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Affichage des articles dont le libellé est début du procès des 24 prisonniers politiques sahraouis. Afficher tous les articles
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vendredi 22 février 2013

“Le Maroc veut contrecarrer l’approche pacifique de l’ONU”

Par : Hafida Ameyar , 21/2/2013

Omar Abdeslem, responsable sahraoui des droits de l’homme s'exprime à Alger

Pour Omar Abdeslem, la situation des droits de l’Homme sur les territoires sahraouis “est grave et préoccupante”.

Le procès des 24 prisonniers politiques sahraouis du groupe de Gdeim-Izik et le verdict sévère rendu le 17 février dernier par le tribunal militaire de Rabat (des peines allant de 20 ans de prison à la perpétuité) viennent relancer le débat sur la mission des Nations unies dans “le territoire non autonome” du Sahara Occidental, ainsi que sur le mandat de la Mission onusienne dans cette ancienne colonie espagnole (Minurso), toujours amputé du volet de protection des civils sahraouis et de la question des droits de l’Homme en général.
Hier, lors d’une conférence de presse qu’il a animée au Centre d’information de la République sahraouie, à Alger, le président de l’Association des familles de prisonniers et disparus sahraouis (Afapredesa), Omar Abdeslem, a clairement laissé entendre que le verdict “arbitraire” du 17 février vise à la fois à renforcer les violations des droits de l’Homme, à maintenir le statu quo au Sahara Occidental et à contrecarrer les efforts de l’ONU en charge de l’organisation d’un référendum d’autodétermination. 
 Invité dans le cadre du programme de l’ambassade sahraouie à Alger, qui porte sur l’actualité au Sahara Occidental, M. Abdeslem a qualifié la situation des droits humains dans les territoires sahraouis sous occupation marocaine de “grave”, en passant en revue ces centaines de disparus sahraouis, ces milliers de prisonniers sahraouis, dont les 151 combattants de la première heure, sans omettre de rappeler les enlèvements, les détentions dans des prisons secrètes, la répression et “les autres pratiques inhumaines” accomplies par les forces marocaines. Y compris “les tortures” exercées plus récemment sur les prisonniers de Gdeim-Izik. Pour le responsable des droits humains, le Maroc use de “plus de violences” et fait preuve de “plus d’intransigeance”, refusant à ce jour à ce que les familles récupèrent les corps des Sahraouis décédés dans des conditions non encore élucidées. Au cours du débat, le conférencier a indiqué que les autorités de Rabat bafouent “les conventions de Genève qu’elles ont pourtant signées” et contribuent à “l’instabilité dans la région”. Le président de l’Afapredesa a, en outre, affirmé que l’absence de mécanisme de protection des droits au Sahara Occidental “est une injustice pour le peuple sahraoui”. 
Il a également souligné que le Maroc “est agacé par l’approche pacifique de Christopher Ross”, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU. Selon lui, la répression qui s’est abattue, en 2010, sur les 30 000 Sahraouis à Gdeim-Izik et le jugement des prisonniers par un tribunal militaire sont “une provocation” à l’encontre du Front Polisario et constituent “des prétextes pour maintenir le statu quo et piller les ressources naturelles du territoire sahraoui”.
M. Abdeslem a, enfin, informé que les organisations et mouvements sociaux, engagés dans les préparatifs du Forum social mondial, dont des organisations marocaines des droits de l’Homme, se sont réunis le 17 février dernier à Hammamet, en Tunisie, et sont sur le point d’adopter “un communiqué” pour dénoncer le jugement des 24 détenus sahraouis et le verdict rendu par un tribunal militaire.
Il est à noter que la conférence de presse s’est tenue en présence de l’ambassadeur de la Rasd à Alger, Brahim Ghali. Interpellé par les journalistes sur “les retombées” de la guerre au Mali, ce dernier, citant, entre autres, l’affluence des réfugiés maliens, a confirmé que celle-ci aura des répercussions sur le dossier du Sahara Occidental, mais aussi sur toute la région. 
Le diplomate s’est également exprimé sur les prisonniers du groupe de Gdeim-Izik et la réaction des autorités sahraouies. Celles-ci, en leur qualité de partie en conflit, ont réagi en tant que telles, et ont aussi saisi l’ONU, son Conseil de sécurité, Christopher Ross, ainsi que les organisations régionales, bien avant que le verdict ne tombe. “La violence perpétrée au camp de Gdeim-Izik et le verdict prononcé représentent le divorce définitif entre les Sahraouis et le Maroc”, a déclaré M. Ghali. D’après lui, malgré les mensonges colportés par le Maroc, “tout le monde connaît la vérité sur la nature du régime marocain”. “La période de Hassan II était qualifiée à l’époque, d’époque de plomb. On a voulu faire passer Mohammed VI comme le roi des pauvres, le roi ouvert et pour la démocratie. En réalité, il est pire que son père concernant le Sahara Occidental”, a-t-il soutenu.

Ecrire au journaliste

jeudi 21 février 2013

Le REMDH condamne la tenue du procès des 24 militants sahraouis devant le tribunal militaire à Rabat.



Copenhague, 20 février 2013 – Le REMDH condamne la tenue du procès des 24 militants sahraouis devant le tribunal militaire à Rabat.
Le REMDH avait donné mission à Michael Ellman, avocat et représentant du REMDH,  d’observer le procès et après plusieurs renvois, pour certains inexpliqués, le procès s’est enfin tenu et s’est conclu par des peines extrêmement lourdes.

Des 24 accusés, qui risquaient la peine de mort, huit ont été condamnés à perpétuité et quatre à 30 ans d’emprisonnement, dix autres se sont vu infliger des peines de 20 à 25 ans et deux ont été condamné à deux ans d’emprisonnement.
Durant la tenue du procès, beaucoup des prévenus se sont plaints d’actes de torture sans que le Tribunal diligente une enquête sur ces allégations. Aucune preuve n’a été apportée au soutien de la culpabilité des accusés alors que le Président du Tribunal renonçait même à entendre les témoins de l’accusation en raison de la fragilité de leurs témoignages.  En outre,  aucune investigation matérielle sérieuse ne figure au dossier de la procédure (personnes décédées ou blessées non identifiées une autopsie sur un seul des 10 cadavres, aucune recherche d’ADN, bande vidéo ne permettant pas d’identifier les prévenus).
La courtoisie  et la serviabilité du Président, et le fait que plus de 50 observateurs étrangers étaient admis à la Cour sans entrave (après fouille systématique) avait laissé espérer un procès plus ouvert et équitable, mais en l’occurrence le résultat -sans motivation, au moins pour l’instant-  a largement réfuté cet espoir.
Si plusieurs observateurs ont pu assister sans difficulté aux audiences et les avocats ont pu exercer leur mission, il reste que, contrairement à la constitution, des civils ont été jugés par un Tribunal militaire, Tribunal d’exception s’il en est.
Le REMDH condamne la tenue d’un procès aussi inéquitable qui laisse mal augurer de la réforme judiciaire annoncée par le gouvernement. Un rapport complet sur ce procès sera publié dans les prochaines semaines.
Le REMDH appelle le Maroc à cesser de criminaliser l’opposition qui se manifeste au Sahara Occidental et de persécuter les défenseurs des droits de l’homme et à entreprendre les réformes nécessaires pour mettre un terme à toute juridiction d’exception et à garantir le droit à un procès équitable en toutes circonstances, ainsi qu’à respecter les libertés d’association, de réunion et de manifestation.

Pour plus d’information, prière de contacter :
Hayet Zeghiche, hze@euromedrights.net, Tel: +32 488 08 00 41

dimanche 10 février 2013

Manifestation pacifique en solidarité avec les prisonniers de Gdeim Izik

By , 8/2/2013
Manifestation à El Aaiún, le 8 Février 2013
Manifestation à El Aaiún, le 8 Février 2013
Le 2/2/2013 des sahraouis organisent une manifestation pacifique en solidarité avec les prisonniers de Gdeim Izik, Rue de Niger à El Aaiún occupée.

Les manifestants ont demandé la libération des prisonniers sahraouis politiques, et scandaient également des slogans pour le droit d’autodétermination..
Il faut noter que les héros de Gdim Azig sont présentés maintenant devant le tribunal militaire après le procès reporté la semaine dernière. Les familles des prisonniers et la coordination des cadres de juristes sahraouis ont organisé une manifestations devant ce tribunal ce matin en présence d’observateurs et des médias internationaux.


Rapport Observateurs des 24 prisonniers d´opinion Sahraouis devant tribunal militaire du Maroc

RABAT,  du 30 janvier au 1er févrie
* * *
Mercredi 30 janvier 2013
Dès notre arrivée nous rencontrons les représentants de l’Association Sahraouie des Victimes des Violations Graves des Droits Humains Commises par l’Etat Marocain (ASDVH), Brahim DAHAN, son Président et Hassana DUIHI avec lesquels nous faisons le point du déroulement de la journée du lendemain et de l’état annoncé de la présence des observateurs, de la situation des accusés, et de leurs sentiments quant au déroulement et à l’issue de ce procès.
Jeudi 31 janvier 2013
Rendez-vous au siège de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH) qui accueille la tenue d’une Conférence de Presse initiée par le Comité des Familles des Prisonniers Politiques Sahraouis de Geim Izik.
L’objectif de cette conférence est de faire le point sur le processus en cours concernant le procès des 24 de Salé, les violations des Droits de l’Homme, le Tribunal Militaire, la détention arbitraire et en exposant les conditions de détentions des prisonniers et les difficultés des familles qui accompagnent leurs parents détenus depuis 27 mois, si loin de chez eux.

La salle est pleine de représentants des familles des prisonniers, de représentants de la presse et dereprésentants d’Associations Marocaines des Droits de l’Homme, d’Associations Sahraouies des Droits de l’Homme, des Ambassades de Suisse et du Canada et du représentant de Human Right Watch.
Prennent la parole Khadija Ryadi, Présidente de l’AMDH qui présente la Conférence, France Weyl sur les questions de droit, Claude Mangin-Asfari sur ses démarches et actions depuis l’arrestation de Naama Asfari et les difficultés qu’elle rencontre, Fatimetou  Dahwar, tante du détenu Hassan Dah et ex disparue du bagne Kelaat M’gouna pour témoigner de  la continuité des méthodes  à l’encontre du peuple sahraoui ,  Mustafa El Machdoufi dit Mansour, Président du CFPPS, sur la situation et les actions des familles des détenus depuis près de 27 mois et sur la situation des détenus eux-mêmes et Abdel Hay frère du détenu Toubali. 
Une seule question sera posée par un journaliste. Les journalistes espagnoles et algériens intervieweront par la suite Claude Mangin, Khadija Riadi et France Weyl. Mustapha Abdeddaim, ancien prisonnier de 2008 à 2011 dont 4 mois à Salé 2, témoignera des méthodes de tortures et d’humiliations pratiquées actuellement à Salé2 sur les détenus, qu’il a subies comme les 24 prisonniers, qui sont identiques qu’au du règne de Hassan II.

Cette conférence de presse était nécessaire compte  tenu du déchaînement de la presse marocaine à l’encontre des prisonniers et plus généralement à l’égard des revendications des Sahraouis à exiger l’application du droit international et des résolutions de l’ONU. Un journal titre sur l’allégation que le Front Polisario aurait fourni 300 hommes aux groupes djihadistes qui ont attaqué une ville au Mali, dont des participants au camp de Gdeim Izik.

A l’issue de la conférence nous avons une rencontre avec Brahim El Ansari représentant de Human Right Watch.
Puis, nous rencontrons les représentants du CODESA- Collectif des Défenseurs Sahraouis des Droits de l’Homme – Larbi Messaoud, Lakhal Mohamed Salem, Ali Salem Tamek et Haiba Elmah, qui nous remettent une brochure détaillant la situation de chacun des 24. Ils nous font également état de leur travail sur la situation plus générale des disparus, des prisonniers Sahraouis, de la torture et de l’état des procédures actuelles (leur rapport est en cours de finalisation et de traduction).

Nous avons ensuite rendez vous à la Délégation de l’Union Européenne  au Maroc où nous sommes reçus par Mme Cécile Abadie, Chef de la Section Politique, Presse, Communication et Culture, Mr Louis Dey attaché à la coopération et de Mr Hugh Cleary, membre de l’équipe Politique et Communication de l’Ambassade de Grande Bretagne et attaché à la question des droits de l’homme. L’échange est courtois et aimable, mais décevant :  La délégation n’envisage pas d’envoyer de représentant au procès, elle considère qu’il est impossible aux 27 membres de la CE de se mettre d’accord sur une position commune ; elle déclare encourager les membres de la CE à se positionner individuellement et soutenir les initiatives des ONG en faveur de la défense des Droits de l’Homme au sens de la Déclaration Universelle, via les subventions qu’elle leur accorde, n’a pas de relation directe avec les ONG Sahraouies, mais se dit prête à les recevoir et à prendre connaissance des documents qui pourraient lui être communiqués, déclare ne pas avoir, pour le moment, vocation à intervenir sur le Sahara. L’UE ne peut pas intervenir partout en même temps, mais se mobilise pour les régions où il y a des tensions, ce qui ne semble pas être le cas au Sahara Occidental pour nos interlocuteurs. Sur la question des accords de pêche, Mme Cécile Abadie déclare que l’action de la DCE porte sur les bénéfices que les populations locales doivent pouvoir en tirer. Nous lui faisons remarquer que les pêcheurs sahraouis se voient refuser des licences et qu’il est illégal d’inclure dans l’accord de pêche les eaux du « territoire non autonome du Sahara occidental », que le pillage des ressources halieutiques est déjà le fait des bateaux appartenant au roi et à des hauts gradés de l’armée marocaine et que la capture de poulpes en période de reproduction met en cause l’espèce dans la région. Nous demandons de faire remonter les informations qu’elle recueille sur la  situation des droits de l’homme car l’Union Européenne conditionnait ses rapports avec le Maroc aux progrès en matière de droits de l’Homme, et que l’on en est loin. Une fois de plus on nous répond que progrès il y a avec l’existence du CNDH qui a des antennes en régions.

Nous partons ensuite au CNDH – Conseil National des Droits de l’Homme-où nous arrivons très en retard et sommes reçus par  le SG, Mohamed Sebbar,  deux autres personnes dont l’une traduit ses propos, sauf lorsqu’il s’emporte, en présence d’un photographe et d’un caméraman. Monsieur Sebbar nous informe qu’il est intervenu pour ce qui concerne les conditions de détention des prévenus qui depuis ont été améliorées.
L’échange se complique ensuite : notre interlocuteur semble sur la défensive, et affiche une position très en retrait de ce qui avait été celle de nos interlocuteurs lors de notre rencontre en octobre sur la question de la compétence du Tribunal Militaire (cf rapport du  2 novembre 2012 :  « Enfin s’agissant de la compétence du Tribunal Militaire, Monsieur EL YAZAMI nous indique, comme Mme RYADI l’avait fait la veille, que cela s’explique par la nature des infractions qui leur sont reprochées, mais que pour ce qui le concerne il considère que le Tribunal militaire devrait être supprimé, et que les règles du droit à un procès équitable ne sont pas respectées dans le cas des 24 de Salé, ce que confirme Me SAYOURI. »).  Sur cette question Monsieur Sebbar répond sèchement à Me France Weyl que c’est la loi et que l’on ne peut juger autrement. Quand elle lui demande son avis personnel sur l’aspect équitable du procès il se fâche, déclare qu’elle est disqualifiée en tant qu’observateur et, montrant la caméra dit « et c’est filmé !» comme s’il avait fallu que nous fassions attention à nos propos. Cette véhémence nous a tous choqués et interpellés, d’autant que le photographe a pris un portrait de chacun de nous, une pratique que l’on connaît ailleurs que dans l’enceinte d’un organisme de droits de l’homme. Nous l’interrogeons également à propos de l’assassinat du jeune Saïd Dambar par un policier. Il répond sur le même ton que le policier a été condamné à 15 ans de prison. Nous lui disons que la famille, qui n’a pas eu accès à la salle d’audience, veut connaître les circonstances de la mort du jeune et réclame une autopsie. Il promet d’envoyer la copie du jugement et de l’autopsie qu’il indique avoir été faite. De même il a dit qu’il enverrait la cassette vidéo de la séance.
Nous allons ensuite rencontrer les familles des prisonniers dans l’appartement qu’elles occupent à Salé. Nous regardons ensemble la TV de la RASD dont les grands titres des informations du soir portent tous sur le procès qui doit s’ouvrir le lendemain, sur les initiatives dans les campements, les manifestations dans les territoires occupés, et la Conférence de Presse du matin qui a été filmée par une équipe de presse.

Vendredi 1er février 2013

Arrivée très tôt au Tribunal Militaire. Le quartier est bouclé, nous finissons à pied.
A l’extérieur de l’enceinte, les familles et amis des inculpés manifestent avec des banderoles. Devant le palais sont déjà installés quelques manifestants qui apparaissent être les représentants les familles des 11 victimes des assassinats reprochés aux accusés, avec des banderoles et des photos, sans aucune surveillance policière, voir avec bienveillance.
Les familles des accusés accèdent à l’enceinte plus tard, les autres Sahraouis sont  maintenus sur le coté, enserrés par d’importantes forces de police en uniforme et en civil. La densité de photographes est impressionnante, et  les observateurs sont eux-mêmes photographiés sans vergogne.
De nouveaux manifestants marocains arrivent, dont un groupe d’hommes vêtus du « draa » traditionnel et se présentant comme Sahraouis, dont il nous sera dit qu’ils ont été amenés en car, et bien encadrés. Des mouvements se font et les forces de police permettent aux Marocains de venir quasi au contact des Sahraouis. Une partie des Observateurs est déjà entrée, d’autres restent pour observer ce qui se passe à l’extérieur. Si les slogans fusent, aucun incident ne sera à déplorer.
Après avoir satisfait aux contrôles, échangé passeports contre badges et remis appareils photos et caméras, nous entrons dans la salle d’audience dont les bancs sont parsemés d’hommes qui ressemblent fort à des forces de l’ordre en civil, nous en reconnaîtrons au moins un qui était au procès de Casablanca.
Les Observateurs internationaux sont en grand nombre, de même que des avocats en robe qui ne font pas tous partie de l’équipe de Défense ni du groupe des Observateurs cités ci-dessus.

Entrent ensuite les familles des victimes.
À 9h44, les prisonniers font leur entrée, l’un derrière l’autre, portant le draa, les bras levés, faisant le signe de la victoire, scandant les slogans : « Pas  d’alternative à l’Autodétermination » et « Pas de reconnaissance des jugements des Tribunaux de l’occupant », et ce de manière très calme.

La Cour entre et le procès est ouvert.
Ennaama Asfari est immédiatement appelé à la barre. Il se tourne vers la salle et déclare en français qu’un Etat indépendant Sahraoui est la seule solution du conflit du Sahara occidental et que le reste n’est que perte de temps et d’énergie pour les deux peuples et pour le Maghreb. Il décline son identité à la demande du Président, et retourne à sa place.
Le débat s’engage alors et se poursuivra tout la matinée, après une première déclaration des avocats de la Défense sur le vœu que l’on assiste à un procès équitable et sur la volonté de tous de faire la clarté et d’établir la vérité.
Nous assistons d’abord à une demande de report motivée par l’absence d’une partie de la défense, qui se conclura par l’acceptation des avocats présents de continuer, et l’indication par tous qu’ils ont une défense commune, et non individualisée (un accusé un avocat).

Les questions qui sont ensuite abordées au long de la matinée portent sur :
- l’interprétariat des débats
- les requêtes de la Défense tendant à l’audition de témoins
- la publicité des débats et de l’audience
- la présence d’importantes forces de police et de militaires dans la salle

1/ Sur la traduction des débats :
Il semble qu’il avait été prévu des traducteurs en français, anglais et espagnol dont la mission aurait été de traduire au fur et à mesure, chacun son tour dans sa langue, au micro depuis la barre. La Défense conteste cette méthode qui, mise en œuvre alourdirait gravement des débats ; ils ajoutent que, pour respecter la constitution marocaine il faudrait aussi traduire en Tamazigh et enfin que s’agissant d’accusés Sahraouis, il faudrait aussi une traduction en Hassania.

2/ Sur les requêtes de la Défense tendant à l’audition de témoins, elles se fondent sur les dispositions des articles 88 & 89 du code de justice militaire,  des articles 286, 217, 289, 290, 291 du Code de Procédure Pénale Marocain.

La Défense rappelle et considère que :
- les procès verbaux qui fondent les poursuites ont été établis dans des conditions non conformes, sont biaisés, ne sont pas fiables et sont contradictoires entre ceux émanant de la police et ceux émanant de la gendarmerie. Ils en déduisent la nécessité que soient entendus ceux qui les ont établis pour expliquer comment ils ont procédé et pour donner toutes les explications nécessaires sur les contradictions relevées.
- les dispositions ci-dessus rappelées permettent de débattre des chefs d’accusation et des preuves jusque devant la Cour et d’apporter tout élément de preuve dans les débats. Ils invoquent les notions d’évidence, de doute raisonnable (articles 217, 289,  290). Ils rappellent que les accusés sont innocents jusqu’à ce qu’il soit prouvé qu’ils sont coupables. Ils indiquent que le procès ne peut pas se tenir sans témoins (article 286).
- Ils ont remis, le 30 janvier, à la Cour et au Procureur la liste des témoins qu’ils veulent faire entendre et qui sont de trois types :
* Le Ministre de l’intérieur, la parlementaire Gajmoula Ment Ebbi, deux walis
* Des membres de la «Commission de dialogue» qui avait été mise en place pendant Gdeim Izik
* Des témoins des dates et lieux des arrestations dès lors que pour certains des accusés les procès verbaux sont en contradiction évidente avec la réalité soit quant à la date de l’arrestation, soit quant au lieu.
Un débat s’instaure, et à un moment selon l’interprète dont nous bénéficions à coté de nous, le Président aurait dit « où est le problème ? » ce qui pouvait s’interpréter comme signifiant une acceptation de la requête dans son ensemble. Mais il n’en sera rien.

3/Sur la publicité des débats et de l’audience :
La Défense invoque l’inégalité existant dans l’accès de la salle qui selon elle se fait sans difficulté pour les familles des victimes, alors que les familles des détenus ont les plus grandes difficultés, et que les militants et représentants des Associations Sahraouies de défense des Droits de l’Homme en sont empêchés.
Le débat est vif. Le Procureur conteste que des instructions aient pu être données, affirme que l’accès est libre, et en veut pour preuve le fait que la salle est pleine et qu’il y a beaucoup d’Observateurs étrangers  qu’il établit à 52 et à 20 Observateurs des Associations Marocaines. Le Président conteste lui aussi. La Défense maintient sa demande.

4/Sur la présence d’importantes forces de sécurité :
La Défense considère qu’elle est le signe d’un manque d’indépendance de la Cour, et que rien ne justifie que la salle soit ainsi remplie de militaires et d’officiers gradés alors que les détenus et leurs familles ont toujours montré un comportement exemplaire et calme.  Là encore le débat est vif, le Procureur invoquant le fait que l’on est devant un tribunal militaire et que de surcroît les militaires sont là pour assurer la sécurité. Le Président conclut ce débat en indiquant qu’il considère que l’audience est publique, qu’il refuse qu’on affirme que les familles sont empêchées, qu’aucune décision n’a été prise pour les empêcher d’accéder, que la présence des militaires obligatoire est justifiée pour assurer le maintien de l’ordre.
La Cour se retire alors pour délibérer sur les autres points dont principalement la question de l’audition de témoins.

Pendant la suspension qui dure environ 2H30, l’ambiance dans la salle est assez décontractée et «surréaliste» si l’on se souvient que l’on est dans l’enceinte d’un tribunal militaire. Nous parvenons à discuter les uns ou les autres avec les accusés, sous l’œil «complaisant» des militaires dont le substitut. Beaucoup de discussions entre les observateurs, les avocats, ….

A 13h45, la Cour revient rendre sa décision dont il ressort que :
- sont admis comme témoins pouvant être convoqués les seuls témoins sahraouis sur les questions relatives aux dates d’arrestation
- les autres témoins portés par la Défense sont rejetés
- la Cour rejette aussi la demande d’audition des rédacteurs des procès verbaux
- la Cour décide de faire venir les scellés saisis sur les lieux
- la Cour annonce que le procès se poursuivra le 8 février 2013 à 8h30 pour audition des témoins et examen du dossier
- dans ce cadre sera prévu un interprétariat en Anglais, Français, Espagnol ainsi qu’en Hassania et Tamazight.
La Défense se lève alors pour demander que la date fixée au 8 février soit reportée d’une semaine invoquant les difficultés d’organiser en une semaine une défense coordonnée alors que pour l’essentiel les avocats de la Défense sont de Laayoune qui se trouve à 1200 km de Rabat.
Un débat très vif s’engage entre la Défense et le Procureur qui s’oppose à sa demande en prétendant
que tout le monde peut et doit faire des sacrifices, que lui-même est prêt à se sacrifier et à rester au tribunal le temps qu’il faudra, et qu’il faut faire cesser la souffrance des familles des victimes comme celle des familles de prisonniers en n’allongeant pas le délai de tenue du procès.
La Défense lui rétorque qu’elle n’a pas de leçons à recevoir pour ce qui concerne les sacrifices, que s’agissant de la souffrance des familles ou de l’allongement du procès ce n’est pas de leur responsabilité qu’il ait déjà été renvoyé deux fois, ni que cela fasse aussi longtemps que les accusés sont détenus, et qu’un renvoi aussi court ne constitue pas un signe de garantie de justice loyale et équitable car cela ne respecte pas les droits de la défense.
Il faut rappeler que la Défense n’a eu communication du dossier que tardivement, et ne l’avait pas avant les précédentes audiences. (de janvier et octobre 2012 )
Le Président reste sur ses positions en déclarant que sa conscience ne lui permet pas de maintenir la souffrance des familles, et que la date du 8 février est maintenue en demandant aux avocats d’y être tous présents.
La séance est levée à 14h.
À la sortie, le représentant du bâtonnier de Rabat  accompagne quelques avocats à une visite de courtoisie au Président dont la demande avait été déposée la veille.
Celui-ci nous « reçoit » sur le seuil de son bureau, nous laissant en rang dans le couloir. Ses propos sont brefs: «Bienvenue au Maroc; continuerez- vous avec nous la semaine prochaine?».
Nous quittons le Tribunal Militaire pour nous retrouver dans la rue d’où nous serons tous « poussés » fermement par des policiers vers l’avenue la plus proche.
Après un déjeuner rapide, 4 français partent rencontrer Mr Tudor Alexis, 2 ème Conseiller à l’Ambassade de France. Il s’agit des avocats et élus, l’interlocuteur refusant de rencontrer des représentants des associations.
L’accueil est aimable, notre interlocuteur connaît son sujet, il en était déjà saisi lorsqu’il exerçait ses fonctions au Ministère des Affaires Etrangères à Paris à la Direction Maghreb. Il est à l’écoute. Pour
autant il se revendique de la position française de soutien au plan d’autonomie qui n’a en l’état pas changé sous la nouvelle majorité, et d’une activité diplomatique discrète sans affichage. Ainsi et malgré notre insistance et nos arguments, il n’est en l’état pas envisagé que l’Ambassade délègue un Observateur au procès qui doit se poursuivre le 8 février.
En soirée à l’hôtel,  nous tenons une dernière réunion avec les représentants de l’ASDVH pour tirer les premières leçons de cette première audience et préparer la suite; se joignent à nous Mickael Ellman, Juan Soroeta,  Candelaria Carrera et Josè Antonio Romero.
Brahim Dahane et Hassana Duihi insistent sur l’importance de la présence des Observateurs, nous confirment que les militants des Droits de l’Homme et les représentants des Associations Sahraouies ont été empêchés d’entrer dans le tribunal, dont ceux qui de manière bénévole étaient prévus pour être nos interprètes dans la salle.
Ils insistent encore une fois auprès des Français sur l’importance de la position de la France, et sur le fait qu’il faut qu’ils mobilisent le gouvernement français sur les questions des Droits de l’Homme .
Ils nous remercient de notre présence et espèrent que malgré les difficultés que nous rencontrons nous puissions revenir nombreux le 8 février tant il est important que la pression soit maintenue.

Conclusion et analyse
- Les risques encourus par les accusés sont très sérieux au regard des faits qui leurs sont imputés, des textes de répression qui sont visés
- Une campagne commence à être orchestrée mettant en avant les victimes et leur revendication d’un  procès équitable
- Les autorités marocaines ont parfaitement compris qu’elles ne peuvent pas faire n’importe quoi.

Et c’est ainsi que doit s’analyser cette première audience qui est un succès à mettre au crédit de la mobilisation internationale, mais montre que le Maroc se prépare à donner l’apparence d’un procès équitable : présence d’Observateurs, interprètes en audience, auditions de témoins, délai de renvoi rapproché dans l’intérêt des familles des victimes et des accusés.
OR cette apparence de normalité ne peut évincer que le procès qui est fait aux 24 accusés de Gdeim Izik ne répond à aucune des normes du droit à un procès équitable.
En effet restent entières:
- La question de l’incompétence du Tribunal Militaire :
* au regard de la norme marocaine, le Tribunal Militaire est compétent notamment si les victimes sont militaires. Si tel est le cas, leur intervention à  Gdeim Izik ne constitue-t-elle pas une violation manifeste du cessez le feu?
* au regard de la norme internationale : notamment  et en l’espèce l’inégalité de droits entre l’accusation et la défense, l’absence de double degré de juridiction, absence de motivation des décisions, sans oublier bien évidemment l’absence d’indépendance et les modalités de constitution du dossier.
- La violation des Droits de l’Homme dans l’établissement des éléments à charge, notamment avec l’utilisation de la torture.
- L’absence de respect des droits de la défense dans la discussion des preuves, dont l’impossibilité qui leur est faite d’utiliser tous les moyens pour les discuter de manière contradictoire et publique.
- La violation des droits de la défense dans une poursuite établie de manière collective, et pour une responsabilité qui n’est pas personnelle.
- des poursuites qui sont contraires au droit international en ce qu’elles visent des Sahraouis qui  résistent à l’occupation de leur territoire par l’Etat Marocain, qui demandent le respect du droit international et la mise en œuvre des résolutions de l’ONU à savoir l’organisation d’un  référendum d’autodétermination.
Ce sont là des « délits d’opinion » au regard de la revendication marocaine d’annexion du Sahara Occidental.
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Voir le rapport complet ( liste des inculpés, avocats, témoins...)sur :