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jeudi 8 novembre 2012

Maroc : la corruption gagne du terrain

Par Ahmed Salaheddine 5/11/2012
Abdeslam Aboudrar Président de l’Instance pour la prévention et la lutte contre la corruption. (PHOTO ALM/CHAFIK ARICH)

Aboudrar déplore l’absence de vision stratégique dans le combat contre les comportements délictueux et la malgouvernance

Le président de l’Instance pour la prévention et la lutte contre la corruption (ICPC) a solennellement déploré, vendredi à Rabat, l’absence de vision stratégique dans le combat contre les comportements délictueux et la malgouvernance.
Au cours d’une conférence de presse où il a présenté le rapport de l’Instance évaluant les résultats des années 2010 et 2011, Abdeslam Aboudrar a estimé «qu’en dépit des efforts déployés, la corruption s’est aggravée au lieu de régresser, principalement par absence d’une politique efficiente, coordonnée et intégrée avec des objectifs quantifiés susceptibles de suivi et d’évaluation». Il a estimé qu’un tiers des familles marocaines a dû soudoyer pour bénéficier d’un droit acquis. Selon lui, la progression du mal est générale au corps de la communauté et touche tout autant le secteur social, que le judiciaire, le politique ou l’économique. 

En même temps que ce sombre tableau, il a décliné 5 propositions pour remédier à la situation. Outre la stratégie et des mécanismes d’évaluation, il a préconisé la réforme du système judiciaire, la reddition des comptes, la gouvernance dans les secteurs public et privé, l’éducation et la sensibilisation et la mise en œuvre des dispositions de la Constitution relatives à la nouvelle Instance de probité et de prévention de la corruption. Cette dernière proposition lui paraissant tenir au fait que les recommandations de l’Instance ne sont pas prises en considération- depuis 2009, a-t-il déclaré. A l’appui de ces propositions, il a affirmé que la malgouvernance a davantage nourri la défiance et  renforcé la tension qui s’est installée dans les rapports entre administrateurs et administrés. 

Le rapport de l’Instance a en particulier pointé du doigt le système judiciaire, dont il a déploré le manque d’autonomie et d’intégrité et auquel il a reproché la non-pertinence de ses sentences tant sur le plan du jugement que sur celui de leur exécution. Il a en outre critiqué le rendu de la législation pénale comme moyen efficace de lutte contre la malgouvernance. Abdeslam Aboudrar a, en outre, mis en cause la «malgouvernance publique» qu’il dénonce comme facteur favorisant l’enrichissement illicite, accentuant l’opacité des affaires avec l’Etat et aggravant la mauvaise qualité des rapports entre administrations et administrés... 

Le document a également considéré que le Parlement n’exerce pas son action de contrôle avec l’efficacité voulue. Le rapport a par ailleurs, traité de l’administration territoriale dont il a critiqué la gestion opaque, qu’il a associée à la faiblesse du contrôle de l’autorité de tutelle, et a appelé à l’intégration de la dimension gouvernance dans la politique territoriale. 

Le président de l’ICPC s’est inscrit en faux contre le climat des affaires, lequel ne s’est guère amélioré du fait de la faiblesse de la communication des informations et la lenteur de la mise en œuvre de la concurrence, a-t-il affirmé.

 http://www.aujourdhui.ma/maroc-actualite/actualite/la-corruption-gagne-du-terrain-99098.html

mardi 16 octobre 2012

L’hiver marocain: Sept Marocains sur dix disent ne pas être pas heureux.

 
Rabat, capitale du Maroc.
  Bousculé, mais relativement épargné par les
 soulèvements du monde arabe, le Maroc n'en est pas moins aujourd'hui menacé par une grave crise économique et sociale. 

Des notes alarmistes sont parties ces dernières semaines des chancelleries étrangères. L'une d'elle souligne "l'impatience, voire l'exaspération, (...) dans la population, dont une grande partie souffre de déficits sociaux prononcés en matière d'habitat, d'accès à la santé, de protection sociale, de pouvoir d'achat...". Et d'ajouter : "La question de l'emploi des jeunes est ici, comme dans les autres pays de la région, une véritable bombe à retardement." Selon la Banque mondiale, le taux de chômage des jeunes atteindrait 30 %

Touché de plein fouet par la crise de la zone euro, le Maroc subit une nette dégradation de son économie. Jeudi 11 octobre, l'agence de notation Standard & Poor's a modifié en "négative" la perspective de la note de la dette à long terme du pays (BBB-), indiquant qu'elle pourrait l'abaisser si le royaume ne réduisait pas ses déficits et s'inquiétant également de possibles troubles sociaux.  "Si le chômage reste obstinément élevé, si le coût de la vie monte en flèche, ou si les réformes politiques déçoivent les attentes de la population, il y a un risque de troubles durables et à grande échelle", note l'agence.

Le 8 octobre, invité du Forum mondial de la démocratie qui s'est tenu à Strasbourg, le premier ministre marocain, Abdelillah Benkirane, s'est fait l'écho des difficultés que son gouvernement rencontre. "Chez vous, les gens forts ont beaucoup, et les autres un peu. Chez nous, les gens forts ont tout, presque plus que les vôtres, mais ceux qui n'ont rien, ils n'ont rien, a-t-il déclaré. Quand il n'y a pas d'équilibre, ça finit par exploser."

Interpellant les Européens, le chef du gouvernement islamiste marocain les a exhortés à se comporter en "partenaires honorables". "Chaque fois qu'il y a un petit son de cloche de grève, vous repartez, a-t-il lancé. Si vous êtes venus chez nous quand ça marchait bien, nous serions très confortés de vous voir rester avec nous, même si ça marche très mal !"

90 millions d'euros pour subventionner le pain
En quête d'investissements, le roi Mohammed VI devrait lui-même se rendre sous peu dans les monarchies du Golfe, au Koweït, mais aussi en Arabie saoudite, dans les Emirats arabes unis, ou au Qatar. Le Maroc souhaite réduire son déficit à 4,8 % du PIB en 2013 contre 6,1 % en 2011, mais les perspectives de croissance (inférieure à 3 % en 2012) ont été revues à la baisse et, pour faire face à l'urgence, le gouvernement a débloqué, fin septembre, une enveloppe de 90 millions d'euros pour subventionner le prix du pain, quelques semaines après avoir dû démentir des rumeurs d'augmentation. Au même moment, la Banque mondiale a lancé un programme d'appui de 300 millions de dollars (230 millions d'euros) en faveur d'un projet visant à réduire la pauvreté au Maroc.

Êtes-vous pleinement heureux ? A cette question, sept Marocains sur dix ont répondu "non", selon une étude inédite rendue publique le 1er octobre par le Haut Commissariat au plan (HCP), un organisme officiel. "Près de deux Marocains occupés sur trois sont peu, ou pas, satisfaits de leur revenu du travail", relève cette étude. Un taux d'insatisfaction qui monte à 74 % en milieu rural.

Près d'un an après leur victoire électorale, en novembre 2011, les islamistes du Parti justice et développement (PJD), qui dirige désormais et pour la première fois le gouvernement, sont ainsi confrontés à une situation délicate. Engagés dans une sorte de cohabitation plus ou moins sereine avec le Palais, ils doivent faire face à des critiques grandissantes sur l'immobilisme de l'Etat en matière de réformes sociales et de lutte contre la corruption.

jeudi 23 août 2012

Développement (ou sous développement...) humain au Maroc

Par Sofia Chami :

Il y'a un demi siècle on était au même niveau de développement que la Corée du Sud ... Ils ont investi dans la recherche, la science et l’Industrie ... 
En l’occurrence, au Maroc,  on a investi dans la rente, l'injustice, et dans la corruption qui règne en maître. 
Maintenant, ils détiennent 6ème position au niveau du développement Humain, et nous 126ème juste avant le Djibouti ...Doit-on attendre des siècles pour y arriver ?!

jeudi 2 août 2012

Majidi business : cas d’école de la corruption au Maroc The Majidigate: a textbook case of corruption in Morocco - أعمال الماجيدي : مثال نموذجي للفساد في المغرب

ENQUETE EXCLUSIVE. Comment une compagnie publique marocaine prévoit de dépenser l’argent du contribuable dans un projet privé du secrétaire particulier du roi… avec la bénédiction du gouvernement. Lire ici
EXCLUSIVE INVESTIGATION. How a Moroccan public company planned to spend taxpayer money in a private business owned by the king’s secretary and his American partner... with the government's blessing! Read here
تحقيق: كيف يمكن لشركة عمومية مغربية أن تخطط لإنفاق أموال دافعي الضرائب في مشروع يخص السكرتير الخاص بالملك.... وكل ذلك بمباركة الحكومة 

vendredi 27 juillet 2012

La Honteuse déclaration de Benkirane Monsieur le chef du gouvernement,

Par Ahmed Damghi, Mamfakinch, 26/7/2012

Lors de votre entretien avec Ahmed Mansour le 25 Juillet 2012, vous avez déclaré que l’ensemble des personnes qui ont pillé, volé ou détourné des fonds par le passé, ne seront pas poursuivis par la justice car « Allah a pardonné ce qui est passé; mais quiconque récidive, Allah le punira.» (94- Sourat Al Maida). 

Je vous écris cette lettre pour exprimer combien je trouve votre déclaration absurde, dangereuse et illégitime. 

Absurde est la manière avec laquelle vous vous référez à la religion pour justifier votre incapacité à appliquer la loi. Vous n’êtes pas sans savoir que la religion appelle à un traitement égal pour tout le monde et ainsi par votre même logique, vous devriez libérer toutes les personnes que « Dieu a pardonné » pour ce qu’elles avaient commis. Nous pouvons évoquer en première intention M. Alioua ou M. Ibrahimi que vous venez justement de faire arrêter. Soyons clairs, Dieu et la religion n’ont rien à faire ici et je me demande sérieusement ce que pense la communauté musulmane en constatant votre abjecte utilisation de la religion pour protéger des criminels. 

Dangereux est le chèque en blanc signé à l’ensemble des mal intentionnés qui ont violé la loi ou qui seront tenté de le faire. Aujourd’hui ils ont la protection gouvernementale et vous, au lieu de garantir l’application de la loi, vous vous êtes fait leur défenseur. 

Étrange est votre logique de gouverner quand on connait votre électorat, qui a cru en vos promesses, espérant par la même un vrai changement dans le cadre de ce qu’on appelle désormais le « printemps arabe ». A la place ils ont eu une politique encourageant le néolibéralisme -une de plus- et usant pour cela de toutes les méthodes légales et illégales. 

Illégitime car vous n’avez pas le droit de gracier les personnes, qui à vos yeux sont dignes de pardon et poursuivre celles qui méritent la punition. Clarifions les choses, vous ne représentez pas la justice et vous n’êtes pas chef de l’Etat heureusement, vous êtes le chef du gouvernement et votre rôle est d’appliquer la loi. Imaginez une seconde que l’agent de police refuse d’incarcérer un criminel condamné par un juge, ou encore qu’il souhaite rendre sa liberté à un prisonnier … au final lui aussi il peut croire en Dieu et invoquer des versets pour se défendre. Enfin, Les marocains qui ont voté pour vous ne vous ont pas confié leur vie, ni légué leurs biens, ni livré leurs droits civiques ! Ainsi, si une victime, souhaite poursuivre un de vos « pardonnés divins », vous avez le devoir en principe de la protéger et faire en sorte que justice lui soit rendue. Je dis bien en principe car la réalité est toute autre. 

Vos ambitions politiques constituent une aubaine pour l’escroquerie, la prévarication et la corruption. Cela dit, comme toute aubaine, elle est éphémère… elle durera le temps de votre mandat ou peut être un peu plus, mais pas éternellement car les gouvernements se succèdent mais le Peuple reste. Honte à tous ces dirigeants qui ne rendent pas justice aux enfants du peuple !
 
  Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale de Mamfakinch 

mardi 26 juin 2012

La grande corruption règne en maître au Maroc

par Ahmed Benchemsi أحمد بن شمسي, chercheur à l'université Stanford (USA), ex-directeur du magazine marocain "TelQuel",  Le Monde.fr, 25/6/2012


Vers
ión española: La corrupción reina en Marruecos con poder absoluto

 Imaginez que le chef de l'Etat français soit aussi, dans le même temps, propriétaire de la plus grosse holding privée du pays. Difficile à envisager ? Attendez, cela ne fait que commencer. Imaginez aussi que le secrétaire général de l'Elysée soit le PDG de cette holding. Imaginez que cet homme, ainsi devenu l'homme d'affaires le plus puissant de la République, possède par ailleurs une ribambelle d'entreprises en son nom propre, qui décrochent des concessions ou marchés publics à tour de bras. Inconcevable, dites vous ? Ce n'est pas fini. Imaginez maintenant que le premier ministre prévoie, par décret officiel, d'investir des millions d'euros d'argent public dans une société privée appartenant au secrétaire général de l'Elysée... Et enfin, le coup de grâce : imaginez que la société en question soit une entreprise fantôme sans locaux ni personnel et qui présente le pompon de faux chiffres en guide de plan d'affaires ! 

Si seulement le dixième de tout cela était vrai, le président français tomberait immédiatement, entraînant le gouvernement, voire la cinquième République dans sa chute. Mais ce qui n'est pour la France qu'une fiction invraisemblable est la réalité crue du Maroc, un pays ami et allié.


Le roi Mohamed VI, alias M6

 Pour ceux qui l'ignorent encore, le roi Mohammed VI est en effet l'actionnaire majoritaire du groupe SNI, qui comprend entre autres la plus grosse banque privée, le plus gros opérateur minier et la plus grosse chaine de distribution du royaume. L'homme qui dirige ce conglomérat tentaculaire, dont le chiffre d'affaires équivalait il y a quelques années à 8% du PIB, s'appelle Mounir Majidi, et il occupe en même temps la fonction de secrétaire particulier de Mohammed VI.


Mohamed Mounir Majidi, alias 3M

 A ce titre, il est le plus proche collaborateur du souverain puisqu'il aménage son agenda, organise ses rencontres, filtre les informations qu'il reçoit, etc. Cette double casquette fait de M. Majidi l'homme le plus détesté par les milieux d'affaires marocains. Forcément : il leur livre, au nom du roi, une concurrence aussi impitoyable que déloyale, vu son influence démesurée sur des organismes financiers comme la Caisse de dépôt et de gestion, le ministère des finances, l'administration des impôts, etc. 

Mais l'homme d'affaires de la monarchie n'oublie pas ses propres intérêts. Egalement propriétaire de plusieurs entreprises opérant dans divers secteurs, M. Majidi n'hésite pas, pour défendre ses affaires personnelles, à tirer sur les leviers étatiques dont il dispose. 

Révélée il y a deux semaines sur le blog de l'auteur de ces lignes, l'affaire BaySys illustre jusqu'à la caricature la mécanique implacable du "Majidi business", aujourd'hui au cœur de la corruption d'Etat au Maroc. Ce qu'il faut en retenir : en 2010, le secrétaire particulier de Mohammed VI entre en contact avec BaySys, un équipementier aéronautique américain à la recherche d'un partenaire financier pour le tirer d'une mauvaise passe. Plutôt que sortir son propre chéquier (il en a pourtant les moyens), M. Majidi oriente l'équipementier américain vers Royal Air Maroc (RAM). C'est donc la compagnie aérienne publique qui devra débourser les quelque 25 millions d'Euros dont BaySys avait besoin, en ponctionnant l'argent du contribuable... mais non sans que M. Majidi n'en profite au passage. A cet effet, le Secrétaire particulier du roi crée en août 2010 BaySys Morocco, une coquille vide sans locaux ni personnel qu'il contrôle à 100% via deux sociétés écrans. Quelques mois plus tard, un décret officiel du Premier ministre marocain Abbas El Fassi autorise la RAM à prendre des parts dans BaySys Morocco. Mieux encore : les prévisions qui justifient cet investissement sont particulièrement fantasques. Il est ainsi prévu que la société de M. Majidi réalise un chiffre d'affaires de 45 millions d'euros et un bénéfice net de 4,3 millions d'euros... dès sa première année d'exercice, et sans qu'aucune hypothèse de calcul n'étaye ces chiffres incroyables ! Le plus aberrant est que ces prévisions peu crédibles ont traversé, sans changement, cinq niveaux de vérification supérieurs de l'Etat marocain : la RAM elle-même, puis le ministère des Finances, la Primature, le Secrétariat général du gouvernement et enfin la Banque Centrale, qui a publié les mêmes chiffres quelques mois plus tard, tels quels, dans un document interne. 


Les hauts fonctionnaires marocains seraient-ils tous incompétents ? Bien sûr que non. Seulement, à partir du moment où le tout-puissant Secrétaire particulier du roi est impliqué dans une procédure, les commis de l'Etat, aussi haut placés soient-ils, signent ce qu'on leur demande de signer sans poser de questions. 

 Au final, l'investissement n'a pas eu lieu car l'affaire a capoté pour des raisons qui restent à éclaircir (malgré de multiples relances, les responsables de BaySys International sont restés muets). 
   
Abbas El Fassi et...                                ...son fils Fihr

La manière dont tout cela a été goupillé, néanmoins, renseigne sur la nature réelle du régime marocain : un système où les conflits d'intérêts règnent et où le trafic d'influence bat son plein, au plus haut niveau de l'Etat et avec la complicité des autorités élues. Abbas El Fassi, chef d'un parti politique et ancien premier ministre qui a signé le décret BaySys, est aussi, incidemment, le père de Fihr El Fassi, ancien DG de l'une des sociétés de M. Majidi. La société en question, FC Com, domine le marché de l'affichage au Maroc grâce aux conditions extrêmement avantageuses accordées par les municipalités et offices publics. Salaheddine Mezouar, autre chef de parti et ancien ministre des Finances qui a cosigné le décret BaySys, est aussi un des obligés de l'entourage royal. Il a récemment été épinglé pour s'être accordé des primes mirobolantes, au prix d'un échange de faveurs avec Noureddine Bensouda, actuel trésorier général du royaume, ancien directeur des impôts et autre membre de la Cour. Et ainsi de suite...

Noureddine Bensouda 
Salaheddine Mezouar

L'année dernière, pourtant, le Maroc avait lui aussi vécu son "printemps arabe". Confronté à des manifestants réclamant la démocratie, Mohammed VI avait fait promulguer une nouvelle Constitution sensée instaurer la "bonne gouvernance" et la "reddition des comptes". Une réforme qualifiée alors d'"exemplaire" par Nicolas Sarkozy et d'"historique" par Alain Juppé. Jugez plutôt : l'article 36 du nouveau texte fondamental interdit expressément... le trafic d'influence ! un délit par ailleurs puni de 2 à 5 ans de prison par l'article 250 du code pénal marocain. 

Mais au Maroc, la théorie est une chose et la pratique en est une autre. Quel procureur serait assez fou pour enclencher des poursuites contre Mounir Majidi, ou en général contre les membres d'une clique couverte par le roi en personne ? 


Jaafar Hassoun, un juge qui s'était essayé à titiller des proches du monarque, s'est retrouvé en 2011 radié de la magistrature, interdit de se reconvertir dans le barreau et harcelé pour abandonner toute velléité de se lancer en politique. 

 En l'absence de contre-pouvoirs fonctionnels, la grande corruption s'épanouit librement au Maroc, face à l'apathie grandissante d'une opinion publique désabusée par tant de duplicité. Naguère rugissante, la presse indépendante n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était, vaincue par une décennie de harcèlement judiciaire et économique. M. Majidi, également le premier annonceur publicitaire du pays, a démontré sa capacité à boycotter des journaux jusqu'à les acculer à la faillite. Aujourd'hui, les titres de presse les plus courageux peuvent encore épingler des seconds couteaux comme MM. Mezouar ou Bensouda. Mais dès qu'on approche du premier cercle royal, silence général. Il est révélateur que l'affaire BaySys, alors même qu'elle "buzzait" intensément sur Internet et les réseaux sociaux (elle a même engendré le hashtag #MajidiGate sur Twitter)... n'ait pas été mentionnée par un seul journal marocain.

 Quant au gouvernement islamiste de Abdelilah Benkirane, élu sur la promesse de lutter contre la corruption, il est tout aussi silencieux. Et pour tout dire, simplement hors sujet. 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/25/la-grande-corruption-regne-en-maitre-au-maroc_1724410_3232.html