Les jeunes qui ont été arrêtés n'en sont pas à leur première
manifestation, ni à leur première arrestation. Depuis quelques temps, la
police s'en prend systématiquement et presque exclusivement aux jeunes
dans les manifestations, même lorsqu'elles sont autorisées. Ils visent
les figures emblématiques du mouvement [du 20-Février] et cherchent
ainsi à dissuader ceux qui seraient tentés de les suivre. Le message est
clair : si vous vous mêlez de politique, votre avenir est compromis. Il
fallait dénoncer toutes les arrestations de militants, pas seulement
celles des leaders.
Vidéo de la campagne "Free Koulchi"
Le visage de la contestation politique au Maroc a changé ces
dernières années, notamment grâce au mouvement du 20-Février.
L'opposition était par le passé l'apanage d'une élite intellectuelle
cultivée et politisée, mais qui n'était pas toujours représentative de
l'ensemble de la société. Aujourd'hui, nombreux sont les prisonniers
politiques qui appartiennent aux couches sociales les plus démunies, les
plus marginalisées. Ils habitent dans les quartiers populaires des
grandes villes ou même dans des villages reculés du pays. Il s'agit de
jeunes sans avenir, sans emploi, qui ne sont pas liés au mouvement du
20-Février et qui sortent dans la rue de manière spontanée pour
protester contre le système. Ces personnes-là sont aussi les plus
fragiles car elles ne connaissent souvent pas leurs droits et la police
peut leur faire signer n'importe quel aveu pour les inculper. C'est
aussi la libération de ces anonymes que nous demandons.
"Avant, au moins, les militants étaient jugés pour ce qu'ils avaient vraiment fait"
On estime le nombre de prisonniers politiques au Maroc à 300, mais
la plupart d'entre eux sont détenus comme prisonniers de droit commun.
Comme cela s'est passé lors des dernières arrestations, la police
fabrique des accusations bidons pour les condamner, ce qui est une
pratique nouvelle au Maroc. Avant, au moins, les militants étaient jugés
pour ce qu'ils avaient vraiment fait, par exemple pour les slogans
qu'ils scandaient.