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jeudi 18 décembre 2014

Projection du film « Lutte des habitants de Chlihat pour le droit à la terre »

Ali Che vous invite à l’évènement de Attac Maroc   Ciné-club ATTAC Casa- النادي السينمائي لأطاك samedi 20 décembre à 15:00 (UTC) Goethe Institut Casablanca à Casablanca, Morocco   Participer     Peut-être     Non   Projection du film « Lutte des habitants de Chlihat pour le droit à la terre » de Souad Guennoun. Témoignages des habitants de ce douar proche de Ksar El Kébir sur leurs luttes contre une société mul... Dounia Benqassem et 42 autres font également partie de la liste des invités.             Invitations en attente (2) Bloquer les invitations de Ali ?    
   
 
   
   
Ali Che vous invite à l’évènement de Attac Maroc
 
Ciné-club ATTAC Casa- النادي السينمائي لأطاك
samedi 20 décembre à 15:00 (UTC)
Goethe Institut Casablanca à Casablanca, Morocco
 
   

 
Projection du film « Lutte des habitants de Chlihat pour le droit à la terre » de Souad Guennoun. Témoignages des habitants de ce douar proche de Ksar El Kébir sur leurs luttes contre une société multinationale...


samedi 25 août 2012

La situation au Maroc : entre Makhzen et révoltes

Par Chawqui Lotfi,


Et à la crise politique peut se conjuguer une crise économique, qui rendrait la situation très vite explosive. Chawqui Lotfi est militant de Solidarité pour une alternative socialiste une petite organisation de la gauche marxiste marocaine. Il trace un panorama tout a fait intéressant de la situation dans le royaume chérifien et des perspectives qu'il ouvre pour des forces se réclamant du socialisme. 
 La situation du Maroc peut faire croire a une (relative) stabilité, mais cela ne tient pas compte de l'échec de la "démocratie" tout a fait partielle et irréelle qui laisse apparaitre le système, le makhzen dans toute sa brutale réalité. Et à la crise politique peut se conjuguer une crise économique, qui rendrait la situation très vite explosive. En attendant, l'avis d'un militant impliqué dans les luttes de classes de ce pays sont très utile à la compréhension globale de la situation.
Manifestation+des+diplomes+chomeurs+Raba
Au Maroc, il n’y a ni transition démocratique, ni dialogue sociale : il n’a que la guerre sociale contre les classes populaires.

Le « nouveau règne » n’a pas débouché sur un « nouvel concept de l’autorité », ni sur l’ouverture d’un espace démocratique autonome du pouvoir, ni sur l’amélioration même partielle des conditions de vie de la grande majorité. En réalité, la répression n’a jamais cessé. Ce qui a changé, c’est les formes qu’elle prend et son intensité. Après la longue nuit des années de plomb, le pouvoir a cherché à institutionnaliser les oppositions, intégrer la « société dite civile », récupérer et détourner les revendications, à épuiser les mobilisations en les laissant isolées, en opérant parfois des concessions formelles. Il a réussi à intégrer, acheter, corrompre les « oppositions », à gagner du temps en jouant sur le renouvellement de « la façade démocratique » et par l’instauration d’un pseudo « dialogue social ». C’est ainsi qu’il a pu concéder une marge à la contestation, opérer une répression sélective, tout en s’assurant que ne se construise pas une force enracinée, sociale et politique, capable d’articuler les luttes autour des perspectives communes. Ce qui a changé depuis, et on trouve les signes de ce changement bien avant l’éclosion du M20F, est la gestation d’un mouvement populaire qui lutte sans les partis de la « façade démocratique », les directions syndicales corrompues et sans accorder la moindre confiance aux relais du pouvoir. Et qui lutte d’une manière souvent déterminée. On se rappelle des mobilisations populaires de Bouarfa, des dynamiques révélées par les coordinations contre la vie chère, de la révolte populaire de Sidi Ifni pour ne prendre que ces exemples. 
Cette nouvelle vague de la lutte des classes a connu depuis une accélération sous l’impact combiné de deux facteurs :
Le développement de la crise du capitalisme mondial : la bourgeoisie prédatrice dont le bras armé est le palais ne peut tolérer des mobilisations populaires contre les politiques de paupérisation. Toute sa politique vise à élargir l’austérité et les conditions de la surexploitation. L’augmentation des prix de gazoil à celui des denrées alimentaires, la remise en cause de la gratuité de l’enseignement public ; les lignes directrices de la loi de finance, leur volonté de casser le droit de grève, le gel des salaires ne sont que les aspects les plus connus. Elle ne peut accepter l’extension géographique des mobilisations sociales qui mettent en mouvement « les dépossédés », elle ne peut accepter que les campagnes que le pouvoir pensait contrôler, se réveille, ni l’extension des terrains de luttes qui ne sont que le revers d’une violence sociale généralisée. Car si il y a une « nouveauté » de la situation, c’est que tout devient un terrain de confrontation : l’insalubrité des logements et la spéculation immobilière, le délabrement des hôpitaux publics, l’absence d’emploi, l’augmentation des prix et des factures d’eau et d’électricité, la marginalisation de régions entières qui n’ont droit à rien, la baisse du pouvoir d’achat, les retraites volées et non payées, l’arbitraire généralisé, un enseignement qui exclut les pauvres, la faiblesse des salaires, les transports publics, les expropriations de la terre et on peut allonger la liste.. Le pouvoir ne peut accepter que les habitants des quartiers populaires qui constitue le cœur du prolétariat informel revendique, il ne peut accepter que Chlihat et Beni Bouayach entrent de plein pied dans le Maroc de la contestation. Car satisfaire les revendications, répondre à l’urgence sociale est antagonique avec la logique prédatrice et la dictature du (sur)profit du capitalisme dépendant.
Mais ce qu’il ne peut accepter, et ce qui affole ce pouvoir, est que des forces nouvelles, parfois, souvent sans tradition de lutte résiste avec détermination malgré la répression. Et dont les revendications ne sont pas solubles dans un tour de passe-passe constitutionnel ou une quelconque alchimie électorale. La répression c’est d’abord cela : une violence politique organique d’une classe dominante dont les intérêts matériels sont liés à un ordre social toujours plus inégalitaire et à la violence sociale et prédatrice de l’accumulation capitaliste. La répression est un élément structurel du pouvoir pour maintenir et reproduire le despotisme social et économique. D’autant plus dure quand les formes de luttes mises en avant sortent des schémas classiques de sit-in ou manifestations et prennent la forme d’une occupation des lieux, des voies ferrées, des routes, quand on bloque le fonctionnement normal de l’économie. Nos camarades chômeurs de Khouribga et D’Asfi en savent quelque chose.
Le deuxième facteur est lié à la crise de la façade démocratique. Le recours au PJD n’offre aucune garantie sur la durée. Le soutien de ce dernier aux politiques antipopulaires, au tournant répressif avec un profil idéologique ultra réactionnaire, sa lutte symbolique contre la corruption, son incapacité à imposer la paix sociale, montrent les limites d’une démagogie quand elle est confrontée aux décisions réelles que lui dicte la classe dominante des prédateurs. La monarchie peut de moins en moins masquer sa responsabilité centrale dans la dilapidation de richesses publiques, dans la corruption institutionnalisée, dans la mainmise des ressources par une minorité. Le pouvoir absolu ne se partage pas. Mais un pouvoir absolu qui ne peut s’appuyer sur des relais politiques et sociaux crédibles dans la société (relais qui par le passé ont pu jusqu’à un certain point canaliser le mécontentement), tend à créer les conditions d’un vide politique et les possibilités d’un choc frontal avec les majorités populaires.
Nous ne sommes plus dans la période du nouveau règne où les illusions d’un changement progressif, d’une transition démocratique en douceur avait un appui relatif dans la société. Le Roi des pauvres est devenu le Roi de l’impunité, des richesses colossales. Le roi démocrate est devenu Le Roi de la matraque, de la torture et de l’impunité des militaires. Et rien ne vient enrayer dans la conscience populaire que ce système politique ne sert que les puissants et les corrompus. Cette perte de légitimité a été accélérée par le M20F qui a fait la démonstration que l’on pouvait construire un mouvement de masse démocratique dans la lutte et par la lutte et que la démocratie ne viendra pas d’en haut et se heurte à la nature despotique de l’ensemble du système politique en place. La répression est aussi cela : une réponse à la crise de légitimité de la façade démocratique vidée de toute substance et réduite à une pièce de théâtre avec des acteurs de seconde zone tout juste capables de jouer les bouffons de sa majesté, une réponse à la maturation d’une critique de la rue, de Tanger à Tata où le rapport d’obéissance au commandeur des croyants a fait place à l’exigence de la liberté et dignité et au refus radical d’être cantonnée au statut de sujet.
Quand El Haked fait l’objet d’une vengeance d’Etat c’est exactement pour cela, ses chants portent une autre légitimité, sans tabous, sans respect des sacralités où le peuple trouve sa propre voix. Et cela est impardonnable pour un régime pour qui la seule devise acceptable est « Dieu, la Patrie, le Roi », un régime qui sait que les mots ne sont pas que des mots mais un moyen de réveiller ou d’enterrer une nouvelle fois les morts et les vaincus, les espérances enfouies de tout un peuple. Il s’agit pour le pouvoir de stopper net les processus sociaux et politiques qui remodèlent la conscience collective des masses populaires, en « rétablissant l’autorité de l’Etat » (elle a donc été ébranlée ?), en avertissant tout le monde que les années de plomb n’appartiennent pas au passé. Si jusqu’ici, il a évité l’explosion, le climat général est celui d’une montée des luttes, même si celle-ci n’est pas linéaire et rencontre des obstacles. Le pouvoir se prépare à utiliser la force brute et généralisée. Vieille loi classique quand il n’y a plus de « consentement « des opprimés, reste la coercition. Quand la « façade démocratique « ne canalise plus rien, il reste le noyau dur de l’appareil d’Etat : son appareil répressif.
C’est donc la combinaison et l’approfondissement de la crise sociale et politique dans un contexte marqué par la crise du capitalisme mondial et l’irruption des peuples de la région sur la scène politique qui constitue la colonne vertébrale de la guerre répressive que mène le palais contre notre peuple et ses militants. En réalité, et c’est un point sur lequel nous voulons insister, il se prépare à faire face à l’éventualité d’un embrasement généralisé. Il y a une volonté délibérée d’affrontement avec une volonté de tester les capacités d’intervention des forces de l’ordre entièrement rééquipées et formatées pour faire face aux « mouvements sociaux ». Tant le matériel utilisé que les tactiques d’intervention montrent que le régime a bien travaillé pendant nos manifestations « silmia » du dimanche. Il s’est doté d’un commandement unifié et mobile capable de coordonner dans les conditions les plus diverses l’action répressive : dans les périphéries des villes sur la question du logement, au cœur des grandes villes contre les manifestations syndicales et les actions revendicatives, dans les régions plus enclavées. Mettre sous état de siège, expéditions punitives, répression de masse et ciblée, tactiques de harcèlement et de dispersion, combinaison des services sécuritaires et armées. En réalité le pouvoir vise à court terme trois objectifs :
En imposant des arrestations de masses et de lourdes condamnations, il vise à la fois à décourager les résistances en montrant que le prix à payer est très lourd mais aussi à reconfigurer les objectifs de lutte en imposant une lutte de longue durée pour la libération des détenus en espérant que cette lutte ne regroupe que les éléments les plus déterminés et ne prennent pas un caractère de masse.
Eviter les risques d’explosions populaires même localisées qui peuvent avoir un effet de contagion non maitrisé surtout dans les régions qui ont été marquées par une longue marginalisation ou qui ont fait preuve par le passé d’une grande combativité (le Rif par exemple )
Affaiblir les équipes militantes, démanteler les mouvements sociaux combatifs, décourager la participation populaire. Il s’agit en réalité à la fois d’affaiblir les « cadres organisés mais aussi de faire face aux luttes spontanées ou semi spontanées et de tuer dans l’œuf la combativité émergente et les possibilités de jonctions entre les courants militants radicaux et les résistances populaires. Le pouvoir a adopté une stratégie de harcèlement continue visant à nous mettre sur la défensive. C’est le défi qui nous est posé. Mais l’erreur serait d’avoir une lecture statique du tournant répressif. De ne pas voir son caractère durable et global. Il sait que le feu couve partout, ne s’éteint pas, se propage dans un embrasement lent. Même si l’incendie n’est pas encore déclaré, Il se prépare à l’affrontement global. La loi sur l’impunité des militaires ne signifie rien d’autre que le droit de réprimer dans le sang pour sauver le trône. L’augmentation du budget d’armement, le renouvellement des contrats militaires et de l’équipement des forces de l’ordre en matériel répressif de tout ordre, les contrats signés avec la Russie, allié des dictatures les plus sanguinaires, le soutien accordé par les USA qui confirment le statut d’allié majeur hors Otan de l’Etat marocain, l’appui de l’état français plus soucieux de la défense des intérêts des multinationales que du sort du peuple marocain, tout cela indique que la machine de guerre du pouvoir se met en place. En réalité, nous sommes dans une situation mouvante où les bruits de bottes s’agitent devant « l’ennemi intérieur », où les balles de caoutchouc précédent les balles réelles. Exagéré ? Seulement pour ceux qui ont la mémoire courte et ne voit pas que le régime ne reculera devant rien pour se maintenir.
Contre la répression et la dictature : marcher sous le feu de l’ennemi. Ne rien céder. D’abord en revendiquant que la lutte contre la répression doit être au cœur de le lutte pour l’émancipation sociale et démocratique. La question qui est concrètement posée n’est pas celle de faire pression pour arracher une signature de l’état des conventions internationale sur la torture, la peine de mort ou les droits des prisonniers et l’amener à respecter ses engagements ou le dénoncer quand il ne le fait pas. Bataille de Sisyphe où l’on demande aux ennemis de la démocratie de devenir des démocrates. Il ne s’agit pas non de dénoncer la répression comme un simple effet naturel, logique de la nature antipopulaire et antidémocratique du régime mais bien d’avancer des revendications, des objectifs de luttes qui permettent aux secteurs populaires de réaliser que si elles veulent satisfaire leurs aspirations et revendications les plus immédiates, elles n’auront pas d’autre choix que de s’unir et de faire face à l’appareil gouvernemental répressif. La lutte pour le droit démocratique de manifester, de s’organiser, de s’exprimer n’est pas séparable de la lutte pour la satisfaction des revendications sociales. Tout comme la légitimité de résister par tous les moyens, y compris par l’autodéfense collective et la confrontation de masse face à l’Etat policier.
En réalité, la lutte démocratique de masse doit viser le démantèlement de l’ensemble des appareils de répression et des institutions du pouvoir, à réaliser l’unité organique de la lutte contre l’exploitation, la dépendance et le despotisme. Elle n’exclut pas des objectifs spécifiques plus immédiats qui est celle de l’amnistie générale des prisonniers politiques et du mouvement social, la fin de l’impunité des tortionnaires et des responsables des crimes économiques et politiques, mais nous devons intégrer ces objectifs immédiats à des objectifs plus larges visant à mettre fin à la répression globale et au système politique qui la nourrit. Dans cette perspective, ce qui importe est la capacité à donner un caractère populaire à la lutte contre la répression. C’est possible comme le montre, malgré des limites et difficultés, les initiatives de masses qu’ont pu prendre nos camardes étudiants de Fes au moment de la grève de la faim de Rouissi et de ses camarades. C’est possible comme en témoigne les résistances portées dans le rif et à taza. Mais l’enjeu est bien de donner un caractère national à cette dynamique, qui va bien au-delà des caravanes de solidarité ponctuelles ou des communiqués de soutien. C’est d’une manière consciente, prolongée, que la lutte contre la répression et pour la libération des détenus doit être au cœur des différents fronts de luttes. Y compris sur le terrain international.
Une des faiblesses du régime tient à sa volonté de préserver son image extérieure qui lui donne l’illusion d’une exception marocaine. L’impérialisme, fidèle soutien est prêt d’une manière pragmatique à lâcher tout régime qui lui parait incapable de mater la rébellion et d’assurer ses intérêts fut-il son allié de toujours. La façade démocratique et l’intégration soumise à la mondialisation capitaliste a permis de renouveler des soutiens neo coloniaux mais une des taches est justement de réduire ce soutien, de l’isoler sur le plan international, d’exiger l’arrêt des coopérations sécuritaires et militaires, de mettre fin au silence médiatique qui masque la réalité de l’autre Maroc.
Travailler à l’émergence d’une solidarité internationale est d’une nécessité absolue pour l’obliger à reculer et de le faire dégager demain. La lutte pour la révolution populaire continue !

mardi 17 juillet 2012

La guerre de l’eau est déclarée !

Par Mohammed Hifad, 15/7/2012

 Il y a une grande forêt qui s'étend sur 27 kilomètres environ, limitée au nord par le village de Diabet, au sud par Ouassen, à l’est par Laghazoua et Bilgui et à l’ouest par la mer. C’est une forêt de genévriers ( « taqqa » en tachelhit locale , « tag » en arabe dialectal ) et de thuya( « azoukou » en tachelhit locale et ‘ « l3r3ar » en arabe dialectal) par le passé mais surexploitée avant le protectorat si l’on sait que les toits des maisons aussi bien à la campagne qu’en ville sont faits de poutrelles de genévriers et de bâtons d’arganiers entre elles dits « tasyoute » en tachelhit locale , de 60 à 80 cms de longueur .Le thuya est utilisé pour la fabrication des portes des maisons , des fenêtres et dans l’artisanat pour la marqueterie. 

Cette forêt est utilisée en commun depuis des siècles par les habitants de Diabet, Laghazoua, Ayt Yassine, Ifrane, Bouzmour, Foulouste, Miy,  Raman, Boutazarte, Boukhou, Tighanimine, Iskouha,Taziytount, Ouassen et Bilgui , les habitants qui appartiennent à la tribu d'Ida ou Mada qui ont l’habitude d’y laisser leurs bovins et dromadaires presque toute l’année.

Mon père m'a dit qu'ils emmenaient leurs troupeaux même sur la grande île à marrées basses.

 Au début du siècle dernier, ils pouvaient y aller à pieds au niveau de Borj El Baroud à l'embouchure de l'oued Ksob Ils vont juste leur donner à boire de temps en temps.Ils ont creusé un important puits en pleine forêt entre le golf actuel et Ouassen , à l 'est du site sur la côte dit Ma Lahlou,« eau douce » en arabe dialectal. Sur ce dernier , à la plage , l’eau sort à même la plage au point où les animaux sauvages et domestiques se contentent de creuser un trou dans le sable pour boire. Ce site grouille d’animaux jour et nuit : des sangliers, des chacals, des renards, des taureaux, des dromadaires et des gazelles et des mouflons par le passé. 

 Au début du protectorat, les colons français ont instauré par la force des armes le domaine forestier en expropriant ainsi les autochtones de leur forêt et de leurs vergers d’arganiers dits agdal, terrain ou forêt privés et interdit d’accès au public. Entre Diabet et Ouassen , ils ont planté des mimosas et des eucalyptus pour fixer les dunes.

 Après l’indépendance les responsables marocains ont maintenu les lois qui datent de cette époque et ce fait accompli d’où une infinité de révoltes aujourd’hui partout à travers le Maroc et la dernière en date est celle du Douar de Chlihat près de Larache au Nord. 

 Chacun est au courant du conflit qui oppose la société espagnol de l’ancien colon de cette région et les habitants amazighs arabisés de ce douar. Ils sont expropriés depuis le protectorat de leurs terres très riches et en protestant uniquement contre l’invasion des moustiques qui viennent des rizières de cette société espagnole à laquelle l’Etat marocain a loué ces terres à des prix dérisoire( 400dh/ha), l’armée a envahi leur village , les a tous matraqués , dépouillés et chassés de leurs maisons et village. Ces habitants ont retrouvé par instinct le comportement de leurs ancêtres et sont allés se réfugier dans la forêt voisine où il y a certainement des points d’eau. 

 Pourquoi cet exemple ?  

Parce que juste après ces événements du Nord, quelqu’un a pollué le plus important puits de la forêt entre le golf et Ouassen en y versant de l’huile à moteur brûlée toxique en en privant ainsi des milliers d’autochtones et Sahraouis venus s’installer là avec leurs troupeaux à cause de la sécheresse. 

Les habitants sont obligés de faire venir leurs animaux jusqu’à leurs villages pour les abreuver alors qu’il suffisait avant d’aller sur place avec un seau et une corde . 

 Qui a intérêt à commettre un tel acte ? 

 - Les services des eaux et forêts qui voient que cette forêt est complétement dégradée sans espoir du financement d’un nouveau reboisement ce qui va faire avancer les dunes de sable plus à l’intérieur et dévaster les villages, les terres agricoles et les vergers d’arganiers proches ? 

- La gendarmerie ou l’armée suite aux événements du Douar Chlihat pour prévoir une éventuelle révolte des habitants de la région qui ont bien des raisons de le faire tôt ou tard ?   Nous savons que les services de sécurité, dans leur préparation, se partagent des informations et coordonnent leurs actions et stratégies. 

- Les autochtones qui ont fait ainsi pour chasser les Sahraouis de leur territoire ? Il y a en effet cette année une invasion de la région par des milliers de Sahraouis avec leurs troupeaux. Un cousin m’a affirmé qu’il a compté 900 dromadaires dans un seul troupeau appartenant à un Sahraoui. C’est dévastateur ! 
 
- Est-ce la guerre de l’eau entre la société du golf et les autochtones qui est déclarée ? Les responsables voudraient bien éloigner du site les animaux des habitants qui consomment comme eux énormément d’eau et constituent à court et à long terme des concurrents indésirables . Il faut ajouter à cela que ces animaux peuvent détruire les clôtures du golf pour aller manger le gazon frais et vert des terrains. C’est cette dernière hypothèse qui retient surtout notre attention et que nous trouvons la plus probable actuellement.

lundi 16 juillet 2012

Le Maroc : Cette exception sur la voie de la démocratie, dites-vous ?

Par Hayat Berrada-Bousta Membre du Forum Marocain Vérité et Justice, 6/7/2012

Le 24 juin 2012, pendant la marche des févriétistes à Tanger, une femme d’un âge certain criait : « c’est tout le peuple qui doit sortir dans la rue…sinon… ! » 

Cette même semaine à Chlihat, un homme de 53 ans interpelait le ministre de l’intérieur : les investissements étrangers les ont étouffés alors qu’ils vivaient mieux, auparavant, de la cueillette et du travail de la terre. Ils les ont marginalisés et les moustiques des rizières implantées par une société privée espagnole en 1998 les rendent malades. Les jeunes sont au chômage… Ils en ont informé le gouvernement depuis des années, mais rien n’a été fait. Les jeunes ont déserté le village et se cachent dans la forêt avoisinante par crainte de représailles depuis que les 16 et 17 juin 2012 quand les forces de l’ordre ont envahi ce village, traqué et arrêté des jeunes, bousculé des femmes… Ce sont là deux des témoignages visuels sur la toile.

 Mais n’oublions pas que des Chlihat, il y en a eu et il y en a toujours, preuve que le système reste inchangé et que la fracture sociale ne cesse de s’agrandir

 Pour ne revenir que sur certains exemples, 5 années en arrière : 

 • Le 23 septembre 2007 : à Séfrou, cette petite ville de plus ou moins quarante mille habitants qui manifestaient contre la hausse vertigineuse des prix au Nord du Maroc a vécu pendant le mois de Ramadan un état de siège. 

 • Le 6 janvier 2008 : les habitants Boumaln Dades, bloqués par la neige, coupés de tout le monde suite aux coupures d’eau et d’électricité décident de protester contre cet état d’oubli qui se répète tous les ans. Ce n’était pas la première année que ces habitants de village de haute montagne, situé en bout de vallée à 2600 mètres d’altitude sont délaissés par le pouvoir. Ils l’en avaient informé à maintes reprises. La réponse : état d’urgence décrété, perquisitions nocturnes dans les villages à la recherche de jeunes par la gendarmerie, 50 personnes interpelées et des arrestations. En février 2008, certains seront condamnés de 2 à 6 ans de prison ferme. 

 • Le 7 juin 2008 : à l’aube, les citoyens de la ville de Sidi IFNI dans le sud marocain ont été réveillés par les descentes démesurées des forces de police à leur domicile. Ville encerclée, familles de militants prises en otage, brutalité et menaces contre elles, utilisation de bombes lacrymogènes, déploiement d’hélicoptères à la recherche des militants dans les montagnes et dans la ville. Encore une fois, des balles en caoutchouc furent utilisées, des dizaines de citoyens ont été bastonnés, des femmes molestées, injuriées, des dizaines d’arrestations… Les raisons de cet acharnement répressif : le blocage depuis le 30 mai 2008 du port d’IFNI par des jeunes chômeurs qui depuis 3 ans revendiquaient, entre autre, leur droit au travail et le minima de conditions sanitaires et sociales. 

 • Janvier 2012 : Taza est la scène d’une véritable chasse à l’homme contre des diplômés chômeurs et la population qui les soutient. Les affrontements font des dizaines de blessés et perdurent le mois de février. 

 • Les 16 et 17 juin 2012 : encore une fois, parce que les habitants de Chlihat se mobilisent contre l’oubli, le délaissement et les investissements étrangers qui les ont laissés pour compte, les forces de l’ordre arrivent en force employant les mêmes méthodes qu’auparavant… 

Au-delà de ces scandales à répétition que l’on a toujours tenté d’occulter, on ne peut plus dire aujourd’hui, grâce aux nouvelles formes de communication, « on ne le savait pas ». Nouvelles formes de communication, certes, mais aussi et surtout cette prise de conscience des populations dans le monde que l’injustice sociale et l’atteinte à la dignité et aux libertés ne peuvent pas perdurer. 

Quelles que soient les issues de ces soulèvements ou révolutions dans les mondes arabe et méditerranéen, même si on a « volé » cette révolution à ceux qui l’avaient entamée, même si les alternatives de pouvoir ne répondent pas aujourd’hui aux référentiels des droits humains, ceux d’égalité et liberté dans leur totalité, conditions d’une démocratie; ces manifestations engagées par les tunisiens et qui se sont propagées marquent un tournant dans l’histoire de ces peuples qui seront un jour ou l’autre au rendez-vous d’une démocratie véritable. Alors, comme le scandent les févriétistes : « MAMFAKINCH »
Source : l'Humanité

samedi 14 juillet 2012

Chlihat- étrange pays et pauvre monarchie

 Par Chawqui lotfi, Mamfakinch,

Étrange pays et pauvre monarchie. Elle croit que la lutte des classes va s’arrêter parce que la violence de l’Etat suffira à anesthésier les contradictions sociales. Il y a des moments dans l’histoire où rien ne peut arrêter le peuple une fois qu’il se réveille. Et ce monarque et sa clique seront à leur tour balayés même s’ils mettent tous leurs chars et tortionnaires en avant et nous traitent comme des apaches. Un jour viendra…ce n’est pas une prophétie ni même une certitude absolue. Cette conviction ne relève pas de la foi. Disons seulement que lorsque la légitimité d’un pouvoir s’épuise, la répression ne suffit plus. Elle peut avorter des luttes, retarder l’insurrection sociale et démocratique, mais comme elle ne produit aucun consentement des opprimées, bien au contraire, elle contribue à faire de la braise un feu qui alimente d’autres braises … jusqu’à l’incendie. Pas forcément là où on l’attend. Pas forcément au moment où on l’attend. Le printemps arabe en est une illustration. Mais là n’est pas le sujet. 

 A Chlihat donc. Pays du sous-sol prolétaire même si là-bas les prolétaires ne vendent pas leur force de travail et ont les mains calleuses d’une terre qui ne les nourrit plus. Parce qu’au Maroc, il y a bien sur des exploités, des prolétaires mais il y aussi ceux qui n’ont rien, même pas des miettes et pour qui la survie commence le premier jour de la naissance. Appelons-les les dépossédés. Ceux qui ne possèdent plus rien pour vivre et parfois on ne sait pas si ils survivent ou meurent à petit ou grand feux. Peut-être que cela revient au même. Les dépossédés donc et je n’invente rien. Marx a de belles pages sur les enclosures où il explique comment l’accumulation primitive du capital détruit dans la boue et les larmes l’économie agricole de subsistance, le droit coutumier et transforme les paysans en parias qui ne possèdent plus rien. 

Chlihat donc. Mais il ne s’agit pas d’accumulation primitive. Dans ce patelin comme ils disent, la violence sociale de la mondialisation capitaliste règne. Puisque maintenant le pays est vendue gratis. Pas aux enchères, gratis. Une entreprise espagnole s’installe, prend les meilleures des terres, des milliers d’hectares pour l’équivalent d’un argent de poche dépensés en quelques soirées de « la hight ». La vie de centaines de personnes échangées contre un pourboire pour l’état client des multinationales. Cette société que l’on ne nommera pas car elle aurait pu être française, italienne, américaine, chinoise ou provenant du golfe persique n’accepte ni le droit syndical, ni le fait que les dépossédés expropriés puissent bénéficier d’un travail. 

C’est ainsi que va le monde où nous vivons. Le profit et rien que le profit et de préférence le surprofit.. La carte sociale de l’accumulation du capital est ainsi faite : une machine à broyer, piller, surexploiter et surtout à exclure du jour au lendemain. Un vieil auteur marxiste, que l’on soit d’accord ou pas avec lui, parlait de la loi du développement inégal et combiné. 

 Chlihat est cela : un douar ancré dans les relations rurales précapitalistes plongé dans le mode de la modernité marchande et capitaliste. Et ça donne 2500 âmes qui vivent dans la misère la plus noire, sans même le « luxe » des marchés de la prostitution, du tourisme, des transferts des RME ou l’inauguration d’un quelconque service par la fondation du « roi des pauvres ». Parce qu’à Chlihat on manque de tout même si l’entreprise ne manque de rien. Pas de services publics de base, d’accès à l’eau potable, de centres sanitaires, d’écoles publiques à proximité et de qualité, de centre de loisirs, de maison de jeunes, de revenus dignes.. Le temps s’écoule dans la survie informelle à peine allégée par des liens de solidarité communautaire. L’espace confond le jour et la nuit de la despérance sociale quand il n’y a plus d’ancrage à la terre et que le lendemain est un hasard au ventre creux.

 Ici les moustiques parait-il ont plus de droits que les habitants. Ceux-là ne méritent rien et qui sont-ils d’abord pour exiger et s’inviter par leurs revendications à la table des puissants ?

Le Maroc donc, pas celui de mon peuple mais des prédateurs, ont voulu que du sous-sol ne germe aucune racine. Qu’un paysan soit et reste dans leur imaginaire fataliste, patient, silencieux, bon à courber l’échine. Qu’il puisse lutter et revendiquer est de l’ordre du blasphème qui ne pardonne pas. On veut bien pour le décor démocratique que des voix s’élèvent dans des colloques pour questionner « les avancées et reculs de la transition démocratique », que la presse de temps à autre s’offre le luxe de questionner les attentes des Marocains, qu’elle aborde dans un langage policée les sujets tabous, que les opposants démocrates saisissent l’ONU ou écrivent des pétitions, qu’on fasse des manifs comme une promenade de dimanche , qu’on autorise une presse d’extrême gauche qui n’est lue par personne mais que les dépossédés se révoltent, même pour des revendications élémentaires, il y a une ligne rouge qui ne peut être franchie. 

 Le pouvoir est ainsi. Une histoire génétique sans doute. Les campagnes doivent rester un sanctuaire de la paix sociale. Des milliers de chiens de gardes habillés comme des robocop et une panoplie de moyens d’intervention : des balles à caoutchoucs, du gaz lacrymaux à vol d’hélicoptère, des camions à eau, de la matraque à n’en plus finir et tout y passe. L’allure d’une expédition punitive surarmée face à une population terrorisée mais qui résiste parce qu’il ne lui reste que sa dignité. Cette flamme qui perdra le pouvoir parce que la dignité est tout ce qui nous reste quand on n’a plus rien. 

 Pourquoi cette armada ? y a-t-il un foyer de guérilla en gestation ? Les paysans de Chlihat font partie de l’armée secrète de libération nationale ? Des secteurs de la voie démocratique basiste ont recruté pour la guerre populaire prolongée ? Les trotskystes se sont rappelés le vieux adage maoïste de l’encerclement des villes par les campagnes à défaut de ne pas prendre la citadelle prolétaire de casa ? Le M20F a fondé une cellule insurrectionnelle préparant une manif des paysans de la région autour du sel mot d’ordre valable : « le peuple veut la chute du régime » ? rien de tout ça à moins qu’al nahj s’est dit qu’il fallait créer une section de l’amdh . Non ce n’est même pas sûr. A moins que ce soit le Polisario qui ait décidé de s’expatrier dans le nord, tirant le bilan de la nécessaire unité du peuple marocain et sahraoui contre le despotisme. Je plaisante évidemment et pourtant…pourquoi un tel déploiement de forces ?

Pour deux raisons essentielles : montrer la fidélité du pouvoir aux intérêts du capitalisme international dans son œuvre de recolonisation économique et se préparer à la guerre civile qui vient en faisant de chaque conflit social un laboratoire des nouvelles techniques de la répression qui seront nécessaire pour mater la révolte des dépossédés et des exploités. Il oublie juste une chose : que même l’appareil de répression le plus sophistiqué, le plus impitoyable ne suffira pas quand tous les rivières deviendront des torrents, des torrents des fleuves et les fleuves un océan de révolte. Et quand il tombera chlihat et tout le Maroc n’appartiendront plus aux prédateurs quel qu’ils soient. 

    Précédents articles de Mamfakinch - Source : 
http://badiltawri.wordpress.com/2012/06/29/chlihat-et-linsurrection-qui-vient-maroc/r le sujet : https://www.mamfakinch.com/chlihate-un-village-marocain-rebelle-cadenasse-et-pille-par-les-forces-de-lordre/http://badiltawri.wordpress.com/2012/06/29/chlihat-et-linsurrection-qui-vient-maroc/r https://www.mamfakinch.com/%D8%AD%D8%AA%D9%89-%D9%86%D9%81%D9%87%D9%85-%D9%85%D8%A7-%D9%8A%D8%AC%D8%B1%D9%8A-%D9%81%D9%8A-%D8%AF%D9%88%D8%A7%D8%B1-%D8%A7%D9%84%D8%B4%D9%84%D9%8A%D8%AD%D8%A7%D8%AA/ https://www.mamfakinch.com/affrontements-au-village-chlihat-region-de-larache-au-maroc/ https://www.mamfakinch.com/le-maroc-cette-exception-sur-la-voie-de-la-democratie-dites-vous/

jeudi 21 juin 2012

Scandaleux : Un village marocain rebelle cadenassé et pillé par les forces de l’ordre

 La révolte du Douar Chlihat, Loukos,région Ksar Kebir

    A 25 Km de Ksar Kebir, région de Loukos, Chlihat est un douar regroupant 350 maisons, soit près de 2500 habitants. La population vit de cultures vivrières, d’élevage, sur des lopins de terres collectives et de travail saisonnier notamment lors de la récolte des fraises dans la région de Larache. Ils vendent leurs produits au souk hebdomadaire le mercredi. D'autres partent en Espagne, comme travailleurs émigrés.
    Le chômage des jeunes est très important dans cette région, les infrastructures, équipements publics sont absents.

    Le bassin du Loukkos est riche en eau, la terre est fertile. Il est bien desservi par la route.

    Du temps du protectorat espagnol, l’entreprise semi-publique Loukkos

 Par Demainonline, 21/6/2012

 
 Depuis près d’une semaine, le village de Chilhat au nord du Maroc, où s’est installée une  entreprise rizicole  espagnole  avec l’aval du gouvernement, est sous haute tension. 
 
Douilles recueillies à Chlihat (capture d ’écran)
 Les centaines d’habitants, qui se disent floués par l’entreprise, ont tenté de faire entendre leur voix mais se sont heurtés à une répression féroce. 

L’entreprise espagnole Rivera del Arroz loue depuis 2007 à l’État marocain une terre agricole de près de 4000 hectares, entourée d’une ceinture de hameaux pauvres, parmi lesquels le village de Chlihat. 

Jeudi, dans la matinée, les paysans de ce village de 400 habitants sont descendus dans un champ cultivé depuis mi-mai par l’entreprise pour empêcher les tracteurs de labourer la terre, celle-ci étant exploitée, selon eux, au mépris d’un accord avec la communauté locale. Les habitants affirment en effet que, la production intensive de riz provoquant une prolifération de moustiques, ils avaient obtenu de l’entreprise qu’elle épargne cette parcelle voisine de leur hameau. Une parcelle qu’ils souhaitent par ailleurs réserver aux élevages du village. 

À 0'32 : »Nous sommes actuellement encerclés (par les forces de l'ordre). Nous ne pouvons aller nulle part, pas même au marché. Ils débarquent dans nos maisons en forçant les portes, parfois à 2 h, 3 h, ou 4 h du matin. Personne ne peut sortir, même les malades ne peuvent quitter le village pour se faire soigner. »

 À 2'58 : « Les institutions de l ’État devraient préserver la dignité des citoyens mais aussi leur sécurité. Il se trouve qu ’au lieu de cela, leur souci est de servir cette entreprise qui porte atteinte à nos droits »
Rapidement, des affrontements ont éclaté entre les forces de l’ordre, déployées sur place pour sécuriser le travail de l’entreprise, et les habitants. Selon le ministère de l’Intérieur, les manifestants auraient jeté des pierres en direction des forces de l ’ordre, causant plusieurs dizaines de blessés, et auraient tenté de bloquer la circulation sur une route nationale. Les manifestants expliquent quant à eux que les forces de l’ordre, estimées à 1500 hommes, ont usé démesurément de la force, utilisant canons à eau et balles en caoutchouc. 
L’Association marocaine des droits humains (AMDH), dont des militants se trouvent sur place, fait état d’une centaine de blessées. Elle ajoute par ailleurs que ces derniers jours des policiers ont pénétré de force dans les habitations des villageois et que des commerces ont été saccagés. 

Le conflit entre l’entreprise et les paysans n’est pas nouveau. Outre la question de la parcelle qui devait être épargnée par l’entreprise, les paysans affirment avoir obtenu de l’exploitant, lors de négociations effectuées en 2009, la promesse d’embaucher 500 paysans. Pour autant « seulement 12 personnes ont été engagées par l’entreprise, la production de riz étant presque entièrement mécanisée », indique un militant local de l’AMDH. 

Vingt-cinq personnes auraient été arrêtées depuis le début du mouvement, toujours selon l’AMDH, parmi lesquels des journalistes et des militants des droits de l’homme. Seize sont toujours en détention. 

Mercredi, la situation restait très tendue dans le village. Nous avons tenté de contacter l’entreprise espagnole Rivera del Arroz à plusieurs reprises, mais celle-ci n’a, pour l’heure, pas répondu. Saïd Kharraz est membre de la section locale de l ’Association marocaine des droits humains. Il a effectué des visites de terrain entre jeudi et dimanche et recueilli plusieurs témoignages. 

 « Après la répression de la manifestation de jeudi, il y avait des dizaines de blessés, dont certains dans un état grave. Beaucoup n ’ont pas pu être évacués à l ’hôpital car les forces de l’ordre encerclant une zone de plusieurs hameaux, ils avaient peur de se faire arrêter. Certains manifestants, dont beaucoup souffraient de fractures, ont tout de même réussi à se réfugier dans des villages voisins où ils ont reçu des soins rudimentaires. Ce jour-là, les forces de l ’ordre ont tué une vache et brûlé des moissons appartenant à des villageois. Mais le pire était encore à venir ». 

Samedi, vers neuf heures du matin, des policiers sont entrés de force dans des maisons, ont trainé les résidents dans la rue, puis les ont rassemblés sur une place et aspergés avec des canons à eau. Pendant ce temps, d’autres policiers se sont livrés à une véritable razzia sur le village où des objets précieux ont été dérobés, dont des bijoux, mais aussi de la nourriture et des fours (traditionnels) ont été détruits. Nous avons comptabilisé une centaine de blessés, dont un enfant qui a eu l ’œil crevé. Deux étudiants ont également rapporté à leurs parents avoir été torturés dans un centre de la gendarmerie afin qu’ils fournissent des informations sur Arriahi Ayachi, un camarade militant des droits de l ’homme détenu pour incitation à la désobéissance civile.
  [Nous avons essayé de recueillir la version des autorités locales mais elles n’ont, pour l’heure, pas répondu.] 

Ces derniers jours, Chlihat ressemble à un village fantôme. Les jeunes se sont réfugiés dans la forêt et les hameaux environnants pour échapper aux arrestations. Les femmes et les personnes âgées qui sont restés refusent de s ’adresser aux militants ou à la presse, par crainte de représailles. Jamel (pseudonyme) est un jeune chômeur habitant à Chlihat. Depuis le début des troubles, il se cache, en compagnie d ’autres jeunes, dans une forêt proche du village pour échapper aux arrestations. 

À 1’38 : « Hier, ils nous ont poursuivi avec des canons à eau jusque dans nos maisons (…). Comme ils nous ont menacé, nous avons passé la nuit dans la forêt (…) Ils rentrent de force dans nos maisons, nous bousculent et bousculent nos enfants. Sans parler des insultes. » 

« Nous n ’avons rien fait de mal. Nos seules « armes » étaient des banderoles et des slogans. Au début, nous nous sommes mis en travers du passage des tracteurs pour les empêcher d ’avancer. Un Européen au volant d ’un grand tracteur a démarré, renversant une vieille dame. Un enfant a répliqué en lui jetant une pierre. Et de là, tout est parti : les tirs avec des balles caoutchouc, les gaz lacrymogène, le matraquage, les arrestations. Nous sommes prêts à négocier pour trouver une solution, mais il faut que les violences cessent, que nos femmes puissent être soignées et que nos enfants puissent de nouveau se rendre à l ’école ». 

Source : France 24