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samedi 20 octobre 2012

Amnesty International : La situation des droits humains dans le monde

    Rapport 2012 : Maroc et Sahara occidental

    Chef de l’État:Mohammed VI
    Chef du gouvernement:Abbas El Fassi, remplacé par Abdelilah Benkirane le 29 novembre
    Peine de mort:abolie en pratique
    Population:32,3 millions
    Espérance de vie:72,2 ans
    Mortalité des moins de cinq ans : 37,5 ‰
    Taux d’alphabétisation des adultes:56,1 %
      Les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive contre des manifestants. Cette année encore, des détracteurs de la monarchie et des institutions étatiques, ainsi que des Sahraouis partisans de l’autodétermination du Sahara occidental, ont été poursuivis et emprisonnés. De nouveaux cas de torture et de mauvais traitements infligés à des détenus ont été signalés. Plusieurs prisonniers d’opinion et un homme victime de détention arbitraire ont recouvré la liberté à la faveur d’une grâce royale, mais les charges retenues contre plusieurs militants sahraouis n’ont pas été abandonnées. Aucune exécution n’a eu lieu.

      Contexte

      Des milliers de personnes ont manifesté le 20 février à Rabat et à Casablanca, entre autres villes, pour demander des réformes. Ces manifestations, autorisées, ont été généralement pacifiques. Les protestataires, qui n’ont pas tardé à créer le Mouvement du 20 février, réclamaient notamment plus de démocratie, une nouvelle Constitution, l’élimination de la corruption, une amélioration de la situation économique et un renforcement des services de santé. Alors que les manifestations se poursuivaient, un nouveau Conseil national des droits de l’homme a été créé, le 3 mars, en remplacement du Conseil consultatif des droits de l’homme. Le roi a annoncé, le 9 mars, le lancement d’une réforme constitutionnelle. À l’issue d’un processus boycotté par les chefs des protestataires, une nouvelle Constitution a été approuvée par un référendum national le 1er juillet. Les pouvoirs du roi de désigner les hauts fonctionnaires et de dissoudre le Parlement ont été transférés au Premier ministre. Le souverain restait toutefois commandant en chef des forces armées, continuait de présider le Conseil des ministres et demeurait la plus haute autorité religieuse. La nouvelle Constitution garantit également la liberté d’expression et l’égalité entre les hommes et les femmes ; en outre, elle érige en infraction pénale la torture, la détention arbitraire et la disparition forcée. Le Parti de la justice et du développement (PJD), islamiste, a remporté les élections législatives du 25 novembre et un nouveau gouvernement présidé par Abdelilah Benkirane est entré en fonction le 29 novembre.
      Le Maroc a levé en avril ses réserves à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, qui concernaient la nationalité des enfants et la discrimination en matière de mariage. Le pays a également annoncé son intention de ratifier le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et le Protocole facultatif à la Convention sur les femmes [ONU].
      Les négociations sur le statut du Sahara occidental entre le Maroc, qui a annexé ce territoire en 1975, et le Front Polisario étaient toujours dans l’impasse. Le Front Polisario continuait de réclamer la mise en place d’un État indépendant. Le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé le 27 avril le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), qui ne prévoyait aucun mécanisme de surveillance de la situation des droits humains.

      Répression de la dissidence

      Bien que les manifestations en faveur des réformes aient été largement pacifiques, les forces de sécurité seraient dans bien des cas intervenues brutalement contre les rassemblements ; une personne au moins est morte et beaucoup d’autres ont été blessées lors de ces interventions, qui ont donné lieu à des centaines d’interpellations. Si la plupart des manifestants ont été relâchés, certains ont été jugés et condamnés à des peines d’emprisonnement. Les forces de sécurité auraient harcelé des proches de membres du Mouvement du 20 février et elles auraient convoqué aux fins d’interrogatoire de très nombreux militants qui appelaient au boycottage des élections législatives.
      • Le 15 mai, des rassemblements et manifestations organisés par le Mouvement du 20 février à Rabat, Fès, Tanger et Témara ont été dispersés à coups de matraque par les forces de sécurité, qui ont également frappé les manifestants à coups de pied et de poing.
      • Le 29 mai, une manifestation organisée à Safi par le Mouvement du 20 février a été violemment dispersée par les forces de sécurité. Un manifestant, Kamel Ammari, est mort quelques jours plus tard des suites de ses blessures.
      • Le 20 novembre, des membres des forces de sécurité ont pris d’assaut les bureaux de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Bou-Arafa ; ils auraient battu plusieurs membres du personnel ainsi que des jeunes qui se préparaient à rejoindre une manifestation.

      Liberté d'expression

      Des journalistes, entre autres, risquaient toujours d’être poursuivis et emprisonnés pour avoir critiqué publiquement les autorités ou des institutions ou pour avoir commenté des sujets considérés comme politiquement sensibles.
      • Le 2 mars, le roi a accordé son pardon à Kaddour Terhzaz, un militaire de haut rang à la retraite qui était emprisonné pour avoir menacé « la sécurité extérieure » du Maroc. Cet homme avait envoyé une lettre au roi dans laquelle il réclamait l’amélioration de la situation des anciens pilotes de l’armée de l’air.
      • Le 14 avril, le roi a gracié Chekib El Khiari, journaliste et défenseur des droits humains, qui purgeait une peine de trois ans d’emprisonnement prononcée à son encontre en 2009 parce qu’il avait dénoncé la corruption.
      • Le rédacteur en chef du quotidien El Massa, Rachid Nini, a été condamné le 9 juin à un an d’emprisonnement pour diffusion de fausses nouvelles et atteinte à la sécurité nationale. Il avait été arrêté le 28 avril à la suite de la publication d’articles qui critiquaient les pratiques des services de sécurité dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Sa condamnation a été confirmée en appel en octobre.
      • Zakaria Moumni, un boxeur condamné pour escroquerie à l’issue d’un procès inéquitable, a été rejugé en décembre et de nouveau déclaré coupable. Il s’est vu infliger une peine de 20 mois d’emprisonnement. Cet homme avait été arrêté en septembre 2010 après avoir critiqué des associations sportives marocaines et tenté à plusieurs reprises de rencontrer le roi. Sa première condamnation reposait sur des « aveux » qui lui auraient été extorqués sous la torture.
      • Le chanteur de rap Mouad Belrhouate a été arrêté le 9 septembre, selon toute apparence parce que certaines de ses chansons étaient considérées comme insultantes envers la monarchie. Il était toujours en détention à la fin de l’année, son procès ayant été ajourné à plusieurs reprises.

      Répression de la dissidence - militants sahraouis

      Les autorités continuaient de restreindre l’exercice de la liberté d’expression, d’association et de réunion des Sahraouis partisans de l’autodétermination du Sahara occidental. Cette année encore, des militants de premier plan ont fait l’objet de poursuites.
      • Les militants sahraouis Ahmed Alnasiri, Brahim Dahane et Ali Salem Tamek ont été libérés sous caution le 14 avril. Incarcérés depuis le 8 octobre 2009, ils étaient toujours inculpés, ainsi que quatre autres militants sahraouis, de menace à la « sécurité intérieure » du Maroc en raison de leurs activités pacifiques en faveur de l’autodétermination du Sahara occidental.
      • Vingt-trois Sahraouis étaient maintenus en détention dans la prison de Salé, dans l’attente d’un procès inéquitable devant un tribunal militaire pour leur participation présumée à des violences à la fin de 2010, dans le campement de protestation de Gdim Izik, non loin de Laayoune. Les prisonniers ont entamé une grève de la faim à la fin du mois d’octobre pour protester contre leurs conditions de vie et leur maintien en détention sans jugement. Ils n’avaient toujours pas comparu à la fin de l’année.
      Aucune enquête indépendante et impartiale n’a été effectuée sur les événements qui se sont déroulés à Gdim Izik et à Laayoune en novembre 2010, lorsque les forces de sécurité marocaines ont démoli le campement de protestation sahraoui. Treize personnes, dont 11 membres des forces de sécurité, avaient trouvé la mort dans les violences consécutives.

      Torture et autres mauvais traitements

      De nouvelles informations ont fait état d’actes de torture et de mauvais traitements infligés à des détenus, par des agents de la Direction de la surveillance du territoire (DST) notamment. Les militants islamistes présumés et les membres du Mouvement du 20 février étaient tout particulièrement pris pour cible. Des détenus étaient toujours maintenus au secret, dans certains cas au-delà de la durée maximale de 12 jours de garde à vue autorisée par la loi.
      • Les 16 et 17 mai, des détenus de la prison de Salé condamnés pour des infractions liées au terrorisme se sont mutinés pour dénoncer l’iniquité de leurs procès et le recours à la torture dans le centre de détention non reconnu de Témara. Des affrontements ont opposé les détenus et les gardiens, dont plusieurs ont été retenus en otages pendant une courte période ; les membres de l’administration pénitentiaire ont ensuite tiré à balles réelles pour réprimer la mutinerie. Plusieurs prisonniers ont été blessés.
      À la fin du mois de mai, Mohamed Hajib, un ressortissant germano-marocain qui purgeait une peine de 10 ans d’emprisonnement, a dû recevoir des soins à l’hôpital après avoir été roué de coups et menacé de viol par des gardiens de la prison de Toulal, à Meknès, où il avait été transféré après avoir participé à la mutinerie de la prison de Salé.

      Lutte contre le terrorisme et sécurité

      Le 28 avril, 17 personnes – des touristes étrangers pour la plupart – ont été tuées et plusieurs autres blessées dans un attentat à l’explosif perpétré dans un café de Marrakech et qui n’a pas été revendiqué. Les autorités l’ont attribué à Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui a nié toute responsabilité.
      • Adil Othmani, déclaré coupable de participation à l’attentat à l’explosif contre le café de Marrakech, a été condamné à mort en octobre.
      Cinq hommes déclarés coupables en juillet 2009 d’infractions liées au terrorisme dans l’affaire de la « cellule Belliraj » ont été remis en liberté à la faveur de la grâce accordée par le roi le 14 avril. Leur procès avait été entaché d’irrégularités et leurs allégations de torture n’avaient pas fait l’objet d’une enquête.

      Justice de transition

      Les autorités n’ont pas mis en œuvre les recommandations importantes émises par l’Instance équité et réconciliation dans son rapport de novembre 2005. Les victimes d’atteintes graves aux droits humains commises entre l’indépendance du Maroc, en 1956, et la mort du roi Hassan II, en 1999, étaient toujours privées d’accès effectif à la justice.

      Peine de mort

      Les tribunaux marocains prononçaient toujours la peine capitale. La dernière exécution a eu lieu en 1993. À la faveur d’une amnistie prononcée par le roi en avril, cinq condamnés à mort ont vu leur sentence commuée en peine d’emprisonnement

      Camps du Front Polisario

      Le Front Polisario n’a pris aucune mesure pour mettre fin à l’impunité dont bénéficiaient ceux qui étaient accusés d’avoir commis des atteintes aux droits humains durant les années 1970 et 1980 dans les camps de Tindouf (région de Mhiriz, en Algérie), qu’il contrôle.

      Comité de soutien à l’AMDH au Québec : Bilan annuel d'une révolution tranquille


      Selon les chiffres officiels, en juillet 2011, les Marocains ont voté à 98% en faveur de la nouvelle Constitution. Une Loi fondamentale rédigée en trois mois par une équipe choisie avec soin par le roi Mohamed VI. Elle n’a été l’objet d’aucun débat public. Le discours royal du 9 mars en avait tracé la feuille de route et convaincu de nombreux Marocains optimistes de l’avènement d’un tournant démocratique sans précédent.
      La mobilisation d’une large partie des Marocains contre un contrat, qui risque d’hypothéquer l’avenir de plusieurs générations, a montré que l’unanimité voulue de rigueur n’était que de façade. C’est à l’ombre des révoltes que connaît le monde arabe que ces Marocains ont continué à scander, à cor et à cri, le besoin de vraies réformes politiques, sociales et économiques. Le pouvoir a quant à lui choisi de gagner du temps en pointant du doigt le malaise d’une évolution incertaine chez les pays voisins. Il s’est servi des médias pour discréditer la seule opposition au Maroc: le Mouvement du 20 février. Un mouvement social populaire qui a montré sa capacité à organiser simultanément des manifestations pacifiques dans plus de 140 villes et villages au Maroc. Et ce, malgré les campagnes répressives d’intimidation du régime autoritaire en place.
      Un an après l’adoption de la Constitution, force est de constater un ralentissement incontestable du progrès. Le bulletin des indicateurs de développement affiche toujours des mauvaises notes (amélioration du revenu, analphabétisme, emploi, justice, santé, etc.) Sur le plan politique, malgré l’arrivée des islamistes au gouvernement, la nature et le fonctionnement du pouvoir sont restés les mêmes, et malgré l’idée fixe du maintien d’une paix sociale hypothétique, l’éventualité d’une crise aigüe est toujours présente.
       Dans le domaine des droits humains, l’État marocain hésite toujours quant à la ratification de nombreuses chartes et conventions, avec en tête la Convention de Rome sur la Cour pénale internationale et les deux protocoles relatifs au Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Bien que la nouvelle Constitution apporte quelques améliorations au niveau des droits fondamentaux, le déficit sur le plan des valeurs humanistes va continuer à remettre en cause sa compatibilité avec les engagements pris:
      •  La primauté des conventions internationales des droits humains sera toujours fortement entravée dès que celles-ci entreront en conflit avec les constantes culturelles traditionnelles locales. La Constitution manque de clarté et n’offre pas de garanties quant à la mise en application de ces droits, et ce malgré les engagements.
      • La Déclaration universelle des droits humains stipule que la liberté de culte doit être respectée par les États pour tous les citoyens. La ‘‘nouvelle’’ Constitution est un blocage de l’État de droit tant que le pouvoir religieux est instrumentalisé par le pouvoir politique.
      •  La ‘‘nouvelle’’ Constitution confirme, comme par le passé, un Roi suprême en possession de tous les pouvoirs. Les avancées démocratiques seront donc difficiles à réaliser à cause des contradictions et de la structure autoritariste toujours maintenues.
       Sur le terrain des applications, la mise en œuvre des engagements de l’État brille par l’absence de volonté politique quant à la protection et le respect des droits humains. Les attentes des ONG et autres associations des droits humains sont d’ailleurs à bout de souffle. Le dernier rapport de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) affirme une régression manifeste des libertés et constate pour 2011 un nombre plus élevé des violations des droits humains. Ce rapport permet de nous renseigner sur les vraies orientations des autorités de l’État et les directives appliquées par elles. Il permet également de contredire la désinformation utilisée par les médias officiels qui informent l’opinion publique nationale et internationale.

      S’agissant de l’exercice du droit d’expression dans des rassemblements ou des manifestations pacifiques, contrairement aux conventions internationales et à la législation locale, la violation de ce droit par les autorités marocaines est devenue monnaie courante. La répression est soutenue par tous les moyens directs et indirects, psychiques ou physiques. Les autorités répressives n’hésitent nullement à porter atteinte au droit à la vie et à la sécurité personnelle des hommes, femmes, enfants et personnes âgées. Les atteintes les plus graves sont infligées aux membres du Mouvement du 20 février dès leur arrestation par les patrouilles de police, au cours de la garde à vue, dans les prisons et même dans les hôpitaux.

      Concernant la liberté de la presse écrite ou audiovisuelle, le même rapport a relevé plusieurs violations à l’exercice de ce droit: interdictions de publication, recours à différents types d’intimidation à l’encontre des journalistes, sans hésiter à prononcer des jugements injustes contre ces derniers et suppression de tout avis qui s’opposerait au discours officiel dans les émissions  de radio et de télévision.

      Finalement, les revendications légitimes du Mouvement du 20 février pour la démocratie, la liberté, la dignité, l’autonomie et l’intégrité de la justice, la fin du despotisme et de la dépravation sont loin d’être exaucées. En effet, les autorités marocaines usent de moyens répressifs utilisés à l'encontre des actions pacifiques des masses populaires et n’hésitent pas non plus à se servir du système judiciaire pour mettre en place des procès fallacieux, où souvent les conditions élémentaires d’une justice équitable sont absentes. Puisque de la manière de rendre justice découle la confiance, il ne serait donc pas étonnant de voir une grande partie des Marocains perdre toute confiance dans un pouvoir judiciaire affilié et nébuleux.



      Tout est dans le regard !

      vendredi 20 juillet 2012

      AMDH Rapport annuel Violations des droits humains

       Nous présentons ici les le rapport de presse distribué par l’Association Marocaine des Droits Humains à la suite de la présentation de son rapport annuel sur la situation des violations des droits humains au Maroc. Rapport que l’AMDH émet régulièrement depuis 1995, pour mettre en exergue les violations de l’État marocain de ses engagements internationaux en matière des droits humains et son manquement à la mise en œuvre effective de ses engagements en général tant dans la pratique qu’au niveau législatif. Ce rapport relève les différentes catégories de droits selon les domaines suivis par l’A.M.D.H. 

      En 2011, les violations relevées dans ce rapport sont suffisantes pour mettre en exergue l’orientation générale caractérisant la politique publique en la matière et reflètent, qu’en dépit de ses engagements nationaux et internationaux, l’État manque de volonté politique effective pour le respect des droits et des libertés.

       Voici les conclusions de ce rapport:

       I. Au niveau législatif : 

      1) La Constitution

       Sous la pression des masses du «Mouvement du 20 février», l’État marocain a procédé à des amendements constitutionnels annonçant certaines libertés et des droits tels l’incrimination de la torture, de la détention arbitraire et de la disparition forcée. Cependant, l’effet desdits droits et libertés reste très restreint en l’absence de garanties constitutionnelles – surtout judiciaires – pour leur mise en œuvre, de la garantie de leur sauvegarde et de la non-impunité des auteurs de leur violation ; en outre, la suprématie des pactes internationaux des droits humains dans la Constitution ne peut dépasser le plafond des particularités illustré par les dispositions de la Constitution, de la législation locale et de l’identité nationale ce qui constitue une contradiction vidant de tout sens la mention de cette suprématie (Préambule). 
       La Constitution actuelle ne consacre aucunement l’égalité effective entre la femme et l’homme du fait que ladite égalité doit respecter les particularités illustrées dans « les dispositions de la Constitution, des constantes et des lois du Royaume » qui constituent la source de la discrimination entre les deux sexes en matière des droits civils et justifient les réserves émises par le Maroc ce qui vide la stipulation de l’égalité entre les deux sexes de son sens de droits humains universels.

       En dépit de la promulgation dans la Constitution, pour la première fois, de l’amazighe en tant que langue officielle, le processus de sa mise en œuvre est lié à la promulgation d’une loi organique ; en outre, le classement adopté place la langue amazighe en seconde position après la langue arabe. (Article 5) 

       En général, la Constitution ne reconnaît ni le droit du peuple marocain à s’autodéterminer ni la séparation réelle des pouvoirs ; et sans les conditions nécessaires à son harmonisation avec les pactes internationaux des droits humains, son essence despotique est préservé et reste loin des composantes d’une constitution démocratique. 

      2) Les instruments internationaux non ratifiés par le Maroc

       Le Maroc a dernièrement ratifié le Protocole facultatif à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, le Protocole facultatif à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ; par ailleurs, le Gouvernement a annoncé son intention de ratifier la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Toutefois, le Maroc tergiverse toujours quant à la ratification de nombreuses chartes et conventions internationales sur les droits humains avec en tête la Convention de Rome sur la Cour pénale internationale, les deux protocoles relatifs au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et la levée de toutes les réserves et des déclarations interprétatives des conventions ratifiées. Il n’a pas non plus ratifié un bon nombre de conventions de l’Organisation internationale du travail avec en tête la Convention n° 87 sur la liberté syndicale.

       3) Le Conseil national des droits humains

       En dépit de l’élargissement des attributions du Conseil national des droits de l’Homme (C.N.D.H.), créé en mars 2011, sa composition et les dispositions le régissant font qu’il soit sous l’autorité absolue du Roi ; son règlement intérieur (article 45), son ordre du jour et les résultats de ses travaux sont soumis à l’approbation du Roi (articles 46 et 49) ; les rapports, les avis, les recommandations et les propositions du C.N.D.H. ne sont publiés qu’après qu’ils aient été portés à la connaissance du Roi (article 48) ; le Président du C.N.D.H. ne peut proposer la création d’une commission ad hoc pour l’examen d’une affaire donnée relevant de sa compétence (article 45) ni déléguer une partie de ses attributions à des membres du C.N.D.H. sans solliciter l’approbation du Roi (article 49). 

      Ainsi, en considérant « les Principes de Paris », il apparaît que le C.N.D.H. ne répond pas aux critères des institutions nationales chargées de la protection et de la promotion des droits humains ; le mandat du C.N.D.H. n’est pas suffisamment élargi ; il ne dispose ni de prérogatives à même de lui permettre le suivi de la mise en œuvre de ses recommandations ce qui est contraire aux attributions et responsabilités des institutions nationales prévues par « les Principes de Paris » ni de l’autonomie nécessaire pour accomplir ses tâches à savoir le suivi de la situation des droits humains et la présentation de recommandations concernant leur évolution ; en outre, son double référentiel laisse planer l’ambiguïté sur sa démarche méthodologique. 

      4) Les recommandations de l’Instance équité et réconciliation

       Six ans après l’approbation, le 06 janvier 2006, du rapport final de l’Instance équité et réconciliation par le Roi, la plupart des recommandations émises ne sont toujours pas mises en œuvre alors que certaines ne requièrent que la volonté politique en l’occurrence la présentation des excuses officielles et publiques de l’État et la ratification d’un bon nombre de conventions et de protocoles.

       5) La promotion de la culture des droits humains et la démocratie 
       
       La plateforme citoyenne pour la promotion de la culture des droits de l’Homme annoncée officiellement par l’État en 2008 n’a toujours pas vu le jour ; par ailleurs, l’État n’a donné aucune suite au Plan d’action national en matière de démocratie et de droits de l’Homme (2011-2016) ce qui est le cas pour un bon nombre de plans, projets et recommandations concernant l’évolution de la situation des droits humains. 

      II. Les droits civils et politiques  

      1) Le droit à la vie, à la protection contre la torture, à l’intégrité physique et à la sécurité personnelle.

       L’A.M.D.H. a enregistré de nombreuses violations commises directement ou indirectement par l’État portant atteinte au droit à la vie du fait de la violence infligée aux citoyen(ne)s dans les locaux de la police, dans les lieux publics, dans les centres hospitaliers à cause des négligences, dans les prisons à cause du surpeuplement, de l’absence des conditions d’hygiène et de la montée de la violence, suite à des événements de protestation, lors des manifestations et des sit-in des masses populaires, au cours de la garde à vue ou après arrestation par des patrouilles de police… Ces violations commises par les différentes forces des autorités publiques, usant de différents moyens, sont devenues monnaie courante à l’encontre des citoyens et surtout du mouvement populaire qui a vu le jour avec le Mouvement du 20 février ; en général les responsables jouissent d’une protection les plaçant au-dessus de toute poursuite ou responsabilisation ce qui les encourage à persévérer dans leurs exactions.

       2) la détention politique.

       Estimé à 48 en 2011(48 cas traités par l’AMDH), le nombre des détenus politiques est relatif en raison du flux et du reflux dans la fluctuation de la détention politique car les durées des jugements sont plus courtes par rapport à celles d’auparavant. Ces détenus sont répartis selon des groupes. Nous en citons à titre d’exemple : les activistes du Mouvement du 20 février, des défenseurs des droits humains, les détenus des mouvements de protestation, les détenus d’opinion sahraouis, des syndicalistes, les activistes de l’Union nationale des étudiants du Maroc parmi lesquels, après leur durée d’incarcération, seuls certains parmi eux ont été libérés, les détenus politiques restants du dossier Bellirej… Il y a, en plus, de nombreux détenus de ladite Salafiyya Jihadiyya qui sont victimes de procès iniques. D’autre part, un bon nombre de détenus politiques ont été libérés, en avril 2011, sous la pression du Mouvement du 20 février et d’autres après l’investiture du nouveau Gouvernement. Concernant les activistes du Mouvement du 20 février dont des victimes de la détention politique, nous avons élaboré un rapport distinct sur les différentes violations des droits humains. En conséquence, la détention politique est toujours en vigueur au Maroc. 

      3) La disparition forcée au Maroc et les cas d’enlèvement 

       La vérité n’a pas été dévoilée concernant de nombreux dossiers de disparition forcée. Parmi les cas en suspens, nous citons ceux évoqués dans le rapport de l’Instance équité et réconciliation avec en tête les dossiers de Mehdi Ben Barka, Houcine El Manouzi, Abdelhak Rouissi, Abdelatif Zeroual, Ouazzane Belkacem, Omar El Ouassouli, Mohamed Islami … L’A.M.D.H. a enregistré environ 42 nouveaux cas d’enlèvement en 2010-2011. Est considérée comme enlèvement, toute arrestation de toute personne en dehors du domaine de la loi sans avertir sa famille qui le cherche du lieu de son incarcération.

       4) La situation générale au sein des prisons 

       La réalité carcérale est toujours en dégradation et connaît des violations graves des droits des prisonniers soulignés dans les règles minima pour le traitement des détenus en raison de la primauté accordée à l’approche sécuritaire dans les prisons illustrée par le fait que les établissements pénitentiaires sont supervisés par l’un des auteurs des crimes qu’ont connus les années de plomb et par la pratique de la politique de la punition collective à l’encontre des détenus et notamment après les incidents de la prison de Salé les 16 et 17 mai 2011 ce qui a entrainé l’ascension de différentes formes de protestation individuelles et collectives, l’observation de nombreuses grèves de la faim par les détenus et particulièrement ceux de ladite Salafiyya Jihadiyya et même des décès (quatre cas, au moins, ont été enregistrés : Mustapha Lazaâr à Bouarfa, Ahmed Rachiq à Meknès, Ouaziz El Ouedghiri à Fès et Ahmed Ben Miloud à Salé II en 2012). 

      En outre, le Délégué général de l’administration pénitentiaire interdit à la plupart des composantes des droits humains, dont l’Organisation Mondiale Contre la Torture et les médias nationaux et internationaux, d’accéder aux établissements pénitentiaires pour constater les conditions d’incarcération et si les droits des détenus sont ou non respectés. 

      5) Les libertés publiques 

       Les libertés publiques ont connu, en 2011, des régressions concrètes. De même, le rythme des violations a augmenté quant à l’exercice des individus et des groupes de leur droit d’expression, le droit de créer des associations, le droit de rassemblement comme c’est le cas dernièrement des magistrats qui ont réservé en bonne et due forme le lieu de leur assemblée pour être en fin de compte interdits d’y accéder sous prétexte que des instructions ont été données. 

      De même, les violations sont plus fréquentes quant à la liberté de la presse, la liberté syndicale, la liberté de circulation ; en outre, plusieurs lois transgressent toujours les libertés individuelles et notamment la liberté de manifester sa religion. 

      6) Le droit de manifestation pacifique

      Ce droit est violé à travers les interventions violentes des forces publiques et l’utilisation excessive de la force hors du domaine de la loi ce qui a causé la mort, en l’occurrence celle de Karim Chaïb à Séfrou, le 20 février 2011, et de Kamal Ammari, le 29 mai 2011, qui n’a été l’objet d’aucune enquête et aucun des auteurs de ces crimes n’a été sanctionné. Il a été aussi fait usage de bombes lacrymogènes, de canons à eau, de balles en caoutchouc, et de gourdins, de matraques électriques et de barres de fer contre des manifestants pacifiques et pour la dispersion par la force de sit-in pacifiques organisés dans de nombreuses villes par les enchômagés ou les habitants revendiquant leurs droits économiques et sociaux ou contre la spoliation de leurs terres ou par les ouvrières et les ouvriers protestant contre la violation de leurs droits ou par le mouvement des femmes soulaliyyates revendiquant leur droit à la terre… 

      Les autorités recourent, aussi, aux services de civils qu’elles instrumentalisent et couvrent pour qu’ils attaquent les manifestants et les activistes du mouvement de protestation en toute impunité en dépit de l’ouverture d’une enquête par la police judiciaire sur quelques plaintes qui n’ont pas fait objets de poursuites pour la plupart d’entre elles.

       7) La violation du droit à s’organiser

        C’est le cas de l’Association nationale des diplômés chômeurs, du parti al-Badil al-Hadari, du parti al-Oumma, du Groupe de travail « Migrations et développement », de l’Instance nationale pour la protection des biens publics au Maroc et de nombreux bureaux syndicaux, des associations locales et quelques sections de l’Association Marocaine des Droits Humains. 

      8) La violation de la liberté de presse et le contrôle de l’État sur les médias publics 

       L’État marocain continue à restreindre le droit d’accès à l’information, à faire subir des procès inéquitables à des journalistes, à prononcer des jugements injustes à leur encontre comme c’est le cas de l’arrestation et du procès du journaliste Rachid Nini à Casablanca, de la poursuite du journaliste Mustapha Alaoui dans le cadre d’un procès qui ne réunit pas les conditions d’un procès équitable et à plusieurs reprises du directeur du journal al-Michaâl. En plus, des pressions sont exercées contre les journaux indépendants en recourant aux personnes influentes politiquement pour user de leur autorité et interdire les annonces publicitaires aux journaux critiquant les autorités alors que l’État contrôle toujours les médias publics qu’il emploie dans sa propagande politique et dans le dénigrement contre certains militants et contre des instances dans l’absence de l’éthique professionnelle et du devoir de neutralité imposé à l’État.

       9) La Justice marocaine 

        Les appareils exécutifs de l’État continuent toujours à se servir du système judiciaire pour lui faire prononcer des jugements injustes dans des procès inéquitables en l’occurrence ceux lors desquels ont été poursuivies les victimes de la répression de la liberté d’opinion et d’expression, de la liberté de la presse, des syndicalistes, des activistes politiques, des participants aux protestations sociales, des défenseurs des droits humains dont de nombreux membres de l’A.M.D.H., et les détenus en rapport avec les dossiers de la lutte anti-terroriste. Le système judiciaire est aussi utilisé pour concocter des dossiers contre des citoyens innocents afin de régler des comptes personnels comme c’est le cas du champion mondial Zakaria Moumni et celui de certains citoyens à Khénifra à cause de l’influence de l’une des parentes du Roi dans la région qui jouit de la protection des autorités ; par ailleurs, les condamnations à mort continuent d’être prononcées. 

      III. Les droits économiques, sociaux et culturels 

       A l’instar des années précédentes, l’année 2011 a enregistré la continuité de la même situation au niveau économique, social et culturel puisque les indicateurs importants n’ont connu aucune amélioration sensible ; ils ont plutôt enregistrés un recul retentissant. Le pourcentage de déficit budgétaire, selon certains experts, a atteint 6% alors que la dette a dépassé 50% du produit intérieur brut ; cependant l’économie de rente et des privilèges continue sa domination, la corruption s’aggrave, l’impunité devient la règle dans les crimes économiques et sociaux, les responsables de la dilapidation des deniers publics ne répondent pas de leurs crimes et les condamnés sont toujours libres. 

      Selon le rapport mondial sur le développement humain de 2011 émis par le programme des Nations unies pour le développement, la position du Maroc a rétrogradé de 16 points dans l’échelle de classification mondiale ; il est passé du 114e rang qu’il occupait en 2010 au 130e sur 181 pays. Le même rapport classe le Maroc parmi les dix pays ayant enregistré la plus faible proportion de privation et de la pauvreté multidimensionnelle ; cette proportion a atteint 45% et l’incidence des populations vivant dans une pauvreté multidimensionnelle est de 3,3%. Dans le même contexte, l’« enquête sur les ménages et la jeunesse au Maroc » publiée dans le rapport de la Banque mondiale en mai 2012, intitulé « le Royaume du Maroc : Promouvoir les opportunités et la participation des jeunes » montre qu’environ la moitié des jeunes, représentant environ 30% de la population totale et 44% de la population active, n’ont ni fréquenté les écoles ni adhéré à la main-d’œuvre et que le taux de chômage parmi eux représente en moyenne entre 22% chez les hommes et 38% chez les femmes. Par conséquent, il n’est pas surprenant que le rythme des mouvements de protestation s’accélère et leur champ d’action s’étende et ce en rapport avec la dynamique déclenchée par le Mouvement du 20 février et la rétrogradation que connaissent les droits économiques et sociaux en raison de la chute du pouvoir d’achat de larges tranches parmi les citoyennes et les citoyens, l’augmentation des prix et la détérioration des services sociaux.

       Le droit au travail et les droits des travailleurs 
       - Le droit au travail 

      Enregistrons, de prime abord, le problème persistant du chômage qui ne fait que s’aggraver et l’incapacité de l’État à en assurer la protection puisque l’année 2011 n’a connu aucune amélioration significative dans la situation de l’embauche des diplômés chômeurs. Le dernier rapport arabe, sur l’embauche et le chômage dans les pays arabes, indique que la proportion de chômage parmi les lauréats des universités et des instituts supérieurs au Maroc, dont le nombre est estimé entre 170 mille et 20 mille, a atteint 26,8% ce qui représente le taux le plus élevé dans la région et ce en dépit de l’embauche partielle de certaines catégories parmi eux comme c’est le cas de 4304 enchômagé(e)s titulaires du master et du doctorat avant fin décembre 2011qui ont bénéficié, à titre exceptionnel, de loi approuvée par le Conseil du gouvernement pour le recrutement direct dans l’administration publique et les collectivités locales. C’est ce qui explique l’intensification de la lutte qu’ont connue les différentes catégories et organisations des mouvements de protestation des enchômagés et surtout après le déclenchement du Mouvement du 20 février revendiquant l’emploi. Face à cette escalade qualitative et quantitative des luttes, l’État use tantôt du dialogue et souvent de la répression sévère et recourt de plus en plus aux arrestations et aux procès. 

       - Les droits des travailleurs 

       Le Maroc n’a toujours pas ratifié un ensemble de conventions avec en tête la Convention n° 87 sur « la liberté syndicale et la protection du droit syndical » en dépit de l’engagement pris par le Gouvernement lors du dialogue social le 26 avril 2011. En outre, il n’a pas signé le protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Quant au Code du travail, en dépit de ses défauts et insuffisances, il ne s’applique que dans un nombre limité d’établissements du secteur privé même après la fin dudit « plan d’action national de mise en conformité sociale » qui a contribué dans une large mesure à encourager la transgression du Code du travail dans le cadre de la politique d’impunité et au moment où de nombreuses dispositions contraires au droit de grève et des libertés syndicales sont toujours en vigueur avec en tête l’article 288 du Code pénal et l’article 5 du décret du 5 février 1958 relatif à l’exercice du droit de grève par les fonctionnaires. Les droits de travail les plus élémentaires ne sont toujours pas garantis (la carte de travail et de paie, l’adhésion à la Caisse nationale de sécurité sociale, la détermination des heures de travail, les congés hebdomadaires et annuels …)

      . Les licenciements arbitraires des ouvriers et collectifs et les fermetures illégales des établissements de production continuent et l’exercice des droits et des libertés syndicales est incriminé et particulièrement dans le secteur privé. 

       - Le droit au logement 

       La politique dudit logement social à travers laquelle l’État essaie d’alléger la crise de logement est restée vaine puisque elle n’est pas parvenue au niveau requis pour laisser le champ libre aux spéculateurs et aux mafias de l’immobilier.

       Par ailleurs, des lobbys encouragent l’habitat insalubre et la multiplication de bidonvilles sans l’intervention de l’État qui par contre recourt à l’évacuation des résidents et démolit leurs constructions sans leur offrir d’alternatives. 

      Le début de l’année 2011 a connu l’immolation par le feu pour la revendication du droit au logement (cas de Fadoua Laroui à Souk Sebt) et des événements sanglants à la suite des interventions des forces publiques pour réprimer les manifestations pacifiques des habitants revendiquant le droit à un logement décent (cas de douar « Lahouna » (les délaissés) ou « al-Majd » à Taourirt). De nombreux résidents de bidonvilles et propriétaires de maisons délabrées se sont regroupés pour constituer des coordinations ou des comités de suivi. C’est le cas à Casablanca où ils organisent des sit-in pour revendiquer à cor et à cri le droit au logement décent et sont souvent réprimés, arrêtés et jugés. L’année 2011 a connu des démolitions de constructions et l’évacuation forcée des résidents en dépit de la détention de documents attestant qu’ils sont propriétaires des lots de terrains sur lesquels ils ont bâti leurs habitats. 

       - Le droit à la santé 

       Le système de santé au Maroc souffre de déséquilibres structurels majeurs dans la gestion, le financement et la gouvernance qui s’illustrent comme suit : La problématique d’accès aux services sanitaires. Les maladies chroniques, le taux élevé de maladies infectieuses. L’obligation pour les citoyens démunis de payer une contribution financière, s’étalant entre 200 dirhams et 50% du montant de la facture des soins, sans fondement juridique. Le citoyen marocain supporte seul plus de la moitié de la couverture globale destinée à financer tout le secteur sanitaire (57%). Par la politique pharmaceutique au Maroc, les médicaments sont très chers par rapport aux pays similaires en termes de revenus. La santé préventive et les soins primaires sont marginalisés et relégués au second rang dans la stratégie du ministère. 

       Les ressources humaines du secteur et particulièrement les spécialistes connaissent de nombreuses difficultés quant à leur effectif. l’État se dérobe de son rôle principal qui lui impose d’offrir aux citoyens les services sanitaires; cette régression montre que l’État se soustrait à son rôle social qui est le principal déterminant de son existence ; ainsi, le secteur privé s’accapare de ce domaine sans respecter la politique publique suivie en ayant un seul souci, la réalisation des bénéfices. 

       - Le droit à l’éducation 

       Bien que les années scolaires 2010-2011 et 2011-2012 aient commencé à temps, de nombreux nouveaux établissements n’ont pas ouvert les portails et un grand nombre d’internats créés sont restés fermés à cause des travaux non achevés alors que dans d’autres établissements les réparations ont continué en dépit du commencement des études (41,3% pour les établissements primaires et secondaires collégiens et 35% dans le secondaire qualifiant). D’autre part, le surnombre, le manque de cadres administratifs et pédagogiques, les classes combinées à niveaux multiples sont les caractéristiques générales de l’entrée scolaire. En outre, le taux des établissements disposant de l’eau potable, de l’électricité, des services hygiéniques et sanitaires et d’assainissement montre une évolution très lente ne répondant pas aux besoins urgents en équipement. Le problème de la déperdition scolaire pour des raisons relatives à la pauvreté, à la qualité de l’enseignement et à la discrimination entre les sexes enregistre une proportion élevée et ce qui rend cette situation préoccupante, c’est le taux élevé de redoublements. 

      Pour ce qui est de l’éradication de l’analphabétisme, les efforts déployés par l’État restent insuffisants ; si la direction de la lutte contre l’analphabétisme estime que le taux d’analphabétisme a régressé à environ 30%, les statistiques de l’UNESCO estiment que le taux des Marocains adultes, qui ne savent ni lire ni écrire, est de 44% et que parmi les jeunes âgés entre 15 et 24 ans, ce taux est de l’ordre de 21% dont la majorité sont des femmes. 

       - Les droits culturels 

       L’année 2011 a connu de nombreuses protestations revendiquant les droits culturels : Des protestations revendiquant le soutien des artistes marocains, la levée de leur marginalisation et de mettre un terme aux interdictions dont souffrent certains d’entre eux et de résoudre leurs problèmes chroniques. La protestation de l’Union des écrivains du Maroc, Bayt achi’r (la Maison de la poésie) et la Coalition marocaine des cultures et des arts contre le manquement du ministère à ses engagements et le manque de clarté dans la vision et la conception de l’affaire culturelle et pour dénoncer la détérioration de la politique culturelle au Maroc pendant le mandat du ministre en charge. 

      Sit-in du Comité de coordination des trois syndicats les plus représentatifs dans le secteur des médias audiovisuels publics devant le siège de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision et en même temps devant 2M, le 1er avril 2011, sous le mot d’ordre « Pour des médias publics citoyens au service du peuple consacrant les valeurs de la modernité, de la démocratie, du pluralisme et de la diversité ». Protestation contre l’absence forcée et temporaire du programme culturel, littéraire « Macharif » animé par le poète Yassine Adnane pour l’empêcher d’inviter des personnalités culturelles de renommée. 

      Protestation de nombreuses associations contre la mauvaise gestion des services culturels et de la répartition des budgets alloués sur la base d’un décret discriminatoire aux associations organisatrices des colonies de vacances selon leurs positions et tendances. 

      - Les droits culturels et linguistiques amazighs 

       L’AMDH enregistre positivement la constitutionnalisation de la langue amazighe en tant que langue officielle aux cotés de la langue arabe stipulée dans l’article 5 de la Constitution de 2011 ; cependant, elle craint que la mise en œuvre de cette reconnaissance ne soit retardée par le processus de promulgation de la loi organique soulignée dans le même article. 

      Elle relève, de même, que l’État s’abstient de répondre à la recommandation émise par le Comité pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale relative à la présentation de statistiques, de données et d’informations concernant la composition des habitants du Maroc et de l’usage de la langue maternelle, sur les langues communes et concernant tout autre indicateur se rapportant à la diversité ethnique. 

      De même, elle enregistre l’interdiction du ministère de l’intérieur de plusieurs prénoms amazighs. L’enseignement de la langue amazighe n’a connu de succès ni en ce qui concerne les prévisions de généralisation à tous les établissements primaires de l’enseignement de la langue amazighe en 2012 ni au niveau du nombre d’élèves ayant bénéficié de l’apprentissage de cette langue et du manque de ressources humaines maîtrisant la langue. 

      Quant à l’intégration de langue amazighe dans les médias, l’A.M.D.H. a enregistré positivement le lancement de la chaîne de télévision amazighe ; cependant, elle relève le faible niveau de la qualité et de professionnalisme et les restrictions concernant la liberté de créativité chez les employés des chaînes nationales et le recours à la censure de certaines interviews ; en outre la H.A.C.A. ne respecte pas les cahiers des charges concernant le nombre d’heures d’émission en amazigh ; la consécration de la discrimination à l’encontre des journalistes de la chaîne amazighe à l’instar des journalistes des autres chaînes ; la culture et la langue amazighes n’ont donc qu’une présence terne et formelle.

       IV. Les droits de la femme 

      Selon le rapport du Forum économique mondial de 2010, le Maroc est passé du 124e rang en 2009 au 127e parmi 134 pays. Le Maroc est donc considéré parmi les pays les plus inégalitaires compte tenu de l’approche genre selon un ensemble d’indicateurs tels les difficultés que rencontrent les femmes pour accéder au marché du travail (69% parmi les femmes pour 44% des hommes) ; les femmes continuent à subir différentes formes de violence pendant que l’État hésite à promulguer la loi relative à la protection des femmes contre la violence et s’attarde à imposer le respect des autres lois en dépit de leurs faiblesses (avec en tête le Code de la famille) et à honorer ses promesses pour la levée des réserves sur la C.E.D.A.W. au lieu de les remplacer par des déclarations interprétatives ce qui constitue un manquement de l’État à honorer son engagement pour lever les réserves suscitées.

       V. Les droits de l’enfant

        L’État n’a toujours pas mis à exécution les plans établis dans le cadre de ses engagements internationaux concernant les droits de l’enfant. Les droits des enfants sont toujours objets de nombreuses violations avec en tête l’exploitation économique et sexuelle qui prend des dimensions graves.

       L’on relève aussi le taux élevé des décès infantiles au cours des accouchements ; plus de 60 mille filles travaillent dans des foyers dans des conditions similaires à celles des esclaves et certaines d’entre elles sont mortes du fait de la violence ; l’émigration de mineurs non accompagnés prend de plus en plus d’ampleur ; en plus la Justice montre beaucoup de clémence envers les auteurs de crimes contre les enfants. 

       La protection des enfants n’a pas la place qui doit lui être réservée dans le nouvelle Constitution eu égard au fait qu’elle ne répond pas aux engagements internationaux du Maroc et reste en deçà des revendications du mouvement des droits humains ; les droits de l’enfant doivent être stipulés explicitement tels que reconnus universellement et il s’avère nécessaire qu’une loi soit promulguée pour la création d’un organe national indépendant s’occupant des affaires et de la protection de l’enfance. En outre le retard de l’Etat marocain pour présenter son rapport devant le comité des nations unies chargé des droits de l’enfant.

       VI. Les droits des personnes handicapées

       Bien que le Maroc ait ratifié la Convention concernant cette catégorie de citoyennes et de citoyens et le Protocole facultatif s’y rapportant, le projet de loi se rapportant à leur mise en œuvre élaboré par le ministère concerné n’est toujours pas promulgué. Ainsi les ratifications du Maroc ne sont que formelles et sans effet quant aux concernés qui constituent l’une des catégories les plus souffrantes dans la société. 

      VII. Les droits des migrants et des demandeurs d’asile 

       L’année 2011 a été caractérisée par les campagnes policières contre les citoyens subsahariens afin de les expulser vers les frontières maroco-algériennes dans des conditions inhumaines faisant fi des décisions administratives ou judiciaires. 

       Pour ce qui est de leurs conditions sociales, les citoyens subsahariens ne jouissent même pas de leurs droits essentiels tels le droit aux soins, à l’éducation et au logement ; les femmes ne sont admises aux hôpitaux ni pour accoucher ni pour recevoir les soins urgents ; les enfants nés au Maroc ne peuvent être enregistrés sur les registres de l’état civil et ne peuvent donc pouvoir être inscrits dans les écoles. 

       D’autre part, l’A.M.D.H. considère que les émigrés marocains – résidant en Occident – vivent des tragédies à cause du chômage, des persécutions raciales, des relations arbitraires qui existeraient entre l’émigration, l’extrémisme religieux et le terrorisme ; ces conditions se sont empirées du fait des répercussions de la crise économique sur les conditions des émigrés en général et notamment les maghrébins ; en outre, les régressions dans la politique de l’émigration en Europe sont continuelles ; l’A.M.D.H. a suivi les violations des droits humains issues de ces conditions et particulièrement celles concernant l’extradition des émigrés marocains vers le Maroc dont des mineurs non accompagnés.  Pendant que l’émigration irrégulière des Marocains vers l’Europe est responsable de véritables tragédies causant la mort de nombreux citoyens dans les barques de la mort. 

      Concernant le dossier de l’émigration irrégulière des Subsahariens qui arrivent dans notre pays dans l’intention de passer vers l’Europe, c’est le traitement répressif qui prévaut dans notre pays faisant fi de toutes les normes des droits humains. L’A.M.D.H. revendique toujours que la vérité soit dévoilée sur les événements douloureux et sanglants qui ont eu lieu aux côtés de Ceuta et Melilla en automne 2005.

       VIII. Le droit à un environnement sain 

       En dépit de l’arsenal juridique dont dispose le Maroc et qui est constitué de plus de 700 documents relatifs d’une manière directe ou indirecte, à l’environnement, ceci n’est aucunement suffisant pour préserver un environnement sain en raison de la caducité des textes, de leurs limites, et du fait qu’ils ne couvrent pas tous les domaines, de leur dispersion sur de nombreux textes sectoriels ignorés par le personnel concerné, de l’insuffisance des moyens de dissuasion qu’ils soulignent, qu’ils ne sont pas en harmonie avec la législation internationale et que les mécanismes prévus pour leur application sont inefficaces.

       Le Bureau central

      jeudi 14 juin 2012

      Amnesty International dénonce la persistance de la répression et de la torture au Maroc

       Rapport Amnesty International

      L ’organisation de défense des droits de l ’homme basée à Londres, Amnesty International, a dénoncé dans son rapport annuel les graves atteintes aux droits de l ’homme qui sont constamment perpétrés au Maroc. 

       Selon Amnesty, « les forces de sécurité utilisent une force ‘excessive ’ à l ’encontre des manifestants opposés à la monarchie et aux institutions de l ’Etat, qui continuent à faire face à des poursuites et emprisonnements ». La « brutalité » employée par les forces de l ’ordre pour réprimer des manifestants dans les villes a conduit à des décès, à de nombreux blessés et à des condamnations à des peines de prison, estime Amnesty qui ajoute que « les forces de sécurité ont harcelé les familles de militants dans le mouvement 20 février dernier et convoqué pour interrogatoire des dizaines de militants favorables à un boycott des élections législatives ». 

       Comme exemple, Amnesty International donne des dates et des faits. 
      - Le 15 mai 2011, des rassemblements et manifestations organisées par le Mouvement du 20 février à Rabat, Fès, Tanger et Témara ont été dispersés de force par les forces de sécurité, qui ont utilisé des matraques et coups de pied contre des manifestants qui exprimaient pacifiquement leur opinion. 

       - Et le 29 mai de la même année, une manifestation organisée dans la ville de Safi par le Mouvement du 20 février a été violemment dispersée par les forces de sécurité. Un manifestant, Kamel Ammari, est décédé quelques jours plus tard suite à ses blessures, relève l ’organisation. 

      - « Le 20 novembre encore, les forces de sécurité ont pris d ’assaut les bureaux de l ’Association marocaine des droits de l ’homme (AMDH) dans la ville de Bou-Arafa et ont battu un certain nombre de personnel et les jeunes qui se préparaient à rejoindre une manifestation », indique encore le rapport 2012 d ’Amnesty International 

       Mais, Amnesty ne s ’arrête pas là. « La persistance de la torture et autres mauvais traitements réservés aux détenus », souligne l ’ONG internationale qui vise la DST et la police. Dans le domaine de la liberté d ’expression, l ’organisation affirme que les journalistes, et les autres représentants de la presse, ont continué à faire face à des poursuites et à des emprisonnements pour avoir publiquement critiqué les fonctionnaires de l ’Etat ou des institutions, ou publié des rapports sur des questions « politiquement sensibles ». Des personnes ont été détenues simplement pour avoir critiqué le gouvernement ou parlé de corruption dans leurs écrits. Le cas de Rachid Niny, l ’ex-directeur du quotidien Al Massae, qui a passé un an de prison pour avoir révélé une affaire de corruption touchant l ’actuel conseiller royal Fouad Ali El Himma et dénoncé la torturé pratiquée dans les centres de détention secrets de la DST, est mis en exergue. Le rapport d ’AI n ’oublie pas non plus, le cas du rappeur populaire Mouad Belghouat Lhaqed, arrêté le 9 septembre, « parce que certaines de ses chansons ont été jugés offensantes pour la monarchie ». Son procès a été reporté à plusieurs reprises et il est resté en détention jusqu’à ’à la fin de l ’année, relève le rapport. Lhaqed vient d ’être condamné une nouvelle fois à un an de prison pour une autre affaire liée à la liberté d ’expression. Amnesty International n ’a pas eu le temps de remettre son cas sur la place publique. Ce sera chose faite l ’année prochaine.

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      Solidmar et le comité de soutien aux étudiants prisonniers politiques de Taza, Fès et autres prisons marocaines regrettent que le grand mouvement de protestation des grévistes à travers les prisons du Maroc n'ait pas été mentionné dans ce rapport.

      Une trentaine de prisonniers ont mené des grèves de la faim réellement illimitées jusqu’à la fin de leur peine pour protester contre la précarité de conditions de vie et d'études et contre les tortures dans les prisons. Ces grèves ont duré plusieurs mois. Ezedine Erouissi , premier de ces grévistes, est sorti après 135 jours de grève. Il ne peut ni parler, ni marcher. La famille a peu de moyens pour payer les soins. Certains jeunes tel Abdessamad Haidour, toujours en grève, sont en danger de mort...
      De très rares journaux ont parlé de ce mouvement, mais l'information a été largement relayée sur les réseaux sociaux, et le comité de soutien a diffusé  les informations à la presse, aux autorités, aux ONG...18 associations marocaines ont dénoncé cette situation auprès du gouvernement, en vain...Il faudrait pouvoir compter sur une campagne  internationale !

      Une telle grève n'a de valeur que si elle est connue, sinon, à quoi sert l' immense sacrifice de ces jeunes , marqués pour la vie, qui auront le sentiment d'avoir gaspillé leur jeunesse pour rien...