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dimanche 2 février 2014

Vivre en cage à Gaza


Par Pierre Stamboul
 Article initialement publié dans « CQFD » page 4 -N°de janvier 2014

Vivre en cage à Gaza
Depuis 7 ans, le blocus israëlien a transformé Gaza en un véritable laboratoire, où près de 1.800.000 personnes survivent sans pouvoir quasiment sortir dans la pauvreté, le chômage et les pires pénuries. À l’étranglement israélien s’ajoute le blocus égyptien par « mesure sécuritaire » depuis que le coup d’État de l’armée égyptienne, laquelle accuse le Hamas de collusion avec les Frères Musulmans. Pierre Stambul a pu passer deux jours fin décembre dans cette cage avec le réseau de soutien international Unadikum.

Ils tuent et ne sont jamais sanctionnés.
Le 24 décembre, l’armée israélienne a attaqué la bande de Gaza avec les chars et l’aviation en 15 endroits différents. Un char israélien a pulvérisé à 800 m de distance une maison dans un camp de réfugiés. Une dangereuse terroriste, la petite Hala, trois ans, est morte. Sa mère et ses frères ont été bléssés-e-s. À l’hôpital, la famille nous a demandé de filmer et de témoigner. Deux jours auparavant, un autre redoutable terroriste, un chiffonnier qui recyclait les ordures, avait été abattu sans motif par un sniper israélien. En 7 ans de blocus, 150 paysans et des milliers d’animaux qui avaient l’outrecuidance d’approcher trop près la « barrière de sécurité » – pour reprendre le vocabulaire de l’occupant – ont perdu la vie. « Pourquoi la justice internationale protège-t-elle les criminels de guerre israéliens ? », s’interroge le militant des droits de l’homme Khalil Shaheen. Quand les soldats de Tsahal ne tirent pas sur les paysans, ils visent les pêcheurs. La marine israélienne interdit aux pêcheurs de s’éloigner à plus de 3 Km des côtes mais viole ses propres lois puisqu’elle a confisqué des bateaux à 700 mètres des côtes et tué deux pêcheurs. Les quelque 4200 pêcheurs sont réduits à la misère. « Le droit international permet de cultiver et de pêcher. Israël viole ce droit en disant que c’est contraire à sa sécurité », explique Mohamed al-Bakri, secrétaire général du syndicat des comités de travailleurs agricoles (UAWC) (1).
Comment la pénurie est organisée
Gaza est aussi une terre agricole. La superficie agricole a diminuée d’1/3 à 1/5 de la bande en 7 ans. Les Israéliens interdisent la commercialisation des produits et les fraises pourrissent sur place. Les paysans survivent avec 1/2 hectare de terre en moyenne. Gaza est autosuffisant en légumes et en poulet mais tout le reste doit être importé (œufs, viande rouge, poisson). Lors des récentes inondations 3 000 serres ont été inondées, le blocus israélien empêche de les remplacer.
L’eau à Gaza vient de Cisjordanie par l’aquifère. Les Israéliens ont creusé des puits sur la frontière tous les 100 m pour capter cette eau. Résultat, il manque à Gaza 40 % de l’eau nécessaire à son agriculture. La nappe phréatique est envahie par la mer et l’eau, devenue saumâtre, est impropre à la consommation.
En Egypte, l’essence est subventionnée et ne coûte que 0,12 euro le litre. Avant que le gouvernement égyptien ne bloque la frontière et ne détruise les tunnels, on trouvait de l’essence à Gaza. À présent, elle vient d’Israël, est rare et hors de prix. Les charrettes remplacent souvent les voitures. Conséquence de cette pénurie de pétrole, il n’y a en moyenne que 6 heures d’électricité par jour. Alors c’est la débrouille : groupes électrogènes, lampes de poche sont indispensables, mais ne garantissent rien.
Dans les hôpitaux, on manque de médicaments, d’hygiène, de médecins qualifiés. Les grands malades essaient de partir à l’étranger, mais sortir n’est pas évident et ça coûte très cher.
Un énorme effort est entrepris pour l’éducation. Il y a très peu d’illettrés. On compte à Gaza 100000 étudiant-e-s dans 5 universités. Au bout du compte, il y a 35000 chômeurs diplômés et d’autres survivent avec des petits boulots. Le chômage total ou partiel touche 60% de la population. L’économie a été détruite.
 « Sans solution politique, on continuera à manquer d’eau, de terre, de médecins, d’éducation et ça va exploser », ajoute Mohamed al-Bakri.
Colère et auto-organisation
Tous nos interlocuteurs/trices disent la même chose : la désunion palestinienne, l’existence de deux gouvernements, deux parlements, deux lois sont un scandale : « ils ne pensent qu’à leur propre intérêt », « ils ont perdu toute légitimité », « cette désunion est une victoire de l’occupant », « nous avons un grand problème de leadership », « rien ne changera avec Abou Mazen ». « Il n’y aura pas de troisième Intifada à cause de la division palestinienne, pense Ziad Medoukh, responsable du département de français a l’université al-Aqsa de Gaza. Depuis la mort d’Arafat, il n’y a plus de leadership. La direction à prendre vient de l’extérieur de la société palestinienne et non de l’intérieur. Les deux gouvernements profitent de l’occupation pour garder le pouvoir. Ces deux gouvernements ont perdu la légitimité. Les deux sont en échec. Mais ils savent que la population ne va pas se révolter contre eux. »
L’impopularité des deux gouvernements est certaine. « Notre rêve, c’est un seul État. Notre référence c’est Mandela, [mais] nos dirigeants sont stupides, estime Eyad Al Alam, avocat au Centre palestinien des droits de l’homme (PCHR). On a deux parlements, deux gouvernements, deux lois. Pourquoi n’y a-t-il pas réunification ? Je me fous des relations Fatah-Hamas. On voudrait des élections mais Israël contrôle tout et ne laissera pas faire .»
Le PCHR fait partie de ce grand réseau d’associations qui viennent au secours des pauvres et des exclu-e-s, qui permettent à la population de s’organiser, d’exiger le droit de « vivre comme un être humain normal ». Le PCHR enquête sur toutes les exactions, même sur les violences inter palestiniennes. Il aide les prisonniers politiques, combat la torture, dénonce l’impunité de l’occupant et la complicité occidentale. Il a fourni aux enquêteurs de l’ONU (Dugard, Falk, Goldstone) une grande aide pour leurs rapports.« Comme Palestinien, j’ai été victimisé et maltraité. La Naqba est en moi. Je suis né ici, c’est mon pays. Un Russe obtient la nationalité et moi, je n’ai rien. La loi vient du pouvoir, pas de la morale. Avec la globalisation, j’ai espoir que les barrières disparaîtront. Pourquoi la communauté internationale accepte-t-elle cette punition collective ? », s’indigne Khalil Shaheen.
Politiquement, il existe une gauche palestinienne dont le parti le plus important est le FPLP. Ce parti a payé un très lourd tribut à son rôle dans la résistance (le secrétaire général Ahmed Saadat a été condamné à la prison à vie et le précédent a été assassiné). Il essaie aujourd’hui de renouveler ses cadres et d’unifier un troisième pôle face au Fatah et au Hamas. Il se concentre aussi sur l’action sociale du FPLP : les jardins d’enfants, les projets, les instituts, les hôpitaux (comme à Jabaliya), les ONG, l’aide aux agriculteurs et aux pêcheurs ». Dans son programme, il exige la fin des négociations avec Israël.
Aujourd’hui les accords d’Oslo sont plus que jamais morts. On est passé à une lutte antiapartheid sur un espace unique. L’hypocrisie des discours de la France, de l’Union Européenne et les Etats-Unis renforce l’économie israélienne et le blocus. Avec Ziad Medoukh la discussion se porte sur le boycott: « La notion est peu développée en Palestine parce que les marchés sont captifs. Il y a peu de produits israéliens, pas de produits des colonies mais les Palestiniens n’ont aucune marge de manœuvre. « Toutes les formes de solidarité sont les bienvenues. Mais la priorité, c’est de lever un blocus qui dure depuis 7 ans. S’il n’y a pas un mouvement comparable à ce qui s’est fait en Afrique du Sud, ça ne marchera pas ».
Union Juive Française pour la Paix

1. Le syndicat des travailleurs agricoles UAWC appartient à Via Campesina. Il organise les paysans et les pêcheurs, établit des programmes de développement (tracteurs, étanchéité, filets de pêche).

mardi 27 août 2013

Maroc : les migrants d'Afrique Noire soumis à une discrimination continuelle

Les organisations antiracisme tirent la sonnette d'alarme sur une recrudescence d'attaques visant les migrants Sub-sahariens au Maroc. Ils seraient entre 15 et 20 000, la plupart en situation irrégulière. Ils viennent d'Afrique noire au péril de leur vie dans l'espoir de traverser la mer pour se rendre en Europe... d'autres tentent tant bien que mal de s'installer au Maroc.  
Le 12 août dernier, un jeune sénégalais a été poignardé à mort à Rabat. Quinze jours plus tôt, un enseignant congolais en situation régulière était embarqué par erreur par la police. Devant ses protestations, les policiers l'ont jeté d'un van sur la route. Il est mort quelques jours plus tard de ses blessures. Des femmes africaines se font violer, des hommes disent être la cible d'attaques haineuses. Et les plaintes n'aboutissent jamais. Nos équipes se sont rendus à Takkadoum, un quartier pauvre de Rabat où vivent de nombreux migrants pour recueillir leurs témoignages.
26/08/2013 Actualités

mardi 22 janvier 2013

La « justice » française à l’oeuvre au nord Mali

Un militaire français au Mali. Le visage de la mort ?
Un militaire français au Mali, avec un foulard à tête de mort (Photo AFP)
Par Demainonline, 22/1/2013

Exactions, tortures et exécutions sommaires sont entrain de devenir le lot quotidien du Nord Mali. Et cette fois-ci ce n’est pas AQMi qui est pointée du doigt, mais plutôt l’armée malienne « alliée » de l’armée française.
On fusille à tout va dans le nord Mali. Le quotidien français Le Monde avait commencé il y a une semaine à parler de « rumeurs d’exactions qui se multiplient ». Depuis quelques jours, Amnesty International nous apprend que ces « rumeurs » sont devenues des « évidences ».

Les victimes seraient des touaregs et des membres de l’ethnie des Fulani, accusés par l’armée d’avoir sympathisé avec les islamistes. Le chef de la police islamique de Gao aurait même été lynché (massacré à la machette selon des témoins) par la population.
Hier, AQMI et ses appendices locaux coupaient les mains des voleurs et fouettaient les couples adultères. Aujourd’hui, l’armée malienne fusille des innocents et jette leurs corps dans les puits.
La différence c’est que AQMI est une organisation terroriste et barbare ; et l’armée malienne, qui est tout de même une milice putschiste qui a fait tomber un régime et un gouvernement légitimes et démocratiques, travaille sous le parapluie bienveillant et protecteur de la France.
Au fait, elle est où la différence entre AQMI et l’armée malienne quand il s’agit de tuer des innocents ?


URL courte: http://www.demainonline.com/?p=24590

lundi 1 octobre 2012

Ibrahim, victime de la cruauté et du silence...

Par Moha Oukziz, 30/9/2012

Une organisation fasciste au Maroc dite "tribunal populaire amazigh" blesse les étudiants avec des armes blanches en leur coupant les mains  et les pieds. Ces étudiants ne sont pas les moindres, il s'agit des militants de la mouvance marxiste léniniste : les Basistes qui dirigent l'UNEM( union nationale des étudiants au Maroc) depuis  les années 1980.  
Ce 27 septembre 2012 l'étudiant militant Ibrahim Bouâme a succombé, victime    de cette organisation fasciste qui se donne comme objectif d'éradiquer les Basistes  et de les terroriser. C'est la même méthode utilisée par les intégristes du  Maroc contre ce mouvement progressiste des étudiants. Après le fascisme religieux, c'est le fascisme ethnique qui s'attaque avec les armes aux étudiants et à leurs militants, les Basistes. Rappelons que  ces organisations fascistes sont responsables  des martyrs du mouvement des étudiants marocains : Boumeli Almaâti, Benissa Ait ALjid, Sissaoui et  beaucoup d'autres. 
J'ai pu faire le tour des organes de presse et des sites porte-parole des partis politiques, syndicats  et associations, aucune information au sujet n'a été donnée!! 
Pourquoi ce silence?
Qui en veut aux étudiants et aux  Basistes?
Qui a ordonné à cette organisation fasciste de commettre ses crimes de nouveaux?
Et les autres composantes de l'UNEM, ont-ils un mot, un avis à faire savoir, une action à mener? Ou alors rebelote, vaut mieux les fascistes dans nos universités que ces marxistes qui sont contre le régime ? 
Bientôt peut être, les uns et les autres vont communiquer non pas contre le fascisme religieux et ethniques mais pour condamner la violence!! Et le tour est joué.
Et les forces politiques dites de gauche au Maroc, quel est leur avis? Leurs actions? Nul ne se prononce pour condamner le fascisme et soutenir les militants Basistes dans leur combat et engagement auprès des étudiants.
Et la presse, elle  ne relate même pas les faits!
Tout le monde, d'une manière ou d'une autre ne souhaite pas traiter le sujet ni informer le public et comme l'information est payante et bien tant pis pour les nobles causes que défendent les Basistes et les étudiants de l'UNEM. Les causes monétaires et financières des uns et des autres l’emportent sur les causes justes telles que  l'enseignement démocratique laïque populaire  et unique.
Et le corps enseignant ? UMT, CDT les intellectuels indépendants etc, quel est leur avis ? On dirait que les étudiants au Maroc sont dans une île déserte, personne autour, seul face aux monstres fascistes qui de temps en temps capturent une de ces proies. L’enseignement laïque démocratique populaire et unique que défendent les étudiants et les Basistes ne concerne t-il pas au premier rang les enseignants, les chefs d’établissement de l’enseignement et l’éducation publique ? L’enseignement démocratique laïque populaire et unique ne concerne t-il pas les familles, les partis politiques, les syndicats les associations de droit de l’homme etc. ? N’est –il pas de l’avenir du pays d’avoir un enseignement démocratique laïque populaire et unique ?
Baisser les yeux devant le fascisme est une politique qui a coûté cher, trop cher à des peuples entiers, à toutes les classes ouvrières dans le monde entier, à toutes les intelligences du monde entier.
Le fascisme n’est pas la menace, ni la question des Basistes seuls, le fascisme est le feu qui peut détruire tout sur  son passage. Gare à ceux qui jouent avec le  feu du fascisme.
Les fascistes, au nom des ethnies au Maroc,  affrontent les Basistes avec les armes, ce n’est pas pour rien.
Affronter le fascisme n’est autre qu’affronter le régime et ses satellites,  structurer les luttes pour abolir le capitalisme, organiser les combats syndicaux et politiques pour consolider le socle de la transformation radicale de la société actuelle au Maroc.   Nos syndicats, nos partis politiques, nos associations ne s’inscrivent  peut être pas dans ces combats multiples et variés pour changer la société. Ils ne se sentent pas peut être concernés.  Le militantisme corporel domine les actions de toute nature. Faut-il se projeter au delà de son environnement corporel et poser les QUESTIONS  à la hauteur des problématiques posées. Le fascisme est une menace du capitalisme à laquelle les Basistes sont affrontés. Ils payent le prix cher ;  des martyrs et des blessés. Et si ses derniers assument leur responsabilité, la question se pose par rapport  aux forces politiques et syndicales de ce pays. Où sont-ils ? Pourquoi ils ne se prononcent même pas ? 
Pour finir, toute ma solidarité avec les victimes du fascisme au Maroc et ailleurs. Toute ma solidarité avec Ibrahim et toute ma condamnation au fascisme de Paris à Marrakech en passant par San Francisco.  Et le sang d’Ibrahim que le fascisme a fait couler rejoint celui de toutes les victimes du fascisme dans le monde entier. Condamner les fachos  et leurs actes barbares n’est que la moindre  des responsabilités. Hélas, jusqu’à présent le silence règne dans les rangs des partis politiques, des syndicats et des associations de droit de l’homme du pays. L’univers de la dite société civile ne se sent pas concerner ni par  la vie des étudiants ni par les problématiques de l’enseignement.