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samedi 31 mai 2014

Marche de Casablanca du 6 avril2014, arrestations arbitraires et verdict inattendu ….






Le 6 avril dernier, trois centrales syndicales (UMT-CDT-FDT) ont organisé une marche à Casablanca pour demander la reprise du dialogue avec le gouvernement. Les militants du M20F ont répondu présent à l’appel comme la plupart des citoyens.
Aux environs de 12 h 15, les forces de l’ordre sont intervenues pour isoler et réprimer ces jeunes qui manifestaient dans la bonne humeur, l’ordre et la discipline (l’un d’entre eux, Hamza Heddi s’est vu briser le mégaphone sur la tête)… pour les embarquer dans les fourgonnettes de la police au vu des autres manifestants ébahis sans pouvoir les secourir.
Les autres militants, en avance sur le cortège furent avisés de l’arrestation au moment où la marche s’approchait de la fin et se sont dirigés vers la préfecture de police pour protester contre cette arrestation pour le moins illégale ! Mais les forces de l’ordre les ont repoussés au point d’en violenter quelques uns.
Devant le refus de non-recevoir des responsables sécuritaires, ils ont dépêché des avocats sur place. Suite à une longue attente jusqu’à 20 h, on leur apprend que les jeunes ont été mis en garde à vue à la prison d’Oukacha et qu’ils passeront devant le juge mardi 8 avril. Deux d’entre eux furent relâchés et poursuivis en état de liberté provisoire.
Selon les procès verbaux (PV)de la police judiciaire, ces jeunes sont accusés de participation à une manifestation non autorisée et violence à l’encontre de cinq fonctionnaires de la police avec certificats médicaux à l’appui, délivrés à 10 h du matin alors que la marche n’a démarré qu’à 10 h 30.
Ces chefs d’inculpation figurent sur les 11 PV dont deux furent signés sans lecture, les neuf restants n’ont pas été signés.  Les sécuritaires responsables du bon déroulement de la marche affirment avoir agi à la demande incessante des organisateurs qui les avaient alertés de la présence d’éléments perturbateurs étrangers au cortège et susceptibles de provoquer des troubles parmi les manifestants avec leurs « slogans anti-régimes » alors qu’aucun incident n’a eu lieu auparavant et les trois syndicats n’ont cessé de démentir la version des autorités par un communiqué commun obtenu parles avocats de la défense et transmis au juge. Non seulement ils démentent, mais ils dénoncent l’arrestation de ces jeunes, exigent leur libération immédiate et leur témoignent leur solidarité.
Une multitude d’incohérences, d’irrégularités et de vices de forme qui jalonnent les PV et la procédure d’arrestation furent relevés par les avocats de la défense et pointés du doigt tout au long des audiences ; à commencer par la garde à vue qui a violé le code pénal : les militants ne savaient pas de quoi ils étaient accusés et n’ont pu prévenir leurs familles (art.60 du CPP), en passant par le caractère public de l’audience et finissant par les PV comportant des vices de forme.
Dans un mémorandum présenté au juge chargé de l’affaire, Maître Messaoudi, l’un de leurs avocats (plus d’une trentaine) évoque plusieurs exceptions aux fins de non recevoir ainsi que des irrégularités de forme et de procédure aussi gênantes les unes que les autres.
D’abord, le caractère public de l’audience est violé à maintes reprises depuis le 8 avril 2014, début du procès,  par l’interdiction aux familles, ami(e)s, organisations de défense des droits humains d’accéder au tribunal pour assister à l’audience ; les rares fois où c’était possible, cela se passait de façon détournée.
Ensuite, les PV de la Police Judiciaire portent l’entête du Ministère de l’Intérieur et de la DGSN, ce qui signifie que ces administrations ont réalisé toutes les procédures relevant de la BNPJ dans cette affaire. Or, ni le Ministère de l’Intérieur ni la DGSN ne sont concernés par les missions judiciaires de fonctionnaires de la Sûreté Nationale en leur qualité d’officiers de la Police Judiciaire relevant du Ministère de la Justice.
Par conséquent, ces PV rédigés par des administrations juridiquement incompétentes sont à annuler. Dans le même ordre d’idées, l’avocat constate des différences sur une version du PV et le reste des copies et soupçonne la Police Judiciaire d’avoir ajouté un paragraphe entier au document pour la partie concernant la prévention préventive. 
Une autre remarque concerne l’absence de flagrant délit et d’éléments matériels : pour justifier le flagrant délit, l’Officier de la Police Judiciaire déclare sur le PV avoir vu deux éléments de la police blessés sans préciser avoir vu les auteurs de l’infraction ni la façon dont cette infraction a été commise ; il signale uniquement avoir procédé à l’arrestation de personnes ayant refusé de quitter les lieux. Aussi, les PV mentionnent-ils que victimes présumées ont été blessées par des bâtons servant de supports aux banderoles.
Or, la défense rappelle l’obligation pour l’Officier de La PJ de procéder à la constatation mais surtout à la préservation des éléments de preuves (art.57du CPP). Toujours dans la séries des anomalies, les certificats médicaux délivrés par le ou les médecins aux prétendus policiers agressés mentionnés sur les PV portent date et heure : 6 avril à 10h du matin alors que la marche n’a démarré qu’à 10h30. 
D’ailleurs, lors de la dernière audience marathonienne avant le verdict, l’avocat général affirme, sans convaincre personne, qu’il s’agit d’une petite erreur : le médecin voulait écrire 10h du soir, au lieu de 10 h du matin. 
Mais que dire aussi de l’heure d’arrestation et celle de la rédaction des PV (13h30) alors que l’arrestation a eu lieu à 12h15 et la marche a pris fin à 13h  sachant qu’ils ont été arrêtés pendant la marche pas à la fin ?
Quant aux chefs d’inculpation dont ils étaient accusés à savoir la participation à une manifestation non autorisée (dans une manifestation autorisée) et coups et blessures sur agents de police, ils défient toute logique et surprennent plus d’un…
Sans être expert en matière de procédure, si ces militants ont répondu à l’appel lancé à tous les citoyens pour participer à la marche, on voit mal tout un chacun demander une autorisation de participation ! Et pourquoi juste ces 11 personnes au milieu/parmi ces 50 000 autres selon les organisateurs ?
La seconde accusation aussi ne manque pas de nous interpeller : connaissant la nature non violente du M20F depuis sa naissance en février 2011, connaissant surtout le caractère répressif de toutes les interventions policières à travers le royaume, on peine à croire que la violence vienne des militants ! Mieux, une vidéo existe montrant l’intervention de la police du début à la fin de l’arrestation et ce n’est pas dans les véhicules ou dans les locaux de la police que l’agression risque de se produire si ce n’est des agents eux-mêmes.
Depuis leur arrestation jusqu’au verdict, une caravane de solidarité s’est constituée regroupant militant(e)s, ami(e)s et divers défenseurs des droits humains qui se sont mobilisés en organisant des sit-in devant le tribunal à chaque début audience et après, devant la prison aussi . Militant(e)s du M20F, défenseurs des droits de l’homme, anciens prisonniers politiques s’insurgent, crient leur colère et leur indignation contre ce procès ubuesque durant les sit-in : « liberté immédiate pour les prisonniers politiques », « ils sont détenus pour nous, militons pour eux ».
Comme chaque mardi, jour d’audience, l’accès au tribunal est un exploit jonché d’obstacles sinon carrément interdit. Quelquefois, 2 ou 3 membres de l’AMDH (Association Marocaine des Droits Humains) reçoivent le sésame et sont autorisés à assister à l’audience comme un privilège ! 
A chaque audience aussi, la salle est comble, la présence policière est palpable et les détenus ne manquent pas de lever le signe de la victoire pour saluer qui les attend ! Par contre, les plaignants ne se sont jamais présentés !
Les plaidoiries de la défense se succèdent mais ne se ressemblent pas et chacune d’elles est une démonstration rhétorique de l’absurdité de ce procès kafkaïen. L’un des avocats attire l’attention du juge sur l’état de santé d’un des inculpés souffrant de tuberculose requérant pour lui prioritairement une mise en liberté provisoire , mais le juge n’a pas cru nécessaire d’ordonner son hospitalisation. 
Le cas de ce garçon de café à lui seul devrait alerter les consciences : Hamid Alla ne fait pas partie du M20F. Il n’a pas non plus pris part à la marche du 6 avril. Ce dimanche, il était juste attablé à la terrasse d’un café et prenait des photos avec son Smartphone sans se douter un instant que cet acte photographique allait le conduire en prison au même titre que les 10 activistes du M20F avec les mêmes chefs d’inculpation. Hamid est tuberculeux, il devrait séjourner dans un sanatorium pour soins intensifs au lieu d’un pénitencier où il risque gros !
Le verdict inattendu :
Il est tombé comme une massue sur nos têtes bien que l’arrestation d’une autre icône du M20F- Mouad Belghouat, alias LHA9ED- présenté au juge en audience le même jour à la même heure nous ait donné un avant-goût de cette mascarade judiciaire :
Hamza Heddi, Youssef Bouhlal, Hamid Alla, Abdellatif Sersari et Ghani Zaamoun ont écopé d’un an de prison ferme. Mustapha Aaras, Ayoub Boudad, qui voit son année d’étude en ingénierie voler en éclat comme d’autres d’ailleurs, Hakim Serroukh et Mohamed Harraq sont condamnés à 6 mois de prison ferme. Quant aux deux poursuivis en état de liberté provisoire, Amine Lekbabi et Fouad Lbaz ont écopé de 2 mois avec sursis et 5000.dh d’amende.
En définitive, ce verdict est une injustice qui sonne comme une vile revanche sur le M20F. Condamnés sévèrement pour leur appartenance au Mouvement, la défense a jugé qu’il s’agit d’un procès politique et a décidé de faire appel.
Inutile de décrire l’atmosphère insoutenable de ce jugement politique inique, digne des années de plomb que nous croyions derrière nous ! 
La liberté de penser et d’exprimer ses opinions est toujours otage du Makhzen profond. Toutes celles et ceux qui s’y exercent subissent le même sort : interdiction, arrestation, condamnation, emprisonnement ; parfois d’autres méthodes d’intimidation sont utilisées à l’encontre des militant(e)s, cela peut aller du tabassage au viol ( le cas d’Oussama Housne) qui constituerait une rubrique à part.
Baroudi Rachida, militante AMDH,

samedi 10 mai 2014

Coopération judiciaire Maroc-France : Les prisonniers franco-marocains bloqués au Maroc



Les détenus franco-marocains emprisonnés au Maroc ne sont plus transférés en France en raison de la suspension des accords de coopération judiciaires entre les deux pays. Ils envisagent de recourir à la grève de la faim pour être entendus. Parmi eux, plusieurs se disent victimes de tortures. 

Adil Lamtalsi, Mustapha Naïm, Naâma Asfari, via l'ACAT et Mustapha Naïm, de son côté, ont tous porté plainte contre le Maroc pour torture et aveux extorqués sous la torture. (DR/MaxPPP)
Les Franco-marocains emprisonnés au Maroc envisagent à nouveau d'entamer une grève de la faim. Entre 10 et 20 d'entre eux réclament le rétablissement des accords de coopération judiciaires entre le Maroc et la France, suspendu depuis plus de deux mois suite la convocation du patron du contre-espionnage marocain, Abdellatif Hammouchi, pour "torture" et "complicité de torture" par un juge d'instruction français à Paris. « Les transfèrements des prisonniers français au Maroc vers la France sont bloqués », explique Laeticia la compagne de l'un des détenu.

« Ils attendaient la venue de Christiane Taubira, mais elle n'est apparemment plus d'actualité », regrette la jeune femme. Son compagnon a été condamné pour trafic de stupéfiants mais il clame son innocence et affirme avoir été torturé à Temara par des agents qui l'accusaient d'être terroriste. « Il a constitué un dossier de transfèrement au Maroc qui a été accepté par la France. Son dossier devrait être à présent renvoyer au Maroc pour un accord définitif, mais il est bloqué à cause de la suspension des accords », explique Laeticia.

Effet boomerang
Le dépôt d'une convocation au patron de l'anti-espionnage marocain a donc eu un effet boomerang inattendu sur ceux là mêmes qui accusent le Maroc de torture. « J'ai été transféré en France l'été dernier et je serai libéré dans quelques semaines. Quand j'étais au Maroc je ne pouvais pas porter plainte pour torture alors que je demandais au même moment mon transfèrement, c'est pour ça que je ne l'ai fait qu'une fois arrivé en France », explique Mustapha Naïm.
Sa plainte, ainsi que celle Adil Lamtalsi et du Sahraoui Naâma Asfari, ont eu pour conséquence indirecte de bloquer les transfèrements du Maroc vers la France. « Nous ne pouvions prévoir la réaction du Maroc, estime Hélène Legeay, responsable des programmes Maghreb et Moyen-Orient à l'association Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture (ACAT). La suspension de ces accords de coopération sont dommageables pour les prisonniers eux mêmes, mais elle a un côté positif : on voit qu'on appuie là où ça fait mal, que ces plaintes les gênent. M. Hammouchi fait certainement un excellent travail dans la lutte contre le terrorisme et contre le trafic de stupéfiants, mais tout ne peut pas être fait au nom de cette lutte. »

La justice française compétente
L'ACAT s'est portée partie civile pour les trois Marocains mais pas Zacharia Moumni qui a déposé plainte pour torture de son côté. « Nous sommes régulièrement contactés par des détenus au Maroc ou par leur famille et nous mettons plusieurs mois à constituer un dossier : on écoute les témoins, on analyse le dossier pénal. Je me forge mon intime conviction sur un faisceau d'indices », explique Hélène Legeay. Sur la base de cette conviction, l'association ACAT s'est portée partie civile : puisque les deux premiers plaignants sont de nationalité française, l'instruction de leur affaire peut avoir lieu en France.
Dans le cas de Naâma Asfari qui ne possède que la nationalité marocaine, « le code de procédure pénale français permet de porter plainte en France selon le principe de compétence universelle de la juridiction française en cas de crime grave », explique-t-elle. Selon ce principe du droit international, lorsqu'un crime d'une grande gravité est commis quelque part dans le monde n'importe quelle juridiction, qu'il s'en donne le droit, peut instruire et juger l'affaire. « Par ailleurs, l'épouse de M. Asfari est française. Elle a déposée plainte en tant que victime collatérale de la condamnation estimée injuste de son mari », ajoute Hélène Legeay.

Plaintes du Maroc
« Aujourd'hui, l'instruction des plaintes est toujours en cours. Nous n'avons pas été contactés par les autorités françaises et marocaines et la juge d'instruction nous a dit qu'elle n'avait reçu aucune pression», précise-t-elle. En revanche, le Maroc a annoncé par un communiqué du ministère de l'Intérieur qu'il mandatait des avocats en vue de « déclencher des poursuites judiciaires à l’encontre des auteurs de plaintes, mettant en cause de hauts responsables marocains pour des allégations de torture qu’ils savaient inexactes ». « Nous avons appris, sans en avoir de confirmation officielle, que le Maroc a déposé plainte contre moi et contre Mustapha Naïm et Adil Lamtalsi pour diffamation pour des propos parus dans la presse suite à cette affaire », ajoute-t-elle.
Puisque d'autres détenus franco-marocains en passe d'obtenir leur transfèrement en France affirment avoir été torturés par la police marocaine, il est probable que si les accords de coopérations judiciaires reprennent et avec eux les transfèrements vers la France, alors de nouvelles plaintes pour torture soient à nouveau déposées contre le Maroc.
Julie Chaudier Copyright Yabiladi.com

http://yabiladi.com/articles/details/25418/cooperation-judiciaire-maroc-france-prisonniers-franco-marocains.html

samedi 3 mai 2014

HRW : Des responsables politiques dans le déni.


Eric Goldstein
Observateur. Le directeur adjoint de l’ONG internationale Human Rights Watch (HRW) pour la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord fait le point sur la situation des droits de l’homme au Maroc.
Affable, Eric Goldstein pèse chacun de ses mots sans pour autant s’interdire une pointe d’humour. Malgré un point de vue très critique à l’égard du Maroc, ne comptez pas sur lui pour scander des slogans militants. Très rigoureux, il préfère avancer des faits et illustrer ses propos avec des exemples. Diplômé des plus grandes universités américaines, fin connaisseur des relations internationales, Eric Goldstein parle parfaitement français, « un peu l’arabe classique », une langue qu’il a étudiée pendant quatre ans, et, sur le terrain, manie avec aisance les dialectes locaux.

Les autorités marocaines affirment que Human Rights Watch s’acharne contre le Maroc. Que répondez-vous à cela ?
Rare est le gouvernement qui ne prétend pas être la cible de Human Rights Watch. Le Maroc ne s’intéresse qu’à ce qui est dit sur lui et a tendance à oublier qu’on réalise le même travail d’enquête dans 90 pays avec les mêmes critères d’observation. Et puis il ne faut pas oublier que le Maroc s’est engagé à respecter les traités internationaux et qu’il souhaite être évalué selon leurs critères.

Le dernier rapport de HRW sur les conditions des migrants au Maroc a suscité une levée de boucliers de la part des politiques, notamment Mustapha El Khalfi, porte-parole du gouvernement. Quelle est votre réaction ?
Cela arrive très souvent. Comme certaines réformes ont été mises en œuvre, les responsables auraient aimé qu’on se focalise sur ces améliorations. Seulement, en parallèle, il y a des violations quotidiennes et beaucoup de violences policières, particulièrement à Nador, que nous devons signaler.

Les responsables politiques marocains sont-ils dans le déni ou la mauvaise foi ?
Lorsqu’on leur présente des cas avérés de violences policières, ils sont dans le déni. On se croirait presque à l’époque de la communication de Saddam Hussein où tout n’était que négation et mensonge. D’un autre côté, il y a aussi une volonté de réforme, notamment au niveau de la migration, qui reflète une conscience que la situation n’est pas bonne et mérite d’être améliorée. C’est un peu de la schizophrénie en fait !

Pourtant, quelque temps plus tard, vous avez publié un communiqué de presse pour insister sur les progrès du Maroc en matière de politique migratoire. Que s’est-il passé entre-temps ?
Ce n’était absolument pas une rectification de tir comme l’aurait souhaité le ministre de la Communication, mais une reconnaissance des réformes engagées par le royaume. HRW n’est pas uniquement dans la dénonciation, c’est pourquoi nous avons publié un communiqué pour encourager la volonté du Maroc et souligner qu’il est l’un des rares pays du monde arabe à reconnaître la présence des migrants et leur droit à la protection.

Avez-vous déjà subi des pressions de la part des autorités marocaines ?
Nous n’avons jamais eu le moindre problème pour accéder au pays, mais nous avons subi quelques entraves. En plus d’être suivi par des policiers en civil, on m’a empêché de m’approcher d’une manifestation à Laâyoune en février dernier. Nos sources ne sont pas directement menacées mais on tente parfois de les dissuader de nous parler.

L’indépendance de HRW a souvent été remise en cause. L’ONG est par exemple accusée d’être proche du secrétariat d’Etat américain. Est-ce le cas ?
Il suffit de regarder notre site pour voir à quel point on déplore la politique américaine concernant Guantanamo ou la souplesse des Etats-Unis par rapport à ses alliés, comme Israël ou l’Arabie Saoudite. Si nous trouvons que la politique américaine est bonne, nous la soutenons, mais souvent nous la condamnons et nous arrivons à nos conclusions de manière indépendante. Nous ne sommes pas une association américaine mais globale.

Quel est votre lien avec Moulay Hicham ?
Moulay Hicham est membre du comité de conseillers pour la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), à titre purement consultatif. Au Maroc, il possède un excellent réseau et maîtrise bien la situation du pays. Il lui arrive donc de faciliter les contacts. C’est un membre engagé qui lit d’un œil critique nos travaux et nous aide à les améliorer.

Pouvez-vous comparer l’évolution du Maroc entre le début de votre mandat dans la région en 1989 et aujourd’hui ?
De nombreux chantiers de réformes ont été lancés. Parmi les réussites, il y a eu le travail de lInstance équité et réconciliation, malgré ses limites, et la réforme de la Moudawana. Il y a une véritable volonté de réformer mais, en même temps, le système conserve un caractère répressif : il n’hésite pas à broyer ceux qui dérangent trop. Cela se vérifie par exemple avec la poursuite des arrestations arbitraires, la répression contre les manifestants ou la réforme jamais aboutie de la justice.

Avez-vous observé un changement avec l’élection du gouvernement Benkirane ?
C’est plutôt une continuité, dans le sens où l’arrivée des islamistes au pouvoir n’a pas infléchi  l’évolution du royaume. L’abrogation de l’article 475 du Code pénal est une réussite. Cependant, le gouvernement, qui dispose d’une certaine marge de manœuvre, ne semble pas avoir de véritable volonté politique pour faire plus.

Dorénavant, les tribunaux militaires ne pourront plus juger les civils, qu’en pensez-vous ?
On ne peut qu’applaudir le vote par le Conseil des ministres pour supprimer la juridiction des tribunaux militaires sur les civils. Espérons que l’adoption finale de la loi sera pour bientôt, ainsi qu’une révision des jugements injustes prononcés par les tribunaux militaires, tel que celui des civils sahraouis incarcérés après le procès « Gdeim Izik ». Reste le grand chantier d’asseoir une justice plus indépendante et plus disposée à examiner la crédibilité des procès verbaux établis par la police judiciaire.

Vous affirmez qu’il y a des prisonniers politiques au Maroc. Qui sont-ils et pour quel motif sont-ils en prison ?
C’est un terme qu’on utilise avec précaution et c’est très difficile de donner un chiffre exact. Cela ne concerne pas les personnes condamnées pour des actes de violences. Bien souvent, ce sont des gens condamnés dans des affaires de droit commun mais qui ont eu le tort de s’exprimer sur le régime. Par exemple, Abdeslam Aïdour, le jeune de Taza qui a critiqué le roi dans une vidéo sur YouTube, croupit en prison à cause de ses prises de position. Zakaria Moumni, le boxeur condamné en 2010 à trois ans de prison (il a été gracié en 2012, ndlr), l’a été en réalité pour son activisme contre la monarchie. Il a été victime de torture et son dossier manque de preuves tangibles. Je pense aussi à Chakib El Khyari, le militant rifain, qui a fini par être gracié par le roi en 2011 après trois ans de prison ferme, et à beaucoup de salafistes. C’est un travail de longue haleine, mais HRW compte mener des enquêtes au cas par cas.
 http://www.hrw.org/fr/news/2014/04/07/des-responsables-politiques-marocains-dans-le-deni

PROFIL
1956. Voit le jour à Pittsburgh.
1978. Diplômé de Harvard.
1985. Obtient un master en relations internationales à Columbia University.
1986. Rejoint le Comité de protection des journalistes à New York.
1989. Intègre Human Rights Watch.

vendredi 26 août 2011

Zakaria Moumni toujours en prison dans des conditions indignes pendant que le pouvoir marocain a le souci de "hisser son image dans le concert des nations" !!


Le comité de soutien à Zakaria Moumni 
interpelle Moncef Belkhayat, président de la Fondation Mohammed VI des champions sportifs

Une fondation est née…..Zakaria Moumni, lui, 
reste derrière les barreaux

Par Ayad Ahram, pour le comité de soutien* « Libérez Zakaria Moumni », Paris 25/8/2011

Le ministère de la Jeunesse et des Sports s’est fendu d’un communiqué, publié par la MAP (Maghreb Arab Press) le jeudi 18 août 2011, pour annoncer la création la veille de « la Fondation Mohammed VI des Champions sportifs ».
Il est précisé dans ledit communiqué que « la Fondation a pour mission première d’assurer aux sportifs marocains une vie digne et honorable, en apportant aux bénéficiaires ainsi qu’à leur ayant droit toute l’assistance sociale nécessaire en termes de couverture médicale et de retraite» et qu’ « en honorant l’apport de ces champions, leurs exploits, leurs réalisations et leur mérite, la Fondation se veut aussi un espace de reconnaissance et d’hommage à la mémoire des hommes et des femmes qui ont tant donné pour hisser l’image du Maroc dans le concert des nations, et servir d’exemple aux générations futures».

A qui va profiter cette fondation ? La réponse nous est fournie en parcourant le paragraphe du communiqué qui précise que «les bénéficiaires de la Fondation Mohammed VI des Champions Sportifs seront à titre principal les ‘gloires’ sportives en activité ou ayant cessé leurs parcours sportif qui ont représenté dignement le Maroc dans des compétitions internationales, les sportifs marocains qui ont un parcours sportif exceptionnel et dont la notoriété est reconnue au niveau national et international, ainsi que les acteurs du monde sportif qui ont œuvré pour améliorer les performances des athlètes marocains et faire rayonner le sport national».

Les membres du conseil d’administration de la fondation, à commencer par son président, Moncef Belkyayat, ne sont pas sans savoir que le Maroc compte parmi ses champions du monde qui « ont tant donné pour hisser l’image du Maroc dans le concert des nations » un certain Zakaria Moumni. Ce jeune champion de light contact (une discipline de la boxe thaïlandaise) qui a décroché son titre en 1999 à Malte écope d’une peine d’emprisonnement de deux ans et six mois pour avoir réclamé son droit de servir son pays. Le décret du 9 mars 1967 (Dahir royal n°1194-66) garantit en principe à tout champion du monde marocain d’occuper un poste de conseiller sportif. Zakaria Moumni n’a cessé de réclamer et faire valoir ce droit. Au lieu d’ « honorer l’apport de ce champion, son exploit, ses réalisations et son mérite », les autorités marocaines ont choisi de le punir et le faire souffrir en le condamnant dans un procès monté de toutes pièces. Elles se sont vengées sur lui parce qu’il a osé dénoncer publiquement dans les médias la corruption qui gangrène la fédération de boxe et a levé le voile sur des personnes influentes dans ce milieu qui abusent de leur pouvoir.
Les membres de cette honorable nouvelle fondation qui est censée honorer les sportifs marocains de haut niveau sont invités à consulter le site Internet dédié au combat de ce champion et sa famille. www.liberez-zakaria-moumni.org

Ils y trouveront tous les éléments concernant l’affaire de Zakaria Moumni et y verront que ses conditions de détention sont plus que déplorables. Sa femme Taline, de nationalité française, ne l’a vu qu’une seule fois depuis son enlèvement le 27 septembre 2010 à l’aéroport de Rabat. Les informations qu’elle arrive à avoir depuis la prison de Roummani où son époux a été transféré après un passage par la prison Zaki de Salé ne sont pas rassurantes.

Voici son témoignage :
« Les conditions dans lesquelles mon mari Zakaria est détenu sont désastreuses. Il se trouve à la prison de Roummani, à 2h de route de Rabat. Il n'y a pas d'eau depuis 3 semaines (3ème coupure d'eau en 2 mois). Les détenus sont obligés de chercher dans des bidons et des bouteilles le maximum d'eau qu'ils peuvent dans les autres cellules quand ils ont le droit de sortir. Ils n'ont pas le droit d'avoir de réchaud, enfin si, avec bakchich mais depuis 1 mois et demi les fonctionnaires les ont confisqués ou volés. La seule possibilité de manger chaud c'est d'aller dans la "seule" cuisine de la prison entre, obligatoirement, 14h et 16h (donc heure de la promenade de l'après-midi car à 16h les portes se ferment) et de faire réchauffer à 500 détenus les uns après les autres leurs plats qui de toute façon pour la rupture du jeûne ou plus généralement pour le repas du soir seront froids.

L'après-midi, ils ont le choix de faire la queue 2 h pour réchauffer de la viande qui sera froide de toute façon, ou de sortir dans la cour et s'oxygéner.

Il n'y a pas de cabine publique dans cette prison.

Vivant en France et ne pouvant le visiter régulièrement, le téléphone est mon seul moyen de garder le lien avec lui. La seule façon donc d'avoir un contact, c'est via sa famille qui le visite une fois par mois en raison de la distance.

Une prison où règne le racket :

La semaine dernière, j'apprends par sa famille au Maroc que certains fonctionnaires ont osé en période de Ramadan (ce qu'ils font de toute façon en période normale) voler la nourriture destinée à Zakaria. Sa famille ne vient qu'une fois par mois et pour cause : les tarifs du racket sont exorbitants sans compter la distance qui la sépare de Roummani. Exemple : sur 4 paquets de gâteaux, les fonctionnaires se servent 2. Sur 6 packs de lait (que Zakaria doit conserver donc 1 mois entier) ils en prennent 3. Sur de la viande, ils en prennent la moitié !!!

Les conditions d'hygiène sont quant à elles catastrophiques : Zakaria est mis avec des détenus qui sont porteurs de maladies sexuellement transmissibles, de tiques, de poux. Partout il y a des cafards malgré le fait que les détenus doivent nettoyer la cellule, la saleté est partout du fait de la surpopulation et de la promiscuité. Certains ne se lavent pas du tout et se promènent avec des tiques sur eux sans les retirer.

La cellule est surpeuplée. Ils sont entre 45 et 50 sur quelques dizaines de mètres-carrés. Ils se partagent tous deux toilettes qui se trouvent au milieu de la cellule. Cette dernière ne dispose pas de lumière. Les détenus doivent se débrouiller car ils n’ont pas de lampes de poches.

Aujourd'hui sa santé, aussi bien physique que morale, pâtit de cette situation. »

Alors, cher(e)s membres de la Fondation Mohammed VI des Champions Sportifs, si vous cherchez un sportif de haut niveau à honorer pour donner du sens à votre mission, sachez qu’il existe un, injustement jeté, derrière les barreaux de la prison de Roummani et qui répond au nom de Zakaria Moumni.

Le comité de soutien* « Libérez Zakaria Moumni » est Composé de :

La famille Moumni, représentée par Mme Taline Moumni

L’Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM)

L’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH-Maroc)

Les Amis de l’AMDH-Paris

Le Forum Marocain Vérité et Justice-Section de France (FMVJ-France)

L’Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF)

L’Association des Marocains en France (AMF)

La Voie Démocratique (VD)

Le Parti de l’Avant-garde Démocratique et Socialiste (PADS)

Le Forum pour la Solidarité et la Citoyenneté des Marocains à l’Etranger (FSCME)

Le Parti Socialiste Unifié (PSU)

AFD-France

MRE International



samedi 16 avril 2011

20 février à El Hoceima : déni de justice pour cacher l'atroce vérité ?

Que s'est- il vraiment passé a El Hoceima
la nuit du 20 février ??,

Par Samira Kinani, 7 /4/2011

VOUS VOUS SOUVENEZ ?

LE LENDEMAIN DES MARCHES DU 20 FÉVRIER, LA TÉLÉ, LA RADIO, LES JOURNAUX NOUS AVAIENT MATRAQUÉS SUR LE CHAOS QUI A SUIVI LES MARCHES DANS CERTAINES VILLES, ET SPÉCIALEMENT EL HOCEIMA :

une banque brûlée et 
cinq cadavres retrouvés 
 
D’ après les officiels*, ce serait une bande de malfaiteurs qui auraient péri en tentant de dévaliser la banque, profitant des manifestations. 
Mais là où le bât blesse, c’est que les cinq familles des cinq victimes sont là pour contester cette version en posant la question :
 "La nuit du 20 février l'adjoint du procureur, la police scientifique et les pompiers sur place n’ont parlé que d'un seul cadavre, et la foule n’a vu qu’un seul cadavre.
Et le lendemain on entend subitement parler de cinq cadavres. Quelle explication peut-on donner ? ".

Les familles s'empressent de donner leurs témoignages , que ce soit à la presse, que ce soit à des amis :

Le père d’Imad répète à qui veut l’entendre qu’il a des témoins qui auraient vu son fils à 10h du soir en route vers sa maison, 2h après que l’incendie de la banque fût maîtrisé...
Sa mère, oum Imad, a constaté en allant reconnaître son fils à la morgue que ses pieds étaient fracturés ! et, dit-elle, il saignait encore… Ne comprenant pas que le premier cadavre sorti fût entièrement en morceaux, alors que son fils et ses amis soient encore reconnaissables malgré tout le temps qu’ils sont restés après le premier, elle pose la question : "Comment tous ces experts seraient-ils partis en laissant derrière eux 4 cadavres ? ”

Le père de Nabil et sa sœur ont constaté que la tête de leur proche était fracturée, que son espadrille et son maillot de sport rouge n’étaient pas calcinés !

Quant à la femme de Jamal elle affirme que son mari n’a même pas participé à la marche, qu’il n’est sorti de chez lui que le soir avec ses deux frères et des amis pour voir ensemble le match du Barça dans un café, et qu’après le match il serait parti chercher du pain. Constatant son retard ses frères sont allés à sa recherche… 
Niet: aucune trace !
Elle a dit aussi que le corps de son mari transporté à Taza chez ses proches, dans un corbillard, saignait encore quand ils ont voulu l'enterrer !

Mais le plus incroyable c’est la famille de Jawad : cette famille affirme que le cadavre qu’on lui a présenté n’est pas celui de son fils ! Selon la mère, son fils aurait toutes ses dents, mais pas le cadavre !

Les familles ont tout tenté, elles ont écrit au procureur demandant une autre autopsie, car faut le préciser : on ne leur a même pas donné le résultat de la première autopsie ! 
 Elles demandent aussi le droit de visionner les films des caméras de la banque.
Le procureur adjoint leur aurait dit que si elles  le demandent , elles risquent d'être poursuivies par la banque pour les 2 milliards volés!!
Toutes les familles disent être prêtes à tout pour connaître la vérité. Elles affirment que d’après des rumeurs très fortes qui circulent dans la ville –c’est petit et tout le monde se connaît-  leurs enfants auraient été arrêtés, torturés, et...transportés à la banque pour que ça ait l’air d’un accident ! Pour en avoir le cœur net elles crient à qui veut les entendre :
"UNE AUTOPSIE POUR NOS ENFANTS !
LE DROIT DE VISIONNER LES CAMÉRAS DE LA BANQUE ! "

Est ce trop demander ???
Faut- il vous rappeler que la région d’El Hoceima a vécu un quasi état d’exception pendant 15 jours, après le 20 février ?
On parle de celui arrêté alors qu’il sortait sa poubelle ou achetait son pain…
On parle de rafles dans des voitures banalisées …
On parle de torture…
On parle d insultes racistes…
On parle…
On parle...

Il y a beaucoup de colère…
Il y a aussi beaucoup d’amertume
Il y a de quoi demander une commission d’enquête pour faire la lumière sur ce qui s'est passé !
Il y a que à El Hoceima
"aca"bou youridou al9akika hawla ma jara"
http://samira-mehdi.blogspot.com
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Après la troublante lecture de ces témoignages, que penser de la version officielle ? (ndlr)
"*Société : Maroc : Les cadavres calcinés retrouvés dans une agence bancaire à Al Hoceima sont ceux de fauteurs de troubles
Les cinq cadavres calcinés, retrouvés dans une agence bancaire incendiée à Al Hoceima dans les troubles survenus lors des manifestations de dimanche, sont ceux de fauteurs de troubles, qui avaient tenté de piller l'agence bancaire, selon des témoins oculaires.
Ces personnes s'affairaient à piller l'agence bancaire au moment où d'autres fauteurs de troubles mettaient le feu au bâtiment précité.
Cet acte de pillage et d'incendie de l'agence a coïncidé avec les vacances de fin de semaine, journées chômées dans l'institution bancaire.
Le ministre de l'Intérieur, M. Taieb Cherqaoui a annoncé, lundi matin, dans une déclaration à la presse, que les corps calcinés de cinq personnes ont été retrouvés à l'intérieur de l'une des agences bancaires incendiées par les fauteurs de troubles à Al Hoceima.
M. Cherqaoui a souligné qu'une enquête est en cours pour élucider les circonstances de cet acte, en application des instructions du Parquet général."

http://www.casafree.com/modules/news/article.php?storyid=55657

samedi 18 décembre 2010

MOBILISATION POPULAIRE A SIDI BOUAFIF (région d'El Hoceima)

Par Maroc Solidarités Citoyennes   10 /12/ 2010
(de nos correspondants au Maroc)
 Vendredi 10 décembre 2010
Tout a commencé avec l' expropriation d'une famille pauvre vivant modestement de sa terre et la démolition de son logement par le caïd escorté des forces de l'ordre. La femme avec ses deux enfants s’est mise en travers de la route nationale et l’a bloquée en criant « si je n’obtient pas mes droits, je coupe la route avec mes deux enfants; face à l’injustice il ne me reste qu’à me suicider avec enfants ». C’est ainsi que cette mère-courage a réveillé les consciences, et la colère des habitants a éclaté. Dès 9h30, les habitants émus l’ont rejointe et la route a été coupée.
Il semble qu'il s'agisse d'un déni de justice : le tribunal aurait tranché en faveur d'un personnage riche et puissant qui cherche à profiter des projets locaux de développement sur la côte méditerranéenne. Les terrains y prennent de plus en plus de valeur et font l'objet des convoitises de tous les spéculateurs.
Les habitants se sont solidarisés avec la famille, la route nationale a été bloquée, les forces de répression, armée et gendarmes mobiles, ont lancé les grenades lacrymogènes et tiré des balles en plastique sur la population. Les jeunes ont riposté par des jets de pierres et des slogans appelant la population à se soulever. Après les cinq premières arrestations et les blessés, les jets de pierre contre les forces de répression ont repris de plus belle. A 14h30, 4 voitures ont été brulées, les estafettes encerclées , et les forces de l’ordre ont dû se retirer. On parle de plus de 30 blessés dans leurs rangs et de 5 parmi les habitants. En fin de journée une marche de solidarité des habitants des villages environnants (Tamassint, Imzouren, Aït Bouayach) a rejoint les habitants de Sidi Bouafif.
Aux dernières nouvelles on parle de mobilisation de troupes armées venant de Nador. On craint le pire cette nuit. La population est en colère, déterminée et mobilisée. Toute la nuit de vendredi les manifestants des villages avoisinants ont rejoint les habitants de Sidi Bouafif, ainsi que les représentants de diverses associations, notamment des diplômés chômeurs et de l'AMDH.
Des barricades ont été montées face à l'impressionnant déploiement de troupes militaires et de forces répressives venues en renfort de Nador. Toute la nuit la combativité des jeunes et des habitants chantant victoire a été impressionnante. Bilan des affrontements de la journée du vendredi 10 décembre:
- 5 blessés parmi les habitants, de nombreuses arrestations, dont le nombre n’a pas été communiqué
- 30 blessés parmi les forces de l’ordre, et 4 véhicules endommagés
Samedi 11 décembre 2010
Samedi les autorités ont été contraintes de trouver une solution, un dialogue a été ouvert avec le conseil des anciens et des sages, qui a exigé et obtenu :
- la reconnaissance des droits de la famille sur sa terre et la reconstruction du logement démoli par les autorités
- la libération de tous les emprisonnés
- l'annulation de toute poursuite judiciaire
Ce samedi El Hoceima est en état de siège : un impressionnant déploiement miliaire a été mis en place pour prévoir tout dérapage. La tension est palpable, de nombreuses activités sont prévues : marche locale des diplômés-chômeurs de la région de Nador, Driouch, El Hoceima, puis match de foot opposant l’Equipe de Hoceima à celle de Marrakech.
Dimanche 12 décembre : Journée mondiale des droits de l’homme
Retour au calme, mais le déploiement des forces armées et des renforts est toujours sur place. Les manifestations du mouvement des diplômés chômeurs quasi permanentes ainsi que le match de foot prévu sont autant de rassemblements qui peuvent déclencher l'expression du désespoir, des frustrations, de la colère des habitants du Rif.
Car ici on se rappelle encore les massacres de 1957, 1958 et 1959, perpétrés contre le peuple rifain au lendemain de l’indépendance par la nouvelle armée que dirigeait le prince héritier, avant de devenir le roi Hassan II. Des assassinats, des enlèvements, des viols, étaient organisés par le sinistre Général Oufkir. Il s’agissait d’épurer l’Armée de Libération Nationale, d'en finir avec la résistance, de mater et de maintenir dans la peur, la misère et l’ignorance toute une population prise en otage lors d'une « indépendance boiteuse », comme le disait le héros du Rif Abdelkrim Khatabi depuis son exil au Caire.
Suite aux évènements à Sidi Bouafif, la manifestation prévue à El Houceima le dimanche 12 décembre, pour célébrer la Journée Internationale des Droits de l'homme, a été interdite par un impressionnant déploiement des forces de répression.
Les fruits amers du néo-libéralisme
Des générations après, comme un long fleuve endormi, le sentiment de révolte persiste. La révolte des habitants de Tamassint, oubliés après le tremblement de terre d’El Hoceima en 2004, a réveillé les consciences des jeunes qui aujourd’hui poursuivent les luttes du passé et crient victoire. C'est le résultat des années d’abandon par l'Etat de ce territoire, suivies d’ une libéralisation sans entraves: une gestion des biens publics désastreuse, une corruption généralisée, l’accaparement des terres par les nantis au pouvoir; une urbanisation sauvage autour de projets touristiques onéreux et inutiles pour la population, désastreux pour l’environnement mais bénéfiques pour les capitaux spéculatifs et pour le blanchiment de l'argent mafieux.
La région n’en voit pas les fruits : elle ne récolte que le chômage des jeunes et l'émigration massive, les petits boulots et bricolages de survie, la privatisation et la marchandisation des biens publics, de l’éducation et de la santé; elle ne voit que les micro-crédits qui alimentent l’endettement des ménages et la publicité qui chante et enchante la consommation. La « makhzénisation » des élites, d'une partie de la « société civile », ainsi que des partis et syndicats, nourrit méfiance et discrédit envers les institutions. Les fruits amers du néo-libéralisme nourrissent ainsi la révolte de jeunes générations qui écrivent un nouveau chapitre de l’histoire.
Aujourd’hui à Sidi Bouafif dans le Rif, une femme s’est levée, a défié le pouvoir, la force, l’injustice. Les habitants de la région attendent de voir si les promesses faites au conseil des anciens seront tenues.

Relire sur solidmar 10/12/2010, "Terreur au Maroc :Une nouvelle fois on agresse le Rif