Mohsen Abdelmoumen : Que pensez-vous des événements actuels à Gaza ?
Jacob Cohen : Les évènements actuels à Gaza sont la continuation
de la politique constante d’Israël de maintenir le territoire dans un
état d’instabilité, d’insécurité, en l’empêchant de construire la
moindre infrastructure, économique, agricole, hospitalière, culturelle.
Tout est fait pour étrangler le territoire, mais pas au point de le
laisser s’effondrer car ce serait un désastre humanitaire que la
Communautaire internationale ne pourrait pas hypocritement supporter.
Donc à chaque fois qu’il y a une accalmie, les Israéliens s’arrangent
pour provoquer un ou deux tirs de roquette généralement inoffensifs pour
relancer la répression. Rappelons que les Gazaouis n’ont même pas le
droit d’aller pêcher au-delà de 4 ou 5 kilomètres des côtes, les
Israéliens poussant le cynisme jusqu’à les empêcher de profiter des
ressources naturelles de la mer. De même pour l’électricité, disponible
de façon épisodique. Et la destruction du stade. Etc.
Dans votre livre « Le printemps des Sayanim », vous dites que tout
Juif est susceptible d’être un agent du Mossad. Pouvez-vous nous
expliquer cela ?
Pour être plus précis, tout juif sioniste, ou tout juif qui adhère
à l’une de ces grandes organisations judéo-sionistes, notamment le Bnai
Brit, c’est-à-dire la franc-maçonnerie juive mondiale, qui compte quand
même 500 000 membres à travers le monde et d’un niveau social,
économique, politique, très élevé. C’est quasiment la crème de la
société. Pratiquement tous ces gens pourraient devenir des Sayanim si le
Mossad le leur demandait. C’est ainsi que le Mossad peut disposer
d’agents et d’informateurs dévoués dans tous les secteurs des sociétés
dans lesquelles vivent et travaillent ces juifs. Pour vous donner une
idée de leur importance. Victor Ostrovsky, un ex-agent du Mossad,
estimait que dans la seule ville de Londres, dans les années 80, il y
avait 3000 Sayanim. Au Maroc, dans les années 50 et 60, des milliers de
juifs ont travaillé pour le Mossad sans toujours en être pleinement
conscients.
Comment analysez-vous la politique guerrière d’Israël ?
Pour des raisons historiques et idéologiques, Israël s’est
installé dans une région hostile. Et pour créer une Etat à majorité
juive, les sionistes ont procédé à un nettoyage ethnique sans précédent.
Puis Israël s’est allié avec les anciennes puissances coloniales pour
empêcher les nations arabes nouvellement indépendantes de se développer
librement. Voir la campagne militaire de Suez en 1956 menée contre
l’Egypte de Gamal Abdel Nasser par la France, la Grande-Bretagne et
Israël. Par ailleurs, Israël tente d’éradiquer le nationalisme
palestinien et en même temps de récupérer ce qu’il considère comme ses
frontières naturelles, c’est-à-dire les 2 rives du Jourdain. Enfin, la
politique guerrière tend à consolider le front intérieur, à empêcher les
conflits ethniques et religieux à l’intérieur d’Israël qui sont très
graves, et à renforcer le nationalisme. Les Israéliens doivent
constamment vivre en état de guerre. Le patriotisme et l’héroïsme
nourrissent les gamins israéliens dès la crèche.
Votre position antisioniste a-t-elle donné lieu à certaines pressions ou à des menaces à votre encontre ?
J’ai subi deux agressions en 2012 par les membres de la Ligue de
défense juive. Agressions classées sans suite par la justice française.
Des menaces, ou des insultes, j’en reçois régulièrement, mais je n’y
fais pas attention. Le plus grave, à mon avis, c’est la censure du
silence développée par le système médiatique et culturel, et c’est là où
on voit l’influence des Sayanim. Tout est fait pour que mon nom ni mes
livres ni même le nom de Sayanim viennent à la connaissance du public.
Même des organisations de gauche ou des associations pro palestiniennes
m’évitent pour ne pas qu’on les accuse de dérive « antisémite ». Car
l’organisation des Sayanim aurait des allures de « complot juif mondial
».
A votre avis, quelle est la raison du silence occidental face aux agissements criminels d’Israël ?
Il y a d’abord l’histoire de la Shoah qui est exploitée sans
relâche par Israël et les lobbies judéo-sionistes. On peut dire ensuite
qu’Israël s’est révélé être un chien de garde extraordinaire pour mettre
au pas les régimes arabes au bénéfice de l’Occident. Tous les rêves
d’unité et de développement de la Nation arabe, lancés après les
indépendances, ont été brisés par l’impérialisme sioniste. Qu’on pense
au destin tragique de l’Egypte, le phare de la Nation arabe, réduite
aujourd’hui au rôle de supplétif au service du sionisme. Israël est
devenu aussi une puissance militaire incontournable. La technologie des
drones par exemple, l’arme de demain, est détenue par Israël et
l’Amérique. Il y a enfin une autre raison : Une espèce de proximité «
civilisationnelle » entre Israël et l’Occident. Israël est vu comme un
bout d’Europe en terre arabe. Certains politiciens occidentaux vont même
jusqu’à considérer Israël comme le poste avancé, ou l’avant-garde, pour
la défense du monde occidental.
Votre engagement antisioniste se poursuit avec la publication de votre dernier ouvrage. Pourriez-vous nous en parler ?
Mon tout nouveau roman, qui est sorti il y a à peine quelques
jours, chez KontreKulture, et qui s’intitule : « Le Commando de Hébron
», participe à sa manière à mon engagement antisioniste. Partant d’une
histoire d’amour a priori banale entre une étudiante juive et un jeune
journaliste beur à Paris. Sauf que le milieu ultra sioniste de la fille
s’oppose farouchement à une telle liaison. Au besoin par la force. Je
fais le parallèle avec ce qui se passe aussi en Israël, où de telles
unions « illégitimes » sont combattues souvent par la violence. Cela
montre la dérive nationaliste et fasciste de la société israélienne.
Entretien réalisé par Mohsen Abdelmoumen pour Oximity