Suite à la débâcle électorale des socialistes aux municipales, l’aile gauche du PS hausse le ton. Le turbulent député Pouria Amirshahi, qui s’est prononcé (entre autres) contre le Pacte de responsabilité, vient de publier sur son blog un texte où il menace de ne pas voter la confiance : "En
l’absence de changements substantiels, il ne saurait être question de
voter en l’état une confiance que les Français eux-mêmes n’ont pas voulu
accorder", écrit-il.
Emmanuel Maurel
De son côté, le courant Maintenant la gauche animé
par Emmanuel Maurel, et où militent Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj
ou Gérard Filoche, a publié une "Adresse au président de la République -
Le sursaut, c’est maintenant" que nous reproduisons ci-dessous :
"Monsieur le Président,
La défaite est sévère. Son ampleur, son impact sur tout le
territoire en dépit du travail de qualité des élus locaux, témoigne
d’une volonté des électeurs de gauche de sanctionner les choix
politiques engagés depuis le début du quinquennat.
Ce soir, c’est toute la gauche qui est pénalisée. Mais plus que nos
partenaires écologistes ou communistes, ce sont les candidats
socialistes qui subissent le plus durement le désaveu des urnes.
L’exécutif ne peut rester sourd au message des électeurs. Rien ne
serait pire que de relativiser la gravité de la défaite. Rien ne serait
plus dangereux que de se tromper dans l’analyse des causes de celle-ci.
Le problème n’est pas « méthodologique », il est politique. Le sujet
central n’est pas la demande d’autorité, il est le refus de l’austérité.
Il ne s’agit pas d’« envoyer des signaux de gauche » à notre électorat,
il faut changer de cap.
Monsieur le Président,
Vous aviez fait du « redressement dans la justice » le mot d’ordre
de votre campagne présidentielle. A juste titre, vous aviez pointé la
responsabilité historique du monde de la finance dans les difficultés
que traversent notre pays et notre continent. Vous aviez porté haut et
fort l’exigence d’une réorientation de la construction européenne, en
dénonçant le caractère néfaste des politiques d’austérité. Vous aviez
rappelé avec force que « l’âme de la France, c’est l’égalité ».
Deux ans après, cette analyse nous paraît toujours aussi pertinente.
Force est de constater que, parfois, les actes ont démenti les paroles.
Certes, des réformes salutaires ont été entreprises. Certes, personne
ne méconnaît la gravité de la crise et le lourd bilan laissé par Nicolas
Sarkozy. Certes, l’éradication du chômage de masse requiert du temps et
de la constance. Mais, comme nous le faisons inlassablement depuis des
mois, nous vous exhortons à changer de cap.
Augmentation de la fiscalité indirecte, flexibilisation du marché du
travail, réduction à marche forcée des déficits publics, baisse massive
du coût du travail : nous ne contestons pas seulement ces solutions
parce qu’elles risquent de fragiliser notre modèle social et nos
services publics, nous les contestons parce qu’elles s’avèrent
inefficaces pour relancer l’activité économique !
Comme vous, nous pensons que les Français attendent avant tout des
résultats en matière d’emploi. Comme vous, nous pensons que nous serons
jugés sur notre capacité à améliorer concrètement les conditions
d’existence du plus grand nombre.
Aujourd’hui, c’est le pragmatisme qui impose d’être audacieux !
Parce que la chance sourit aux audacieux, parce que la France n’est
jamais aussi grande que dans le sursaut, il est possible de démentir les
résignés, les fatalistes et les pessimistes. Il n’y a pas qu’une seule
politique possible.
Pour réussir une nouvelle étape du quinquennat, il faut remplir trois conditions.
1) A l’échelon européen, il est temps de desserrer l’étau des
contraintes du pacte de stabilité. Concrètement, il s’agit dès demain
d’engager le rapport de force avec la Commission en lui notifiant non
seulement l’impossibilité, mais surtout le refus à respecter dans les
délais les critères de déficit restrictifs qu’elle nous assigne. La
réduction à marche forcée des déficits publics érigée en dogme est
absurde en période de croissance atone, alors que c’est précisément
l’investissement, et singulièrement l’investissement public qui soutient
l’activité. L’austérité conduit l’Europe vers l’abîme tant elle réduit
les protections de ses citoyens sans aboutir à un autre résultat qu’un
dumping social qui ne dit pas son nom. La politique monétaire est
aujourd’hui plus un handicap qu’un atout, le libre-échange généralisé
nous affaiblit. Les Français se moquent d’être présentés comme les
mauvais élèves de l’Europe libérale. Au contraire, ils plébisciteraient
un gouvernement qui se donne comme objectif d’être l’acteur déterminé de
la réorientation du projet européen. Proposer un autre chemin pour
l’Europe, jeter les bases d’une coalition progressiste contre
l’austérité, voilà une façon de “réenchanter le rêve français”.
2) Sur le plan intérieur, le temps est venu d’un tournant économique
majeur. Plutôt qu’à la « politique de l’offre » et qu’aux coupes
massives dans les dépenses publiques, la priorité doit revenir à la
croissance, à l’emploi, au redressement productif. A l’évidence, la
transition écologique doit en être le fil conducteur.
Le pacte de responsabilité est mort-né. Prenons acte de la position
intransigeante du Medef qui refuse toute contrepartie pour le monde du
travail. Désormais minoritaire chez les syndicats de salariés,
extrêmement coûteux pour les finances publiques, le « pacte » n’est pas
aujourd’hui le « grand compromis social » que vous aviez souhaité.
N’ayons pas peur d’abandonner cette voie. La mobilisation générale
pour l’emploi passe par la relance de l’investissement public et par
celle de la consommation.
Car il est urgent d’agir pour le pouvoir d’achat. La réforme fiscale
est évidemment un outil pour améliorer le quotidien des Français les
plus modestes. Mais l’augmentation substantielle du Smic lors de sa
revalorisation annuelle, le dégel des salaires des fonctionnaires, la
revalorisation des petites retraites nous paraissent tout aussi
nécessaires.
3) De même qu’il n’y aura pas de redressement sans justice, il n’y
aura pas de réussite de la gauche si elle ne parvient pas à se
rassembler.
Le changement ne peut devenir une réalité sans la prise en compte
des aspirations de la majorité sociale à laquelle nous devons notre
majorité politique acquise en 2012. Pour le traduire en actes, la gauche
ne réussira qu’avec un nouveau pacte majoritaire qui rassemble au
service de la France toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la
défaite de la droite lors de la dernière campagne présidentielle.
Mais au-delà de la gauche, c’est au profond malaise qui traverse
notre pays qu’il faut aujourd’hui répondre. Comme à chaque période
décisive de son histoire, la France peut retrouver le meilleur
d’elle-même en s’inspirant des principes qui font la force et la
singularité de son modèle républicain. Respect de la souveraineté
populaire, défense de notre modèle social, promotion de l’égalité : en
cette « année Jaurès », la République sociale reste un projet
fédérateur. Ce projet, il vous appartient de le faire vivre.
Nous espérons que vous aurez compris cette adresse comme une
contribution franche et constructive, tournée vers un seul objectif : la
réussite de votre quinquennat, celle de la gauche, celle de la France.
Pour Maintenant la gauche
Emmanuel Maurel
Marie-Noëlle Lienemann
Jérôme Guedj
Paul Quilès, ancien ministre, et les membres du Bureau
national du PS : Julien Dray, Anne Ferreira, Gérard Filoche, Marianne
Louis, Jonathan Munoz, Jean-François Thomas".