offrira les morceaux les plus tendres. M'Barka prépare le thé. Les enfants s'amusent à faire éclater des pétards. Faute de mieux, la famille s'est installée dans un bidonville de Nouakchott, planté sur la dune. Sous ces tentes élimées, on manque de tout. Mais l'heure est à la fête. Assis à l'écart, Matala s'offre une pause. Le regard bienveillant, il contemple les siens, enfin réunis. Tout ça, c'est son œuvre, mais aussi sa charge. "C'est une énorme responsabilité d'entraîner des gens dans un univers qu'ils ne connaissent pas."  Matala sait que beaucoup d'affranchis se résignent à retourner chez leur maître parce qu'ils ne trouvent pas d'autres moyens de subsistance. "Je m'inquiète pour l'avenir, avoue-t-il. Les enfants me demandent à manger. Parfois, je n'ai rien à leur donner. Il y a des jours où je ne mets pas de marmite sur le feu." Chada, pourtant, semble prête à bien des sacrifices. Il y a tant de choses à rattraper. "Vous savez, je commence à peine à faire connaissance avec mes propres enfants."

lundi 3 février 2014

Marine Le Pen tombe le masque sur la société qu'elle imposera si elle est élue

Mediapart - Article d'édition


Ce matin, sur France Inter, après 30 mns de dédiabolisation, à 2 mns de la fin, à cette question précise d'un auditeur étranger : "je travaille depuis 20 ans en France où j'ai cotisé et payé mes impôts, si mon entreprise ferme, que je suis licencié que ferez-vous de moi", Marine Le Pen tombe le masque.

Après une tentative d'esquive, elle répond : vous aurez 6 mois de chômage pour retrouver du travail (car on n'est pas violent comme aux États Unis) puis, si vous ne pouvez pas subvenir à vos besoins vous serez expulsé. On ne peut plus clair, cet homme aura cotisé 20 ans pour le chômage pour se voir refuser toute indemnité au bout de 6 mois. Pire, pendant 20 ans il aura bien participé à l'économie de la France par son travail et ses impôts, pour être jeté hors du pays où il a sa vie, peut être son logement et toute sa famille. Pour tous droits : une condamnation à l'expulsion comme un délinquant. 


C'est maintenant évident, si le FN gagne les élections, sous Marine le Pen, les droits de l'homme n'existeront plus, il n'existera que le droit du sang, au nom de la "préférence nationale", il ne restera qu'INHUMANITÉ. Cette barbarie ne se fera même pas au bénéfice des Français. Marine Le Pen prétend que ça sauvegardera l'emploi des "Français de souche". Au contraire, ça sera seulement des cadeaux aux employeurs, qui trouverons de bons esclaves, prêts à prendre n'importe quel emploi, à n'importe quel prix, pour ne pas être obligés de tout abandonner. Ca fera dégringoler les salaires de tous, y compris pour les "Français", et la concurence pour les emplois interdira toutes revendications sur les conditions de travail. 


Résultats : esclavage assuré pour tous, fin de toute intégration possible, montée des antagonismes des 2 cotés. Nul ne peut savoir où le cercle vicieux, révolte violente puis en réponse de plus en plus de répression policière, finirait.

Est-ce vraiment cette société que les électeurs du FN choississent ?

samedi 29 juin 2013

Marine Le Pen tombe le masque sur la société qu'elle imposera si elle est élue

Ce matin, sur France Inter, après 30 mns de dédiabolisation, à 2 mns de la fin, à cette question précise d'un auditeur étranger : "je travaille depuis 20 ans en France où j'ai cotisé et payé mes impôts, si mon entreprise ferme, que je suis licencié que ferez-vous de moi", Marine Le Pen tombe le masque.

Après une tentative d'esquive, elle répond : vous aurez 6 mois de chômage pour retrouver du travail (car on n'est pas violent comme aux États Unis) puis, si vous ne pouvez pas subvenir à vos besoins vous serez expulsé. On ne peut plus clair, cet homme aura cotisé 20 ans pour le chômage pour se voir refuser toute indemnité au bout de 6 mois. Pire, pendant 20 ans il aura bien participé à l'économie de la France par son travail et ses impôts, pour être jeté hors du pays où il a sa vie, peut être son logement et toute sa famille. Comme toute reconnaissance, une condamnation à l'expulsion comme un délinquant.

C'est maintenant évident, si le FN gagne les élections, sous Marine le Pen, les droits de l'homme n'existeront plus, il n'existera que le droit du sang, au nom de la "préférence nationale", il ne restera qu'INHUMANITÉ. Cette barbarie ne se fera même pas au bénéfice des Français. Marine Le Pen prétend que ça sauvegardera l'emploi des "Français de souche". Au contraire, ça sera seulement des cadeaux aux employeurs, qui trouverons de bons esclaves, prêts à prendre n'importe quel emploi, à n'importe quel prix, pour ne pas être obligés de tout abandonner. Ca fera dégringoler les salaires de tous, y compris pour les "Français", et la concurence pour les emplois interdira toutes revendications sur les conditions de travail.

Résultats : esclavage assuré pour tous, fin de toute intégration possible, montée des antagonismes des 2 cotés. Nul ne peut savoir où le cercle vicieux, révolte violente puis en réponse de plus en plus de répression policière, finirait.
Est-ce vraiment cette société que les électeurs du FN choississent ?

 http://blogs.mediapart.fr/edition/pole-emploi-mon-amour/article/260613/marine-le-pen-tombe-le-masque-sur-la-societe-quelle-imposera-si-elle-est-elue

vendredi 31 août 2012

Histoire : A quoi sert donc l’allégeance ?

  par Driss Benali, 26/8/2012

Les partisans de l’ordre établi et les éléments conservateurs ont pris coutume de tout justifier par la Tradition, comme si celle-ci nous avait permis de nous hisser au rang des nations civilisées, avancées et donc prospères… 
Quelle imposture, quelle faute ! Interrogeons donc l’histoire, et alors nous comprendrons que notre sous-développement et les affres de la colonisation que nous avons eu à subir reviennent en grande partie à nos… traditions.
Le maréchal Lyautey, premier Résident général au Maroc, avait judicieusement remarqué que la préservation des anciennes coutumes et leur renforcement constituaient le meilleur moyen de garantir une pérennité de la domination française au Maroc. Et ainsi, au nom du respect de notre identité, Lyautey a œuvré à la protection, puis à la consolidation des aspects les plus réactionnaires, les plus arriérés de nos coutumes. N’était-ce donc pas lui qui avait conféré tout son lustre et son aspect festif à l’allégeance des caïds et des pachas, comme le Glaoui, el Goundafi, Baghdadi, Mtougui, Aïssa, Bouâmer et bien d’autres encore ? Ces gens ont par la suite été instrumentalisés par le colonisateur qui les a envoyés lutter contre ceux qui revendiquaient l’indépendance, les mettant en avant dans les répressions les plus abjectes du peuple marocain.
La bay’a a été mise à profit par les Français pour contrer le mouvement national et barrer la route à tous les modernistes et les progressistes. N’oublions pas que la bay’a revêtait déjà du temps du Protectorat une forme féodale, la cérémonie durant alors trois jours entiers après chaque fête religieuse : les caïds et les pachas affluaient alors de tous les coins et recoins du Maroc juste après les aïds et se prosternaient devant le sultan, lui renouvelant leur allégeance. Et n’oublions pas non plus que la plupart de ces caïds et pachas avaient épousé les thèses du colon, puis soutenu ses plans visant à écarter Mohammed V du trône. De même que cette institution de l’allégeance avait permis au pacha de funeste mémoire, le Glaoui, d’appliquer sa stratégie.
Globalement, on peut dire que la bay’a a été mise à profit par les ennemis du Maroc afin de renforcer les positions des partisans de la soumission et de la tradition ; c’est pour cette raison que le rejet de cette coutume de l’allégeance n’avait pas été surprenant, sachant que le colonisateur l’avait employée pour la préservation de la structure makhzénienne élaborée et reconçue selon un schéma qui empêchait toute évolution vers des institutions démocratiques, et qui maintenait la société dans un système particulier arrivé en droite ligne des profondeurs de l’histoire et qui prolongeait et renforçait la soumission et l’obéissance, à jamais… ce sont là des vérités dures à entendre, mais néanmoins nécessaires pour ceux qui sont aveuglés par leurs convictions religieuses et ceux dont l’ignorance a entièrement annihilé la raison, et la pensée.
Il est clair que le concept de la bay’a, à l’aube de l’islam, du temps des Califes, était une méthode consensuelle et participative pour la gestion des affaires de la cité et de la nation musulmane ; mais plus tard, Mouâouiya l’avait transformé en institution héréditaire et autocratique. Et depuis, la bay’a a perdu son caractère consensuel, et aucune dynastie arabe n’est plus parvenue à arriver au pouvoir dans le cadre d’un consensus national… les tribus et les familles s’imposaient alors à la force du sabre et prospéraient à l’ombre de l’injustice. C’était le système en vigueur au sein du monde arabe et dans l’Europe féodale, sauf que la différence est que le Vieux Continent a su par la suite développer ce qui était nécessaire pour installer le système de la démocratie et le respect des droits de l’Homme, à un moment où les Arabes avaient tourné le dos à l’effort et à la réflexion et s’étaient contentés de reproduire encore et toujours leurs traditions, caractéristiques d’un monde aussi stagnant que sous-développé.
Soyons clairs : la bay’a est considérée comme une pratique qui met à mal la dignité de la personne, du fait qu’elle contraint cette personne à s’incliner devant une autre, sachant que l’islam ne recommande la prosternation que devant Dieu, et nul autre que lui. La bay’a est également une pratique et une culture qui ignore le sens de la dignité humaine et du respect du citoyen, et de la citoyenneté.
La bay’a est, plus généralement, l’expression d’un sous-développement historique patent car l’Histoire établit que tous ceux qui ont rabaissé leurs peuples se sont exposés à la colonisation, puis se sont résolument engagés dans le sous-développement. Nous avons été colonisés car nous n’avons pas compris le sens de la citoyenneté, ce principe qui confère aux gens la faculté de choisir leurs gouvernants, d’affermir leur dignité et de vivre la tête haute. Ecoutons Omar ibn el Khattab : « Comment avez-vous pu asservir les gens alors que leurs mères les ont enfantés libres ? »…
Il est véritablement triste que le Maroc du XXIe siècle, plus de 50 ans après son indépendance, persiste à organiser cette cérémonie de la bay’a, en dépit du fait qu’elle représente une certaine forme d’esclavagisme, et insiste pour justifier cette pratique en lui trouvant des aspects positifs… Quelqu’un avait dit : « Quel est cet homme qui accepte de se prosterner devant un autre s’il n’y est pas obligé ou si ses convictions religieuses ne l’y contraignent pas ? ».
Il faut admettre, une fois pour toutes, que la bay’a a enfermé la classe politique marocaine dans une sorte de carcan et a conduit à un système défectueux. La vie politique au Maroc s’est figée dans un rituel aussi ancien qu’humiliant qui a montré la face réelle de toutes ces personnes qui acceptent d’être ainsi rabaissées et qui ne pensent qu’à une chose, bloquer le progrès et condamner le peuple et le pays entier à la stagnation.