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jeudi 10 novembre 2016

Pour Pierre Rabhi, la COP 22, c’est de la perte de temps…

Newsroom


Par Pauline Maisterra, 8/11/2016
 
4 novembre à Casablanca. Conférence de presse de Pierre Rabhi à l'Eglise Notre Dame de Lourdes. DAVID RODRIGUES / LE DESK
Passer des paroles aux actes pour préserver la planète, c’est tout à fait possible selon Pierre Rabhi, agro-écologiste et amoureux de la nature, célébré comme un messie là où il passe. Mais pour lui, ça ne passera pas à travers la COP 22, loin de là. Pessimisme ou simple réalisme ? Interview
Pierre Rabhi, agro-écologiste et fondateur de différents mouvements comme La Terre et L’Humanisme, est bien connu pour ne pas mâcher ses mots. Ce n’est pas à 78 ans qu’il va se taire. La terre, il l’aime et la respecte. Ce penseur français d’origine algérienne vit depuis plusieurs années en France où il a une ferme agro-écologique. Reconnu comme un spécialiste dans ce domaine, il est invité en Afrique ou en Europe pour prêcher « la bonne parole  ».

jeudi 6 octobre 2016

Pierre Rabhi : «Ma vie vaut plus qu’un salaire»


Résultat de recherche d'images pour "pierre rabhi"Poète, philosophe et écrivain français d’origine algérienne, Pierre Rabhi appelle au travers de ses conférences et de ses livres à un réveil des consciences. Selon lui, il existe pour notre société une autre voie que celle du capitalisme et du consumérisme: celle vers un mode de vie plus simple et plus respectueux de la nature.
Pour beaucoup, vous êtes, sinon un gourou, du moins un maître à penser. En avez-vous conscience?
Je ne l’ignore pas, mais je peux vous assurer que telle n’est absolument pas mon intention. Simplement, j’ai vécu une démarche concrète qui a débouché sur une philosophie de vie. Il se fait qu’elle interpelle et qu’elle convient à un nombre grandissant de personnes qui cherchent d’autres voies que le capitalisme et le consumérisme. Je m’en réjouis.

lundi 15 février 2016

Les 8 propositions de Pierre Rabhi pour vivre en prenant soin de la vie

  1. Agir / Initiative positive
Résultat de recherche d'images pour "pierre rabhi"
                                                                          
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Par Mathieu Doutreligne publié le -
Les 8 propositions de Pierre Rabhi pour que le monde tourne rond
« La planète Terre est à ce jour la seule oasis de vie que nous connaissons au sein d'un immense désert sidéral. En prendre soin, respecter son intégrité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit. »

Les propositions qui suivent sont extraites de la Charte Internationale pour la Terre et l’Humanisme, écrite par Pierre Rabhi pour le mouvement Colibris, issue de son livre Vers la Sobriété Heureuse, paru en 2010 aux éditions Actes-Sud.
Plus que de simples idées, ces propositions réinventent un modèle de société pour proposer une alternative au monde d’aujourd’hui. Pour que le temps arrête de n’être que de l’argent, pour que le silence redevienne merveilleux, pour que la logique du profit sans limites cède face à celle du vivant, pour que les battements de nos coeurs ne sonnent pas comme des moteurs à explosion, et enfin pour vivre et prendre soin de la vie.
#1 : L’agroécologie, pour une agriculture biologique et éthique
De toutes les activités humaines, l'agriculture est la plus indispensable, car aucun être humain ne peut se passer de nourriture. L’agroécologie que nous préconisons comme éthique de vie et technique agricole permet aux populations de regagner leur autonomie, leur sécurité et leur salubrité alimentaires, tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers.

#2 : Relocaliser l'économie pour lui redonner un sens
Produire et consommer localement s'impose comme une nécessité absolue pour la sécurité des populations à l'égard de leurs besoins élémentaires et légitimes. Sans se fermer aux échanges complémentaires, les territoires deviendraient alors des berceaux autonomes valorisant et soignant leurs ressources locales. Agriculture à taille humaine, artisanat, petits commerces, etc., devraient être réhabilités afin que le maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l'économie.

#3 : Le féminin au cœur du changement
La subordination du féminin à un monde masculin outrancier et violent demeure l'un des grands handicaps à l'évolution positive du genre humain. Les femmes sont plus enclines à protéger la vie qu'à la détruire. Il nous faut rendre hommage aux femmes, gardiennes de la vie, et écouter le féminin qui existe en chacun d'entre nous.

#4 : La sobriété heureuse contre le “toujours plus”
Face au "toujours plus" indéfini qui ruine la planète au profit d'une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l'équité.

#5 : Une autre éducation pour apprendre en s'émerveillant
Nous souhaitons de toute notre raison et de tout notre cœur une éducation qui ne se fonde pas sur l'angoisse de l'échec mais sur l'enthousiasme d'apprendre. Qui abolisse le "chacun pour soi" pour exalter la puissance de la solidarité et de la complémentarité. Qui mette les talents de chacun au service de tous. Une éducation qui équilibre l'ouverture de l'esprit aux connaissances abstraites avec l'intelligence des mains et la créativité concrète. Qui relie l'enfant à la nature, à laquelle il doit et devra toujours sa survie, et qui l'éveille à la beauté, et à sa responsabilité à l'égard de la vie. Car tout cela est essentiel à l'élévation de sa conscience.

#6 : Incarner l'utopie
L'utopie n'est pas la chimère mais le "non-lieu" de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d'existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce que nous considérons comme impossible. C'est dans les utopies d'aujourd'hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à incarner en nous-mêmes, car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains.

#7 : La terre et l'humanisme
Nous reconnaissons en la terre, bien commun de l'humanité, l'unique garante de notre vie et de notre survie. Nous nous engageons en conscience, sous l'inspiration d'un humanisme actif, à contribuer au respect de toute forme de vie et au bien-être et à l'accomplissement de tous les êtres humains. Enfin, nous considérons la beauté, la sobriété, l'équité, la gratitude, la compassion, la solidarité comme des valeurs indispensables à la construction d'un monde viable et vivable pour tous.

#8 : La logique du vivant comme base de raisonnement
Nous considérons que le modèle dominant actuel n'est pas aménageable et qu'un changement de paradigme est indispensable. Il est urgent de placer l'humain et la nature au cœur de nos préoccupations et de mettre tous nos moyens et compétences à leur service.
Crédit image : Patrick Lazic
- See more at: http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/23842/8-propositions-de-pierre-rabhi-vivre-en-prenant-soin-de-vie#sthash.NztsfQ2Y.dpuf

Les 8 propositions de Pierre Rabhi pour vivre en prenant soin de la vie

Pierre Rabhi sourire aux lèvres
Les 8 propositions de Pierre Rabhi pour que le monde tourne rond
« La planète Terre est à ce jour la seule oasis de vie que nous connaissons au sein d'un immense désert sidéral. En prendre soin, respecter son intégrité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit. »
Les propositions qui suivent sont extraites de la Charte Internationale pour la Terre et l’Humanisme, écrite par Pierre Rabhi pour le mouvement Colibris, issue de son livre Vers la Sobriété Heureuse, paru en 2010 aux éditions Actes-Sud.
Plus que de simples idées, ces propositions réinventent un modèle de société pour proposer une alternative au monde d’aujourd’hui. Pour que le temps arrête de n’être que de l’argent, pour que le silence redevienne merveilleux, pour que la logique du profit sans limites cède face à celle du vivant, pour que les battements de nos coeurs ne sonnent pas comme des moteurs à explosion, et enfin pour vivre et prendre soin de la vie.
#1 : L’agroécologie, pour une agriculture biologique et éthique
De toutes les activités humaines, l'agriculture est la plus indispensable, car aucun être humain ne peut se passer de nourriture. L’agroécologie que nous préconisons comme éthique de vie et technique agricole permet aux populations de regagner leur autonomie, leur sécurité et leur salubrité alimentaires, tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers.
#2 : Relocaliser l'économie pour lui redonner un sens
Produire et consommer localement s'impose comme une nécessité absolue pour la sécurité des populations à l'égard de leurs besoins élémentaires et légitimes. Sans se fermer aux échanges complémentaires, les territoires deviendraient alors des berceaux autonomes valorisant et soignant leurs ressources locales. Agriculture à taille humaine, artisanat, petits commerces, etc., devraient être réhabilités afin que le maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l'économie.
#3 : Le féminin au cœur du changement
La subordination du féminin à un monde masculin outrancier et violent demeure l'un des grands handicaps à l'évolution positive du genre humain. Les femmes sont plus enclines à protéger la vie qu'à la détruire. Il nous faut rendre hommage aux femmes, gardiennes de la vie, et écouter le féminin qui existe en chacun d'entre nous.
#4 : La sobriété heureuse contre le “toujours plus”
Face au "toujours plus" indéfini qui ruine la planète au profit d'une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l'équité.
#5 : Une autre éducation pour apprendre en s'émerveillant
Nous souhaitons de toute notre raison et de tout notre cœur une éducation qui ne se fonde pas sur l'angoisse de l'échec mais sur l'enthousiasme d'apprendre. Qui abolisse le "chacun pour soi" pour exalter la puissance de la solidarité et de la complémentarité. Qui mette les talents de chacun au service de tous. Une éducation qui équilibre l'ouverture de l'esprit aux connaissances abstraites avec l'intelligence des mains et la créativité concrète. Qui relie l'enfant à la nature, à laquelle il doit et devra toujours sa survie, et qui l'éveille à la beauté, et à sa responsabilité à l'égard de la vie. Car tout cela est essentiel à l'élévation de sa conscience.
#6 : Incarner l'utopie
L'utopie n'est pas la chimère mais le "non-lieu" de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d'existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce que nous considérons comme impossible. C'est dans les utopies d'aujourd'hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à incarner en nous-mêmes, car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains.
#7 : La terre et l'humanisme
Nous reconnaissons en la terre, bien commun de l'humanité, l'unique garante de notre vie et de notre survie. Nous nous engageons en conscience, sous l'inspiration d'un humanisme actif, à contribuer au respect de toute forme de vie et au bien-être et à l'accomplissement de tous les êtres humains. Enfin, nous considérons la beauté, la sobriété, l'équité, la gratitude, la compassion, la solidarité comme des valeurs indispensables à la construction d'un monde viable et vivable pour tous.
#8 : La logique du vivant comme base de raisonnement
Nous considérons que le modèle dominant actuel n'est pas aménageable et qu'un changement de paradigme est indispensable. Il est urgent de placer l'humain et la nature au cœur de nos préoccupations et de mettre tous nos moyens et compétences à leur service.
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Les 8 propositions de Pierre Rabhi pour vivre en prenant soin de la vie

Pierre Rabhi sourire aux lèvres
Les 8 propositions de Pierre Rabhi pour que le monde tourne rond
« La planète Terre est à ce jour la seule oasis de vie que nous connaissons au sein d'un immense désert sidéral. En prendre soin, respecter son intégrité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit. »
Les propositions qui suivent sont extraites de la Charte Internationale pour la Terre et l’Humanisme, écrite par Pierre Rabhi pour le mouvement Colibris, issue de son livre Vers la Sobriété Heureuse, paru en 2010 aux éditions Actes-Sud.
Plus que de simples idées, ces propositions réinventent un modèle de société pour proposer une alternative au monde d’aujourd’hui. Pour que le temps arrête de n’être que de l’argent, pour que le silence redevienne merveilleux, pour que la logique du profit sans limites cède face à celle du vivant, pour que les battements de nos coeurs ne sonnent pas comme des moteurs à explosion, et enfin pour vivre et prendre soin de la vie.
#1 : L’agroécologie, pour une agriculture biologique et éthique
De toutes les activités humaines, l'agriculture est la plus indispensable, car aucun être humain ne peut se passer de nourriture. L’agroécologie que nous préconisons comme éthique de vie et technique agricole permet aux populations de regagner leur autonomie, leur sécurité et leur salubrité alimentaires, tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers.
#2 : Relocaliser l'économie pour lui redonner un sens
Produire et consommer localement s'impose comme une nécessité absolue pour la sécurité des populations à l'égard de leurs besoins élémentaires et légitimes. Sans se fermer aux échanges complémentaires, les territoires deviendraient alors des berceaux autonomes valorisant et soignant leurs ressources locales. Agriculture à taille humaine, artisanat, petits commerces, etc., devraient être réhabilités afin que le maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l'économie.
#3 : Le féminin au cœur du changement
La subordination du féminin à un monde masculin outrancier et violent demeure l'un des grands handicaps à l'évolution positive du genre humain. Les femmes sont plus enclines à protéger la vie qu'à la détruire. Il nous faut rendre hommage aux femmes, gardiennes de la vie, et écouter le féminin qui existe en chacun d'entre nous.
#4 : La sobriété heureuse contre le “toujours plus”
Face au "toujours plus" indéfini qui ruine la planète au profit d'une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l'équité.
#5 : Une autre éducation pour apprendre en s'émerveillant
Nous souhaitons de toute notre raison et de tout notre cœur une éducation qui ne se fonde pas sur l'angoisse de l'échec mais sur l'enthousiasme d'apprendre. Qui abolisse le "chacun pour soi" pour exalter la puissance de la solidarité et de la complémentarité. Qui mette les talents de chacun au service de tous. Une éducation qui équilibre l'ouverture de l'esprit aux connaissances abstraites avec l'intelligence des mains et la créativité concrète. Qui relie l'enfant à la nature, à laquelle il doit et devra toujours sa survie, et qui l'éveille à la beauté, et à sa responsabilité à l'égard de la vie. Car tout cela est essentiel à l'élévation de sa conscience.
#6 : Incarner l'utopie
L'utopie n'est pas la chimère mais le "non-lieu" de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d'existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce que nous considérons comme impossible. C'est dans les utopies d'aujourd'hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à incarner en nous-mêmes, car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains.
#7 : La terre et l'humanisme
Nous reconnaissons en la terre, bien commun de l'humanité, l'unique garante de notre vie et de notre survie. Nous nous engageons en conscience, sous l'inspiration d'un humanisme actif, à contribuer au respect de toute forme de vie et au bien-être et à l'accomplissement de tous les êtres humains. Enfin, nous considérons la beauté, la sobriété, l'équité, la gratitude, la compassion, la solidarité comme des valeurs indispensables à la construction d'un monde viable et vivable pour tous.
#8 : La logique du vivant comme base de raisonnement
Nous considérons que le modèle dominant actuel n'est pas aménageable et qu'un changement de paradigme est indispensable. Il est urgent de placer l'humain et la nature au cœur de nos préoccupations et de mettre tous nos moyens et compétences à leur service.
Crédit image : Patrick Lazic
- See more at: http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/23842/8-propositions-de-pierre-rabhi-vivre-en-prenant-soin-de-vie#sthash.NztsfQ2Y.dpuf

mardi 7 octobre 2014

Pierre Rabhi, un humaniste vigilant et créatif

Philosophe, agriculteur écologiste, écrivain, Pierre Rabhi est l'un des invités d'honneur du colloque "Comment construire une société avec nos fragilités ?" organisé les 10, 11 et 12 octobre à Toulouse par l'association "Une place pour chacun". Apprentis d'Auteuil est partenaire de l'événement. Interview.

Pourquoi vous êtes-vous, dès 1961, soucié de l'homme et de son environnement ?

J’avais décidé de faire un retour à la terre pour me soustraire à la civilisation “hors sol” que commençaient à dessiner, sous mes yeux, ce que l’on nommera plus tard les Trente Glorieuses. L’agroécologie me semblait concilier approche de la nature et activité vivrière. J’entends l’agroécologie comme l’ensemble des pratiques agricoles préservant, voire améliorant, les ressources naturelles, et favorisant l’autonomie alimentaire des populations. Vingt ans plus tard, je suis allé au Burkina Faso en Afrique pour transmettre aux paysans ce que j’avais appris et compris : prendre soin de la nature et l’honorer, c’est prendre soin de l’être humain et l’honorer. Je suis devenu le fils, le responsable, l’amant de la Terre. 

Pierre Rabhi en Ardèche © Guillaume Atger/Divergence

Vous avez créé des structures (1) dans le cadre d’un projet de société écologique et humaniste. Pourquoi ?

Les êtres humains doivent comprendre une réalité : Avons-nous besoin de la nature ? Oui ! La nature a-t-elle besoin de nous ? Non ! Nous devons sortir de cette agriculture qui produit et détruit en même temps. 60 % du patrimoine nourricier de l’humanité représenté par la semence transmise de génération en génération depuis 10 000-12 000 ans, a déjà disparu. Je parle d’un crime contre l’humanité, car nous confisquons graduellement aux êtres humains la capacité de se nourrir par les ressources dont ils ont hérité de l’histoire de l’humanité et de la nature.
(1)    Le monastère de Solan, Terre & Humanisme, La Ferme des enfants, Le Hameau des Buis, Oasis en tous lieux, Les Amanins, Colibris

Est-il encore temps d’interpeller l’être humain ?

Je proclame et j'écris inlassablement que la Terre n'est pas un gisement de ressources à épuiser mais une magnifique oasis de vie à aimer. Plutôt que de se réjouir, de prendre soin, d’organiser un vivre ensemble harmonieux sur cette planète magnifique qui offre absolument tout, l’humanité la massacre, en fait un champ de bataille, une banque, un casino… Quand le dernier arbre aura été coupé, que la dernière rivière aura été empoisonnée, que le dernier poisson aura été capturé, alors seulement, l’humanité découvrira que l’argent ne se mange pas. Par ailleurs, sans en être pleinement consciente, l’humanité se détruit avec des maladies générées par une nourriture toxique, une eau impure, un air pollué… 
N’oublions jamais, que sur les 24 heures de formation de la planète, l’Homme est apparu dans les deux dernières minutes ! Je n’ai pas peur de la destruction de la planète, j’ai peur de la disparition de l’homme.

Comment préserver « cette magnifique oasis de vie » ?

J’ai intitulé un de mes livres Vers la sobriété heureuse. Nous sommes dans un système où la publicité nous harcèle avec des : « Achetez, achetez, achetez ! ». Or,les ressources de la planète sont limitées. C’est la raison pour laquelle je remets en question la notion de croissance économique. Pour favoriser la croissance, nous détruisons les forêts, écumons les mers, saccageons la planète sans pour autant générer une prospérité équitablement partagée. 
Aujourd’hui, sur notre planète, des femmes et des hommes sont dans l’incapacité de donner un bol de riz à leurs enfants ! Des frères humains vivent dans la détresse la plus absolue et d’autres consomment des anxiolytiques dans une société repue ! 
L’argument selon lequel nous sommes trop nombreux est un alibi facile. Sans prêcher pour la prolifération humaine indéfinie, j’affirme que la planète peut nourrir énormément de monde, à condition de ne pas gaspiller, de cultiver correctement et de donner à la survie biologique plus d’importance qu’à l’armement, par exemple. C’est une question de responsabilité de l’humanité.

Cette prise de conscience débute-t-elle, dès l’enfance, par l’éducation ?

En matière d’éducation, je déplore deux énormes erreurs : les enfants vivent dans un système de compétitivité - dominant-dominé - et non de coopération, et les établissements éducatifs donnent l’impression d’être des manufactures qui préparent un être humain formaté en occultant complètement la personnalité de chaque élève. Il est indispensable d’abolir ce terrible climat de compétition qui donne à l’enfant l’impression que le monde est une arène physique et psychique, produisant l’angoisse d’échouer au détriment de l’enthousiasme d’apprendre. Les établissements éducatifs devraient tous proposer de la terre à cultiver, des ateliers d’initiation manuelle, artistique…

Éduquer ne signifie-t-il pas faire naître l’enfant à lui-même ?

L’aider à révéler sa personnalité unique, être attentif à sa vraie vocation, à ses talents propres, à ses réelles compétences, l’accompagner dans son apprentissage de la vie, dans son devenir, et non l’obliger à suivre à tout prix un programme pour lequel il n’est pas fait ? Prenons l’enfant dans l’ensemble de ses dimensions, y compris émotionnelles, pour en faire un être humain accompli, capable de penser, de critiquer, de créer, de maîtriser et de gérer ses émotions, au lieu d’en faire un citoyen utile au système, avec la hiérarchie de l’excellence, de la beauté… Une logique totalement inhumaine. Il ne suffit pas de se demander : « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? » Il faut également se poser la question : « Quels enfants laisserons-nous à notre planète ? »
La société doit, dès l’enfance, attirer l’attention sur la vie, le respect de la vie et le respect des autres… des femmes notamment. Pourquoi sont-elles subordonnées aux hommes ? Pourquoi le masculin domine-t-il tout ? Il n’y a aucune raison. Le masculin et le féminin sont complémentaires. Ce sont les deux énergies qui font la vie ! À partir de là, tout est possible : éduquer autrement, cultiver autrement, vivre autrement !

Est-ce votre père, forgeron, poète et musicien, qui vous a transmis cette sagesse ?

Cet homme simple, habitant une petite oasis du Sud algérien, travaillant le métal pour réparer les modestes objets du quotidien et vaquant, chaque jour, à ses occupations de père nourricier, m’a transmis de belles choses. Il était libre jusqu’au jour où la mine de charbon et son nouveau métier de conducteur de locotracteur, l’ont aliéné. Le soir, il rentrait le visage souillé. Souverain dans sa forge, il s’était mis à l’heure de la civilisation nouvelle. Cette exploitation de l’homme par l’homme m’a profondément blessé. 
Plus tard, avec ma double culture franco-algérienne, je me suis retrouvé entre le marteau et l’enclume et je me suis passionné pour la philosophie et les philosophes. En quête de vérité, Socrate conclut : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ! »

Né dans une famille musulmane, vous vous êtes converti au christianisme, à l’âge de 16 ans. Et aujourd’hui ?

Je suis dans le divin. Je retiens deux lignes fortes : « Je ne sais rien » de Socrate et « Aimez-vous les uns les autres » de Jésus de Nazareth. Ce qui m’invite à plus de modestie et m’incite à comprendre et agir. 
La vie est une belle aventure lorsqu’elle est jalonnée de petits ou de grands défis à surmonter. Ils entretiennent la vigilance, suscitent la créativité, stimulent l’imagination et, pour tout dire, déclenchent l’enthousiasme, à savoir, le divin en nous.

Votre vrai nom Rabah Rabhi, le “vainqueur” en arabe, vous incite-t-il à toujours vouloir mieux ?

Il m’est très difficile de répondre à cette question. J’essaie de servir, par amour, mes convictions. J’essaie d’honorer le don que la vie m’a fait et d’être cohérent avec moi-même. J’aime m’impliquer dans ce qui construit et non dans ce qui détruit. Et je reprends, à ma manière, la légende amérindienne du colibri. Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activa, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou (mammifère d’Amérique tropicale, ndlr), agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri de lui répondre : « Je le sais, mais je fais ma part. » Faire sa part modestement, honnêtement, avec beaucoup de ferveur, c’est participer au changement du monde.