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jeudi 19 mai 2016

Procès de Nabil Ayouch à Marrakech: Ce n'est pas fini

NABIL AYOUCH

JUSTICE - On pensait la page tournée après que le tribunal de première instance de Marrakech a jugé la plainte de Mustapha Hasnaoui contre Nabil Ayouch "irrecevable". Mais le président de l'association marocaine de défense du citoyen, qui estimait que le cinéaste nuisait "à Marrakech et à ses femmes, ainsi qu'à la femme marocaine" persiste et fait appel du verdict. 

La première audience de ce procès en appel a eu lieu le 9 mai. "Nous n'avons pas été au tribunal puisque mon client n'a pas été notifié", indique au HuffPost Maroc Youssef Chehbi, l'avocat de Nabil Ayouch. Pour la prochaine audience, fixée au 30 de ce mois, le réalisateur de "Much Loved" n'a pas non plus été notifié à l'heure où nous écrivons ces lignes.
Pour rappel, la première plainte du président de l'association marocaine de défense du citoyen a été jugée "irrecevable" pour "vice de forme". Une décision qui constituait "un signal clair de la part de la justice que n'importe qui n'a pas la qualité d'agir contre la réalisation d'un film", selon l'avocat de Nabil Ayouch.
"Much Loved", le dernier long métrage de Nabil Ayouch, a été interdit de diffusion par le ministre de la Communication Mustapha El Khalfi, qui voyait en cette oeuvre un "outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine", bien que le réalisateur n'ait pas demandé de visa d'exploitation au Centre cinématographique marocain et que la commission chargée d'accorder l'autorisation de diffusion n'ait donc pas visionné le film.
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Much Loved - Il film



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mardi 1 septembre 2015

"Much Loved" : le film polémique sur la prostitution au Maroc grand gagnant du festival d'Angoulême

Le film de Nabil Ayouch sur les prostituées marocaines a été primé à Angoulême du Valois d'or et de celui de la meilleure actrice.

L'actrice Loubna Abidar avec le réalisateur Nabil Ayouch, à Angoulême le 26 août 2015
Crédit : YOHAN BONNET / AFP
L'actrice Loubna Abidar avec le réalisateur Nabil Ayouch, à Angoulême le 26 août 2015
Interdit au Maroc, le film polémique Much Loved figure parmi les grands gagnants du festival du film francophone d'Angoulême. Attendu dans les salles françaises le 16 septembre prochain, le long-métrage de Nabil Ayouch traitant de la prostitution marocaine a été récompensé du Valois d'or et celui de la meilleure actrice pour Loubna Abidar, dimanche 30 août.

Présenté au dernier festival de CannesMuch Loved raconte les peines et les joies de Noha, Randa, Soukaina et Hlima, quatre prostituées de Marrakech, entre clients, soirées alcoolisées et danses sulfureuses. Les scènes montrent aussi des moments de complicité, de tendresse et les rapports compliqués de ces femmes vis-à-vis de leurs familles.

L'actrice principale menacée au Maroc

"Ça fait du bien. Enfin. Je prends ça comme un geste d'amour", s'est réjoui Nabil Ayouch, la gorge serrée, en recevant son prix sur la scène du théâtre d'Angoulême. Après un mot pour les interprètes du film, ses "quatre petites fées", il a rendu hommage "aux femmes arabes qui tous les jours se battent pour faire respecter leurs droits civiques fondamentaux".

Les larmes aux yeux, son interprète principale la Marocaine Loubna Abidar a déclaré en obtenant son Valois : "Je n'ai jamais osé en rêver...". Au printemps dernier, elle avait indiqué avoir reçu des messages de haine et des menaces, alors que le film déclenchait au Maroc une intense polémique mais aussi un débat sur la prostitution.

Primé, parmi dix films en compétitions, par le jury que présidait Jean-Hugues AngladeMuch Loved succède au palmarès d'Angoulême à Hippocrate, film de Thomas Lilti sur la médecine vue de l'intérieur.

Nicolas Duvauchelle sacré meilleur acteur

Autre grand gagnant de ce huitième festival d'Angoulême : Je ne suis pas un salaud d'Emmanuel Finkiel avec Nicolas Duvauchelle. L'oeuvre retrace la fuite en avant d'Eddie, victime d'une agression. Il désigne à tort un suspect, Ahmed, contre qui la machine judiciaire s'emballe. Emmanuel Finkiel a reçu le Valois de la meilleure mise en scène, Nicolas Duvauchelle celui du meilleur acteur.

Le Valois du scénario est revenu à Je suis à toi du Belge David Lambert, l'histoire d'un escort-boy argentin débarqué en Belgique. Le film a aussi été récompensé par le Valois du jury étudiants. Le Valois du public est revenu à La passion d'Augustine de Lea Pool, film canadien narrant l'épopée musicale d'un couvent québécois à travers le parcours d'une pianiste prodige.
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lundi 1 juin 2015

AMDH- Interdiction illégale du film de Nabil Ayouch

COMMUNIQUE
  1. L’ASSOCIATION MAROCAINE DES DROITS HUMAINS (AMDH) ESTIME QUE L’INTERDICTION DU FILM « MUCH LOVED :EZZINE LI FIK » EST ILLEGALE ET CONSTITUE UNE ENTRAVE A LA LIBERTE D’OPINION ET D’EXPRESSION ET EXPRIME SA SOLIDARITE AVEC LES ARTISTES QUI FONT L’OBJET DE MENACE ET DE DIFFAMATION 
  2.  
  3. L’ASSOCIATION MAROCAINE DES DROITS HUMAINS suit, avec une grande inquiétude, le tumulte créé autour du film «MUCH LOVED : EZZINE LI FIK » du réalisateur NABIL AYOUCH qui a fait l’objet d’une campagne agressive réclamant son jugement ainsi que celui des acteurs et des actrices et allant jusqu’à demander leur destitution de leur nationalité et même jusqu’à demander leur condamnation à mort. Le film a également fait l’objet d’interdiction selon le communiqué du ministère de la communication ; ce dernier a annoncé l’interdiction du film sous prétexte « qu’il porte atteinte aux valeurs et à la femme marocaine, et à l’image du MAROC » 
  4.  
  5. En ce sens l’ASSOCIATION MAROCAINE DES DROITS HUMAINS (AMDH) estime que :
  6. · L’interdiction est une violation des lois qui organisent le CENTRE CINEMATOGRAPHIQUE MAROCAIN et le secteur cinématographique de manière générale car la prise d’une telle décision relève de la compétence d’une commission spéciale, indépendante, constituée de représentants du CENTRE CINEMATOGRAPHIQUE MAROCAIN et d’un ensemble d’administrations publiques et d’associations professionnelles suite à la demande du réalisateur.
  7. · La décision d’interdiction est une répression et une entrave à la liberté d’opinion, d’expression et de création ; libertés garanties par l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme, et l’article 19 du pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) qui souligne «Toute personne a droit à la liberté d'expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix ». Enfin l’interdiction est en contradiction avec le contenu de la constitution qui garantit la liberté d’opinion, d’expression et de création.
  8. · Nous refusons la campagne suscitée autour du film cinématographique et notamment les discours qui incitent à la violence et à la haine ; nous considérons que l’œuvre artistique créatrice est le fruit de l’imagination même si elle décrit la réalité ; en ce sens elle doit être critiquée au moyen d’outils artistiques et non idéologiques ayant pour soubassements une pensée conservatrice qui recourt à l’interdiction et aux entraves.
  9. · Protéger la dignité de la femme et sauvegarder l’image du MAROC ne se réaliseront pas par l’interdiction des œuvres artistiques ou par la poursuite des créateurs ou leur jugement ou par l’approche moralisante mais par une politique publique basée sur la démocratie, l’égalité, la justice, la liberté ; politique qui garantit la dignité et les droits humains pour tous les citoyens et citoyennes et, à leur tête la garantie de l’éducation, du travail, du logement, de la santé…
  10. · Nous exprimons notre solidarité avec tous les artistes
  11.  qui font l’objet de campagnes de diffamation, d’entraves et d’interdictions et réclamons que l’ETAT les protège des incitations, menaces qui les concernent comme nous demandons l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces campagnes.
  12. Le bureau central
  13. RABAT LE 30 MAI 2015

Tribune de Mahi Binebine: « Allez censeurs du dimanche, brûlez tout! »


Tribune de Mahi Binebine: « Allez censeurs du dimanche, brûlez tout! »
Mahi Binebine et Nabil Ayouch

L’artiste et écrivain Mahi Binebine réagit à la polémique autour du film de Nabil Ayouch, Much Loved. Il s’élève contre les « inquisiteurs aux desseins pervers ».

Jusqu’à quand allons-nous vivre dans la schizophrénie,  dans le déni ? Est-ce notre image qui nous révulse à ce point ou le mal est-il plus profond ? Allons-nous continuer à lancer des cabales contre les artistes qui pansent les plaies d’une société malade, contre le talent, ce trésor national qui est notre seule planche de salut, contre la liberté que nos aînés ont payée de leur chair dans les cachots du désespoir ? Devrions-nous, nous autres créateurs, travailler en permanence avec l’épée de Damoclès suspendue par-dessus nos têtes ?
Allez, censeurs du dimanche confortablement installés derrières vos claviers, retroussez vos manches et brûlez! Une bûche pour Le pain nu, Choukri était un clochard alcoolique ; une autre pour Le passé simple, Chraïbi, rien de moins qu’un traître collabo ; une autre encore pour Le dernier combat du capitaine Ni’mat, Leftah était un pédéraste notoire. Allez, brûlez braves gens, brûlez Casanegra, Lakhmari est d’une vulgarité sans nom… Mettez Serhane au pilori, il n’a jamais su faire de courbettes. Bannissez Laâbi, il est à la botte des marxistes léninistes. Brûlez ! Brûlez ! Brûlez ! Que l’autodafé soit flamboyant ! Et sur les cendres de notre culture moribonde, dressez un tapis rouge aux rétrogrades de tous bords. Drapez-vous de votre pseudo-dignité, chaussez vos œillères et marchez dans l’obscurité, vous la méritez peut-être.
Aujourd’hui, c’est au de tour de Nabil Ayouch d’être jeté en pâture, un sioniste qui a réalisé My Land, un bourreau d’enfants qui a créé le centre culturel Les étoiles de Sidi Moumen et ses centaines de marmots démunis qui ont dorénavant accès à un cinéma, une médiathèque, une salle de danse, une autre de musique, un atelier de peinture, un autre de théâtre… Tout cela en plein cœur du bidonville ! Oui, il s’agit bien de ce type qui a réalisé un film à fonds propres, que d’aucuns voudraient traduire en justice pour avoir fait consciencieusement et honnêtement son métier!
Nous sommes nombreux à souffrir de ce pays qui nous fait mal, de ses travers, de ses contradictions. Naguère, nous nous battions contre le makhzen et son arantèle sournoise qui nous étouffait. A présent, l’ennemi est invisible. Il s’appelle populisme et ses relents nauséabonds qui fleurissent ça et là, relayés par des canards boiteux en mal de sensationnel. Que cela vous plaise ou non, nous avons des armes miraculeuses que vous n’avez pas ; nous sommes des écorchés vifs et nous aimons de façon indéfectible notre pays dont nous voudrions corriger ce qui peut encore l’être. Vous, procureurs virtuels qui jugez le film sans l’avoir vu, vous qui vous faites une opinion définitive sur une simple bande annonce, sachez que dans un roman comme dans un film, une pute parle comme une pute (pas comme une bourgeoise d’Anfa, ce ne serait pas crédible !). Vous, et je sais que vous êtes nombreux, parce que l’affaire est savamment orchestrée par des conservateurs moyenâgeux que le progrès dérange, des forces lâches qui s’évertuent à vouloir tuer l’œuvre dans l’œuf, l’empêcher d’éclore et de réveiller les consciences, vous qui participez au lynchage, je vous plains car vous êtes si facilement et si déplorablement manipulables. Réfléchissez donc par vous-même. Ne jugez pas au prisme déformant des inquisiteurs aux desseins pervers. Laissez les moutons paître dans les prairies.
Telle que vécue chez nous, comme ailleurs du reste, la prostitution est un fléau dont on devrait débattre en toute sérénité, sans passion, sans hypocrisie. Nabil nous la montre, de façon crue peut-être, mais d’une terrible efficacité. Voyez, nous en parlons ! Et cela est la première des bénédictions. Ceux qui se couvrent le visage en criant « Au loup ! » seront, bien entendu, les premiers à acheter le DVD piraté et s’en délecter dans les chaumières. Pour ces voyeuristes, circulez, il n’y a rien de cela dans ce film !
Much Loved (je l’ai vu) est un regard porté avec une tendresse infinie sur quelques jeunes femmes au triste destin, un regard juste, humain, loin du misérabilisme, sans langue de bois ni faux-semblants. Un film d’amour en somme, pas au sens où ses détracteurs incultes l’entendent ; ceux qui ne produisent rien, qui n’existent que par des aboiements sur les réseaux sociaux en faisant leurs combats de « salonards ».
Mahi Binebine

Mustapha El Khalfi, ce censeur tout permis


Culture

Mustapha El Khalfi, ce censeur tout permis

👤 Par Youssef Roudaby,TelQuel, 26/5/2015

Interdire un film bien avant que son réalisateur ne demande l’autorisation de le diffuser au Maroc, c’est l’exploit du ministère de Mustapha El Khalfi. Une décision qui ne respecte pas l’article 25 de la Constitution, encore moins la procédure légale pour statuer sur la diffusion d’un film sur le territoire marocain. Explications.

Depuis sa nomination en 2012 en tant que ministre de la Communication, Mustapha El Khalfi a une vision paternaliste de sa mission, se donnant le droit de définir ce qu’est « l’identité marocaine, ses valeurs et les attentes des Marocains en matière d’audiovisuel ». Peu importe si sa vision est passéiste et ignore la diversité et la liberté d’expression. El Khalfi réduit les Marocains à des mineurs à qui l’on dicte ce qu’ils ont le droit de voir ou pas. Pour arriver à ses fins, le ministre, qui invoque la religion pour appuyer la moindre de ses décisions, n’hésite pas à outrepasser ses pouvoirs et à court-circuiter les institutions compétentes.
Lire aussi : Tribune de Mahi Binebine : « Allez censeurs du dimanche, brûlez tout ! »
La Constitution de 2011 est claire. L’article 25 énonce que « sont garanties les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes. Sont garanties les libertés de création, de publication et d’exposition en matière littéraire et artistique et de recherche scientifique et technique ». Un texte que le ministre semble ignorer en imposant des restrictions au secteur de l’audiovisuel afin qu’il soit en cohérence avec la vision qu’il a de « l’identité marocaine ». La dernière décision en date est l’interdiction de Much loved, le long-métrage de Nabil Ayouch traitant de la prostitution à Marrakech. Le ministre n’a pas hésité à outrepasser le pouvoir du Centre cinématographique marocain (CCM) pour décider à sa place.
Pourtant, le texte est clair. L’article 8 de la loi n° 20-99 relative à l’organisation de l’industrie cinématographique affirme que « toute exploitation commerciale d’un film cinématographique sur le territoire national ainsi que du matériel publicitaire y afférent est subordonnée à l’obtention d’un visa délivré par le directeur du Centre cinématographique marocain sur décision d’une commission, dite commission de visionnage des films cinématographiques, qui siège audit centre ». Cette commission est composée d’un représentant du ministère de la Communication, d’un responsable du ministère de la Culture, d’un représentant de la chambre des distributeurs de films, ainsi que d’un représentant des exploitants de salles de cinéma. Ajoutons à cela que « tout refus de visa ou toute coupure dans le contenu des films cinématographiques présentés doit être motivé et porté à la connaissance des intéressés par lettre recommandée avec accusé de réception ».
Maintenant, revenons aux faits. Nabil Ayouch n’a même pas encore demandé de visa d’exploitation pour son film. Ces quatre personnes devant statuer sur l’autorisation de Muched loved ou non sur le territoire marocain ont été remplacées par de mystérieuses « autorités marocaines compétentes » citées dans le communiqué de la MAP qui, semble-t-il, ont visionné le film « dans un festival étranger ». L’équipe de Nabil Ayouch, contactée par Telquel.ma, a appris la nouvelle comme tout le monde, dans ce fameux communiqué de la MAP. Tout cela est-il légal ? Le CCM n’est-il qu’une institution vide que l’on peut doubler à chaque fois sans aucun respect pour les textes qui régissent le secteur ? Si cette décision peut être considérée comme non conforme à la Constitution de l’État vu qu’elle ôte à Nabil Ayouch ses « libertés de création, de publication et d’exposition », la procédure suivie dans ce cas fait fi de la procédure dictée par la loi et les institutions sous la tutelle du ministère de la Communication.
Enfin, penchons-nous raisons citées par monsieur El Khalfi le menant à l’interdiction du film de Nabil Ayouch. Dans le communiqué, on apprend que Much loved « comporte un outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et une atteinte flagrante à l’image du royaume ». Si le gouvernement s’inquiète autant pour la femme marocaine, il faudrait peut-être d’abord s’intéresser à la situation de ces femmes exploitées quotidiennement et réduite à la prostitution, de ces jeunes femmes, pas encore majeures, qui sont réduites à l’esclavage moderne en tant que petites bonnes en milieu urbain, à ces mères qui accouchent encore sur des trottoirs et dans les couloirs des hôpitaux par manque d’infrastructures, à ces paysannes qui sont encore obligées de parcourir des kilomètres pour remplir des seaux d’eau ou encore à ces petites filles qui sont mariées alors que leur place est toujours à l’école primaire.
S’inquiéter aujourd’hui de l’image de la femme marocaine ne devrait pas se résumer à cacher une réalité flagrante aux yeux de l’opinion internationale, car, semble-t-il, le Maroc a l’obsession de ce que pensent les États démocratiques de sa situation mais est peu soucieux de s’attaquer véritablement aux problèmes. Au lieu d’essayer de dissimuler ce qui fâche et faire taire les langues qui épinglent des situations alarmantes, notre pays devrait songer sérieusement à agir en changeant cette réalité qui ne peut plus être couverte par le voile de la censure.

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lire aussi : 
 http://telquel.ma/2015/05/30/el-khalfi-diffusion-du-concert-jennifer-lopez-inacceptable_1449609

mercredi 27 mai 2015

Nabil Ayouch: “Je suis choqué par cette décision illégale“




Nabil Ayouch: “Je suis choqué par cette décision illégale“

 
EXCLUSIF. Dans une interview à Médias 24, Nabil Ayouch revient sur la polémique qu’il se défend d’avoir provoquée ou alimentée. “Peiné“, il réagit aux attaques dont a fait l’objet son film.

Médias 24: Vous voilà devenu à votre corps défendant, une victime avec l’interdiction de diffusion au Maroc de votre long-métrage «Much love, Zine li fik».
Nabil Ayouch: Absolument, mais je vous avoue que je m’en serais bien passé.
   -En même temps, vous avez échappé au peloton          d’exécution, c’est déjà pas mal…
-Je n’en suis pas si sûr car il y a encore beaucoup de gens qui demandent ma tête sur internet, il y a même une page Facebook qui réclame ma mise à mort.
En tout état de cause, sachez que je suis très triste par ce qui s’est passé et très choqué.
-Est-ce à dire que vous ne vous attendiez pas du tout à cette interdiction?
-Comment aurais je pu m’attendre à ça? Vous savez qu’il y a quand même des lois au Maroc.
Pour interdire un film ou plutôt pour refuser de lui octroyer un visa d’exploitation, encore faut-il que ses producteurs en fassent la demande alors que je n’ai fait aucune demande en ce sens.
-Le Centre Cinématographique Marocain vous a-t-il notifié la décision du ministère de la communication?
Absolument pas, à ce jour je n’ai reçu aucun papier officiel. Dans la mesure où je n’ai pas fait de demande, comment aurait-il pu me répondre?
-Avez-vous eu des contacts récents avec des équipes du CCM.
-A Cannes, j’ai effectivement eu des contacts avec eux mais à aucun moment, il n’a été question de visa de censure.
Je comptais demander le visa d’exploitation 3 à 4 semaines avant la sortie effective du film en salles. Comme la date de sortie n’était pas encore arrêtée définitivement, ce n’était pas du tout d’actualité.
Hier soir [lundi 25 mai, ndlr], quand j’ai appris que le ministère de la communication avait décidé d’interdire mon film, j’ai été extrêmement surpris car cette décision est non seulement illégale mais anticonstitutionnelle.
-Y a-t-il des recours possibles ou des voies d’appel pour annuler cette interdiction?
-Certainement, car que je sache, nous sommes encore dans un Etat de droit.
Ce qui a été décidé hier ne va pas dans ce sens et il existe des recours probables devant la justice et d’autres instances constitutionnelles comme le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH).
Je ne peux pas vous dire tout de suite comment je vais procéder mais il est évident que face à une décision unilatérale infondée, je ne peux pas rester muet et me laisser faire.
-Ne pensez vous pas que la publication sur le net d’extraits de votre film ont desservi votre cause?
-Je m’inscris en faux contre ces allégations car ce n’est pas moi qui ai balancé ces extraits sur la toile.
Le festival de Cannes a demandé à l’attachée de presse française du film de lui donner quatre extraits, ce qui a été validé et fait.
Je pensais que c’était pour les chaînes de télévision qui voulaient faire des reportages sur les films programmés à Cannes. Ce que je ne savais pas, c’est que ces extraits ont été mis sur le site internet du festival et des petits malins en ont profité pour les récupérer et les balancer sur le net.
Ce n’était pas du tout une volonté délibérée de ma part de créer un buzz ou quoi que ce soit d’ailleurs.
-Contrairement à ce qui se dit, la publication de ces extraits vous a donc échappé et ne faisait pas partie d’une opération de communication pour vendre votre film?
-Totalement, et au-delà de cette réalité, qu’est-ce qu’il y a de si grave dans ces extraits, il y a 3 nanas et un mec qui parlent dans un taxi auquel il faut rajouter une scène de danse.
On est bien loin d’un film pornographique, il faut se calmer car on est très loin de certains films qui ont été projetés à Cannes et pourtant personne n’a crié au scandale.
Toutes ces fausses allégations de créer le buzz à des fins commerciales ont été montées en épingle pour mieux m’accuser.
-Lundi devant le parlement, une manifestation ne vous a pas ménagé. Vous avez fait l’objet d’insultes à caractère antisémite et même d’appels au meurtre.
-J’ai vu tout ça, c’est simplement surréaliste et hallucinant. Je pense que le rôle de l’Etat devrait être de calmer les choses au lieu de mettre de mettre de l’huile sur le feu.
-Considérez-vous cette interdiction était inévitable du fait que le ministère de la communication est dirigé par un membre du PJD?
-Je ne me positionne pas par rapport à des partis politiques qu’ils soient du PJD ou d’ailleurs. Je suis un cinéaste qui fait des films dans un pays où il y a des règles et dont je respecte les lois.
Pour tourner un film, je demande une autorisation préalable de tournage. On me la donne et quand le film est fini, on me donne un visa de censure ou pas.
Ce dernier peut prendre la forme d’une interdiction aux moins de 16 ans ou même de 18 ans car il y a plusieurs manières d’encadrer la sortie d’un film.
Ce que je constate, c’est que la loi a été enfreinte par le ministère de la communication. Ce n’est pas à lui d’octroyer un visa d’exploitation. C’est la commission de contrôle du CCM qui est en charge de la délivrance de l’autorisation ou de l’interdiction d’un film.
-Concrètement, qu’allez vous faire pour contester cette décision que vous qualifiez d’illégale ?
-Je vais commencer par faire appel à des conseillers juridiques pour connaître les recours possibles.
-Hormis l’interdiction, vous attendiez vous à une telle virulence de réactions négatives ou révoltées?
-Il y a eu un torrent de boue et d’insultes. C’est surréaliste, honteux scandaleux et surtout très grave que l’Etat laisse faire car cela dépasse l’entendement.
Evidemment que je ne m’y attendais pas et c’est totalement anormal qu’il y ait des réactions pareilles face à un sujet de film qui n’engage pas l’avenir du pays et ne porte pas sur un enjeu politique majeur.
A mon sens, cela révèle une immense frustration et un manque d’habitude de débat public démocratique.
Si on traite de cette manière, un réalisateur qui fait juste des films, je n’ose pas imaginer comment on traite les vrais criminels.
-On vous accuse de vous enrichir avec le malheur des autres.
-Si j’étais devenu riche en faisant des films, cela se saurait depuis longtemps.
A partir du moment où on veut vous casser, on dit tout et n’importe quoi et tous les coups deviennent permis. Je refuse de me mettre au niveau de ce genre de détracteurs.
-Rentrez vous dans vos frais ou gagner vous de l’argent quand vous faites un film?
Jamais au grand jamais car je n’arrive même pas à amortir les frais de production des mes films. Je suis obligé de me tourner vers le circuit international pour limiter les dégâts. C’est la seule manière de rentabiliser un film tourné au Maroc.
Chez nous, nous n’avons pas de marché et il existe trop peu de salles pour rentrer dans ses frais. A cela, il faut ajouter le marché piraté qui pénalise tous les producteurs de films au Maroc.
-L’interdiction laisse entendre que les autorités ne connaissaient pas le sujet du film ?
-Ce n’est pas le cas car avant d’obtenir l’autorisation de tournage du film, nous sommes tenus de déposer le synopsis et scénario. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’étais optimiste car le CCM savait à quoi s’attendre.
Le ministère de la Communication n’a rien à voir dans ce processus et il a fait preuve d’ingérence alors qu’il n’est pas partie prenante.
-Cette décision va-t-elle avoir des conséquences sur la suite de votre carrière au Maroc ?
-Il y a beaucoup de gens intelligents et ouverts au Maroc et je refuse de tout voir en noir même si mes détracteurs se déchaînent sur internet.
Dans l’ensemble, nous disposons d’une presse ouverte et d’une société civile favorables à ce film.
S’il y a beaucoup de choses fausses colportées, il y a aussi des gens qui veulent que leur pays avance. Ces derniers sont capables de s’autocritiquer et de se regarder sans concessions dans un miroir.
Je ne vais donc pas abandonner à cause de certains qui se bornent à proférer des insultes gratuites.
-Avez-vous essayé de vous mettre à la place de vos détracteurs?
-Je peux tout comprendre à partir du moment où on s’exprime dans un cadre démocratique et dans le respect de certaines règles élémentaires de bienséance.
Me mettre à la place de gens qui m’insultent et appellent à ma mort, c’est au dessus de mes forces.
-Cela ne vous empêchera pas de donner une carrière internationale à votre film?
Bien sûr que non, mais je ne fais pas des films pour qu’ils soient vus uniquement à l’international mais avant tout pour qu’ils soient visionnés au Maroc.
C’est une réalité de mon pays dont je parle et j’ai envie qu’elle soit vue avant tout au Maroc.
Pour produire ce film, en fonds propres sans aucune aide de l’État marocain, nous avons mouillé notre chemise, on y a mis tout notre cœur et notre âme, et c’est pour cela que je suis si déçu de cette interdiction.

 http://www.medias24.com/print15524926052015Nabil-Ayouch-Je-suis-choque-par-cette-decision-illegale.html?layout=default&print=1&tmpl=component

lundi 25 mai 2015

«Zine li fik» (Much Loved) ou la réalité qui fait mal


Ali Fkir, Internationaliste marocain, 25/5/2015


 Nabil Ayouch vient de jeter un véritable pavé dans "la mare dormante " de la morale dominante. Le film « Zine Li Fik »( Much Loved ) a « scandalisé » plus d’un. Les « Cachez ce sein que je ne saurais voir » sont « choqués ». Ils crient : au scandale ! Il faut reconnaître que chacun de nous porte en lui l’âme de Tartuffe. Il est vraiment immortel ce personnage de Molière.
 
De quoi s’agit-il ?
D’après ce que j’ai lu, d’après les extraits (vidéos) que j’ai pus voir, le film met à nu, entre autres, une partie « intime » de la société marocaine, société où l’hypocrisie règne en maîtresse sans partage.
J’en ai déduit, que le film a mis, publiquement, en relief :
-         La « vulgarité » du langage de la rue, des bars, des palaces, des villas, des commissariats, des prisons, des casernes…langages utilisés avec zèle par ceux qui dispersent un sit in pacifique.
-         Le commerce florissant du sexe et de la drogue. D’aucuns feignent ignorer que c’est grâce à ce commerce (en grande partie) que nos « réserves » en devises fortes se portent bien. Les pétrodollars des orgies des émirs arabes et les euros des pédophiles occidentaux alimenentent les caisses de plus d’un.
-         La débauche sans commune mesure, de ceux qui sont sensés « protéger » les lieux saints du Moyen Orient
…et j’en passe.
 Bien ! A ma connaissance, le cinéma est désigné comme « 7ème art ». Indiscutablement, c’est un art ; art enfanté par l’évolution de l’Humanité, par le développement de la science et de la technologie. Il a constitué une révolution. Une révolution continue dans le temps, conquérante dans l’espace.
 Je ne suis pas un critique du cinéma. Mes adhésions aux « ciné-clubs » des années 60 sont insuffisantes pour que je puisse porter un « jugement de valeur » sur ce film. Malgré cela, je me permets de classer ce film dans ce qu’on appelle « le réalisme critique » mélangé au « naturalisme ». Je suis persuadé que le but de Nabil Ayouch n’est pas de proposer des « alternatives », ni de donner des leçons à qui que ce soit. Ce sera l’œuvre des éventuels engagés ,  qu’ils soient progressistes ou réactionnaires.
 Pour mieux comprendre la société marocaine dans sa complexité, l’Histoire fera de ce film une référence incontournable. 

dimanche 24 mai 2015

Nabil Ayouch dévoile ses prostituées sur la Croisette et fait scandale au Maroc


  Capture d'écran du film Much Loved de Nabil Ayouch.
Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2015, le septième long-métrage de Nabil Ayouch, Much Loved, suit le parcours de quatre jeunes femmes de Marrakech, à la fois convoitées et dépréciées pour ce qu’elles font plus que pour ce qu’elles sont, alternant vie de « famille » reconstituée et travail de prostituées.
 Entièrement autoproduit (le Centre Cinématographique du Maroc ne l’a pas financé mais la Région Ile-de-France a soutenu sa postproduction), Much Loved n’a pas encore été montré au Maroc. Mais déjà le film agite Internet. Motif ? Un extrait diffusé par la Quinzaine des Réalisateurs sur YouTube qui a dépassé les 1 230 000 vues en l’espace de quelques jours. Et une bordée d’insultes de la part de Marocains qui n’ont pas vu le film. La raison de cette excitation ? Trois des quatre actrices du film, réunies dans un taxi, parlent en termes crus de leurs clients et prient Dieu de tomber sur un « Saoudien beau gosse, gentil et avec une petite bite ».

Un film sur la prostitution et non sur les prostituées

Que faut-il comprendre de ce tollé général ? D’abord, que principalement ceux qui n’ont pas vu le film s’enflamment, car l’extrait n’a pourtant rien d’osé si ce n’est le langage utilisé, le sujet abordé et l’invocation de Dieu – donc, le texte. Ensuite, qu’Internet est un défouloir merveilleux pour tous les internautes avides de débattre sans se montrer, voire même sans connaître tous les aspects du problème débattu. Cela fait écho à un autre film de la compétition cannoise, plus fort que les bombes de Joachim Trier où Isabelle Huppert, qui campe une photo-reporter, montre à son fils comment le découpage d’une image peut en modifier sensiblement le sens. En un mot, peut-on réellement critiquer un extrait sans avoir vu la totalité du film ?
Much Loved de Nabil Ayouch est, selon son auteur, un film sur la prostitution, non sur les prostituées. Mais il n’est pas le seul - ni le premier - réalisateur marocain à filmer une sexualité brutale et honteuse. Du viol de L’Amante du Rif de Narjiss Nejjar à l’inceste de Pégase de Mohamed Mouftakir, en passant par le refoulement de l’homosexualité dans L’armée du salut d’Abdellah Taïa, le rejet des filles-mères dans Malak d’Abdeslam Kelaï ou l’attrait pour la prostitution de Mort à Vendre de Faouzi Bensaïdi, le sexe dans les films marocains est principalement bafoué, interdit et donc, violent. À l’occasion de la sortie des Chevaux de Dieu, Nabil Ayouch nous avait précisé que le viol était « malheureusement un acte beau­coup plus banal chez nous que du point de vue d’un regard occi­den­tal, un acte dra­ma­ti­que mais d’appren­tis­sage de la sexua­lité ».
Faut-il en vouloir à un cinéaste de filmer une partie de sa société telle qu’il la voit ? Si l’on part du principe que ce qui n’est pas vu ne sera pas su, alors la censure cinématographique a encore de beaux jours devant elle. Si au contraire un film dérange par son sujet mais permet d’ouvrir un débat dans la société, alors le cinéaste a joué son rôle qui est de regarder, mettre en scène et interroger ce qu’il a observé.

Immersion dans le monde chic et glauque des nuits de Marrakech

Pour réaliser Much Loved, Nabil Ayouch a passé un an dans le monde de la nuit de Marrakech, fréquentant des jeunes femmes proches de ses personnages. Doit-on lui reprocher de vouloir questionner la place de la femme dans une société musulmane où le sexe hors-mariage ne doit pas exister ? Où l’honneur de la virginité féminine ne doit en aucun cas être comparé à celui de l’homme qui enchaîne plusieurs conquêtes ou couche avec plusieurs prostituées à la fois ? Que dire de ces hommes qui découvrent le corps des femmes par le biais des films pornographiques où la plastique fantasmée ne ressemble en rien aux corps perfectibles des femmes de la vraie vie ? Et dont les premiers émois sexuels sont rendus possibles non par les mots doux mais par les billets ? En assouvissant leurs besoins avec des femmes qu’ils peuvent tout à tour aduler (« j’ai envie de toi »), dominer (« je t’ai payée ») puis humilier (« sale pute »), ces hommes perpétuent la tradition paternaliste selon laquelle seule la mère et la vierge peuvent (doivent ?) être respectées.
Avec Much Loved, Nabil Ayouch met également en exergue le business qui entoure la prostitution : chauffeur, vigile de boîte de nuit, policiers. Certes, certaines scènes peuvent paraître crues à certains regards chastes. Mais ne nous mentons pas sur ce que les spectateurs peuvent consommer. Pourquoi regarderait-on un film européen avec des scènes de sexe mais nierait-on toute allusion dans un film africain ?
Au vu du traitement de la sexualité dans la cinématographie marocaine de ces dernières années, et du buzz qui agite actuellement Internet, qu’un film comme Much Loved mérite d’être vu et surtout, discuté. Car à quoi sert le cinéma s’il ne montre qu’un aspect lisse, entendu et validé d’une société ? S’il ne permet pas de la critiquer, l’interroger voire même de la projeter au-delà de ce qu’elle est ?
La question n’est pas de savoir si Much Loved représente l’ensemble de la société marocaine ou des wagons de clichés, mais pourquoi Nabil Ayouch a choisi de travailler sur cette partie. Si Much Loved ne sort pas au Maroc, il suffira aux marocains de prendre exemple sur les Tunisiens : La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche circulait bien en DVD…

vendredi 25 juillet 2014

Peuple d'Israël, lève-toi!







Nabil Ayouch Headshot




GUERRE_GAZA_ISRAEL

Ainsi, les bombes pleurent à nouveau sur Gaza. Tsahal s'est remise au travail. L'aviation, la marine, l'infanterie de l'un des Etats militairement les plus puissants au monde, s'allient pour liquider le peuple de Gaza.
Comme dans un jeu de massacre, on enferme des êtres humains dans une boîte et on tire au hasard. Oh, bien sûr, tes chefs prétendent viser les combattants, "les terroristes", comme ils les appellent. Et ils finissent par en tuer un ou deux pour quelques dizaines de femmes et d'enfants morts avec eux. C'est ce que tes chefs nomment des dommages collatéraux. Ils tuent des innocents, le regrettent, promettent qu'ils vont enquêter et finissent par nous dire qu'il n'y a pas de guerre propre et que seule la victoire finale compte. Les terroristes sont morts. Ton Etat est sauf.

 La vie peut reprendre son cours. Tu retourneras faire tes courses au supermarché du coin de ta rue, faire ton jogging sur la plage, tu iras rejoindre tes amis en discothèque, défiler à la Gay Pride, tu retourneras étudier, bâtir ton avenir. Tu retourneras oublier. Oublier que de l'autre côté du terminal d'Erez, sont parqués des hommes, des femmes et des enfants auxquels ton Etat a ôté leur avenir et tout espoir en l'humanité.
On t'a appris à les haïr, à ne voir en eux que des sauvages qui veulent te tuer, violer tes femmes et jeter tes enfants à la mer. Depuis que tu es né, on t'a appris qu'ils n'ont rien à faire sur cette terre, la terre de tes ancêtres sur laquelle tu es le seul à avoir un droit légitime et historique. On t'a appris à oublier leur histoire, à glorifier, inventer et mythifier la tienne. On t'a appris qu'un bon arabe est un arabe mort. On t'a appris à coloniser, à humilier, à ignorer, à te mentir à toi-même, à combattre, à avoir peur. Comment pourrais-tu les aimer alors qu'on ne t'a appris que la haine ?
Tu trouves de l'amour parmi les tiens, ta communauté, ceux qui ont le même sang que toi, récitent les mêmes prières, ont le même complexe de supériorité et la même faculté à nier l'existence de l'Autre. Avec eux, tu vas dans les meilleures écoles, tu fais l'armée, tu voyages, tu travailles, tu vis, tu meurs. C'est ce que ton Etat a de mieux à t'offrir. Les valeurs universelles héritées des Lumières telles que la fraternité avec son prochain, l'acceptation des différences, la tolérance, attendront des temps meilleurs... Ton avenir est tout tracé. Tu es né sur cette terre, tu mourras sur cette terre. Le reste importe peu. Tu peux être en guerre contre tous tes voisins, tu peux déclencher la haine des justes du monde entier, ce n'est pas grave. L'humanité a tort et toi tu as raison.
Tes dirigeants réclament avec force la reconnaissance de ton Etat comme Etat juif, au mépris de la diversité culturelle et religieuse qui le compose. Et cet Etat juif tient debout. Il est en sécurité derrière ses frontières, son mur de béton. Il continue à prier ses prophètes pour que ça dure toujours. Il continue à éduquer ses enfants comme il l'entend. Il continue à être au dessus des lois internationales, à faire ce qu'il veut quand il le décide. Il continue à s'imposer au monde lâche, à mépriser les instances internationales, les chefs d'états, les peuples. Ton Etat juif a oublié la morale. Mais ce n'est pas grave, il survit. Et, après tout, que vient faire la morale dans l'histoire que cet Etat-là est en train d'écrire ?
Peuple d'Israël, j'aimerais essayer de te convaincre que tu te trompes, passer des heures, des jours, une vie à cela, s'il le faut. J'aimerais te dire que je suis allé à Gaza et que le cœur de ses habitants n'est pas plein de haine. Il est plein de vie et il bat aussi vite et aussi fort que le tien. J'aimerais pouvoir te prouver qu'il n'existe aucune mère palestinienne heureuse de voir son enfant mourir en martyr. Que la vie palestinienne a la même valeur que la tienne. Et c'est cette vie que ton armée assassine en ton nom. 

Peuple d'Israël, j'aimerais te dire qu'on te ment. 
 Depuis que tu es né, ton gouvernement te ment en te faisant croire que tu peux vivre en sécurité, entouré d'ennemis. Tes médias te mentent en te faisant croire que tu peux acheter la paix sans contrepartie. Tes manuels scolaires te mentent en te disant que cette terre était vide avant l'arrivée de tes ancêtres, que l'identité palestinienne a été inventée. J'aimerais te dire que tu n'auras jamais la paix en continuant à coloniser, à bombarder, à occuper. J'aimerais te dire que tu n'es plus une victime depuis longtemps, que tu es devenu le bourreau et que le monde commence à te haïr à nouveau pour cela. J'aimerais te dire que tu es en train de creuser ta tombe. J'aimerais te dire que tu te meurs lentement, en perdant tout ton humanisme.
Tu penses que tu as des amis. Tu n'as pas d'amis, tu n'as que des soutiens. De vrais amis auraient osé te dire tes vérités. Et ces soutiens, quand ils n'auront plus besoin de toi, qu'ils cesseront de croire que tu es ce rempart du monde libre contre la barbarie, quand leurs intérêts seront ailleurs, arrêteront de te soutenir et tu seras seul face à tes crimes.
Tu penses que tu réussiras à te débarrasser des Palestiniens en les parquant dans des Bantoustans, mais tu te trompes. Ils te hanteront, hanteront tes enfants et tes petits-enfants tant que justice ne leur sera pas rendue. Une chaine de solidarité s'est créée à travers le monde, qui a compris depuis longtemps ton besoin légitime de vivre en sécurité, mais qui n'accepte plus que tu commettes des crimes aveuglément pour y parvenir, que pour un enfant juif tué, trois cent Palestiniens soient assassinés par ton armée.
Ton histoire récente te protège mais cela ne durera pas éternellement. Tu te crois meilleur que tes voisins car tu as édicté les règles d'une pseudo démocratie, taillée sur mesure ? Dans le cœur des justes, sache-le, tu es déjà au ban des nations.
Beaucoup de civilisations ont disparu car elles n'ont pas su se regarder. Fort heureusement, il existe parmi les tiens des femmes et des hommes justes, pleins de courage pour crier l'injustice et refuser que ces crimes soient commis en leur nom. Entends-les.
Il est temps que tu arrêtes de croire aux histoires qu'on t'invente, temps que tu arrêtes de penser que c'est le diable qui gouverne le cœur des Palestiniens. Temps que tu te poses cette question : si l'on pratiquait sur toi de telles punitions collectives, un tel nettoyage ethnique, tu ferais quoi ? Tu voterais pour qui ? Arrête de chercher des justifications à tes actes, il n'y en n'a plus.
Alors, peuple d'Israël, lève-toi ! Combats la haine qu'ils ont insufflée dans ton cœur, combats le mensonge, combats la folie qui s'est emparée de tes dirigeants, combats tes peurs, combats le monstre qui est entré en toi. Et n'oublie jamais ; le vrai courage n'est pas d'aller en guerre tuer des innocents. Le vrai courage est de faire taire les armes et de signer une paix juste.