Par Rafik Bakhtini, 12 /6/2013
La
crainte d’une réédition d’un Gdeim Izik bis a fait faire un faux pas
aux autorités d’occupation qui ont procédé à l’interpellation d’un
citoyen sahraoui, dont le « grand tort » a été de lancer un appel à
s’installer dans des camps de fortune pour protester contre la
spoliation des terres dont ils ont été les victimes.
La police
judiciaire des forces d’occupation marocaines au niveau de la ville de
Dakhla a déféré, ce lundi, Ahmed Ould Ahmed Fal devant le Parquet. Le
prévenu, qui a été mis en garde à vue pour une durée de 48 heures, est
accusé d’avoir incité la population à installer un campement dans la
banlieue de Dakhla, d’avoir appelé à manifester sans autorisation et
d’avoir encouragé un exode collectif hors de la ville. L’accusé avait
émis un communiqué dans ce sens en sa qualité de président d’une
association de propriétaires qui auraient été dépossédés de leurs
terrains au profit d’investisseurs du Golfe. Il ne s’agit pas du
premier cas de détenus d’opinion au niveau des territoires occupés
sahraouis. Cette arrestation, et le traitement expéditif accordé à
cette affaire, qui trahit la panique du makhzen, risque de mettre le feu
aux poudres au lieu d’atténuer les tensions. En effet, tout porte à
croire que des évènements tragiques, particulièrement préoccupants, sont
en gestation au niveau de la ville de Dakhla, sise dans les territoires
occupés sahraouis. En effet, le dénommé Bouchaib Rmail, patron de la
DGSN marocaine (Direction générale de la Sûreté nationale), est arrivé
le 8 juin courant dans cette ville, principale destination touristique
des territoires occupés sahraouis. Officiellement, le chef de la police y
est arrivé pour installer un nouveau responsable de la sécurité. Mais
des sources sur place n’écartent pas l’existence d’une autre raison,
beaucoup plus pressante celle-là. Car, depuis quelques jours, près de
deux cents familles sahraouies menacent de mettre en place un campement
dans les environs de Dakhla. Ces familles veulent protester contre la
spoliation de leurs terres en faveur d’investisseurs du Golfe, lesquels
ne s’encombrent même pas du statut onusien de pays à décoloniser dont jouit
le Sahara occidental, ce qui rend caducs et illégaux tous les contrats
internationaux passés avec les forces d’occupation marocaines.
Les
autorités craignent un remake des graves événements de Gdeim Izik, autre
campement installé il y a plus de deux ans dans les parages de Laâyoune
et dont le démantèlement musclé s’était terminé par plusieurs décès.
Non contentes d’avoir réprimé dans le sang cette forme de manifestation
pacifique, les autorités marocaines sont allées encore plus loin, en
interpellant de présumés cerveaux de ce mouvements, les condamnant à des
peines extrêmement lourdes en leur faisant endosser les crimes dont
celles-ci se seraient rendues coupables.
Selon des organisations et
juristes indépendants présents au tribunal dans la capitale marocaine
‘ »un renvoi sans audience et sans qu’aucune date de procès ne soit
fixée équivaut à un déni de justice ». « Si l’on peut considérer que le
report du procès est un signe de faiblesse des autorités marocaines et
confirme la vacuité d’un dossier, le maintien en détention sans aucune
décision judiciaire est contraire à la fois aux normes marocaines, et
aux normes internationales dont le Pacte International relatif aux
droits civils et politiques et son article 9″, indique le rapport des
observateurs européens. Neuf (9) parmi ces détenus ont été condamnés à
la réclusion à perpétuité, au mois de février passé, sans qu’aucune
charge solide ne soit retenue contre eux, ni aucune preuve ne soit
produite face à un tribunal militaire qui n’est pas non plus habilité à
juger des détenus d’opinion.
Cela place Rabat dans une position très
délicate par rapport à la communauté internationale, et même par rapport
à ses alliés traditionnels que sont la France et l’Espagne. Voilà
pourquoi, donc, le Maroc s’inquiète et donne l’air de vouloir tout faire
pour éviter un second Gdeim Izik à Dakhla.
Rafik Bakhtini