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vendredi 20 septembre 2013

RSF : Arrestation d’un journaliste après qu'il ait publié une vidéo d’AQMI


Par RSF, 18/9/2013. 
 
Arrestation d'un journaliste après avoir publié une vidéo d'AQMI 
Reporters sans frontières condamne l’arrestation par la police judiciaire de Rabat du directeur du portail d’information arabophone Lakome, Ali Anouzla, le 17 septembre 2013.
“Nous exigeons la libération immédiate de Ali Anouzla qui a publié cette vidéo dans un but purement informatif. Il est inadmissible qu’un journaliste soit poursuivi pour son travail d’information et que les ordinateurs de la rédaction de Lakome aient été saisis”, a déclaré Reporters sans frontières.
“En cas de poursuites engagées à son encontre, nous serons attentifs à ce que l’investigation respecte scrupuleusement les principes d’une enquête indépendante dans une affaire où la liberté d’expression est clairement mise en cause”, a ajouté l’organisation.
Dans un communiqué du parquet de Rabat, publié le 17 septembre, le procureur général du roi déclare que, “suite à la diffusion par le journal électronique Lakome d’une vidéo attribuée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), comprenant un appel clair et une incitation directe à commettre des actes terroristes dans le Royaume du Maroc, le parquet général a donné ses instructions à la police judiciaire pour procéder à l’arrestation du responsable du dit journal électronique pour enquête”.
Les locaux du portail informatique ont été inspectés par la police judiciaire, qui a saisi les unités centrales des ordinateurs et a interrogé les journalistes sur place. Le journaliste a été placé en garde à vue à la brigade nationale de la police judiciaire de Casablanca, en charge des affaires terroristes. Contactée par l’organisation, l’avocate du journaliste, Maître Naima Guellaf, a déclaré ne pas être autorisée par le procureur général à entrer en contact téléphonique ou physique avec son client avant le vendredi 20 septembre 2013.
La direction de la version francophone du portail Lakome a condamné sur son site l’arrestation du directeur de Lakome arabophone et précise que le portail n’a fait que publier un lien vers la vidéo. Elle a ajouté qu’il s’agissait d’une vidéo de propagande présentée comme telle dans le cadre d’un article datant du 14 septembre consacré au réseau AQMI, organisation pour laquelle, aucun des portails ne prend parti.
Elle rappelle que la diffusion de vidéos d’AQMI est “une pratique constatée dans les médias internationaux. (...) La vidéo d’AQMI avait par exemple été relayée sur le site d’informations Huffington Post (France) tandis que des médias comme L’Express ou LCI publiaient un lien pour que leurs lecteurs puissent consulter cette vidéo sur Youtube”.
Le ministre de la Justice, Mustapha Ramid, a annoncé dans un communiqué distinct que le gouvernement marocain avait l’intention de porter plainte en Espagne contre le quotidien El Pais pour avoir diffusé cette même vidéo sur son site internet. Selon le correspondant Afrique du Nord du quotidien, Ignacio Cembrero, contacté par Reporters sans frontières, le journal pourrait être poursuivi pour “apologie du crime”.
La vidéo, intitulée “Maroc : le royaume de la corruption et du despotisme”, a été diffusée au cours de la semaine dernière sur différents supports électroniques avant d’être suprimée par Youtube pour “contenu violent”.
Ali Anouzla est connu pour ses articles critiquant la politique du gouvernement marocain et réclamant une plus grande liberté de la presse. Le journal Lakome avait notamment été le premier à révéler l’affaire dite “Danielgate” du pédophile espagnol, Daniel Galván, gracié par erreur par le roi du Maroc.
Cela n’est pas la première fois que le journaliste est inquiété par la justice marocaine. Depuis le 17 juin 2013, il est poursuivi pour avoir publié un article relatif à une rixe tribale ayant fait des victimes dans un quartier de Fès. Malgré le fait qu’il ait immédiatement retiré l’information et publié un démenti, il a été accusé d’avoir publié de manière préméditée de fausses informations (article 42 du code de la presse du Maroc). Il a été convoqué par les services de police de Fès et mis en examen. Le procès initialement prévu pour le 26 juillet a été reporté à la fin du mois de septembre.
Contacté par Reporters sans frontières, Ali Anouzla avait alors expliqué qu’il était victime d’une campagne de harcèlement et d’acharnement judiciaire. La fausse information en question avait été lancée par le portail Rasd. Ce dernier a publié, le 18 juillet dernier, un article expliquant que la nouvelle a été inventée pour montrer que certains journalistes étaient ‘’peu scrupuleux’’ dans la vérification de leurs informations. Plusieurs sites, tels que Hibapress.com ou scoop.ma, avaient également relayé cette même fausse nouvelle et ne sont pas à ce jour poursuivis.
Anciennement directeur et rédacteur en chef du quotidien Al-Jarida Al-Oula, Ali Anouzla avait été mis en examen en 2009 par le tribunal de Rabat suite à un article publié sur l’état de santé du Roi citant une source médicale anonyme. Le parquet général l’avait alors poursuivi pour “délit de publication de fausses informations avec mauvaise intention, d’allégations et de faits mensongers”.

http://fr.rsf.org/maroc-arrestation-d-un-journaliste-apres-18-09-2013,45195.html

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Edito de Aufait :Libérer Ali Anouzla


 Par A.Sedrati,




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Autant l'arrestation du journaliste Ali Anouzla est une mesure excessive et contre productive, autant sa défense au nom d’une sacro sainte liberté d’expression ou liberté de la presse est délicate.
Youtube a jugé que la vidéo faisait trop appel à la violence et a stoppé sa publication. En effet, le film incriminé est clairement un contenu de communication marketing d’Aqmi, incitant les Marocains à renverser la monarchie et à s’engager dans le jihad. Or la responsabilité d’un journaliste est aussi de contrôler le contenu de ce qu’il publie, pour qu’il soit conforme aux droits universels et à la législation nationale.
Tout le monde sait que les mouvances terroristes cherchent à faire le plus de propagande possible pour leurs idéologies, et ce afin de recruter à travers le monde de nouveaux adeptes. Afficher une telle vidéo revient finalement à distribuer des centaines de milliers de tracts appelant au jihad guerrier contre l’Occident, à la destruction de la monarchie, de la bourgeoisie marocaine et de tous ceux qui s’opposent à l’application de la charia.
On peut en parler pour informer le public et faire notre travail de journaliste mais sans pour autant transformer nos médias en tribunes au service d’Aqmi, Al Nosra ou Al Qaïda.
Ali Anouzla devait certainement être rappelé à l’ordre pour qu'il retire la vidéo publiée sur son site, mais personne ne peut penser un instant qu’il serait un proche de cette mouvance, au point de mériter d’être enfermé et poursuivi.

lundi 10 décembre 2012

Journée mondiale des droits de l'Homme : Le Maroc, entre acquis et carences

*

Par Salma Raiss,9/12/2012


Manifestation des militants pour les droits de l'Homme à Rabat./DR

Le monde célèbre aujourd’hui, la Journée internationale des droits de l’Homme. Cette journée est l’occasion, chaque année, de commémorer l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme en 1948, mais surtout, de réaffirmer son actualité et sa pertinence, et plaider pour que chaque individu, où qu’il se trouve, puisse exercer pleinement tous ses droits fondamentaux. 

Le 10 décembre 1948, l'Assemblée générale des Nations Unies adoptait la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Depuis 64 ans, cette Déclaration se veut une source d’espoir pour tous les hommes et femmes qui, à travers le monde, militent vaillamment, pour les droits de l’Homme, et aspirent à un avenir meilleur où ces droits correspondront enfin à une réalité palpable.

Or, la réalité va à l’encontre de ces aspirations, et aujourd’hui, force est de constater que la pauvreté, les conflits, le terrorisme, la violence, les préjugés et une piètre conduite des affaires publiques, constituent autant de violations persistantes des droits de l'Homme partout dans le monde.
Grands témoins de cette triste réalité, les bouleversements historiques survenus dans le monde arabe ces deux dernières années, au cours desquelles des millions de personnes sont descendues dans la rue pour réclamer le changement. Tout comme dans d’autres parties du monde, les militants des droits de l’Homme se sont exprimés à travers le mouvement mondial des indignés pour protester contre les inégalités économiques, politiques et sociales.

Au Maroc, les ONG s’indignent
Campagnes d’expulsion d'immigrés subsahariens, détention des membres du Mouvement du 20 février, violences perpétrées à l’égard des manifestants, situation misérable dans les prisons et conditions de détentions inhumaines selon le dernier rapport du Conseil national des droits de l'Homme, usage excessif de la torture selon le rapport final de Juan Mendez, responsable de l’ONU, liberté de la presse, fonctionnement de la justice… Tous ces faits, et bien d’autres, font état d’une régression au niveau des droits humains au Maroc.
Face à cette situation, les associations militant pour les droits de l’Homme et à leur tête l’Association marocaine des droits de l'Homme (AMDH), s’indignent et appellent le gouvernement à faire montre de “volonté politique véridique quant à l'application de ses engagements en matière de droits humains”.
Pour déplorer toutes ces pratiques qui portent atteinte aux droits de l’Homme, un collectif d’ONG, réunissant 18 associations, a décidé de célébrer, à sa manière cette journée, par le lancement d’une campagne réclamant la libération des détenus politiques du Mouvement du 20 février (M20F). Ainsi que l’organisation d'un sit-in à Rabat.
L’objectif nodal est de faire “pression sur l’Etat” pour qu’il libère tous les prisonniers dits politiques, à travers une mobilisation nationale et internationale.
Dans un rapport, la Coalition marocaine des associations des droits de l’Homme a énuméré 70 personnes arrêtées, appartenant au M20F, que les tribunaux du Royaume ont condamnées à des peines d’emprisonnement oscillant entre quelques mois et 12 ans.

Des avancées indéniables
Nonobstant les manquements et lacunes, certaines avancées en matière de consolidation et de protection des droits civils, sociaux et politiques, restent incontestables.
Nul ne saurait nier les efforts déployés par le Maroc depuis les années 90, dont l'adoption d'un nouveau Code de la famille et la mise en place de l'Instance Equité et Réconciliation (IER), vouée à la réparation des préjudices moraux et corporels causés aux victimes des années de plomb.
De même et dans le cadre de son interaction avec les efforts consentis sur l'échiquier international, le Royaume, en ratifiant nombre de conventions internationales et en faisant sienne leur concrétisation, s'est indubitablement démarqué et emprunté de bons rails.
En 2011, le Maroc a également réitéré son engagement à combler les carences en adoptant par voie référendaire une nouvelle Constitution, hautement saluée en interne et en externe, du fait qu'elle a placé la jouissance du citoyen de ses droits économiques, sociaux et culturels comme principal objectif.

Lutte de la population d'Imider
A l’occasion de la journée internationale des droits de l’Homme, le groupe “Argent” organise un sit-in au niveau du centre d’Imider et sur le Mont Albane dans la région de Tinghir. Ce sit-in sera accompagné d’une grève de la faim de 24 heures pour déplorer la situation désastreuse de la population et dénoncer la persistance des violations des droits humains que connait la région.
Cette manifestation rentre dans le cadre des formes pacifiques de protestation, observées depuis août 2011, par les habitants de la région, et qui viennent compléter le mouvement de lutte des générations passées, pour une stabilité et des conditions de vie décentes.
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 *aufait est un journal gratuit distribué dans les villes du Maroc. Comme contenu, rien à voir avec la MAP. Bravo et longue vie à ce quotidien !(ndlr)




jeudi 5 juillet 2012

Rapport accablant sur la prison Oukacha de Casablanca

Par AufaitMaroc, 4/7/2012

 Le ministère chargé des Relations avec le Parlement et la société civile a annoncé mercredi le lancement d'un dialogue national sur la situation dans les prisons et les conditions de détention des prisonniers. Cette annonce intervient au lendemain de la présentation d'un rapport accablant sur les conditions de détention à la prison de Oukacha en proie à une surpopulation, et à différents trafics.
 Le délégué général de l'Administration pénitentiaire et de la réinsertion, Hafid Benhachem était devant le Parlement mardi, pour écouter les conclusions d'un rapport élaboré par une commission parlementaire d’inspection à la prison d’Oukacha à Casablanca. Un rapport accablant qui passe en revue des conditions de détention déplorables, mais aussi d'implications de certains responsables dans du trafic de drogue, sans oublier l'existence d'un quartier pour les détenus financièrement aisés, baptisé Abou Dhabi. 
 
 Surpopulation carcérale 
 
  La prison d'Oukacha à Casablanca souffre de surpopulation avec un total de 7.572 prisonniers, alors que sa capacité d'accueil ne dépasse pas 5.800 détenus, indique le rapport. 
 
 1,2 m² 
 
 Ce rapport, réalisé par une commission parlementaire composée de 12 députés, indique que chaque prisonnier dispose d'une superficie de 1,2 mètre carré, tandis que les normes internationales en la matière avancent un minimum de 9 mètres carrés pour chaque détenu. Dans un certain nombre de cas, poursuit le rapport, 56 prisonniers partagent une superficie se situant entre 3 et 5 mètres carrés. “(Face à cette situation, il est) difficile d'évoquer la possibilité d'accorder aux détenus leurs droits élémentaires tels que inscrits dans les législations nationale et internationale”. 
 
Extrait du rapport : 80% des prisonniers en détention préventive 
 
 Le document précise que le surpeuplement à la prison d'Oukacha est dû en grande partie à “la détention provisoire” qui concerne 80% des détenus, au retard enregistré dans le jugement des affaires, à la non-application de la liberté conditionnelle et à l'absence de normes objectives dans la procédure de grâce. 
 
 Conditions sanitaires et alimentaires déplorables 
 
 La commission parlementaire a relevé, en outre, un manque d'infrastructure de base dans la prison et l'absence des “conditions de santé adéquates” ainsi que la qualité de la nourriture qui laisse à désirer. En dépit du budget important alloué à la restauration, les prisonniers comptent principalement sur la nourriture qu'ils reçoivent de leurs familles, déplore le rapport qui fait état par ailleurs de dysfonctionnements liés aux programmes de formation et de réinsertion. Intervenant dans l'émission “Qadaya wa arae” diffusée mardi soir sur la chaîne de télévision Al Oula, la vice-présidente du Parlement Khadija Rouissi est revenue sur des cas de torture.
  “Actuellement des jeunes sont torturés dans les prisons en étant battus avec des tuyaux. Le ministère de la Justice ne fait aucune action pour enquêter sur ces abus”. Khadija Rouissi 
 La commission a noté également que les ressources humaines employées dans la prison (517 employés) ne suffisent pas à dispenser des services adéquats, outre l'absence remarquée de formation de ces employés, particulièrement dans le domaine des droits de l'Homme
 
 Trafics en tous genres 
 
 Par ailleurs, les députés qui ont visité la prison, et sur la base de témoignages des détenus, ont souligné de nombreux cas de trafics et de corruption, impliquant de hauts responsables de l'administration pénitentiaire et qui concerneraient aussi bien la drogue que les cigarettes ou encore les téléphones portables. 
 
Le rapport révèle également l'existence d’un quartier de détention baptisé “Abou Dhabi”, réservé aux prisonniers aisés.
 
 En réponse, le délégué général de l’Administration pénitentiaire, a estimé que ledit rapport contient des accusations dangereuses contre un groupe de personnes qui doivent auparavant être auditionnées. 
 
 Un dialogue national 
 
 C'est dans ce contexte que le ministère chargé des Relations avec le Parlement et la société civile a annoncé, mercredi, le lancement d'un dialogue national sur la situation dans les prisons et les conditions de détention des prisonniers, en partenariat avec les organisations des droits de l'Homme, qui forment le comité de coordination sur les prisons. Ce dialogue verra la participation d'organisations gouvernementales et non-gouvernementales, d'institutions nationales ainsi que le Parlement. Dans un communiqué, le ministère précise qu'il a été également convenu d'adopter pour les besoins de ce dialogue une plateforme contractuelle, englobant les objectifs généraux, les axes, les mécanismes et les propositions législatives et réglementaires.