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samedi 10 août 2013

l’AMDH au Québec dénonce les événements récents au Maroc soulèvent l' indignation



Par Mohamed Saidi membre du conseil d’administration du comité de soutien à AMDH au Québec


Comité de soutien à l’AMDH au Québec
Montréal- Québec
Canada
                             Communiqué

Plusieurs événements récents au Maroc soulèvent notre indignation. Le roi Mohammed VI a gracié lors de la fête du trône, le 30 juillet dernier, le pédophile espagnol, Daniel Galvin, qui avait écopé de 30 ans de prison pour avoir violé 11 enfants marocains. Les manifestations pacifiques qui dénonçaient la grâce royale ont été violemment réprimées, avant que la grâce n'ait été annulée. Les militant.es continuent de subir les pires intimidations et sont traqué.es, comme c'est le cas de la militante de l’AMDH –Fès Adiba Kabbali qui avait été enlevée le 19 juillet dernier à la sortie de l’université et agressée sexuellement, et de l’avocat de l’AMDH Mohamed Massoudi actuellement poursuivi en justice.
  Ces derniers événements nous permettent de faire le constat suivant :

- L’échec dans l’instauration d’un pouvoir judiciaire indépendant, et l’absence d’une volonté de réforme judiciaire permettant la protection des droits humains,
- La sauvegarde d’un pouvoir extrajudiciaire (la grâce) en mains du roi ne faisant l’objet d’aucun contrôle et qui peut être source d’impunité,
- Presque toutes les manifestations pacifiques de l’opposition sont considérées illégales et sont sujettes à l’utilisation de la force inappropriée et excessive de la part de l’État,
- L’État au Maroc recourt de façon habituelle à l’enlèvement des opposant.es politiques et des militant.es des droits humains, et à la torture dans les prisons et les postes de police et de gendarmerie.
- À plusieurs occasions, ces militant.es sont poursuivi.es ou jugé.es sur la base d’accusations inventées et non fondées (Mohamed Massoudi), et sont sujets à des menaces continues, et parfois à des agressions par des civils encouragés par l’État (Adiba Kabbali).

Suite à ces événements:

Nous dénonçons la grâce royale accordée au pédophile espagnol Daniel Galvin, et nous réclamons l’abolition de ce pouvoir extrajudiciaire et l'indépendance de la justice,

Nous dénonçons la violence des forces de l'ordre lors de manifestations citoyennes pacifiques et encourageons le Collectif national des victimes de la répression de la manifestation à porter plainte contre les responsables des répressions,

Nous exprimons notre solidarité avec les familles des victimes du pédophile, ainsi que les réprimé.es et les détenu.es lors des dernières manifestations au Maroc,

Nous dénonçons tous les actes d'intimidation et de violence commis contre les opposant.es politiques et militant.es des droits humains, et exprimons notre solidarité avec les militant.es de l’AMDH Mohamed Massoudi et Adiba Kabbali,

Nous déclarons notre engagement à militer pour une démocratie au Maroc qui garantit les droits humains et les protège.

Le conseil d'administration
Montréal, le 07/08/2013


samedi 20 octobre 2012

Comité de soutien à l’AMDH au Québec : Bilan annuel d'une révolution tranquille


Selon les chiffres officiels, en juillet 2011, les Marocains ont voté à 98% en faveur de la nouvelle Constitution. Une Loi fondamentale rédigée en trois mois par une équipe choisie avec soin par le roi Mohamed VI. Elle n’a été l’objet d’aucun débat public. Le discours royal du 9 mars en avait tracé la feuille de route et convaincu de nombreux Marocains optimistes de l’avènement d’un tournant démocratique sans précédent.
La mobilisation d’une large partie des Marocains contre un contrat, qui risque d’hypothéquer l’avenir de plusieurs générations, a montré que l’unanimité voulue de rigueur n’était que de façade. C’est à l’ombre des révoltes que connaît le monde arabe que ces Marocains ont continué à scander, à cor et à cri, le besoin de vraies réformes politiques, sociales et économiques. Le pouvoir a quant à lui choisi de gagner du temps en pointant du doigt le malaise d’une évolution incertaine chez les pays voisins. Il s’est servi des médias pour discréditer la seule opposition au Maroc: le Mouvement du 20 février. Un mouvement social populaire qui a montré sa capacité à organiser simultanément des manifestations pacifiques dans plus de 140 villes et villages au Maroc. Et ce, malgré les campagnes répressives d’intimidation du régime autoritaire en place.
Un an après l’adoption de la Constitution, force est de constater un ralentissement incontestable du progrès. Le bulletin des indicateurs de développement affiche toujours des mauvaises notes (amélioration du revenu, analphabétisme, emploi, justice, santé, etc.) Sur le plan politique, malgré l’arrivée des islamistes au gouvernement, la nature et le fonctionnement du pouvoir sont restés les mêmes, et malgré l’idée fixe du maintien d’une paix sociale hypothétique, l’éventualité d’une crise aigüe est toujours présente.
 Dans le domaine des droits humains, l’État marocain hésite toujours quant à la ratification de nombreuses chartes et conventions, avec en tête la Convention de Rome sur la Cour pénale internationale et les deux protocoles relatifs au Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Bien que la nouvelle Constitution apporte quelques améliorations au niveau des droits fondamentaux, le déficit sur le plan des valeurs humanistes va continuer à remettre en cause sa compatibilité avec les engagements pris:
  •  La primauté des conventions internationales des droits humains sera toujours fortement entravée dès que celles-ci entreront en conflit avec les constantes culturelles traditionnelles locales. La Constitution manque de clarté et n’offre pas de garanties quant à la mise en application de ces droits, et ce malgré les engagements.
  • La Déclaration universelle des droits humains stipule que la liberté de culte doit être respectée par les États pour tous les citoyens. La ‘‘nouvelle’’ Constitution est un blocage de l’État de droit tant que le pouvoir religieux est instrumentalisé par le pouvoir politique.
  •  La ‘‘nouvelle’’ Constitution confirme, comme par le passé, un Roi suprême en possession de tous les pouvoirs. Les avancées démocratiques seront donc difficiles à réaliser à cause des contradictions et de la structure autoritariste toujours maintenues.
 Sur le terrain des applications, la mise en œuvre des engagements de l’État brille par l’absence de volonté politique quant à la protection et le respect des droits humains. Les attentes des ONG et autres associations des droits humains sont d’ailleurs à bout de souffle. Le dernier rapport de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) affirme une régression manifeste des libertés et constate pour 2011 un nombre plus élevé des violations des droits humains. Ce rapport permet de nous renseigner sur les vraies orientations des autorités de l’État et les directives appliquées par elles. Il permet également de contredire la désinformation utilisée par les médias officiels qui informent l’opinion publique nationale et internationale.

S’agissant de l’exercice du droit d’expression dans des rassemblements ou des manifestations pacifiques, contrairement aux conventions internationales et à la législation locale, la violation de ce droit par les autorités marocaines est devenue monnaie courante. La répression est soutenue par tous les moyens directs et indirects, psychiques ou physiques. Les autorités répressives n’hésitent nullement à porter atteinte au droit à la vie et à la sécurité personnelle des hommes, femmes, enfants et personnes âgées. Les atteintes les plus graves sont infligées aux membres du Mouvement du 20 février dès leur arrestation par les patrouilles de police, au cours de la garde à vue, dans les prisons et même dans les hôpitaux.

Concernant la liberté de la presse écrite ou audiovisuelle, le même rapport a relevé plusieurs violations à l’exercice de ce droit: interdictions de publication, recours à différents types d’intimidation à l’encontre des journalistes, sans hésiter à prononcer des jugements injustes contre ces derniers et suppression de tout avis qui s’opposerait au discours officiel dans les émissions  de radio et de télévision.

Finalement, les revendications légitimes du Mouvement du 20 février pour la démocratie, la liberté, la dignité, l’autonomie et l’intégrité de la justice, la fin du despotisme et de la dépravation sont loin d’être exaucées. En effet, les autorités marocaines usent de moyens répressifs utilisés à l'encontre des actions pacifiques des masses populaires et n’hésitent pas non plus à se servir du système judiciaire pour mettre en place des procès fallacieux, où souvent les conditions élémentaires d’une justice équitable sont absentes. Puisque de la manière de rendre justice découle la confiance, il ne serait donc pas étonnant de voir une grande partie des Marocains perdre toute confiance dans un pouvoir judiciaire affilié et nébuleux.



Tout est dans le regard !