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samedi 12 avril 2014

Au Maroc, le sit-in des habitants d'Imider contre l'exploitation de la mine


 Par Ilhem Rachidi, 18/2/2014
 
Depuis deux ans et demi, les habitants de la commune d’Imider, au sud-est du Maroc, observent un sit-in permanent contre l’exploitation d’une mine d’argent appartenant au holding de la famille royale. Aujourd'hui mardi, deux jeunes militants, arrêtés dans des circonstances obscures fin décembre, ont été condamnés à 10 et 18 mois de prison ferme. 

 Maroc, correspondance
Depuis deux ans et demi, les habitants d’Imider, au sud-est du Maroc, observent un sit-in permanent contre l’exploitation d’une mine d’argent, située à deux kilomètres de la commune, par la Société métallurgique d’Imider (SMI), une filiale du groupe minier Managem, du holding royal SNI. À 1 400 m d’altitude, au sommet du mont Alebban dans le Haut-Atlas, ils se relaient pour surveiller la vanne qu’ils ont fermée le 23 août 2011 pour couper l’alimentation en eau du principal forage vers la mine, après avoir constaté une baisse considérable du débit en eau dans les villages. Depuis, les niveaux d’eau sont remontés, d'après les habitants.
En août 2013, à ImiderEn août 2013, à Imider
Les habitants accusent la société métallurgique de pomper leurs réserves d’eau et de polluer la nappe phréatique. Ils estiment aussi que leur commune doit bénéficier de ses ressources naturelles et que la SMI doit employer davantage de population locale dans la mine. Cette mine est le septième producteur mondial d’argent. Son chiffre d’affaires, en hausse l’année dernière, s’élevait en 2011 à 75 millions d’euros et ses bénéfices à 32 millions d’euros.
En face, la population locale vit dans la pauvreté, dans une région où les infrastructures sont quasi inexistantes, l’État y étant totalement absent. Les dirigeants de la SMI soutiennent ne pas être responsables de cette situation et qu’au contraire, ils compensent autant que possible ce retard de développement de la commune (fournitures et transport scolaire, médecin pour le dispensaire, systèmes d'irrigation).
Mais les militants du mouvement n’en démordent pas. Ils continent à s’opposer non seulement à la SMI, mais aussi à une politique d’État qui, d'après eux, a laissé cette région à l’abandon. Depuis le début de ce mouvement, troisième du genre, baptisé le Mouvement sur la voie de 96 – en référence à un mouvement de 48 jours dispersé par la force en 1996 –, plus d’une douzaine de militants ont été incarcérés. Le plus connu, Mustapha Ouchtoubane, qui travaillait dans une des usines sous-traitantes de la SMI, a été arrêté le 5 octobre 2011 puis condamné à quatre ans de prison pour vol : 18 g d’argent avaient été retrouvés dans son véhicule de fonction. Mardi 13 février, Ichou Hamdane et Hamid Berka, arrêtés dans des circonstances obscures fin décembre, ont été condamnés à 10 et 18 mois de prison ferme pour « coups et blessures ».
Hamid Berka et Mustupha OuchtoubaneHamid Berka et Mustupha Ouchtoubane © DR
Brahim Udawd a rejoint ce qui deviendra un mouvement de contestation unique dès août 2011, alors que son village natal est en proie aux manifestations. À 27 ans, cet aide-mécanicien, qui n’a aucune expérience militante, décide de se consacrer pleinement à la lutte pour les droits économiques et sociaux des habitants d’une région pourtant riche en ressources naturelles. Pour lui, ces « procès fabriqués », ces arrestations et les pressions des autorités pour mettre un terme au sit-in n’ont pas affaibli la mobilisation des habitants, déterminés à arracher leurs droits malgré l’échec des négociations avec la SMI.

Cela fait maintenant plus de deux ans et demi que vous observez un sit-in permanent au mont Alebban. Comment cela a-t-il commencé ?

1er août 2011. Sur les bidons, des slogans font référence à la pénurie d'eau potable.1er août 2011. Sur les bidons, des slogans font référence à la pénurie d'eau potable. © DR
Le mouvement a commencé à la fin de la période de travail saisonnier. Seule la moitié des étudiants (35 sur 70) a été recrutée. À chaque fin de saison, les élus promettent pourtant des postes chez les sous-traitants mais ils embauchent uniquement leurs proches. Les étudiants, ignorés par les responsables de la commune rurale, ont décidé de protester pour attirer l'attention sur leur problème. Après l’absence de réaction des responsables de la commune à une première manifestation, une marche a eu lieu le 1er août 2011. Les chômeurs se sont rendus au siège de la commune dans la matinée pour faire pression. Les femmes, de leur côté, ont préparé des bidons sur lesquels étaient inscrits des slogans faisant référence à la pénurie d'eau potable dans les villages depuis le printemps. On a organisé des manifestations de sensibilisation dans tous les villages alentour pour faire comprendre aux gens ce que nous revendiquons. Et le mouvement a commencé à prendre de l’ampleur.

Comment êtes-vous passés de ces manifestations au sit-in permanent ?
Les femmes, les vieux et même les enfants ont rejoint le mouvement. Ce n'était plus uniquement les étudiants et les chômeurs qui protestaient. On a tenu un sit-in devant le siège de la commune pendant dix-neuf jours, avec des marches vers la mine et tous les villages. Le 19 août 2011, pour réagir au silence des responsables locaux et provinciaux, la population a décidé au terme d'une discussion collective de porter la lutte à un autre niveau : c'était la naissance du sit-in permanent au sommet d'Alebban.

Dans la commune, qui participe à ce sit-in permanent ? Comment vous organisez-vous ?
La majorité de la population de la commune participe au sit-in pendant la journée. Le soir, les femmes, les vieux et les enfants rentrent dans leurs villages et les jeunes restent la nuit pour surveiller la vanne. Nous avons construit des cabanes en terre, en pierre, sur le mont Alebban pour nous protéger des conditions climatiques difficiles. La nuit, un service de sécurité surveille. Comme le sit-in se maintient depuis longtemps maintenant, nous ne pouvons pas tous être présents sur le mont. Il y a un membre de chaque famille qui est là. Moi, je reste à Alebban 14 jours sur 15. Je suis célibataire, je vis chez ma mère et j'y retourne une fois tous les 15 jours. Ma mère aussi vient 6 jours sur 7 à Alebban.

Brahim Udawd
Brahim Udawd © RI
Pourquoi avez-vous décidé de vous impliquer dans ce mouvement ?

Avant la reprise de la lutte Occupy Imider (la région a connu d’autres mouvements, en 1996, notamment - ndlr), je travaillais comme aide-mécanicien dans un garage à Boumalne Dadès. Mais après avoir appris ce qui se passait dans mon village natal, je n'ai pas hésité à rejoindre le mouvement le 3 août 2011. J’ai laissé tomber mon travail – qui ne répondait pas non plus à mes qualifications, car j’ai un diplôme de technicien. La commune doit en passer par ce genre de manifestations. Les habitants souffrent. Ce jour-là, nous avons constitué le comité d'organisation et le comité de dialogue. Je me suis présenté avec mes amis devant les gens dans l'Agraw (l’assemblée générale). Ce mouvement est important pour moi car les responsables politiques et industriels, à travers une politique systématique de discrimination et de marginalisation, ont retardé le développement de cette commune, qui est l'une des plus anciennes. Je veux que cela s'arrête et que l'on corrige toutes ces erreurs commises dans cette région.

Le sit-in a lieu depuis plus de deux ans et demi. La mobilisation a-t-elle baissé ?
Nous sommes toujours en sit-in, et malgré les arrestations, la désinformation et le black-out médiatique, nous résistons. Nous maintenons en permanence la surveillance sur le mot Alebban et nous organisons des marches avec le même nombre de personnes qu'au début.

Quelle a été la réaction des autorités lorsque vous vous êtes installés au mont Alebban ? Ont-elles tenté de vous déloger ?
Des représentants des autorités viennent souvent sur le mont. En septembre 2011, la SMI a déposé une plainte contre les membres du comité de dialogue qu’elle accuse d'entraver son travail par la fermeture de la vanne. On a reçu des convocations mais on ne s'est pas rendus au poste de la gendarmerie de Tinghir. Du coup, le 20 septembre 2011, quatre jeunes et moi avons été arrêtés puis libérés le jour même, après une marche gigantesque. En novembre, les autorités ont essayé de disperser une assemblée générale en faisant survoler le mont par un hélicoptère.

Depuis le début du sit-in qu’avez-vous obtenu ? Où en est le dialogue avec la SMI ?

On a eu 16 rounds de dialogue mais, visiblement, il y a un manque de responsabilité et de sérieux de la part des représentants de la mine et une claire absence de neutralité du gouverneur, qui est en faveur de la SMI. Ils ne veulent pas réellement résoudre le problème. La situation à Imider est le résultat d'une politique d’État visant à dépouiller l'être humain de sa dignité. La SMI, quant à elle, mène une guerre chimique contre la population, à travers la pollution de l'air avec des produits hautement toxiques (cyanure, mercure) et l’assèchement des nappes phréatiques d'une commune rurale déjà connue pour son climat aride.

Les responsables de la SMI affirment que des études environnementales ont démontré qu’il n’y a aucun danger résultant directement de l’exploitation de la mine. Ils disent aussi que la SMI n’est pas responsable de la baisse du débit d’eau et qu’il n’y a aucun lien entre la nappe qui alimente la mine et les réseaux d’irrigation utilisés par les habitants.
Ce n'est pas crédible. Dans un pays comme le nôtre, tout se marchande. Je vis près de l'usine, je vois des fumées multicolores chaque matin. L'usine est entourée de montagnes de déchets. Des métaux lourds sont aussi utilisés pour le traitement de l'argent. Les surfaces irriguées ont dangereusement chuté. Les vents emportent toutes sortes de substances toxiques en direction des terres agricoles. Ajoutons à cela l'infiltration d’une quantité considérable d'eau polluée dans les nappes souterraines en l'absence d'une gestion stricte de ces déchets dangereux.

Pour la SMI, vos revendications en termes d’emploi sont irréalisables. 
Premièrement, concernant l’emploi chez les sous-traitants, ce n'est pas nous qui disons cela mais le cahier des charges des sous-traitants qui octroie la priorité à la population locale. Concernant l'embauche dans la société mère, la population locale, ce sont les sept villages d’Imider. Actuellement, 14 % de la main-d’œuvre affectée à la mine vient de la commune d'Imider. Le reste, de partout au Maroc. Nous demandons que 75 % des postes de travail à venir à la SMI soient accordés à la population locale. La SMI est d’accord uniquement pour 20 %. Les dernières négociations ont eu lieu le 22 novembre 2013 mais il n'y a pas de progrès.

Avez-vous des revendications politiques ? 
Notre mouvement s’est constitué pour défendre des droits socio-économiques. C’est un mouvement apolitique, indépendant de toute institution politique. Il a comme référence la loi nationale et internationale.
Ci-dessous, les manifestations au fil des mois

mardi 14 août 2012

Un procès inique d'Imider : la société minière pollue tout un village, les tribunaux condamnent les victimes

 Par Lucile Daumas, Attac Maroc

Les  5 détenus d’Imider condamnés à un total de 10 ans de prison ferme

La Cour d’appel de Ouarzazate a condamné le jeudi 9 août 2012 cinq détenus  d’Imider  à 2 ans de prison ferme chacun (Imider est une mine d’argent située près de Tineghir dans le Sud du Maroc).
Ils avaient été arrêtés le 12 juillet 2011 par la Gendarmerie de Tineghir et inculpés pour l’occupation du château d’eau, l’entrave de l’accès des écoliers à l’école, entrave aux projets de développement…  et poursuivis pour affaires criminelles pour la destruction de bâtiments privés, entrave à la liberté de travail, coups et blessures suite à la plainte déposée par un entrepreneur qui a déclaré que son atelier aurait été saccagé et son fils blessé.
Les inculpés ont nié ces accusations  et le contenu des PV de la Gendarmerie.
Les témoignages ont infirmé ces accusations mais le tribunal n’en a pas tenu compte.
Ci après  les noms  des 5 détenus: Mustapha Ouchtoubane, Faska El Addad, Oumhand Bennacer, Omar Tayeb, Lahcen Karim.
Rappelons que la mobilisation des habitants d’Imider avait été provoquée par l’utilisation par la mine, reprise en 1986 par la Société Métallurgique d’Imider, membre du groupe:  SNI/ONA (holding royal), de l’eau  potable et d’irrigation qui approvisionnait le village. La pollution provoquée par les rejets toxiques de la mine, notamment le cyanure, affecte le sol, l’air, les rivières et la nappe phréatique et empêche tant les cultures que l’élevage.  Le conflit, qui dure depuis 1986, a été réactivé en 2011, les habitants occupant les abords de la mine, puis le mont Alban situé en face, le long de la route nationale.
Ils revendiquent des emplois pour les gens du village, le filtrage des vapeurs et le traitement des déchets rejetés par l’ exploitation minière, le renouvellement du contrat entre les responsables des terres collectives et les dirigeants de la mine , un meilleur dédommagement pour les paysans expropriés aux abords de la mine , la libération de Mustafa Ouchtoubane arrêté en octobre 2011 et déjà condamné à 4 ans de prison ferme le 1er décembre 2011.
Société Métallurgique d’Imider, membre du groupe:  SNI/ONA
Sources :
*      http://www.lakome.com/%D8%AD%D8%B1%D9%8A%D8%A7%D8%AA-%D8%B9%D8%A7%D9%85%D8%A9/117-%D8%AD%D8%B1%D9%8A%D8%A7%D8%AA-%D8%B9%D8%A7%D9%85%D8%A9/16763-10-%D8%B3%D9%86%D9%88%D8%A7%D8%AA-%D8%B3%D8%AC%D9%86%D8%A7-%D9%86%D8%A7%D9%81%D8%B0%D8%A7-%D9%81%D9%8A-%D8%AD%D9%82-%D9%85%D8%B9%D8%AA%D9%82%D9%84%D9%8A-%D8%A3%D8%AD%D8%AF%D8%A7%D8%AB-%D8%A5%D9%85%D9%8A%D8%B6%D9%8A%D8%B1.html
 *    http://bibliotatlas.free.fr/?p=376

mardi 24 juillet 2012

IMIDER : Déclaration à propos des récentes arrestations des militants

De : Amussu Imider, 24/7/2012 

Objet : Mouvement " Sur la Voie de 96 Imider "

Déclaration à propos des récentes arrestations 
des militants d’Imider
A DIFFUSER LARGEMENT

5.png Le jeudi 12 juillet 2012 les forces de la gendarmerie royale ont procédé à l’arrestation de cinq militants du mouvement " Sur la voie de 96 –Imider"- en se basant sur une plainte formelle déposée par l'entrepreneur responsable du projet d'extension de la maison des jeunes où il accuse les militants de former un gang criminel, de l’avoir agressé et détruit les matériaux de construction ainsi que la partie construite du projet.

Tous les prisonniers sont des acteurs associatifs engagés parmi la population d’Imider dans les actions qu’elle mène et qui ont culminé dans son sit-in ouvert depuis le mois d'août 2011 pour réclamer ses droits socio-économiques. 

Voici la liste et le profil des détenus :

1. Bennaser Mohamed, 63ans, huit enfants, président de l’association Tifawt pour le développement et l’eau potable et membre du Comité local de l'Initiative nationale pour le développement humain; INDH ;

 2. Lahcen Karim, 32ans, deux enfants, marchand de légumes et activiste dans la même association ; 3. Omar Taib, 42ans, six enfants, conducteur ;

 4. Ljihad Mohamed, 32ans, un enfant, chômeur ; 

5. Faska Laadad, 24 ans, célibataire, diplômé-chômeur (licence en études anglaises). 

2.png Tous les militants résident à Imider. Dès l’annonce de 
l’arrestation des
 militants, les
 populations, deshommes et des 
femmes de 
différentes tranches d'âge, se sont 
https://mail-attachment.googleusercontent.com/attachment/u/0/?ui=2&ik=44f82f650d&view=att&th=138b9665d82a2913&attid=0.8&disp=inline&realattid=f_h510cwmw7&safe=1&zw&saduie=AG9B_P9hTrBhxLUhxPAozbX-WLtJ&sadet=1343154761248&sads=t4DBE-Hpd0BpG7Seu7H1XZAnV18rassemblées et se sont rendues dans une marche pacifique vers le poste de la Gendarmerie Royale, où ils ont tenu un sit-in pour exiger la libération immédiate des détenus. Après l'interrogatoire des militants, la police judiciaire a rédigé contre eux des procès-verbaux contenant des aveux, comme d’habitude, fabriqués ainsi que des accusations en dehors de l’objet de ladite plainte : meneurs du sit-in, d’entrave à la scolarisation des élèves, et de sabotage des projets de développement inclus dans la politique de l'État.
 Les mêmes charges fallacieuses retenues contre notre frère Mustafa Ouchtoubane et les autres détenus d’Imider qui croupissent dans la prison de Ouarzazate.

https://mail-attachment.googleusercontent.com/attachment/u/0/?ui=2&ik=44f82f650d&view=att&th=138b9665d82a2913&attid=0.7&disp=inline&realattid=f_h510csmo6&safe=1&zw&saduie=AG9B_P9hTrBhxLUhxPAozbX-WLtJ&sadet=1343157262424&sads=n8PtDkZn1kK3AA1VTfFnOGINcvM Vers minuit, dans un scénario digne d’Hollywood, les détenus ont été transférés à 
Ouarzazate comme un groupe de 
terroristes armés, sous la protection de dizaines de 
gendarmes armés de matraques, pour être ensuite renvoyés à la Chambre criminelle de la Cour d'appel le 14 Juillet et pour fixer l'audience au Jeudi 26 juillet. Toutes ces manœuvres du Makhzen , visant à porter atteinte à la réputation de nos militants, ne feront que renforcer notre détermination et la constance de notre résistance sur le mont de la fierté (Mont-Alebban) jusqu'à atteindre la dignité et la justice sociale.

 Dans ce contexte précis, nous rappelons à l’opinion publique nationale et internationale l’essentiel de nos revendications légitimes: 

* La libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus de la cause d’Imider ; 
 * La réponse immédiate à nos revendications légitimes. Nous dénonçons : 
* Les arrestations arbitraires des militants de la cause d’Imider ;
 * La politique systématique de l’oreille sourde envers les revendications légitimes de la population.

 Nous réaffirmons :  
* L’innocence de nos détenus 
* Notre attachement au pacifisme ; notre principe de lutte 
* La légitimité de nos droits ; 

Nous exprimons notre solidarité avec : 
* Les détenus de la cause d’Imider et leurs familles
 * Tous les détenus d’opinion libre et leurs familles

 Nous appelons tous les organismes et toutes les organisations nationales et internationales des droits humains et toutes les consciences à soutenir notre cause juste et pour la libération des détenus. Nous plaçons le makhzen au centre de la responsabilité de la situation que subit notre commune par ses actes inacceptables. 
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      La monarchie marocaine use de l'arbitraire à Imider

Par Afafa (Roubaix) Tamazgha (Paris)24/7/2012
Les associations Afafa et Tamazgha dénoncent des arrestations arbitraires de militants d’Imider par la police de la monarchie marocaine. Un autre militant, Mustapha Ouchtoubane, a été arrêté, lui, le 5 octobre 2011 et condamné, en première instance, le 1er décembre 2011, à quatre ans de prison ferme. La condamnation est confirmée par la cour d’appel de Ouarzazate le 13 février 2012, ne laissant aucune chance à ce militant.

Ces arrestations s’inscrivent certainement dans la stratégie de la police marocaine qui vise à intimider un mouvement qui tient et qui résiste maintenant depuis près d’un an. En effet, régulièrement, et ce depuis août 2011, des manifestations sont organisées par la population d’Imider pour dénoncer la holding SMI (Société de métallurgie d’Imider) qui exploite la plus grande mine d’argent d’Afrique. En effet, cette holding, filiale du groupe SNI/ONA [1] exploite la mine d’Imider depuis 1969 et fait des bénéfices parfois exorbitants alors que la population locale vit dans la misère totale. Pire, cette population est privée d’eau et assiste à l’épuisement de sa nappe phréatique. Les manifestants exigent, entre autre, que 75% des emplois soient réservés à la population locale frappée par un fort taux de chômage. Ils exigent ainsi à ce que leur territoire où est exploitée une mine d’argent qui produit une grande fortune puisse bénéficier d’infrastructures qui permettent aux citoyens de vivre dignement.

Les citoyens, à l’unanimité, se sont ainsi organisés au sein du Mouvement sur la voie de 96 qui est le cadre légitime représentant de cette commune rurale de sept villages. Ils ont fait savoir leur objectif principal à savoir "l’accès à la jouissance des richesses de leur communauté et la défense de leurs droits légitimes en tant que citoyens".

Ce n’est pas la première fois que les populations d’Imider se mobilisent contre cette société qui participe à l’enrichissement de la famille allaouite. En effet, en 1996, et pendant quarante-huit jours, les villageois occupent les abords de la mine jour et nuit et manifestent régulièrement. La police intervient pour disperser les populations, elle brûle les tentes et détruit tout ce qui s’y trouve notamment la nourriture. L’intervention musclée des forces de répression marocaines a ainsi fait vingt-deux blessés. Vingt-trois personnes, dont deux femmes, ont été arrêtées ; seize parmi elles ont été relâchées après la garde à vue et six seront condamnées à des peines de prison allant de un à deux ans.

Dix ans auparavant, en 1986, suite à la privatisation de la société, ses responsables avaient décidé de creuser un nouveau puits malgré le refus des habitants. Ces derniers tentent de s’y opposer et les autorités procèdent à l’arrestation de six agriculteurs qu’elles emprisonnent sans jugement pendant un mois.

Aujourd’hui c’est sur le mont Alban que des habitants des villages d’Imider ont installé un camp face à la mine, le long de la route nationale 10 qui relie Ouarzazate à Tinghir. Le camp est devenu un village et c’est à cet endroit que la population a partiellement coupé une conduite d’eau qui alimente la mine. Chaque jour se tient une assemblée générale où femmes, hommes et enfants s’expriment durant plusieurs heures.

Le camp vit de la solidarité des villageois d’Imider. Cette action qui, par ailleurs, réduit la production d’argent, est utilisée comme moyen de pression sur la direction de la mine par les villageois déterminés à arracher leurs droits.
Ce mouvement exceptionnel en Afrique du Nord mérite soutien et encouragement ; il serait injuste que le combat de ces courageux villageois du Moyen-Atlas ne puisse aboutir ! D’autant plus qu’il n’est pas exclu que la monarchie ait recours à la force et à la violence pour casser cette mobilisation. Un régime qui, à maintes fois, a fait preuve de barbarie est capable de tout pour protéger ses intérêts...

Ci-après le communiqué des associations Afafa et Tamazgha.
par Masin Ferkal.
 
                                  COMMUNIQUE
L’Etat marocain procède à des arrestations arbitraires 
                                  à Imider

Cinq militants amazighs, membres du Mouvement sur la voie de 96 ont été arrêtés jeudi 12 juillet par la police de la monarchie marocaine et seront traduits devant le tribunal de Ouarzazat le 26 juillet 2012. Il s’agit de Moha Bennaser, Karim Lahcen, Faska Laadad, Taïeb Omar et Moha Ouljihad.
Le Mouvement sur la voie de 96 organise des rassemblements sur la montagne d’Alebban à Imider, près de Tinghir (sud-est du territoire marocain), depuis août 2011. Ces manifestants pacifiques exigent de la Société métallurgique d’Imider (SMI) qui exploite la mine d’argent d’Imider d’embaucher parmi les habitants de la région. Ils dénoncent également la pollution de la région par des produits toxiques utilisés par cette société et préviennent quant au risque de l’épuisement de la nappe phréatique. A signaler que la majorité des actions de cette société sont détenues par Mohamed 6, le monarque alaouite.
En décembre 2011, un autre militant du Mouvement sur la voie de 96, Mustapha Ouchtoubane, a été arrêté et condamné à une peine de quatre ans de prison ferme par le tribunal de Ouarzazat.

Nous tenons à dénoncer ces arrestations arbitraires et exigeons la libération inconditionnelle des détenus Mustapha Ouchtoubane, Moha Bennaser, Karim Lahcen, Faska Laadad, Taïeb Omar et Moha Ouljihad.

Nous appelons à la solidarité avec ces détenus ainsi qu’avec l’ensemble des détenus politiques amazighs qui croupissent dans les prisons marocaines.


Afafa (Roubaix) Tamazgha (Paris)

Contact :
Afafa. E-mail : associationafafa@yahoo.fr
Tamazgha. Tel : 06.52.10.15.63 / E-mail : tamazgha.paris@gmail.com
http://tamazgha.fr/La-monarchie-marocaine-use-de-l.html