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jeudi 1 mars 2012

Et de quatre dans le palmarès du ridicule ! Un homme incarcéré à cause d'u drapeau...

Le parquet de Nador incarcère un homme 
à cause d’un drapeau israélien
Par Thami Afailal, demainonline, 1/2/2012


La mère, la grand-mère et les trois enfants de l'homme qui a hissé le drapeau israélien
 (Photo Nador +)

Rabat.- Le ridicule n’a plus de limites dans ce royaume. Selon le site Web Nador +, un homme qui avait hissé, lundi dernier, le drapeau israélien sur le toit de sa maison pour attirer l’attention des autorités locales sur le logement insalubre dans lequel vit sa famille, a été arrêté le même jour par la police de Nador.

Pour avoir voulu dénoncer le fait que sa maison n’a ni eau courante ni électricité, ce marchand ambulant, père de trois enfants en bas âge, a été présenté au procureur du roi qui a ordonné son incarcération et entend le poursuivre, tenez-vous bien !, pour « atteinte aux sacralités » . Un autre.

Ces intelligents magistrats, qui se sont sûrement inspirés d’un code pénal datant de la Préhistoire, estiment donc que hisser un drapeau israélien constitue une « atteinte aux sacralités« .

Mais, il y a plein de drapeaux étrangers hissés un peu partout au Maroc, sans que cela ne chagrine outre mesure autorités locales, nationales et citoyens lambda.

Parce que c’est Israël ? Pourtant, le Maroc officiel maintient d’excellentes relations avec Israël. Selon la presse israélienne de 2011, lors de sa visite à Tanger en 2009, l’ex-premier ministre israélien Tzipi Livni, considérée par beaucoup comme une criminelle de guerre, a été reçue « secrètement », et pompeusement pense-t-on, par le roi du Maroc. Une rencontre durant laquelle elle a eu la chance de recevoir des mains de « Lalla Salma », l’épouse du roi Mohamed VI, un « collier d’or ».

Et puis, le tourisme israélien au Maroc se porte bien, et pour ceux qui ne s’en souviennent plus il faut rappeler qu’à la fin des années 90, Rabat avait envoyé en Israël plusieurs avions de chasse pour les équiper de la dernière technologie de pointe. L’armée de l’air marocaine était très contente, dit-on, de cette coopération..

Enfin, tout le monde connaît les relations charnelles qui ont existé, existent et existeront pour longtemps entre le Mossad et le Shin Bet israéliens et leurs collègues et copains marocains.

En envoyant ce pauvre diable en prison, le Maroc ne risque-t-il pas de gâcher cette belle amitié qui unit sincèrement Tel Aviv à Rabat ?

dimanche 22 janvier 2012

Appel à la solidarité de la famille de Moustapha Ouchboutane

Par Manuela et Lahcen, changerlmonde(arobas)gmail.com, 11/12/2011

Chers amis, famille et sympathisants,

Le 5 octobre 2011, un membre de notre famille, Moustapha Oushtoubane, a été arrêté et accusé injustement au Maroc.
Son crime : être un acteur politique important dans la lutte de son village, Imider, contre une compagnie minière qui épuise l’eau de la région, pollue les terres agricoles, exploite les habitants et utilise leur pouvoir pour corrompre les autorités locales.

C’est un combat de longue haleine qui date de 1996 et qui a pris de l’ampleur cette année (2011) lorsque, suite à des pompages excessifs de la nappe phréatique, la compagnie Société Métallurgique d’Imiter (SMI) a privé les habitants du village d’Imider de l’eau pour boire et pour irriguer leurs terres agricoles. En réponse à cet abus, les habitants ont pris le chemin de la résistance et la lutte pour leur survie : ils se sont organisés pour manifester et présenter leurs demandes à la mine. La mine décide de faire la sourde oreille alors les habitants d’Imider décident d’occuper pacifiquement un réservoir d’eau et, ainsi, de couper une partie de l’alimentation d’eau de la mine.

La conséquence : le niveau d’eau est retourné à la normale mais les autorités locales ont commencé
une campagne d’intimidation de la population d’Imider. Les personnes organisatrices du mouvement contre la mine, comme Moustapha et sa mère Aisha, sont ciblées pour donner l’exemple.

Moustapha est alors victime d’un complot monté par la compagnie minière et les autorités locales : on l’accuse de vol et on le met sous état d’arrestation en montant des fausses preuves. Ce qui suit c’est injustice après  injustice : interrogation et intimidation sans répit, Moustapha est ensuite drogué et forcé à signer une fausse déclaration et enfin, on l’incarcère pour ensuite l’expédier devant un tribunal corrompu qui lui donne une lourde peine de 4 ans de prison pour un crime qui n’a pas commis.

Si nous faisons appel à la solidarité aujourd’hui que  nous avons besoin de votre appui pour venir en aide à Moustapha, aux proches de Moustapha ainsi qu’aux habitants d’Imider.

Dans un premier temps, nous avons décidé de lancer une campagne de levée de fonds pour soutenir Moustapha et sa famille immédiate. Moustapha était le seul à travailler dans sa famille et à subvenir aux besoins de ses 5 frères et sœurs, dont 3 encoreen primaire. De plus, l’incarcération impose des nouvelles charges financières : avocats, déplacement pour visites familiales, couverture des besoins de base comme l’achat du savon et plusieurs autres dépenses importantes.

Par la suite, la campagne de fond sera suivie d’actions plus concrètes comme la compilation d’un dossier détaillé du combats des habitants d’Imider et la recherche de soutien auprès des organismes de défense de droits de l’homme, de défense du droit à l’eau et de défense contre l’exploitation minière. Nous sommes en lien avec les habitants d’Imider et nous ferons des actions conjointes pour lever le voile sur le complot qui a fait de Moustapha un prisonnier politique et pour défendre les droits des habitants d’Imider.

Enfin, en bas de page vous trouverez un lien vers un article de Tel Quel, magazine marocain connu pour son implication politique, et vers des vidéos de la lutte des habitants d’Imider. Nous incluons aussi des liens vers quelques photos pour vous mettre en contexte et les liens pour les pages Facebook des habitants d’Imider ainsi que celui de Moustapha. Nous sommes aussi disponibles en tout temps pour répondre à toutes vos questions, contactez nous! ( changerlmonde@gmail.com )

Si vous souhaitez aider Moustapha et sa famille , consultez le blog: http://changerlmonde.blogspot.com/  

Si vous préférez ou vous voulez vous impliquer autrement, nous avons besoin des personnes motivées pour :
Faire la promotion des levées de fonds
Construire un blogue ou autre plateforme web pour diffuser l’information
Traduire des textes, spécifiez vos langues de préférences
Faire de la recherche pour trouver des organismes qui pourrait nous soutenir
Écrire des communiqués, pamphlets, lettre, articles ou autre
Plusieurs autres tâches liées à la diffusion d’information, à la levée de fond et à la défense des droits de Moustapha ainsi que ceux des habitants d’Imider

Merci de votre appui et de votre solidarité !
Liens presse :

Liens vidéos :

Imider et les "Envahisseurs"

par Salah Elayoubi, 21/1/2012

Ne vous fiez pas aux images d’Epinal, distillées par l’office marocain du tourisme dans ses brochures alléchantes, pour touristes, en mal de dépaysement.

La misère qui prévaut dans les villages de l’Atlas, n’a rien de bucolique.
Elle est sans commune mesure avec ce que véhicule la littérature contemporaine, sauf à compulser les revues et visionner les reportages, relatant les malheurs de populations en proie aux guerres, aux catastrophes naturelles ou aux confiscations entreprises par les multinationales.

La route qui relie Aït Hani à Rich, passe par Imider. Elle serpente au fond des gorges du Todgha, en calquant son cheminement sur celui de l’Oued du même nom, qui puise son hydrographie, dans les réservoirs inépuisables du Haut-Atlas.

Partout où les hommes ont réussi à domestiquer cette ressource vitale, qu’est l’eau, celle-ci le leur a rendu au centuple, faisant naître des tâches de verdure salvatrices, éblouissantes de beauté et d’harmonie, à l’ombre desquelles s’est épanouie la vie, certes fragile, mais autosuffisante, d’un chapelet de populations.

Quelques ressources naturelles, exploitées à bon escient, auraient suffi à apporter un complément à ce bonheur, en permettant de financer la santé, l’éducation, la formation sportive, l’accès à la culture. En un mot, tout ce qui contribue à l’épanouissement des populations et fait la fierté du citoyen d’appartenir à une Nation.

Imider avait un peu de tout cela : de l’eau, du soleil, une mine d’argent et une population courageuse, intelligente et besogneuse.

Tout pour bien faire !

Sauf que !

Sauf que, aux fourches caudines du colonialisme, ont succédé celles de l’ONA, par le pactole de millions d’Euros annuels, alléché.

Ce géant spécialisé dans la confiscation, imite, à s’y méprendre, la technique du rapace, prélevant sa dîme, sur le cheptel, pour s’en aller la déchiqueter et la dévorer dans son nid. Encore que, contrairement à ces oiseaux magnifiques, qui contribuent, de façon souveraine, à l’équilibre du biotope dans lequel ils évoluent et ne tuent que pour leur subsistance, le groupe royal se révèle un prédateur impitoyable, boulimique, « collectionniste » et destructeur, appliquant à la région, des méthodes proprement mafieuses, consistant à ratisser, le plus largement possible, les richesses, pour les exfiltrer, ensuite, du pays, afin de les transformer en devises, stockées dans les banques européennes et américaines, le coût des infrastructures, de la main-d’œuvre, des études, de la sécurité restant, comme de bien entendu, pour grande part, à la charge du contribuable marocain.

Qui s’étonnera, dès lors, face à tant d’impunité, de voir le principal actionnaire de cette multinationale, caracoler en tête du hit-parade des fortunes mondiales ?

Au village, qui semble avoir été oublié des hommes et des dieux, les femmes, surgies de leurs masures vernaculaires décrépies, plantées au milieu de nulle part, racontent aux vidéastes amateurs, une histoire qui en rappelle une autre, celle de cette saga hollywoodienne des années 70, créée par Larry Cohen, « Les envahisseurs » et où il est question d’eau raréfiée et polluée au mercure, d’hélicoptères virevoltant à basse altitude pour terroriser, de miliciens venus d’ailleurs, en voitures banalisées, enlever des citoyens, pour les conduire, manu militari, dans l’antre de la mine, pour les y battre, les torturer, menacer d’attenter à leur vie, à celle de leur famille ou à l’honneur de leurs filles, de leurs femmes ou celui de leurs sœurs.

Une tragédie que contemplent des gendarmes débonnaires, mains dans les poches, cigarette au bec et arme au pied, quand ils n’y participent pas, en donnant, purement et simplement la chasse, jusque dans la montagne, aux hommes, venus protester, contre le détournement de l’eau du village, pour les besoin de la mine.

Plusieurs femmes exhibent des hématomes indescriptibles autant qu’insupportables, infligés par les matraques de nervis, venus appliquer, avec une sauvagerie inouïe, le châtiment décidé, dans le confort d’une exo planète du côté de Rabat, à l’encontre de ces empêcheurs de rapiner en rond.

- « Nous ne nous arrêterons plus ! Qu’ils nous tuent ou qu’ils nous donnent nos droits ! », crie l’une d’elles, paraphrasant, bien involontairement, ce que gronde le peuple, ailleurs, dans nos villes.

D’autres évoquent le sort d’un des enfants d’Imider, Mustapha Ouchtoubane, ce héros de la résistance au pillage, tombé dans un traquenard tout aussi grossier et tout aussi grotesque que celui tendu à ce chanteur de Casablanca qui a osé défier le roi et sa mafia.

Sauf que Mustapha a eu le malheur de naître, dans ces montagnes éloignées, où le silence est une chape facile à déployer.

Autre tragédie, exprimée par d’autres mots, tout aussi pathétiques, tenus par ces villageois berbères des Aït Hdiddous, enclavés dans leurs villages, à l’adresse des quelques militants de la société civile et du mouvement du vingt février, venus leur porter secours, dans le froid glacial, qui fendait la pierre, en ce mois de janvier 2012:

- « Nous n’avons pas besoin d’argent, ni de couvertures. Nous avons besoin que l’on parle de notre cause ! »

Lors de son élection à la tête du Parti Socialiste Unifié, Nabila Mounib avait eu ces quelques mots à l’endroit de ses camarades :

- « J'ai une pensée toute particulière pour d'autres femmes qui ne me liront peut être jamais, car elles vivent en marge de la lecture et de la dignité . Des femmes qui sont exclues et pour lesquelles la survie reste un combat de tous les instants. »

Sans doute Nabila pensait-elle à ces femmes d’Imider ou d’ailleurs, qui livrent, pour l’histoire, de poignants récits et témoignages de leurs souffrances pour que plus jamais l’histoire ne les oublie, comme elle l’a fait, tant de fois, depuis l’arrivée de ces envahisseurs, semblant venus d’une autre planète, avec pour destination le Maroc et ses richesses et pour but avoué, en faire leur univers !

Lire aussi : "les indignés de Tinghir", solidmar 18/1/2012