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samedi 31 mai 2014

#FreeKoulchi : la jeunesse marocaine se mobilise pour les prisonniers politiques


Capture d'écran d'une vidéo d'un flashmob "Free Koulchi".
En un mois et demi, les autorités marocaines ont arrêté 11 militants du mouvement du 20-Février, dont un rappeur connu, suscitant une vague de protestations, à la fois sur le net et dans la rue. Mais, dépassant vite ces cas particuliers, la mobilisation s'est transformée en un "Free Koulchi" (Libérez tout le monde), qui demande la libération de tous les prisonniers politiques du pays.
Les premières arrestations ont eu lieu lors d'une marche organisée par les trois principaux syndicats du Maroc avec l'accord des autorités, le 6 avril dernier à Casablanca. Les activistes du mouvement du 20-Février (un mouvement de protestation né dans le sillage des printemps arabes) sont accusés de "violence envers un agent dans l'exercice de ses fonctions" et "participation à une manifestation non déclarée". Ils ont été condamnés à des peines allant de 6 mois à un an de prison.
De nombreux jeunes se sont mobilisés, sur la toile et à travers des flashmobs, pour dénoncer ces arrestations, en particulier celle d'Ayoub Boudad, surnommé Bart Simpson, étudiant de 19 ans et figure connue du mouvement.
Ayoub Boudouad, 19 ans, Free Simspon. Photo postée sur la page de soutien au jeune militant sur Facebook.
Le 22 mai, c'est au tour du rappeur contestataire Mouad Belghouat, alias "El-Haqed" (le rancunier), d'être arrêté au stade de Casablanca, officiellement pour "vente de billets de match au marché noir". Ce rappeur de 24 ans, connu pour ses chansons virulentes contre le pouvoir royal, avait déjà séjourné à deux reprises en prison, la dernière fois en janvier 2012.
Vidéo de l'arrestation du rappeur.
Ces dernières arrestations ont changé le mot d'ordre de la mobilisation. C'est aujourd'hui "Free Koulchi", "libérez tout le monde" en dialecte marocain qui circule sur les réseaux sociaux.
Contributeurs

"Officiellement, ces détenus sont des prisonniers de droit commun"

Khadija Riyadi est une militante de l'association marocaine des droits de l'Homme (AMDH) et membre de la campagne "Free Koulchi".

Les jeunes qui ont été arrêtés n'en sont pas à leur première manifestation, ni à leur première arrestation. Depuis quelques temps, la police s'en prend systématiquement et presque exclusivement aux jeunes dans les manifestations, même lorsqu'elles sont autorisées. Ils visent les figures emblématiques du mouvement [du 20-Février] et cherchent ainsi à dissuader ceux qui seraient tentés de les suivre. Le message est clair : si vous vous mêlez de politique, votre avenir est compromis. Il fallait dénoncer toutes les arrestations de militants, pas seulement celles des leaders.
Vidéo de la campagne "Free Koulchi"
Le visage de la contestation politique au Maroc a changé ces dernières années, notamment grâce au mouvement du 20-Février. L'opposition était par le passé l'apanage d'une élite intellectuelle cultivée et politisée, mais qui n'était pas toujours représentative de l'ensemble de la société. Aujourd'hui, nombreux sont les prisonniers politiques qui appartiennent aux couches sociales les plus démunies, les plus marginalisées. Ils habitent dans les quartiers populaires des grandes villes ou même dans des villages reculés du pays. Il s'agit de jeunes sans avenir, sans emploi, qui ne sont pas liés au mouvement du 20-Février et qui sortent dans la rue de manière spontanée pour protester contre le système. Ces personnes-là sont aussi les plus fragiles car elles ne connaissent souvent pas leurs droits et la police peut leur faire signer n'importe quel aveu pour les inculper. C'est aussi la libération de ces anonymes que nous demandons.
"Avant, au moins, les militants étaient jugés pour ce qu'ils avaient vraiment fait"
On estime le nombre de prisonniers politiques au Maroc à 300, mais la plupart d'entre eux sont détenus comme prisonniers de droit commun. Comme cela s'est passé lors des dernières arrestations, la police fabrique des accusations bidons pour les condamner, ce qui est une pratique nouvelle au Maroc. Avant, au moins, les militants étaient jugés pour ce qu'ils avaient vraiment fait, par exemple pour les slogans qu'ils scandaient.
Le mouvement du 20-Février a vu le jour dans le sillage du "printemps arabe" mais les autorités marocaines en avaient limité la portée en organisant un référendum autour de la réforme constitutionnelle en juin 2011. Cependant, la contestation politique et sociale continue au Maroc, notamment à travers des mouvements de défense de l'environnement.

 https://www.facebook.com/l/3AQFJUvPsAQHfos8IW-pZQ5cLA7WJ7tnTEtgVbtPS2uWtrg/observers.france24.com/fr/content/20140529-free-koulchi-Maroc-prisonniers-politiques

samedi 16 novembre 2013

Il y a de quoi être optimiste quant à l'avenir de notre pays.


Imane, étudiante à l'université de Rabat, et dans le cadre dans la préparation d'un exposé sur la "littérature incarcérale", s'était déplacée à Mohammedia pour me voir et ce, dans le but d'enrichir son exposé par un bref témoignage d'un ex prisonnier politique. 
Je fus très agréablement surpris par la maîtrise du sujet par Imane, par la maîtrise de la langue française, par son ouverture d'esprit, par ses connaissances relatives à tout ce qui peut intéresser une être humain...Sans papier aucun, toute décontractée, elle aborda le sujet. Elle me rappelle mon adorable fille Saïda.
Par la suite je lui ai demandée si elle a fréquenté un établissement de "la mission française". Elle a bien rigolé de ma question. "tu vois un établissement français à Khémisset?" J'étais à "l'école du makhzen". Secret de sa culture? Elle est une fan de la lecture. Peu de temps pour l'internet sauf pour des recherches. Militante: MVT20FEVRIER, AMDH, jeunesse d'ANNAHJ ADDIMOCRATI, militante de "la tendance des étudiants de la gauche progressiste". Militante de base, elle évite les responsabilités. Elle a grandi dans une famille ittihadie, ittihadie au sens noble et militant du terme, au sens qu'a le peuple marocain de l'ittihad des années 60. Le père est un véritable démocrate. Elle a pris à défendre les causes justes sur le terrain.
Imane, m'a contacté après son exposé (13 novembre 2013), toute contente de sa prestation qu'elle a réussie haut-la main comme on dit.
Imane et ses semblables représentent l'avenir, l'espoir, nous n'avons pas le droit, nous autres "vétérans", de les décevoir.

samedi 29 juin 2013

Jeunesse marocaine : génération perdue


Décryptage. Génération perdue


  •  Par Hassan Hamdani et Hicham Oulmouddane, Tel Quel, 13/6/2013
    Décryptage. Génération perdue
    immolation
    (AFP)
 42% des 15-29 ans veulent immigrer.
5% des 15-17 ans consomment des psychotropes.
11% des 15-24 ans n’ont aucun niveau d’instruction.
18% des 18-24 ans sont au chômage.

Plus de 80 immolations depuis le 20 février 2011.
 Sources :
Enquête du HCP : “Les jeunes en chiffres”.
Rapport 2011 de l’Observatoire marocain des prisons.
Enquête de la Banque mondiale.
Rapport du ministère de l’Education nationale.


Le Maroc a mal à sa jeunesse, dont une grande partie n’attend plus rien de son pays. Les uns s’immolent, d’autres vandalisent, s’évadent par la drogue ou rêvent de l’eldorado européen. Autant de signes d’un malaise profond.
En février 2011, à Souk Sebt, Fadoua Laroui, 25 ans et mère de deux enfants, s’immole par le feu devant l’hôtel de ville. Son geste est sa réponse au refus des autorités de lui accorder un logement social qu’elle réclamait du fait de son statut de mère célibataire. Le suicide de la jeune femme va faire de nombreux émules chez des Marocains n’ayant pas encore la trentaine. Cet effet de mimétisme morbide est tel qu’il est difficile de dénombrer aujourd’hui  les tentatives d’immolation. Le ministre de la Justice, Mustafa Ramid, déclarait qu’on en comptabilisait plus de 80 en février 2012. Elles n’ont pas cessé depuis, alimentant la page des faits-divers. “C’est vraiment un “J’accuse”, un acte de protestation publique”, expliquait la psychiatre Saïda Douki après les premiers cas d’immolation dans le monde arabe. Ainsi, l’endroit choisi pour se suicider n’est pas anodin. Que l’on soit diplômé chômeur ou marchand ambulant, on se fait brûler devant des lieux qui représentent le pouvoir : le parlement, une préfecture, etc. “Ces tentatives de suicide sont le résultat de l’angoisse profonde et la frustration des jeunes envers les conditions économiques et sociales de toute une génération”, constate un groupe de psychiatres du CHU de Fès qui a travaillé sur la question. En bref, c’est grave docteur. Très grave. Car l’immolation est la conséquence d’une pathologie de la société, et non pas le résultat d’un malaise purement personnel comme dans les autres formes de suicide. Sur ce point, les observateurs des mutations sociales rejoignent les psychiatres : “Il est dramatique que le suicide soit devenu un canal de revendication, le dernier mode de prise de parole dans une société qui semble être devenue sans écoute”, déplore ainsi le sociologue Jamal Khalil.

“La Constitution parle de droit à la vie, les immolés ont préféré faire jouer leur droit à la mort”, assène le vice-président de l’AMDH, Abdelilah Benabdeslam. Ce n’est pas par goût de la formule. C’est plutôt l’expression de son profond désarroi face à cette nouvelle forme de protestation, incompréhensible pour ce vieux briscard du sit-in et des marches. “Nous avons milité en organisant des grèves de la faim en prison. J’ai même perdu des camarades. Mais là, je suis sidéré, je n’ai jamais vu un tel degré de désespoir chez les nouvelles générations”, confie-t-il. La jeunesse de nos jours semble se manifester différemment.

Hooligans en force
Les actes de vandalisme qui ont entaché le match opposant le Raja aux FAR, le 11 avril dernier, sont venus relancer les interrogations sur ces jeunes supporters de plus en plus violents, aux limites de la sauvagerie. Ce “jeudi noir”, comme l’ont surnommé les médias, est l’apogée de heurts qui ponctuent depuis cinq ans les matchs de football. On y a vu le signe évident qu’une frange de la jeunesse est désormais en roue libre totale, ne se considérant plus tenue aux règles sociales de la vie en communauté. Et le football ne serait qu’un prétexte pour déverser les frustrations accumulées. “D’après mes enquêtes de terrain, les casseurs sont essentiellement issus de familles défavorisées, en proie au chômage,  à l’exclusion et au mépris”, égrène Abderrahim Bourkia, qui prépare une thèse sur le hooliganisme. “La violence n’est jamais gratuite, elle est toujours l’expression que quelque chose va mal. Lorsqu’un individu s’attaque à des biens publics qui sont aussi censés lui appartenir, il se met en dehors de la collectivité tout en estimant qu’on l’a forcé à en sortir. Il est réactif et ne se considère pas comme responsable”, analyse Jamal Khalil.

Certains soutiennent que cette génération de casseurs n’est pas spontanée, mais le résultat de la faillite des structures d’encadrement, à savoir la famille et l’école. Si on peut critiquer l’institution scolaire déficiente, il est difficile de jeter la pierre aux parents qui sont démissionnaires malgré eux dans beaucoup de cas. “Nous ne sommes plus dans la famille élargie où, du père en passant par l’oncle, les jeunes étaient contrôlés et recadrés. La nucléarisation de la famille ne permet plus cela, surtout dans les foyers où l’homme et la femme doivent travailler pour joindre les deux bouts. Comment dans ce cas de figure trouver du temps pour éduquer ses enfants ?”, constate Mohamed Hazim, prospectiviste au Haut-commissariat au plan. C’est en tout cas le motif avancé par Malika B., dont le fils de 23 ans passe en jugement, accusé de vandalisme suite au jeudi noir : “Je ne suis plus en mesure de savoir ce qu’il fait ou de quoi il vit. Je fais des ménages toute la semaine chez deux ou trois familles, je n’ai donc pas le temps de m’occuper de lui et de ses frères et sœurs. Mon mari est souffrant, il  a baissé les bras et ne veut plus se mêler de leur éducation”. Effondrée, Malika ne comprend pas comment son fils s’est retrouvé au stade alors qu’il ne regarde jamais de match de football. Sa présence est sans doute due à l’effet d’entraînement décrit par Abderrahim Bourkia : “Sur un groupe d’une dizaine d’adolescents, seul un ou deux vont jeter des pierres pour casser un abribus, une vitrine ou une devanture de café. Ces “initiateurs” ont leurs “suiveurs”. Ce que nous pouvons traduire par le goût du risque, source de motivation de ces adolescents en quête de visibilité”. La nature ayant horreur du vide, de nouvelles normes sociales gagneraient du terrain parmi les jeunes. “Une culture de rue s’est installée progressivement parmi eux. S’adonner à des petits délits, à des actes de violence et à la casse pendant des manifestations sportives participe à la construction du respect de ses pairs”, a pu observer Abderrahim Bourkia. Et on se serre les coudes quoi qu’il arrive. “Quand je suis parmi les miens, je m’engage totalement dans les affrontements contre les membres des groupes rivaux, a raconté un supporter ultra à Abderrahim Bourkia. Je ne crains rien. Lorsqu’on est nombreux, ils ne peuvent pas nous attaquer. D’où l’importance de se diriger vers le stade accompagné d’un grand nombre de supporters. Cela m’encourage même davantage à attaquer les autres, s’ils sont inférieurs”.

Passage par la case prison
“J’ai passé 12 jours en prison, les pires de ma vie. C’est une épreuve que je ne souhaite à personne. Dès que tu débarques, il faut être aux aguets tout le temps pour ne pas être agressé ou violé”, raconte Imad, 17 ans, arrêté avec d’autres supporters des FAR après le jeudi noir casablancais. Comme lui, de plus en plus de mineurs font l’expérience de l’incOMParcération. Sur les 55 000 détenus que compte le Maroc, plus de 50% ont moins de 30 ans. Plus grave encore, 8% de la population carcérale est âgé de 13 à 20 ans, ventilés pour les plus jeunes entre les quatre maisons de redressement du royaume : Casablanca, Benslimane, Settat et Salé. Aucune prise en charge spécifique n’est prévue pour les mineurs, comme le souligne chaque année l’Observatoire marocain des prisons (OMP) dans ses rapports, qui dénonce par ailleurs les terribles conditions de détention. Les infrastructures en prison sont insuffisantes, il y a une absence d’hygiène, un manque flagrant d’assistants sociaux pour la réinsertion des jeunes détenus, tandis que certains prisonniers mineurs souffrant de troubles mentaux sont laissés à l’abandon.
Selon l’OMP, l’augmentation de la population carcérale (plus de 11 000 nouveaux prisonniers entre 2008 et 2012) est en partie due à l’emprisonnement de plus en plus courant de mineurs. “Il est clair qu’on assiste à un glissement dangereux. Les prisons marocaines accueillent des détenus de plus en plus jeunes. Face à ce phénomène nouveau, il devient nécessaire de recadrer la politique carcérale du royaume. Le travail en amont pour éviter que les jeunes ne sombrent dans la délinquance est plus que jamais une nécessité”, constate Abdellah Moussedad, secrétaire général de l’OMP. Les statistiques des condamnations de mineurs, selon la nature des délits, montrent que pour beaucoup d’entre eux les peines d’emprisonnement auraient pu être évitées, les actes incriminés étant de faible gravité. “Des mesures non privatives de liberté auraient été plus adéquates, notamment parce que les établissements de détention ne sont pas aptes à assurer une rééducation effective et efficace”, souligne-t-on à l’OMP. Ainsi, rien n’est fait pour lutter contre la récidive très forte chez les mineurs qui, faute d’une autre éducation, acquièrent “des principes en “criminologie” dans une ambiance qui contribue à encourager le crime”, écrit l’OMP dans un de ses rapports. L’observatoire souligne ainsi que cet apprentissage est d’autant plus facilité que les détenus ne sont pas séparés par délit ou crime, les plus jeunes se retrouvant au contact d’anciens plus endurcis. A leur sortie de prison, le regard que la société porte sur ces jeunes en tant qu’anciens détenus contribue, qui plus est, à les faire plonger encore plus profondément dans la criminalité.

Paradis artificiels
Un rapport du ministère de l’Education nationale sur l’usage des drogues en milieu scolaire, daté de 2011, révèle que les jeunes âgés de 15 à 17 ans ont accès facilement à toutes les formes de stupéfiants. Près de 5% d’entre eux consomment régulièrement des psychotropes, à savoir le fameux karkoubi. Les autres drogues citées par l’enquête sont le cannabis, fumé par 7,2% des sondés, suivi par l’ecstasy et les produits à inhaler (colles, solvants). Et inutile de chercher bien loin pour planer. Plus de 30% des élèves interrogés ont déclaré se procurer leur drogue à l’intérieur même de l’établissement, près de 60% l’achètent à proximité de leur école et 55% dans les cafés et salles de jeux alentour. L’accès aux drogues est d’autant plus facile que les dealers sont les élèves eux-mêmes, comme le signalent près de 65% des sondés. Pire, près de 10% des interrogés signalent que les fournisseurs font partie du personnel de l’établissement, du gardien à l’enseignant en passant parfois par le directeur.
“L’usage des stupéfiants a atteint des proportions inquiétantes chez les mineurs depuis quelques années”, se désole le professeur en psychiatrie Nadia Kadiri, spécialiste des addictions et coauteur de plusieurs études sur la prévalence des drogues au Maroc. En clair, le royaume est rentré dans la culture de la défonce de masse et tout est bon pour planer : “La colle synthétique, communément appelée ‘silicioun’, fait des ravages chez les 14-15 ans. Pas chère et accessible, elle fait office de produit d’initiation aux stupéfiants”, déplore Nadia Kadiri. Il en est de même pour le karkoubi qui, longtemps considéré comme la drogue du pauvre, touche désormais des jeunes de la classe moyenne. C’est le cas de Yassine, beau jeune homme de 23 ans, bien sous tous rapports. Sauf qu’il a des dizaines de cicatrices sur les bras, résultat de ses séances d’automutilation quand il est sous l’effet des psychotropes. “J’ai commencé à me droguer après le divorce de mes parents, n’admettant pas leur séparation. J’ai commencé par le haschich, avant de passer à beaucoup plus hard sur les conseils d’amis. J’achète ma drogue en volant ou en bradant les fringues de marque que mes oncles me ramènent de l’étranger”, raconte-t-il, d’un ton neutre, comme s’il parlait de la pluie et du beau temps. Et comme beaucoup d’autres jeunes de son âge, Yassine ne rêve que d’une chose : quitter le pays.

Rêve d’ailleurs
Une enquête de la Banque Mondiale, publiée en juin 2012, souligne que près que 42% des Marocains entre 15 et 29 ans veulent immigrer. Ce chiffre révèle que ces jeunes ne croient pas pouvoir bâtir leur avenir dans le pays, un sentiment qui ne touche plus seulement ceux qui n’ont rien à perdre mais aussi ceux qui possèdent des biens. C’est ainsi que dans la région de Fkih Ben Salah et Khouribga, de jeunes agriculteurs revendent leurs terres pour financer leur voyage et leur installation de l’autre côté du détroit de Gibraltar. “Paradoxalement, ce sont les plus ambitieux qui veulent immigrer. Ils préfèrent être simples employés dans les exploitations agricoles espagnoles que propriétaires terriens dans un système sclérosé. Là-bas, ils peuvent révéler leur savoir-faire et leurs compétences tant bien que mal”, souligne Khalil Jemmah, ancien président de l’Association des familles et victimes de l’immigration clandestine (AFVIC).
Selon les chiffres de cette association, ils étaient en 2002 environ 100 000, issus de la région comprise entre Fkih Ben Salah, Khouribga et Beni Mellal, à tenter la traversée du détroit de Gilbraltar en pateras. La zone a été surnommée le “triangle de la mort” en raison du nombre impressionnant de candidats à l’immigration qui se noyaient lors des tentatives de hrig.  Aujourd’hui, ce surnom semble surfait, puisqu’en 2013, ils ne sont plus que 2000 à  5000 à tenter leur chance. Une bonne nouvelle ? Pas tant que ça. “Les motivations de l’immigration étaient saines : on recherchait la dignité et la considération. Les jeunes de la région n’ayant plus cette soupape de sécurité, du fait de la crise en Espagne, attendent tout désormais de l’OCP, principal acteur économique de la région”, souligne Noureddine Karam, président actuel de l’AFVIC. Mus par l’énergie du désespoir, ils veulent un emploi tout de suite, refusant les règles de recrutement de l’office et les périodes d’attente. “Ils estiment que la génération qui les a précédés a déjà beaucoup donné à l’OCP et réclament ces emplois comme un héritage des sacrifices de leurs parents”, poursuit Karam.
Désormais, le sentiment d’être face à un mur infranchissable en matière d’emploi touche même les jeunes qui s’estimaient à l’abri du fait de leur parcours scolaire brillant. “On le voit chaque année avec l’aggravation de la sélection dans l’enseignement supérieur. Une mention Bien au baccalauréat n’est plus suffisante pour accéder aux études de médecine, d’architecture ou à l’ISCAE”, relève l’économiste Mustapha Meftah. Etre méritant n’est plus la garantie d’un avenir brillant selon les jeunes qui, interrogés sur les facteurs d’ascension sociale, estiment à 55% qu’il est nécessaire d’être issu d’une famille riche et aisée. “Lors des manifestations du 20 février, des étudiants, loin d’être en situation d’échec scolaire, ont essayé de se battre contre le système de sélection post-baccalauréat. Ils  arboraient des panneaux affirmant que “pour réussir il fallait le bac plus babak”. C’est significatif du peu de confiance qu’ils accordent à l’enseignement supérieur”, conclut Mustapha Meftah. Roulez jeunesse ? Difficile quand on carbure au désenchantement…

Jamal Khalil. “Notre société n’est pas méritocratique”
Auteur de plusieurs travaux de recherche sur les transformations sociales, le sociologue fait le point sur les raisons du désenchantement des jeunes.

Est-il possible de former les jeunes à la citoyenneté si l’école ne fait pas son travail ?
Non, surtout dans le contexte actuel. Les choses sont devenues tellement complexes qu’il faut un certain niveau d’instruction pour pouvoir assimiler les règles relatives à nos relations. Les 15-24 ans ont un poids démographique important dans la société marocaine : ils représentent aujourd’hui plus de 20% de la population. C’est un groupe d’âges dont la borne inférieure correspond à la fin de la scolarité obligatoire, c’est le début de la déscolarisation massive, surtout chez les filles et dans le monde rural. D’un autre côté, c’est une population qui se cherche et qui, intellectuellement, devrait posséder des atouts énormes. C’est la période de vie où l’individu est le plus créatif et le plus productif à l’école ou hors de l’école. Quand une société délaisse ses jeunes, c’est comme si elle dilapidait ses propres ressources.

L’absence d’encadrement de la jeunesse est-elle à l’origine du sentiment d’abandon d’une génération ?
Un grand nombre de choses utiles ont été larguées en cours de route : maisons des jeunes,colonies de vacances, groupement de jeunes, enseignement des sciences sociales... On est passé par plusieurs périodes. La première commence après l’indépendance, dans la mouvance nationaliste : il s’agissait d’éduquer les jeunes afin qu’ils construisent le pays. Juste après, en 1965, on a changé de posture : il fallait dorénavant mater la jeunesse pour qu’elle rentre dans les rangs. Cela correspond aux années de plomb. Par la suite, on a pensé neutraliser leur énergie en les gardant le plus longtemps possible à l’école, quel que soit leur niveau. Ça a donné les diplômés chômeurs. Après, on a songé à leur faciliter l’accès au crédit pour qu’ils deviennent de jeunes promoteurs, mais cette initiative a rencontré trop de résistance. Puis il y a eu les attentats du 16 mai 2003 et l’INDH, qui correspondent à une autre période avec la recherche de nouvelles postures. Le Mouvement du 20 février est venu clore cette variation d’attitudes sinusoïdales, les jeunes ont eux-mêmes pris la parole et ont ouvert le début d’un nouveau cycle. En résumé, ce n’est pas le manque d’encadrement des jeunes qui pose problème, c’est la variation des attitudes qui crée ce sentiment d’abandon.

Dans quelle mesure l’incapacité de se réaliser dans son propre pays participe-t-elle à la désillusion d’une génération ? 
Aujourd’hui les jeunes se comparent avec d’autres jeunes vivant ailleurs. Dans ce benchmark, ils visualisent leur trajectoire future au Maroc. Trop d’éléments interviennent, rendant leur avenir opaque. Et trop de variables semblent devoir être mobilisées pour qu’un jeune puisse s’en sortir localement. Nous n’avons pas réellement installé les fondements d’une société  méritocratique. Le futur sur place leur semble donc aléatoire. Quelles que soient leurs compétences, ils ne savent pas ce qui les attend et de ce fait redoutent le pire. Vouloir partir à l’étranger est une réponse à la question “comment faire pour ne pas rater les opportunités qui se présentent ?”.

Sondage. L’espoir fait vivre
Les bacheliers rêvent d’un Maroc prospère où ils auront un avenir brillant. C’est la lueur d’espoir qui ressort de l’enquête réalisée par le Haut-commissariat au plan sur la perception par les jeunes Marocains de leur pays en 2030. Près des trois-quarts des sondés se voient cadres supérieurs, tandis que 64 % imaginent faire leur carrière dans le royaume. Les bacheliers ont aussi été invités à imaginer le principal titre d’actualité en 2030. Dans près de 25% des titres choisis, l’analphabétisme et le chômage sont éradiqués. La majorité des lycéens sondés s’accorde à dire qu’il n’y aura plus d’habitat insalubre en 2030. Selon eux, les conditions de vie se seront améliorées, on valorisera les jeunes, les femmes seront les égales des hommes, la mendicité et la consommation de drogue déclineront. L’enseignement sera de bonne qualité, tout comme le système de santé. Tout ceci permettra au Maroc de progresser  de manière vertigineuse dans le classement basé sur l’indice de développement humain : certains bacheliers voient même le pays se classer 3ème à l’échelle mondiale. Enfin, selon eux, le royaume possédera l’arme nucléaire. Ce qui fera de lui une puissance militaire qui exportera son excédent d’armes aux pays musulmans.
 http://www.telquel-online.com/Le-Mag/Decryptage-Generation-perdue/573
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BAC 2013 : le Maroc enregistre des résultats catastrophiques !

 par Biladi


Avec seulement 37,91% de réussite, les résultats des examens du baccalauréat marocain sont les plus mauvais de ces dernières années.
La première session d’examens du baccalauréat 2013 aura vraiment fait couler beaucoup d’encre au Maroc. Après un nombre de cas de fraude et de tricherie record, ce sont les résultats qui sont records avec le plus bas taux de réussite de ces dernières années.
Avec 146 979 candidats admis sur 484 780 candidats inscrits, le taux de réussite n’est en effet que de 37,91%. Il faut préciser que 51% des admis sont des filles et que 13.39% sont des candidats libres.
Il faut également préciser, selon les résultats finaux publiés par le ministère, que le taux de réussite dans les filières scientifiques et techniques est de 45.91%, et de 27.82% pour les filières littéraires et d'enseignement originel.
Si 175 904 candidats peuvent encore tenter de décrocher leur précieux BAC lors de la session de rattrapage qui est prévue du 9 au 11 juillet prochain, ce bas taux de réussite remet à l’ordre du jour la qualité de l’enseignement au Maroc et la motivation des candidats à décrocher leur diplôme.
 http://biladi.ma/1138832-bac-2013-le-maroc-enregistre-des-resultats-catastrophiques.html

jeudi 3 janvier 2013

Jeunesse marocaine accablée, révoltée, debout !

  • Fatiha Ben Abdellah et Ahmed Touzani ont partagé la photo de Said Zouini.
    Je monte dans la voiture, démarre et me précipite d’éteindre le cd qui allait se déclencher automatiquement. Manque de bol il m’a manqué quelques secondes et la musique a déjà commencé, mon fils insiste pour écouter je cède, les paroles fusent « Bladi wéliti b7al chi mra héjala li daz ydir fik 7ala…. » et les larmes montent ; je fuis cette chanson depuis quelques semaines et mon fils m’a mise devant le fait accompli.

Une culpabilité, que j’ai essayé en vain d’ignorer, range mon cœur. Une révolution tuée dans l’œuf me laisse un goût amer

J’aurai voulu faire l’autruche, et avoir comme seul souci, le samedi soir, la couleur de la robe que je vais mettre pour la soirée au lieu de me trimbaler entre les soirées de soutien aux détenus et conférences de presse

J’aurai voulu faire l’autruche, et voyager vers d’autres horizons au lieu d’enchaîner les A/R au Maroc pour participer aux manifs et séminaires

J’aurai voulu faire l’autruche, et passer plus de temps avec ma petite famille au lieu d’être connectée sur FB à calculer les faux pas du régime et à partager les articles de la honte

J’aurai voulu faire l’autruche, et passer mes jours de congé à faire les magasins et à m’occuper de Soumia la femme et oublier la militante

J’aurai voulu faire l’autruche, et mener cette vie pépère que j’avais avant un certain 20.02.2011.

Hélas je n’ai pas pu, j’ai fuis, raccroché mon tél et déconnectée mon FB mais j’ai été rappelé à l’ordre inconsciemment par mon fils de 4ans.

Comment faire l’autruche et Walid Bahmane a pris un an et demi pour avoir partagé une caricature, et Abdessamad 3 ans pour un malheureux mot dans une vidéo

Comment faire l’autruche, et les jours de Azzedine Erroussi qui entame sa 104éme journée de grève de faim pour des revendications légitimes qui se heurtent à un régime qui s’en fiche complètement de la vie de ses citoyens

Comment faire l’autruche, et Amina a été violé par une justice qui ne lui a pas porté secours et un régime qui la viole morte en récupérant sa cause

Comment faire l’autruche, et l’on vient d’arrêter Mouad L7A9D pour une chanson qui est en ligne depuis 2010 et qui ne relate que la triste réalité que nous vivons au plus beau pays du monde

Comment faire l’autruche, et laisser un peuple entier face à la hogra et la misère

Comment faire l’autruche, et avec quelle lâcheté je regarderai mon fils dans les yeux quand il me demandera pourquoi je n’ai pas continué à me battre pour son avenir et sa dignité, par pur égoïsme

Comment faire l’autruche, alors que le changement dans ce pays est le seul espoir de toute une jeunesse qui aspire à un avenir meilleur, ou à un avenir tout court

Comment faire l’autruche, et l’amour de cette patrie est devenue une drogue contre laquelle il n’existe aucun remède, ni aucun centre de désintox.



J’aurai tellement voulu faire l’autruche mais je n’ai pas pu c’est plus fort que moi, je ne peux que continuer la lutte, les uns ont ressenti cela avant moi, d’autres le feront plus tard mais nous savons tous que les militants sincères se remettent en scelle plus rapidement qu’on le pense.



« Même sans espoir, la lutte est encore un espoir. »

@Soumia El Marbouh



    Par  @Soumia El Marbouh

    Je monte dans la voiture, démarre et me précipite pour éteindre le cd qui allait se déclencher automatiquement. Manque de bol il m’a manqué quelques secondes et la musique a déjà commencé, mon fils insiste pour écouter je cède, les paroles fusent « Bladi wéliti b7al chi mra héjala li daz ydir fik 7ala…. » et les larmes montent ; je fuis cette chanson depuis quelques semaines et mon fils m’a mise devant le fait accompli.

    Une culpabilité, que j’ai essayé en vain d’ignorer, ronge mon cœur. Une révolution tuée dans l’œuf me laisse un goût amer

    J’aurai voulu faire l’autruche, et avoir comme seul souci, le samedi soir, la couleur de la robe que je vais mettre pour la soirée au lieu de me trimbaler entre les soirées de soutien aux détenus et conférences de presse

    J’aurai voulu faire l’autruche, et voyager vers d’autres horizons au lieu d’enchaîner les A/R au Maroc pour participer aux manifs et séminaires

    J’aurai voulu faire l’autruche, et passer plus de temps avec ma petite famille au lieu d’être connectée sur FB à calculer les faux pas du régime et à partager les articles de la honte

    J’aurai voulu faire l’autruche, et passer mes jours de congé à faire les magasins et à m’occuper de Soumia la femme et oublier la militante

    J’aurai voulu faire l’autruche, et mener cette vie pépère que j’avais avant un certain 20.02.2011.

    Hélas je n’ai pas pu, j’ai fui, raccroché mon tél et déconnecté mon FB mais j’ai été rappelé à l’ordre inconsciemment par mon fils de 4ans.

    Comment faire l’autruche et Walid Bahmane a pris un an et demi pour avoir partagé une caricature, et Abdessamad 3 ans pour un malheureux mot dans une vidéo

    Comment faire l’autruche, et les jours de Azzedine Erroussi qui entame sa 104éme journée de grève de faim pour des revendications légitimes qui se heurtent à un régime qui s’en fiche complètement de la vie de ses citoyens

    Comment faire l’autruche, et Amina a été violé par une justice qui ne lui a pas porté secours et un régime qui la viole morte en récupérant sa cause

    Comment faire l’autruche, et l’on vient d’arrêter Mouad L7A9D pour une chanson qui est en ligne depuis 2010 et qui ne relate que la triste réalité que nous vivons au plus beau pays du monde

    Comment faire l’autruche, et laisser un peuple entier face à la hogra et la misère

    Comment faire l’autruche, et avec quelle lâcheté je regarderai mon fils dans les yeux quand il me demandera pourquoi je n’ai pas continué à me battre pour son avenir et sa dignité, par pur égoïsme

    Comment faire l’autruche, alors que le changement dans ce pays est le seul espoir de toute une jeunesse qui aspire à un avenir meilleur, ou à un avenir tout court

    Comment faire l’autruche, et l’amour de cette patrie est devenue une drogue contre laquelle il n’existe aucun remède, ni aucun centre de désintox.
     

    J’aurai t
    ellement voulu faire l’autruche mais je n’ai pas pu c’est plus fort que moi, je ne peux que continuer la lutte, les uns ont ressenti cela avant moi, d’autres le feront plus tard mais nous savons tous que les militants sincères se remettent en selle plus rapidement qu’on le pense.
    « Même sans espoir, la lutte est encore un espoir. »
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    • Citoyennes et Citoyens … Indignez -vous!
      La répression tombe sur les classes populaires.. Les ouvriers des hôtels de Ouarzazate, d'Imider, de Bouazar... peuple de Bouarfa, peuple de Sidi Youssef Benali, diplômés chômeurs... jeunes du Mouvement 20 Février à Marrakech...
       
      Gouvernants !! 
      Qu'on laisse le peuple s'exprimer librement... Vous exploitez et détournez les richesses du Maroc, vous augmentez le prix de l'essence, des aliments, des légumes, des fruits. Vous renchérissez les prix des logements, vous gagnez pleins de profits en accablant le peuple avec des crédits à outrance… Y’en a marre…

vendredi 5 octobre 2012

La jeunesse marocaine connait une descente aux enfers


Portrait de Mahdi ZahraouiPar Mahdi Zahraoui, blogueur, 2/10/2012

Autant vous l’annoncer dès le début : la situation est critique, alarmante et désolante. Si la situation de l’éducation est bien sinistre,  qu’en sera-t-il de la culture ? Strate bien supérieure qui suppose une éducation en bonne et due forme. Surtout si l’on sait que statistiques à l’appui, le dernier rapport de l’UNESCO démontre que parmi 100 marocains, 13 seulement décrocheront le baccalauréat.
Avant de décrocher le fameux sésame, l’élève marocain aura parcouru les différentes étapes d’un enseignement public bien délabré. Un périple au sein des établissements marocains où l’enseignant a perdu son statut et son aura de jadis et que le plus chanceux auront pu éviter en ayant recours à l’enseignement privé. Encore faut-il qu’il soit de qualité. Bachelier donc, l’étudiant marocain cherche refuge dans un établissement de l’enseignement supérieur.

Durant cette quête du savoir, ou plutôt du diplôme, les acquis culturels restent à prouver. Le souci principal de l’étudiant reste de réussir ses années grâce à des validations successives de modules qui se soldent par décrocher un carton où votre nom est inscrit à côté de votre établissement. Un souci qui devient une obsession motivée non pas par l’ambition, mais par la peur. La peur de l’échec.

Délaissons ce périple d’Ulysse et revenons à un autre rapport de l’UNESCO qui décèle un chiffre reflétant l’amère réalité : au monde arabe, l’individu lit 6 minutes … par an ! La moyenne en Europe est de 36 heures. Tout est dit. Si la jeunesse marocaine d’autrefois était avide de lecture, rythmait ses activités à coups de débats, de cafés littéraires, de pièces de théâtre ou de productions intellectuelles, celle d’aujourd’hui a trouvé refuge autre part. Les pionniers d’hier étaient Laroui, Eljabiri, Laâbi, Elmandjra … Leurs productions étaient discutées avec vaillance et ardeur. La jeunesse aspirait au changement, au savoir et à l’épanouissement.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est la génération d’émissions de télé-réalité plus sottes les unes que les autres. Les débats et face-à-face intellectuels puisant dans la diversité et la richesse d’opinions ont laissé la place à de jeunes starlettes emprisonnées dans un espace décoré avec la tendance la nec plus ultra. Des milliers de jeunes à travers le monde suivent les péripéties transmises en direct sur les satellites : Karima sait bien chanter, Ahmed drague Yasmina, Jomana a la voix cassée, Haitham est adorable et autres niaiseries. D’une émission à une autre, le concept se répète et les figures défilent chaque année. Des compétitions de chant, de danse, d’aventure, de gastronomie, de mode … et la liste est longue.
D’autres choisissent le football. Si la pratique du sport est bien louable pour le corps et l’esprit, son addiction est une calamité. L’addiction non de sa pratique, mais de Messi, du Real et du Barça. Leurs rencontres sont devenues l’événement phare des week-ends pour la junte masculine. Les dribles de Messi et ses buts sont devenus légende, la coupe de cheveux de Cristiano s’est hissée quant à elle au rang de l’effigie d’une génération. Les transferts du Mercato, leurs chiffres et leurs détails sont inscrits dans la bible des jeunes aficionados du ballon. La vidéo d’un jeune enfant surnommé désormais « le Prasson » et ayant fait le tour de la toile vous en donnera un avant-goût.
Quand les régents du Maroc décident de promouvoir la culture, leur approche a une épine dorsale bien originale : les festivals. À entendre festival à la marocaine, attendez-vous à un petit espace VIP réservé pour l’élite, le reste de l’espace étant réservé à la plèbe que nous sommes. L’approche avec laquelle ces festivals sont organisés consacre en premier lieu une atmosphère de folklore et de festivités. L’aspect culturel reste bien délaissé et marginalisé sauf exception. Ces festivals sont devenus des « attire-jeunes » remplissant sournoisement une fonction de catharsis salvatrice pour cette jeunesse déboussolée.

Remettons le cap sur les facultés marocaines. Surchargées, délabrées et dépassées. Elles sont devenues les lices de factions idéologiques attardées et extrémistes : le chauvinisme, fanatisme religieux et sectarisme adopté par des jeunes qui se regroupent dans des factions alimentent des scènes où l’universitaire se prend pour un guérillero. Les armes blanches et les gourdins sont le mot d’ordre, maints étudiants sont sortis avec de graves séquelles physiques et psychiques à l’issue de ces « épopées ». Quant aux cités universitaires elles sont désormais confondues avec les lupanars : La destinée de Nana narrée par Zola est devenue le mode de vie de plusieurs jeunes filles. Si la nuit porte conseil pour certaines, elle apporte de l’argent facile pour d’autres.
Celles qu’on dénomme grandes écoles d’ingénieurs et de commerces sont devenues des manufactures de simples techniciens dénués de tout sens de critique ou de civisme. Cet ascenseur social qui perd de son efficacité jour après jour annihile ceux qui y entrent. Quand on vous propose la lecture d’Ali Baba et les quarante voleurs dans un club littéraire d’une école d’ingénieurs et quand les semaines culturelles organisées par les étudiants se dissipent petit à petit au profit de soirées DJ, la sonnette d’alarme est à tirer. Les projets d’élite sont ainsi tués dans l’œuf.

Les conséquences de cette calamiteuse situation sont illustrées par une récente étude du haut-commissariat des plans : 1% des jeunes sont membres d’un parti politique, 4% participent aux rassemblements de partis ou de syndicats, 4% participent à des manifestations ou grèves, 9% font du bénévolat. Ajoutez à cela que plus de la moitié de cette jeunesse partage le toit de ses parents selon la même source. Comment un jeune dans ces conditions peut-il accomplir une indépendance idéelle et construire ses propres convictions ?

Le portrait est sombre et la lumière au bout du tunnel risque de ne pas apparaitre du jour au lendemain. Cette situation peut être extrapolée à plusieurs pays arabes et africains avec quelques contrastes. Cependant, la chance qu’on possède, c’est d’exister durant l’ère de l’information. La connaissance est accessible à bout de clics, faut-il encore prendre la peine de la chercher. Munissons-nous de l’autodidaxie, d’une lucidité d’esprit et d’une vaillance de jeunes. Bref, « savoir, c’est pouvoir » disait Francis Bacon.
 
http://www.yabiladi.com/articles/details/13190/maroc-jeunesse-marocaine-connait-descente.html


http://mahdizahraoui.blogspot.com
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 Ce tableau sombre ne semble pas être à l'image de toute la jeunesse marocaine . Ils sont certes encore minoritaires les jeunes qui militent, s'investissent à fond, sont inventifs comme les jeunes du Mouvement du 20 Février , dont certains ont payé de leur vie leur lutte pour un Maroc digne et libre. Ils sont une centaine à croupir dans les geôles du Makhzen pour avoir voulu sortir du rang des moutons dociles façonnés par le pouvoir... NDLR
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Au Maroc le ministre makhzénien de l'éducation nationale a dit en public, lors d'une visite d'un lycée à Marrakech, à une élève qui a 12 ans : "que fais-tu là ? Il ne te faut qu'un mari" !!! Là, vous avez une idée très claire sur l'esprit de l'éducation makhzénienne !!!

vendredi 8 avril 2011

Belle jeunesse marocaine en ébulition !!

Par Ali Fkir, 8/4/2011


Les slogans de la jeunesse du 20 février devant le parlement (le 8 avril 2011):
- Démission du gouvernement
- Dissolution du "parlement"
- Constitution populaire et démocratique
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