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samedi 8 septembre 2012

Accident de Tichka : Une députée marocaine accuse les victimes d’être mal éduquées


Suite à la mort de 42 personnes dans l’accident de la route survenu dans la nuit de lundi à mardi 4 septembre, sur la route reliant Zagora à Marrakech, le journaliste marocain Boubker Taoufik a lancé une proposition sur son profil Facebook : créer un mémorial de l’accident d’Al Haouz « pour se rappeler que le partage sécuritaire de la route est la responsabilité de tous ». 

La députée de l’opposition, membre du Parti Authenticité et Modernité (PAM), Bouchra El Maliki, s’y oppose ; il faut appuyer, selon elle, sur les causes réelles de l’accident. « En plus il y avait une surcharge donc les personnes ayant pris cet autocar en route étaient mal éduquées ». Les 42 morts seront heureux d’apprendre qu’ils étaient mal éduqués.
Derrière l’opposition de Bouchra Maliki à l’idée de Boubker Taoufik, apparait la crainte de voir l’image du Maroc entachée publiquement. « [Cette idée] ne peut avoir l'aval des autorités car [elle] renvoie une image négative sur le Maroc », explique-t-elle. « En plus un mémorial dans un pays ou il y'a plus de 40% d'analphabètes dont une grande partie de chauffeurs routiers , ce seront certainement les touristes qui vont le lire à 100% », continue-t-elle.

mercredi 5 septembre 2012

Le Maroc de la modernité et celui de la tradition

Le Maroc de la modernité et celui de la tradition

par Salah Elayoubi, 5/9/2012
 
 

« Ils » auront beau se fendre de déclarations lacrymatoires, prier pour le repos de l’âme des martyrs, condoléancer  les familles, décréter un deuil national ou tenter d’imputer à Dieu, ou au destin, la tragédie qui a eu pour théâtre la route Zagora Marrakech, ils ne nous ôteront pas de l’esprit qu’ils sont responsables de ce gâchis !
Une choses me revient en mémoire : Ce discours de Hassan II, qui circule sur la toile et où le dictateur défunt prétendait que nous n’étions pas un pays du tiers-monde. Une fanfaronnade de plus, destinée à impressionner le petit peuple et une preuve supplémentaire que le Maroc fonctionne depuis toujours à deux vitesses.
Alors pour se dédouaner du saccage de son pays, et du retard qu’il lui a infligé de tant de pillage, le dictateur aura eu cette formule cocasse qui n’aura trompé que ceux qui l’auront bien voulu, du Maroc alliant modernité et tradition.
Le premier de ces deux visages est pour le dictateur, son clan et l’administration qui les sert fidèlement, selon la formule consacrée.
C’est celui dont les publicitaires de la monarchie aiment le plus faire étalage dans ces brochures « attrape-couillons » qui ont servi à bâtir le mythe du « plus beau pays du monde ». Un mythe aussitôt pondu, aussitôt passé à la trappe et gommé des tabelles,  tant il nous a valu de quolibets.  Une main perfide semble, comme par hasard, avoir superposé le calque de son  emprise géographique sur  celle d’un Maroc utile. Celui des plaines côtières,  agricoles, touristiques et industrielles, complétées de quelques enclaves, lorsque l’intérêt du prédateur  qui préside aux destinées du pays y trouve son compte !
Dans ce Maroc qu’ils veulent moderne, tout est bon pour faciliter leur vie et leur épanouissement: routes, autoroutes, ports, aéroports, écoles, universités…… Il y a même ce projet de Train à Grande Vitesse, comme s’il s’agissait d’aller encore plus vite, pour s’éloigner de cet autre Maroc, celui qu’ils ont qualifié avec cette pudeur qui sied si bien au mensonge d’Etats de Maroc traditionnel. Un pays de misère, d’archaïsmes, de vieilleries et d’injustices. Ils ont à ce point manqué de vergogne qu’ils l’ont même photographié sous toutes les coutures pour l’exposer dans les mêmes revues que le premier. Le plus ahurissant dans cette entreprise, est que rien ne semble avoir interpellé les censeurs, d’habitude si pointilleux sur les réalités du pays.
Ni  les labours qui se font encore à coup de charrues et de socs antédiluviens, tirés par des bêtes de somme empruntées à un lointain voisin.
Ni ces vies misérables venus s’échouer dans les dédales de ruelles sombres aux odeurs pestilentielles et où s’entassent des existences et meurent des destinées par paquets de douze.
Ni ces routes de l’impossible, sans revêtements perchées à effrayer les cœurs les plus accrochés, qui tuent tous les jours dans l’indifférence de « Ceux des plaines ».

Une deuxième chose me revient en mémoire. Elle m’avait d’abord stupéfié, avant de me révolter. Sur les murs d’un ami, j’ai découvert cet article intitulé : « Bref, hier j’ai été à Casa », émanant d’une autre facebookienne, une Fassi-Fihri. Je tairais son prénom pour ne pas l’accabler plus qu’elle ne le fait elle-même !  Sur le site où elle exhibe fièrement son wissam de Chevalier de l'Ordre du Trône, vous savez, cette bimbeloterie récompensant le silence et les indignités, la dame  écrit :  

« Habitant Rabat depuis presque toujours, j'entendais parler de Casablanca.  Les rares fois où je m'y suis rendue étaient en général liées à des événements particuliers (séminaires ou invitations ponctuelles)……………..»

Le reste est à l’avenant. Madame Fassi-Fihri qui occupe, pourtant un poste important  dans la fonction publique,  fait montre d’une méconnaissance totale de la capitale économique. On n’ose imaginer ce qu’il en est du reste du pays et de cette route où se sont tués quarante deux de ses compatriotes.
Un peu plus loin, dans le texte, elle bascule carrément dans le registre du mépris :

« J'ai pris le train "Aouita", pensant me retrouver dans celui de mes souvenirs de fin des années 80. Mon Dieu! je n'ai rien compris à ma vie. Tout a changé! Pourquoi autant de manque de goût!  La population a changé le nombre a augmenté. Mais pourquoi des trains à deux étages, pourquoi cette odeur nauséabonde: qui a décidé que le Maroc ressemblerait plus à l'Inde qu'à l'Europe……………….. »

Une envie folle me taraude de répliquer que si le Maroc ressemble tant à ça, c’est parce que des gens comme « ça »,  le dirigent, se servant au passage et ne servant à rien d’autre qu’à dilapider ses budgets, piller ses ressources et donner quitus au despote pour sa mauvaise gouvernance.
Enfin, S’il vous arrivait d’aller un peu plus loin que lire son article, feuilletez le tissu de niaiseries que constituent ses pages Facebook, vous y apprendrez que notre amie qui est, vous l'avez compris, originaire du "Maroc de la modernité", passe ses vacances aux Maldives. Pas étonnant pour quelqu’un dont on sait que les membres de sa famille ont pour habitude de programmer leur shopping, en même temps que leurs missions professionnelles,  dans les boutiques parisiennes,  quand ils n’y font pas des acquisitions immobilières.
 

Pendant ce temps au Maroc de la tradition, celui qui paie le plus lourd tribu à la désolation, à la misère et à l’injustice, une quarantaine de familles pleure les siens, happés par la montagne, tandis qu’une vingtaine d’autres  panse les blessures des survivants,  en désespérant de pouvoir un jour, faire partie de la civilisation !
 
 


Tunnel de Tichka : un projet qui coûterait entre le tiers et la moitié du coût projeté du TGV Tanger-Casablanca.



Si vous n’avez jamais pris la route Ouarzazate-Marrakech via Tizi-N-Tichka, vous pouvez difficilement imaginer à quelle point le tronçon montagneux est dangereux. Si les paysages qu’elle offre sont à couper le souffle, elle reste une route étroite, sinueuse sur 120 kilomètres, avec des virages à angles morts et des ravins dont on ne voit même pas le fond. Ajoutez à cela une signalisation faible et un entretien approximatif, et vous obtiendrez probablement la route la plus dangereuse au Maroc. Et si jamais vous envisagez de traverser cette route l’hiver, prévoyez des vivres et de bonnes couvertures. Il est très fréquent que la route soit coupée suite aux chutes de neige.

Si on ne connaît pas, pour le moment, la cause exacte du dramatique accident d’autocar de Tichka, on peut, vu la nature de la route, se demander si celle-ci n’est pas la cause directe de l’accident, ou au moins une cause aggravante, vu que le car a chuté dans un ravin de 150 mètres.
On pourra toujours dire que le conducteur roulait trop vite, avait sommeil, ou a manqué d’attention au moment de l’accident, ou que l’autocar était surchargé et que son état mécanique était défectueux, mais la question de la responsabilité de la qualité de la route dans le nombre effroyable de victimes est légitime.
La construction de la route du Tichka a commencé en 1924, sur initiative du Général Daugan, dans le cadre de la campagne de “pacification” du Maroc, après la signature du traité de protectorat français en 1912.

Elle fut essentiellement utilisée pour transporter le matériel et les troupes militaires.
Les découvertes minières dans la région, ont incité le protectorat à trouver des solutions pour faciliter le transport du manganèse, et de baisser ainsi son coûts de revient. Deux solutions ont été étudiées : celle d’un téléphérique utilisé pour acheminer le précieux minerai d’un flanc à l’autre, ou celle d’un tunnel sous l’Atlas. La première solution fut adoptée et celle du tunnel temporairement abandonnée (même si selon certaines sources, le creusement avait déjà commencé).

En 1974, des études ont été réalisées pour la faisabilité d’un tunnel de 11 Km sous l’Atlas, réduisant la longueur du trajet de 25 Km et économisant 40 minutes. D’autres études ont suivi en 1996 et 2002 et 2004. mais ont connu toutes le même sort : moisir dans un tiroir.
Pour quelles raisons le projet a-t-il été remis aux calendes grecques? Si les italiens, suisses, français ou islandais ont parfaitement réussi des challenges aussi difficiles que la construction du tunnel du Mont Blanc, du Fréjus , du Simplon ou du Hvalfjörður, en quoi le tunnel de Tichka serait-il plus difficile à construire? La seule raison qui parait aujourd’hui freiner le projet, est son coût de financement. Il est estimé aujourd’hui entre 7 et 10 milliards de dirhams, soit entre le tiers et la moitié du coût projeté du TGV Tanger-Casablanca.
Nous vivons donc dans un pays qui s’efforce de trouver les moyens de financer un petit joujou pour le Maroc “utile”, mais bute sur le financement d’un ouvrage capable de changer l’avenir de millions de personnes vivant dans les régions “inutiles” de Deraa, Todgha et Dades. Cette dichotomie si chère au Maréchal Lyautey, continue donc de prévaloir chez les dirigeants du Maroc au 21ème siècle.

Les attentes des habitants de cette région sont énormes, et la construction d’un tel ouvrage constituerait une véritable révolution pour ses habitants, habitués à vivre à la marge du Maroc de “l’autre coté” de la montagne, celui où on jouit de leurs richesses sans véritable retour.

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