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jeudi 23 février 2017

L'humiliation ordinaire, par Alain Badiou (2005) : "On a les émeutes qu'on mérite"

LE MONDE |
"Constamment contrôlés par la police." De tous les griefs mentionnés par les jeunes révoltés du peuple de ce pays, cette omniprésence du contrôle et de l'arrestation dans leur vie ordinaire, ce harcèlement sans trêve, est le plus constant, le plus partagé. Se rend-on vraiment compte de ce que signifie ce grief ? De la dose d'humiliation et de violence qu'il représente ?
J'ai un fils adoptif de 16 ans qui est noir. Appelons-le Gérard. Il ne relève pas des "explications" sociologiques et misérabilistes ordinaires. Son histoire se passe à Paris, tout bonnement.
Entre le 31 mars 2004 (Gérard n'avait pas 15 ans) et aujourd'hui, je n'ai pu dénombrer les contrôles dans la rue. Innombrables, il n'y a pas d'autre mot. Les arrestations : Six ! En dix-huit mois... J'appelle "arrestation" qu'on l'emmène menotté au commissariat, qu'on l'insulte, qu'on l'attache à un banc, qu'il reste là des heures, parfois une ou deux journées de garde à vue. Pour rien.

lundi 14 novembre 2016

Le prisonnier politique sahraoui Merkhi entame une grève de la faim dénonçant la situation dans les prisons marocaines


Goulimim (Maroc), 12 nov 2016 (SPS) 

Le prisonnier politique sahraoui Abdulkhalek Merkhi a entamé une grève de la faim ouverte pour protester contre les mauvais traitements infligés par l'administration de la prison marocaine, a indiqué une source sahraouie de droits de l'homme.
Selon la même source,  "Abdulkhalek a été condamné injustement pour une peine de prison de quatre ans après son arrestation à Goulimim - au sud du Maroc, en raison de ses positions politiques et de ses activités en matière de droits de l'homme."

L'activiste portugaise, Isabel Lourenço, a affirmé jeudi que la situation des prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines est "insoutenable" et constitue "une violation grave" du droit international, dénonçant l'attitude de la communauté internationale qui "s’est rendue complice" en maintenant le silence sur cette occupation.

vendredi 15 janvier 2016

EM : Interdiction de visite, violence et humiliation pour la famille de Salek Laasiri.

APSO, 15 /1/ 2016


Mardi 12 janvier 2016,  la mère, un frère et une sœur du prisonnier politique sahraoui Salek Laasiri se sont présentés à la prison Locale ait Melloul à Agadir, à 400km de chez eux, pour une visite à leur parent.
A l’interdiction de rencontrer Salek se sont ajoutées brutalité, fouille au corps humiliante et insultes raciales par les gardiens de la prison.

Selon Salka Laasiri, qui a accepté de se confier à notre équipe, pendant une heure, trois gardiennes ont obligé sans ménagement sa mère et elle-même à se mettre totalement nues, pour des fouilles allant jusqu’à l’exploration vaginale manuelle, sans question ni explication, mais insultes à caractère racial et crachats.
Cette fouille s’est déroulée devant des gardiens hommes qui ont pris des photos, et des visiteurs.

Après la fouille dégradante, les gardiens ont informé de l’interdiction de la visite.
La mère, Jmaaia, 66 ans, qui n’a pas vu son fils depuis 2 ans, la sœur depuis 3 ans et le frère ainé depuis 17 ans, ont insisté et attendu toute la journée.
Le frère Ali, malgré les insultes et crachats qui lui étaient adressés, a expliqué aux gardiens que sa santé très précaire après plusieurs opérations chirurgicales subies au poumon et foie lui faisait craindre que se soit la dernière fois qu’il puisse visiter son frère, sans que ceux-ci ne lui accordent plus d’attention.
Après la journée d’attente, la famille est repartie chez elle à Tan Tan, au sud du Maroc.
Salka a ajouté qu’elle avait été harcelée et agressée plusieurs fois par les gardiens de la prison de Kénitra alors qu’elle venait rendre visite à son frère lorsqu’il y était.

Le lendemain, mercredi 13 janvier, Jmaaia et Salka ont déposé une plainte devant le procureur du roi du Maroc auprès la cour de Tan Tan, en accusant les gardiennes de viols et harcèlements  sexuels, et les gardiens (les hommes qui ont regardé) d’avoir pris des photos, de les avoir frappées, couvertes de crachats, et expulsées.

Salek Laasiri a 33 ans, il a été arrêté le 13/10/2004 et condamné le 6/12/2005 par la cour martiale à la réclusion à perpétuité, selon le chef d'accusation meurtre d’un officier marocain. Il est maintenant incarcéré à Ait Melloul au Maroc et son numéro d’écrou est le 7533.

Plusieurs tentatives de l’Equipe Média de joindre par téléphone les autorités de prison locale d’Ait Melloul et la Haute Délégation des prisons pour avoir des commentaires sur les faits  sont restées sans interlocuteurs.

Quant à elle, la ligue pour la protection des prisonniers sahraouis a dénoncé fortement le harcèlement subi par la famille Laasiri, le considérant comme un acte raciste contraire à toutes les affirmations officielles marocaines.

Equipe Média, El Aaiun occupée, Sahara Occidental
Le 15 janvier 2016


mercredi 10 juin 2015

BENKIRANE ACCUEILLI PAR UNE HUMILIATION A SON ARRIVÉE EN FRANCE




Le gouvernement marocain n’a pas fini d’être humilié en France, bien que les relations entre les deux pays se soient améliorées après une brouille de plus d’une année. Alors qu’il était censé effectuer un rapide séjour à Paris pour présider en compagnie de son homologue français Manuel Valls, la réunion interministérielle pour faire le point sur l’état de la coopération et envisager l’avenir sous les meilleurs auspices, Abdelilah Benkirane a eu la surprise désagréable de son mandat. 
Le premier ministre français n’était pas là pour l’accueillir lui et les douze ministres qui l’accompagne, s’étant contenté de lui envoyer un secrétaire d’état, Harlem Désir, qui plus est, s’occupe des relations avec l’Europe et non le Maghreb. Faut-il voir dans cette gaffe protocolaire un signe de nouvelle tension, ce qui serait inélégant et peu diplomatique de la part des responsables français qui ont tout fait pour rétablir les relations de leur pays avec le royaume sur le rail.
Contrairement à cette tournure, le premier ministre français avait été reçu en grande pompe lors de sa visite il y a quelques semaines à Rabat et avait trouvé au bas de la passerelle de son avion, son homologue marocain qui doit avoir regretté son empressement à mettre les petits plats dans les grands pour se voir humilié de la sorte sur le sol français.
Voir les vidéos : www.chohra.com

samedi 30 mars 2013

Les pratiques humiliantes à l'encontre des femmes sahraouies lors des manifestations pacifiques à El Aaiun "viles et abjectes"

Par Chahid El Hafed (camps de réfugiés sahraouis), 26 mars 2013 (SPS)

 Le ministère de la Culture sahraoui a souligné, mardi, que les pratiques humiliantes à l'encontre des femmes sahraouies, dévoilées lors de manifestations pacifiques à l'occasion de la récente visite de l'envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU, "sont viles et abjectes". 
Le ministère sahraoui a indiqué dans un communiqué que "l'attitude du Maroc relève d'un acte de colonialisme systématique visant à aliéner toutes les composantes de l'identité culturelle sahraouie dont le voile".
Dans ce contexte, le ministère sahraoui de la culture a exprimé "sa solidarité pleine et entière avec les femmes sahraouies saluant leur courage et leur rôle dans l’intifada".
Saisissant la présence de M. Ross dans les camps de réfugiés sahraouis, le ministère de la culture interpelle le représentant onusien "sur l'aliénation de l'identité culturelle sahraouie l'appelant à intervenir auprès des organes de l'ONU telle l'Unesco pour l'amener à jouer le rôle qui lui est dévolue à cet effet".(SPS)
020/090/700 262200 MARS 013 SPS
URL Source : http://www.spsrasd.info/fr/content/les-pratiques-humiliantes-%C3%A0-lencontre-des-femmes-lors-des-manifestations-pacifiques-%C3%A0-el-aai
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Traitement infligé aux femmes sahraouies : Une provocation


Il est connu de tous la place prépondérante et le respect dont jouit la femme au Sahara Occidental et en Mauritanie, pays avec lequel on partage le dialecte et les coutumes.

Les femmes sahraouies ont une place unique dans le monde arabo-musulman. C’est pourquoi la société sahraouie ne connaît pas les violences conjugales car elle considère une vergogne de lever la main sur une femme. D’ailleurs, on inculque aux enfants, dès leur plus jeune âge, le respect de la mère, avant le respect du père.

Le statut de la femme dans la société sahraouie était connue des colonisateurs espagnols. Ils n’ont jamais osé emprisonner ou maltraiter les femmes sahraouies qui manifestaient pour revendiquer l’indépendance du Sahara Occidental. Ce qui est loin d’être le cas du nouveau colonisateur marocain.

Depuis son invasion du Sahara Occidental, le Maroc a sur son compte pas moins de 46 femmes portées disparues. Et celles qui ne se trouvent pas en prison, connaissent les traitements les plus vils et cruels jamais connus par une femme musulmane. Les coups, le viol, l’humiliation sont devenus monnaie courante dans les territoires occupés du Sahara Occidental.

Aux yeux des Sahraouis, infliger aux femmes un tel traitement relève carrément de la provocation. Les Marocains, en s’en prenant ainsi aux femmes sahraouies, cherchent à montrer qu’ils jouissent de l’impunité, qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent sans aucune crainte grâce au rôle protecteur de la France dans le Conseil de Sécurité et ainsi pousser les sahraouis au désespoir et aux armes.

Depuis l’échec de sa proposition de son autonomie en 2008, le Maroc cherche par tous les moyens à pousser le Front Polisario à renouer avec la guerre et ainsi attirer la foudre de la communauté internationale. La sagesse des dirigeants sahraouis a faussé tous les calculs des conseillers du roi Mohamed VI.
Les vidéos recemment diffusées sur youtube des femmes sahraouis traînées, battues et dénudées par les forces de police marocaines sont des images déchirantes qui dénient tout sens à la situation de fausse paix créée par le processus de paix de l’ONU. Une paix qui repose sur les cris assourdissants des femmes sahraouis. Des cris qui clament la colère et la vengeance. Des scènes enregistrées alors que l’Envoyé Personnel de l’ONU pour le Sahara Occidental, Christopher Ross. se trouve dans la ville d’El Aaiun quadrillée par les forces de sécurité.

URL Source : http://westernsahara.fr/?p=7934

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Témoignages de femmes brutalisées par la police à Laayoune

Écrit par Lakome, 29/3/2013
Les femmes sahraouies brutalisées par les forces de l'ordre à Laâyoune racontent ce qui s'est passé. Malgré les témoignages, les photos et les vidéos, la DGSN nie tout dépassement de la loi dans un communiqué envoyé ce vendredi à Lakome.
Les femmes qui ont été brutalisées et harcelées en pleine avenue Smara et au quartier Maatallah à Laayoune, le 23 mars dernier alors qu'elles s'apprêtaient à organiser un sit in à l'occasion de la visite de Christopher Ross, ont raconté à Lakome ce qu'elles ont enduré ce jour-là.
Plusieurs vidéos ont été tournées au moment des faits, montrant la violence et le harcèlement sexuel dont elles ont été victimes.
 http://youtu.be/UzVvl5MeCmg
Selon le témoignage de Mina Baali, qui apparaît dans une séquence vidéo en train d'être brutalisée et tirée par terre, elle avait pris le chemin du sit in en réponse à un appel lancé par des activistes sahraouis pour « réclamer le droit d'autodétermination du peuple sahraoui » et la mise en place «  d'un mécanisme onusien pour protéger les droits de l'homme au Sahara ».
« En arrivant sur le lieu du sit in, nous avons trouvé des policiers accompagnant le pacha de la ville. Avant même de se rassembler et commencer à lancer des slogans, la police est intervenue avec force pour nous disperser. Ils m'ont poussé avec violence jusqu'à me faire tomber. Un policier m'a tiré par terre et m'a enlevé mon voile. J'ai senti la main de quelqu'un qui voulait m'enlever mon pantalon et il a réussi à le faire. Je lui ai signifié : si tu veux mon pantalon, moi je veux ma terre ! ».
Hasna Douihi, époux de Mina Baali, qui a participé lui aussi au sit in, nous a déclaré qu'il n'a vu sa femme se faire brutaliser qu'à travers les vidéos sur internet, parce qu'il a subi lui aussi un traitement violent à ce moment-là. Selon son témoignage, il a été mis dans une voiture de police où il y avait 7 policiers qui l'ont mis à terre et l'ont frappé à coups de pieds et de poings. Il affirme qu'ils l'ont emmené à la banlieue de la ville où ils l'ont jeté pour être récupéré par d'autres agents de la police utilisant une voiture banalisée, mais portant leurs uniformes, qui l'ont torturé avant de le laisser sur place dans un état lamentable. Hasna affirme avoir par la suite regagné une maison pour passer un coup de téléphone et appeler à l'aide Ahmed Bouhada, chargé de la protection au sein de la commission régionale du CNDH.  En arrivant devant la porte de l'hôpital, il a découvert une présence policière qui bloquait l'entrée et contrôlait les urgences. Il n'a bénéficié des soins dont il avait besoin, selon ses dires, qu'après beaucoup d'attente et l'intervention du chargé de la protection au sein du CNDH.
Khaidouma Joumani, l'une des femmes brutalisées, raconte avoir été, elle aussi, insultée, battue, dénudée et harcelée sexuellement. Des hommes en civil ont osé toucher des points sensibles de son corps en plein public et sous les yeux du Pacha et du chef du cercle.
Leila Lyli a, de son coté, été agressée. Elle a raconté à Lakome ce qui lui est arrivé : on l'a fait tomber et tirée par terre juste après son arrivée sur le lieu du sit in.  On lui a enlevé  son voile (mlhaf) et à un moment un agent a osé lui enlever son pantalon tout en continuant à la frapper dans des parties sensibles de son corps. À l'hôpital on lui a refusé les soins malgré son état critique et l'intervention d'un responsable du CNDH qui l'a transporté dans sa voiture. « Ce refus est intervenu suite aux ordres reçus du pacha de la ville qui m'a insulté et qui n'a pas épargné le responsable du CNDH ».
Salma Lamam est une autre victime de cette violence physique et verbale. Selon son témoignage «  en allant au sit in, j'ai vu un jeune qui a été brutalisé  et qui n'arrivait pas à se remettre debout. J'ai essayé de lui donner un coup de main mais on m'a interdit. J'ai du changer mon voile pour pouvoir apporter mon aide au jeune qui rampait sur le ventre comme on le voit dans la vidéo. En revenant, j'ai découvert une femme qui a reçu une pierre sur la figure et qui saigne. A ce moment là, les policiers ont fait marche arrière. Seulement lorsque le pacha a distingué mon visage, il a ordonné à ses hommes de m'agresser ce qui a été exécuté. Ils m'ont frappé, tiré par terre, enlevé mon voile et mon pantalon  avant de me jeter dans un trou, tout en continuant à m'insulter ».
Lamina Hallab, qui parait dans les images vidéos avec le visage en sang, est de la ville de Boujdour. Elle était à Laayoune pour une visite familiale. Pendant l'intervention de la police, elle traversait l'avenue pour aller voir une personne de sa famille. Un policier lui a jeté une pierre sur la figure ce qui lui a causé une blessure sous l'oeil qui n'a pas cessé de saigner couvrant son visage.
Le cas de l'activiste Soultana Khaya est plus grave mais Lakome n'a pas pu recueillir son témoignage. Selon l'une de ses amies, Leila Layli, Soultana a été tabassée et tirée par terre puis mise dans une voiture de police où 7 policiers se sont chargés de la frapper et de la maltraiter, avant de se débarrasser d'elle dans un lieu hors de la ville. Elle aurait fini par trouver une maison à proximité du lieu où elle a été laissée. Ses occupants lui ont permis de contacter sa famille pour venir la secourir. Soultana a été, elle aussi, interdite d'accéder à l'hôpital pour se faire soigner. Son amie explique qu'elle a été contrainte de voyager aux îles Canaries pour y recevoir les soins nécessaires.
Dans un communiqué parvenu ce vendredi à Lakome, la DGSN affirme que ces femmes occupaient illégalement l'espace public et que les forces de l'ordre les ont délogées sans violence et sans faire de blessées...



dimanche 29 juillet 2012

La « Bei3a » ou la reddition infamante

208040927_2026c30c22.jpg par Salah Elayoubi, 18/7/2012

  Il y a comme cela, des images qui vous font remonter le temps, pour vous téléporter brutalement au Moyen-âge, vous font sérieusement douter du moment que vous êtes en train de vivre et vous donnent la nausée. Celles de l’allégeance, communément appelée « Bei3a » font résolument partie de cette catégorie. 

 Le temps d’une cérémonie, le roi a tombé le costume à plusieurs milliers d’Euros pour se travestir en « Amir al Mouminine ». Il a également troqué le roadster allemand et le rock ou le blues endiablé de sa puissante sono, pour un arabe barbe et la musique de la garde royale. Autour de lui, s’activent une garde rapprochée pléthorique et des intimes triés sur le volet. Le tout fait penser à un essaim d'abeilles autour de la reine. Le tintamarre alentour, est digne d’une fête foraine. 

 Le roi reçoit, ce jour, l’allégeance de tout ce que compte le pays comme élites civiles ou politiques et hauts fonctionnaires. Ainsi, le peuple, à travers ses représentants, est supposé témoigner « son indéfectible attachement au trône alaouite », selon l’expression consacrée. La cérémonie a quelque chose d’ubuesque pour le roi, en même temps qu’elle est empreinte d’une cruauté sans nom pour ceux qui, pourtant, lui témoignent leur allégeance. L’Islam recommande au chef d’épargner l’amour-propre et la dignité de ses administrés. Le roi marque ostensiblement son indifférence pour cette recommandation, en même temps qu’il affiche un mépris souverain pour ceux venus lui prêter obédience et s’incliner devant lui.

 Vêtus de la lourde tenue traditionnelle marocaine avec séroual, tunique à manches longues et gilet, le tout enveloppé dans un burnous, capuchon rabattu sur la tête, les participants gouttent d’abord sous un soleil de plomb, au plaisir de l’attente interminable, que leur a concoctée le protocole du palais.

 La cérémonie entamée, par trois fois, ils doivent s’incliner par groupe d’une cinquantaine, en prononçant la formule consacrée « Allah ibarek fi 3oumr sidi ». Puis ils sont poussés, sans aucun ménagement, à dégager l’esplanade, au pas de gymnastique, par une cohorte d’esclaves du Palais, pendant que le roi avance de quelques pas sur sa monture, en direction du prochain groupe.

 Au cours de ce sprint au goût de ridicule, qui fait ressembler nos compatriotes à quelques bipèdes d’une espèce inconnue ou encore à des pingouins malhabiles, désappointés de se retrouver là, par des températures infernales, il n’est pas rare de voir ceux qui ont commis l’erreur de chausser les fameuses babouches traditionnelles en perdre une, voire les deux, dans la confusion générale et se retrouver en chaussettes. Plus tard, la cérémonie terminée, les nettoyeurs les récupéreront comme autant de trophées risibles, après la bataille et que personne, par décence, ne s’abaissera à venir réclamer. 

 Aussi incroyable que cela puisse paraître, bon nombre de participants à cette cérémonie infâmante et dégradante, ont déployé des trésors de ruse et de persuasion, pour que leur nom soit couché sur la liste de ses récipiendaires. Tout ce petit monde qui compte jusqu’à plusieurs milliers d’individus, obéit à une convocation, à laquelle nul ne peut plus se soustraire, une fois qu’elle est émise, sous peine de crime de lèse-majesté. 

 Détail sordide, mais qui a son importance, aucune commodité n’ayant été prévue sur l’esplanade du Palais, ceux qui craignent une incontinence ont, pour les plus prudents d’entre eux, choisi de sauter un, voire plusieurs repas. Les autres portent des couches-culottes où ils sont déterminés à se soulager en toute quiétude, si le besoin s’en faisait sentir. 

 Sur une tribune dressée face à l’esplanade, quelques « privilégiés », ponctuent chaque sprint par un tonnerre d’applaudissements et apprécient d’autant ce spectacle d’un autre âge, qu’il leur aura été épargné, pour un temps, de figurer dans cette arène de l’infamie, où les élites de la nation viennent singer la reddition d’un peuple vaincu, avant même qu’il n’ait livré bataille. 

 Quelle obscure jouissance procure au despote le sadisme de cette avanie et son anachronisme ? Pense-t-il se grandir, le temps de cette humiliation suprême infligée à ses contemporains ? Quant à ces hommes investis de la mission de représenter le peuple marocain, quelle image espèrent-ils dispenser d’eux-mêmes ? Quel signal pensent-ils envoyer à leur famille, leur épouse et leur progéniture, dans ces moments où ils ont ravalé toute fierté et bu toute honte, à se soumettre au caprice d’un seul homme ? Et nous, aurions-nous combattu le colonialisme pour remettre en selle cette monarchie schyzophrénique, capituler face à son despotisme et lui rendre armes et couleurs sans conditions ? Est-ce dans cet « à-plat-ventriste » qu’il nous sied de voir nos représentants ? Avons-nous à ce point perdu tout honneur et toute dignité, pour supporter, sans sourciller, que nos élus donnent ainsi le spectacle de leur veulerie ? 

 Tel un flibustier méprisant et hautain pour ceux qu’il vient de vaincre, le roi, dans cette production grandeur nature, exclusivement dédiée à son égo disproportionné, se retrouve un peu plus absolutiste que quelques heures auparavant. Satisfait, il regagne ses quartiers, pour y retrouver son clan et fêter dignement l’évènement. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, et il se pourrait bien qu’un jour, par un juste retournement dont l’histoire a le secret, « notre ami » se retrouve, à son tour, en posture de perdre un peu plus qu’une simple paire de babouches.
http://youtu.be/KAM4k-t3lso
La couverture de TelQuel est de 2006 ...