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samedi 13 avril 2013

Le Maroc épuise les ressources hydriques à Dakhla-Villa Cisneros en territoires occupés du Sahara Occidental




Agriculture-Dajla
Agriculture-DajlaElmami Bouseif, président de la région du Rio de Oro, a révélé à Lakome, des nombreuses violations de la loi commises aux exploitations agricoles dans la ville de Dakhla-Villa Cisneros. Selon lui, beaucoup de propriétaires de ces exploitations creusent souvent des trous dans le sol sans posséder des licences légales ou des permis pour le faire. Il a déclaré que les actions de cette nature créeront des préjudices et des dommages aux aquifères d´origine fossile du sol de la ville de Dakhla.

 Bouseif a dit qu’il a parlé avec le ministre de l’Énergie et des Mines Fouad Douiri en mars dernier pour demander une enquête, mais en vain.  Cette déclaration a été niée par le ministre lui-même. Le ministre a dit qu’il y a des contrôles effectués par la patrouille de police de surveillance de Fouad Douiri, au et par d’autres fonctionnaires. Il a également ajouté que le Gouvernement du Maroc veut augmenter le débit de l’eau à 3000 mètres cubes au lieu de 1210 mètres cubes.

Elmami Bouseif a dit aussi que les semences de tomates utilisées dans ces exploitations proviennent d’Israël. Selon lui, il existe de nombreuses variétés de plantes plantées et cultivées à cet endroit. Mais la plupart des légumes produits sont les tomates, les semences desquels sont importées d’Israël. Il a mentionné le nom d’un dignitaire sahraoui local, appelé Mohamed Lamine Harmatallah, qui est aussi un député et un membre du parti Istiqlal. Ce dernier est propriétaire d’une ferme en partenariat avec un marocain riche appelé Ettazi qui n’est même pas gêné d’avouer que les semences de tomates proviennent d’Israël.

En outre, la technique de l’irrigation à la goutte à goutte pour l’arrosage de toutes ces plantes utilise de grandes quantités d’eau, outre le fait que les produits chimiques utilisés dans cette opération constituent une menace grave et nuisible pour les eaux souterraines. Les investisseurs dans ces propriétés ne paient chaque année qu’une taxe symbolique pour louer les terres. Elmami Bouseif dit que le budget du projet agricole se chiffre à moins de 200 millions de centimes.

Le premier investisseur était Royal Holding suivi par plusieurs autres investisseurs favorables, à savoir: Sulaiman Derhem, le frère de Tarik Qabbaj qui est le maire d’Agadir et le député Mohamed Lamine Harmatallah qui est le propriétaire de la moitié d’une exploitation estimée à 20 hectares, tandis que l’autre moitié est détenue par un marocain appelée Ettazi. Selon l’article, il y a d’autres investisseurs sur place et certains d’entre eux sont des étrangers. On estime que la zone exploitée est d’environ 700 hectares inégalement repartis par ces investisseurs.
Un câble de Wikileaks intitulé: Sahara Occidental: Considérations Economiques, publié il y a quelques années, a signalé ces activités et les exploitations produisant des tomates. L’information avancée dans ce câble a mis en garde de la situation future de rareté de l’eau. Le même câble remarquait qu’un investisseur français appelé Philippe Poissey était un de ceux qui contribuaient le plus dans ce secteur à Tawarta, située dans la banlieue de Dakhla, outre le fait qu’il avait des investissements similaires au Mexique. Plus tard il a été contraint de verser un pot-de-vin à certains hauts fonctionnaires et quelques dignitaires locaux pour faire un suivi étroit de ces activités économiques qui nuisaient les ressources hydriques de la région de Dakhla.

Une étude devait être faite, mais aucun progrès n’a été enregistré dans ce domaine. Cela correspond aux intérêts de ces investisseurs pour deux raisons principales:
1-    Ils ne veulent pas perdre ou laisser enfoncer un négoce aussi rentable si le préjudice causé est divulgué au monde entier.
2-    Ils ne souhaitent pas des problèmes de concurrence, étant donné qu’ils monopolisent encore le marché et fixent leur propres prix quand ils négocient les ventes sur les marchés étrangers.

Ces investisseurs considèrent la région de Dakhla comme une véritable mine d’or avec leurs investissements sans payer aucun impôt.   En ce qui concerne la main-d’œuvre, elle vient du nord du Maroc et cela a été confirmé par Mohamed Lamine Harmatallah.
Tous les produits sont transportés ou expédiés à l’étranger, aux marchés étrangers. Par conséquent, les habitants de la région ne profitent pas de ces produits cultivés localement.

mardi 24 juillet 2012

IMIDER : Déclaration à propos des récentes arrestations des militants

De : Amussu Imider, 24/7/2012 

Objet : Mouvement " Sur la Voie de 96 Imider "

Déclaration à propos des récentes arrestations 
des militants d’Imider
A DIFFUSER LARGEMENT

5.png Le jeudi 12 juillet 2012 les forces de la gendarmerie royale ont procédé à l’arrestation de cinq militants du mouvement " Sur la voie de 96 –Imider"- en se basant sur une plainte formelle déposée par l'entrepreneur responsable du projet d'extension de la maison des jeunes où il accuse les militants de former un gang criminel, de l’avoir agressé et détruit les matériaux de construction ainsi que la partie construite du projet.

Tous les prisonniers sont des acteurs associatifs engagés parmi la population d’Imider dans les actions qu’elle mène et qui ont culminé dans son sit-in ouvert depuis le mois d'août 2011 pour réclamer ses droits socio-économiques. 

Voici la liste et le profil des détenus :

1. Bennaser Mohamed, 63ans, huit enfants, président de l’association Tifawt pour le développement et l’eau potable et membre du Comité local de l'Initiative nationale pour le développement humain; INDH ;

 2. Lahcen Karim, 32ans, deux enfants, marchand de légumes et activiste dans la même association ; 3. Omar Taib, 42ans, six enfants, conducteur ;

 4. Ljihad Mohamed, 32ans, un enfant, chômeur ; 

5. Faska Laadad, 24 ans, célibataire, diplômé-chômeur (licence en études anglaises). 

2.png Tous les militants résident à Imider. Dès l’annonce de 
l’arrestation des
 militants, les
 populations, deshommes et des 
femmes de 
différentes tranches d'âge, se sont 
https://mail-attachment.googleusercontent.com/attachment/u/0/?ui=2&ik=44f82f650d&view=att&th=138b9665d82a2913&attid=0.8&disp=inline&realattid=f_h510cwmw7&safe=1&zw&saduie=AG9B_P9hTrBhxLUhxPAozbX-WLtJ&sadet=1343154761248&sads=t4DBE-Hpd0BpG7Seu7H1XZAnV18rassemblées et se sont rendues dans une marche pacifique vers le poste de la Gendarmerie Royale, où ils ont tenu un sit-in pour exiger la libération immédiate des détenus. Après l'interrogatoire des militants, la police judiciaire a rédigé contre eux des procès-verbaux contenant des aveux, comme d’habitude, fabriqués ainsi que des accusations en dehors de l’objet de ladite plainte : meneurs du sit-in, d’entrave à la scolarisation des élèves, et de sabotage des projets de développement inclus dans la politique de l'État.
 Les mêmes charges fallacieuses retenues contre notre frère Mustafa Ouchtoubane et les autres détenus d’Imider qui croupissent dans la prison de Ouarzazate.

https://mail-attachment.googleusercontent.com/attachment/u/0/?ui=2&ik=44f82f650d&view=att&th=138b9665d82a2913&attid=0.7&disp=inline&realattid=f_h510csmo6&safe=1&zw&saduie=AG9B_P9hTrBhxLUhxPAozbX-WLtJ&sadet=1343157262424&sads=n8PtDkZn1kK3AA1VTfFnOGINcvM Vers minuit, dans un scénario digne d’Hollywood, les détenus ont été transférés à 
Ouarzazate comme un groupe de 
terroristes armés, sous la protection de dizaines de 
gendarmes armés de matraques, pour être ensuite renvoyés à la Chambre criminelle de la Cour d'appel le 14 Juillet et pour fixer l'audience au Jeudi 26 juillet. Toutes ces manœuvres du Makhzen , visant à porter atteinte à la réputation de nos militants, ne feront que renforcer notre détermination et la constance de notre résistance sur le mont de la fierté (Mont-Alebban) jusqu'à atteindre la dignité et la justice sociale.

 Dans ce contexte précis, nous rappelons à l’opinion publique nationale et internationale l’essentiel de nos revendications légitimes

* La libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus de la cause d’Imider ; 
 * La réponse immédiate à nos revendications légitimes. Nous dénonçons : 
* Les arrestations arbitraires des militants de la cause d’Imider ;
 * La politique systématique de l’oreille sourde envers les revendications légitimes de la population.

 Nous réaffirmons :  
* L’innocence de nos détenus 
* Notre attachement au pacifisme ; notre principe de lutte 
* La légitimité de nos droits ; 

Nous exprimons notre solidarité avec : 
* Les détenus de la cause d’Imider et leurs familles
 * Tous les détenus d’opinion libre et leurs familles

 Nous appelons tous les organismes et toutes les organisations nationales et internationales des droits humains et toutes les consciences à soutenir notre cause juste et pour la libération des détenus. Nous plaçons le makhzen au centre de la responsabilité de la situation que subit notre commune par ses actes inacceptables. 
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      La monarchie marocaine use de l'arbitraire à Imider

Par Afafa (Roubaix) Tamazgha (Paris)24/7/2012
Les associations Afafa et Tamazgha dénoncent des arrestations arbitraires de militants d’Imider par la police de la monarchie marocaine. Un autre militant, Mustapha Ouchtoubane, a été arrêté, lui, le 5 octobre 2011 et condamné, en première instance, le 1er décembre 2011, à quatre ans de prison ferme. La condamnation est confirmée par la cour d’appel de Ouarzazate le 13 février 2012, ne laissant aucune chance à ce militant.

Ces arrestations s’inscrivent certainement dans la stratégie de la police marocaine qui vise à intimider un mouvement qui tient et qui résiste maintenant depuis près d’un an. En effet, régulièrement, et ce depuis août 2011, des manifestations sont organisées par la population d’Imider pour dénoncer la holding SMI (Société de métallurgie d’Imider) qui exploite la plus grande mine d’argent d’Afrique. En effet, cette holding, filiale du groupe SNI/ONA [1] exploite la mine d’Imider depuis 1969 et fait des bénéfices parfois exorbitants alors que la population locale vit dans la misère totale. Pire, cette population est privée d’eau et assiste à l’épuisement de sa nappe phréatique. Les manifestants exigent, entre autre, que 75% des emplois soient réservés à la population locale frappée par un fort taux de chômage. Ils exigent ainsi à ce que leur territoire où est exploitée une mine d’argent qui produit une grande fortune puisse bénéficier d’infrastructures qui permettent aux citoyens de vivre dignement.

Les citoyens, à l’unanimité, se sont ainsi organisés au sein du Mouvement sur la voie de 96 qui est le cadre légitime représentant de cette commune rurale de sept villages. Ils ont fait savoir leur objectif principal à savoir "l’accès à la jouissance des richesses de leur communauté et la défense de leurs droits légitimes en tant que citoyens".

Ce n’est pas la première fois que les populations d’Imider se mobilisent contre cette société qui participe à l’enrichissement de la famille allaouite. En effet, en 1996, et pendant quarante-huit jours, les villageois occupent les abords de la mine jour et nuit et manifestent régulièrement. La police intervient pour disperser les populations, elle brûle les tentes et détruit tout ce qui s’y trouve notamment la nourriture. L’intervention musclée des forces de répression marocaines a ainsi fait vingt-deux blessés. Vingt-trois personnes, dont deux femmes, ont été arrêtées ; seize parmi elles ont été relâchées après la garde à vue et six seront condamnées à des peines de prison allant de un à deux ans.

Dix ans auparavant, en 1986, suite à la privatisation de la société, ses responsables avaient décidé de creuser un nouveau puits malgré le refus des habitants. Ces derniers tentent de s’y opposer et les autorités procèdent à l’arrestation de six agriculteurs qu’elles emprisonnent sans jugement pendant un mois.

Aujourd’hui c’est sur le mont Alban que des habitants des villages d’Imider ont installé un camp face à la mine, le long de la route nationale 10 qui relie Ouarzazate à Tinghir. Le camp est devenu un village et c’est à cet endroit que la population a partiellement coupé une conduite d’eau qui alimente la mine. Chaque jour se tient une assemblée générale où femmes, hommes et enfants s’expriment durant plusieurs heures.

Le camp vit de la solidarité des villageois d’Imider. Cette action qui, par ailleurs, réduit la production d’argent, est utilisée comme moyen de pression sur la direction de la mine par les villageois déterminés à arracher leurs droits.
Ce mouvement exceptionnel en Afrique du Nord mérite soutien et encouragement ; il serait injuste que le combat de ces courageux villageois du Moyen-Atlas ne puisse aboutir ! D’autant plus qu’il n’est pas exclu que la monarchie ait recours à la force et à la violence pour casser cette mobilisation. Un régime qui, à maintes fois, a fait preuve de barbarie est capable de tout pour protéger ses intérêts...

Ci-après le communiqué des associations Afafa et Tamazgha.
par Masin Ferkal.
 
                                  COMMUNIQUE
L’Etat marocain procède à des arrestations arbitraires 
                                  à Imider

Cinq militants amazighs, membres du Mouvement sur la voie de 96 ont été arrêtés jeudi 12 juillet par la police de la monarchie marocaine et seront traduits devant le tribunal de Ouarzazat le 26 juillet 2012. Il s’agit de Moha Bennaser, Karim Lahcen, Faska Laadad, Taïeb Omar et Moha Ouljihad.
Le Mouvement sur la voie de 96 organise des rassemblements sur la montagne d’Alebban à Imider, près de Tinghir (sud-est du territoire marocain), depuis août 2011. Ces manifestants pacifiques exigent de la Société métallurgique d’Imider (SMI) qui exploite la mine d’argent d’Imider d’embaucher parmi les habitants de la région. Ils dénoncent également la pollution de la région par des produits toxiques utilisés par cette société et préviennent quant au risque de l’épuisement de la nappe phréatique. A signaler que la majorité des actions de cette société sont détenues par Mohamed 6, le monarque alaouite.
En décembre 2011, un autre militant du Mouvement sur la voie de 96, Mustapha Ouchtoubane, a été arrêté et condamné à une peine de quatre ans de prison ferme par le tribunal de Ouarzazat.

Nous tenons à dénoncer ces arrestations arbitraires et exigeons la libération inconditionnelle des détenus Mustapha Ouchtoubane, Moha Bennaser, Karim Lahcen, Faska Laadad, Taïeb Omar et Moha Ouljihad.

Nous appelons à la solidarité avec ces détenus ainsi qu’avec l’ensemble des détenus politiques amazighs qui croupissent dans les prisons marocaines.


Afafa (Roubaix) Tamazgha (Paris)

Contact :
Afafa. E-mail : associationafafa@yahoo.fr
Tamazgha. Tel : 06.52.10.15.63 / E-mail : tamazgha.paris@gmail.com
http://tamazgha.fr/La-monarchie-marocaine-use-de-l.html

mardi 10 juillet 2012

Les révoltés d'Imiter ne baissent pas les bras !

 Copyright. Par Christelle Marot , New African,1/5/2012

Depuis dix mois, à 140 km de Ouarzazate, un petit village berbère est en lutte contre la Société minière d’Imiter. Cette filiale du holding royal qui exploite une mine d’argent depuis plus de 40 ans est accusée d’assécher la nappe phréatique et de polluer l’environnement. Hommes et femmes, jeunes et vieux : c’est tout le village d’Imiter, niché au pied du Haut Atlas marocain, à 140 km de Ouarzazate, qui est entré en résistance.  

Cela fait huit mois que les villageois bloquent l’alimentation en eau de la Société métallurgique d’Imiter (SMI), qui exploite l’une des plus grandes mines d’argent d’Afrique. Sur le mont Alban, les vannes qui relient le réservoir d’eau à la mine ont été fermées. Les habitants du petit village berbère d’Imiter accusent la SMI de surexploiter la nappe phréatique et de polluer l’environnement au cyanure. « On occupe le mont Alban depuis le 1er août. On n’avait plus d’eau au robinet en plein mois de ramadan ! Ni dans les khettaras ! (ndlr : systèmes d’irrigation) », dénonce Aïcha Amo. 

Cette mère est en colère. Son fils de 27 ans a été arrêté, il y a peu, et condamné à quatre ans de prison. 
« Mustapha était mécanicien à la SMI. Il paie son engagement dans le mouvement de contestation. Les autorités ont monté quelque chose contre lui », selon elle. « La SMI nous maltraite », renchérit Aïcha Assi. « Elle a pris l’eau, le sable, elle pollue l’environnement. Où sont nos droits ? Nous sommes pauvres, encore et toujours. L’agriculture est asséchée, c’est pourtant ce qui nous fait vivre. Le village est plein de chômeurs », explique t-elle. 

 Sur le mont Alban, la vie s’organise. Les habitants ont érigé des tentes et construit de petites maisons en pierres. Les drapeaux marocains et berbères flottent dans le vent. Dans un coin, des femmes cousent, d’autres préparent le couscous. Des cailloux blancs délimitent une mosquée, sans mur, sans toit. L’imam est venu, drapé dans sa djellaba rayée. Pour les enfants d’Imiter, il n’y aura pas d’école cette année. « On a voté et décidé que ce serait une année blanche. Les mamans ne peuvent pas emmener les enfants à l’école, s’occuper des repas pour tout le monde, manifester. Mais les enfants le disent eux même, le mont Alban c’est leur école. Ils en apprennent plus ici, que dans les salles de classe », raconte Meriem, 21 ans, les cheveux sagement rangés sous son foulard rose. 

Chaque jour, les villageois d’Imiter se réunissent pour décider des actions à mener. Au centre du cercle formé, chacun a le droit de prendre la parole, quel que soit son âge. 

A Imiter, les habitants semblent avoir inventé une nouvelle façon de vivre ensemble : un embryon de démocratie locale participative. « Ce qui se passe ici est extraordinaire, confie Meriem, les yeux pétillants. Pour la première fois, les femmes font face aux hommes, elles s’expriment publiquement, ce sont elles les plus engagées. 

On voit même de très jeunes enfants revendiquer leurs droits avec force ». Le crâne rasé, Badr, 10 ans, est l’un d’entre eux. Le garçon est devenu la coqueluche du village après qu’une vidéo le montrant haranguer les autorités ait fait le buzz sur Internet. Abdou, étudiant à Agadir, a lui suspendu ses études pour venir supporter son village lorsque celui-ci s’est soulevé. Avec ses copains, il épluche la législation sur l’environnement, alimente la page Facebook du village. 

 A huit kilomètres de là, la SMI, filiale de Managem, société minière appartenant au holding royal, tourne au ralenti. Le blocus des villageois a entrainé une diminution de la capacité de production de l’usine de 40%. Car pour extraire le concentré d’argent, l’usine a besoin d’eau. Des besoins appelés à croitre, alors qu’un projet d’extension prévoit de porter la production de 200 à 300 tonnes d’argent pur par an en 2013. En 2010, la SMI a réalisé un chiffre d’affaires de 740 millions de dirhams (66 millions d’euros). La mine emploie un millier de personnes, dont la moitié de sous-traitants. Face à la fronde des villageois, la direction de Managem se défend. « Une étude d’impact a été réalisée en 2004, lorsque l’on a creusé le forage pour la mine. Elle a prouvé qu’il n’existe aucun lien entre la nappe que l’on exploite au niveau des forages pour la mine et les systèmes d’irrigation du village d’Imiter », explique Youssef El Hajjam, directeur général de la branche métaux précieux de Managem. « Certes, les villageois ont présenté des mesures qui montrent une baisse des débits d’eau, mais notre hydrogéologue a produit une étude qui démontre le contraire (…) Sur l’aspect environnemental, il faut savoir que le cyanure est un produit utilisé pratiquement dans toutes les mines qui extraient les métaux précieux. Ici c’est géré de manière stricte. Les eaux sont recyclées. Et donc il n’y a aucun impact de ces eaux cyanurées sur l’environnement », assure le responsable. Les manifestants demandent par ailleurs que 75% des recrutements soient réservés aux habitants de la région, mais la société juge cette demande «irréaliste». « Innovar, le bureau qui a réalisé l’étude d’impact en 2004 est le même qui conclue à la baisse des débits d’eau, un an plus tard ! Alors, la SMI a demandé à son propre hydrogéologue de faire les mesures. Qui évidemment sont contradictoires. Ce n’est pas crédible. Nous voulons une étude indépendante ! », lance Brahim Udawd, l’un des fers de lance de la contestation. Un document réalisé pour le compte de la commune d'Imiter par le bureau d'études Innovar précise que les débits en eau dans la région « ont connu une baisse importante entre juin 2004 et août 2005 », avec des chutes, dans certains cas, « de 61% et 58% » . Aux abords de la mine d’argent, Brahim Umuh, éleveur reconverti dans l’agriculture, s’avance sur un terrain de rocailles. Le paysage est lunaire. Un arbre mort, comme fossilisé, semble montrer le chemin. « La SMI dit qu’il n’y a pas d’impact du cyanure sur l’environnement… c’est faux ! », raconte ce paysan, qui a vu son troupeau de chèvres, 42 têtes, entièrement décimé en 2007. Les animaux, ont succombé après avoir bu à proximité de la digue du bassin de rétention des eaux cyanurées de la SMI. Aujourd’hui, Brahim Umuh travaille la terre. « Mais ce n’est plus comme autrefois. Certains arbres ont disparu. On avait des abricotiers, des grenadiers, des arbres fruitiers en grande quantité », affirme t-il. Cela fait plus de quarante ans que la SMI exploite le minerai d’argent dans la région, sans qu’aucune étude environnementale vraiment sérieuse n’ait été réalisée. Sur Imiter, la nuit tombe doucement. Des flancs du mont Alban, des cohortes colorées dégringolent en silence. Petit à petit, les villageois regagnent leurs maisons. Au sommet, un groupe d’hommes regarde s’éloigner les habitants. Ils, resteront là haut, cette nuit encore, pour garder le réservoir d’eau. Rentré chez lui, Omar, père de six enfants, prend le frais dans la cour. « Depuis que l’on a fermé la vanne qui alimente la SMI, le niveau d’eau est remonté de façon très significative, dans les puits des maisons et chez les agriculteurs. Maintenant, on a de l’eau. Et on n’est pas prêt d’abandonner le combat », lance t-il. Accroupi dans la poussière, Brahim Udawd, moqueur, désigne la mine au loin, dans un ciel rougissant : « On a besoin de tout ici. D’un centre de santé convenable, pas d’une infirmière qui vient de temps en temps. Les routes sont en mauvais état. Il n’y a pas assez de salles de classe. Les jeunes peinent à trouver du travail. On n’a rien, que la misère à quelques kilomètres d’un trésor ». Sur le mont Alban, quelques mots sont gravés dans la pierre : « Amussu : Ubridn 96 », « Imiter sur la voie de 96 ». Il y a 16 ans, les habitants d’Imiter se soulevaient pour la première fois, pour les mêmes raisons.