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jeudi 10 janvier 2013

"Le Sahara Occidental est la Palestine du Maroc"


Par Tom Stevenson, LAAYOUNE, (IPS), 5/1/2013

 Il y a plusieurs similitudes à souligner entre les territoires palestiniens occupés par Israël et le Sahara occidental qui est contrôlé depuis des décennies par le Maroc. Mais alors que l'un de ces conflits bénéficie d'une extrême médiatisation, l'autre semble totalement ignoré car peu de gens suivent vraiment l'avenir des territoires au sud du Maroc.

À Laâyoune, la capitale du Sahara occidental, les agents de sécurité sont omniprésents pour disperser les manifestations. Le dernier incident en date s'est produit le 10 décembre dernier quand une manifestation a démarré devant le bureau de la Commission marocaine des droits de l'Homme.
Depuis 1975, le Sahara occidental est entre les mains du pouvoir marocain. Après le départ des Espagnols suite à la mort de Franco, le Maroc et la Mauritanie ont décidé d'occuper ces territoires. En 1979, la résistance interne a réussi à chasser les Mauritaniens mais le roi du Maroc Hassan II a affiché sa détermination pour conserver ces territoires qu'il considérait comme son arrière-jardin.

Les colons
Des centaines de colons marocains ont été encouragés, à l'aide de subventions et des emplois, à s'installer au Sahara occidental et d'y vivre sous protection militaire. Le Maroc a mené une guerre contre les combattants indigènes sahraouis jusqu'en 1991 où l'ONU a pu négocier un cessez-le-feu négocié en promettant l'organisation d'un référendum sur l'indépendance de ces territoires dans les six mois à dater de la fin des tirs.
Ce référendum n'a finalement jamais été organisé. Le Maroc continue de contrôler le Sahara occidental et profite du commerce de ses ressources naturelles comme le phosphate et le poisson. Le pays est désormais le dernier «territoire non autonome» en Afrique d'après l'Organisation des Nations Unies. Entre 100.000 et 140.000 soldats marocains (sur une population totale d'environ 500.000 personnes) y séjournent quotidiennement.
À cause des combats, la plupart des habitants du Sahara occidental ont fui vers des camps situés dans le sud de l'Algérie mais d'autres, aujourd'hui minoritaires, ont préféré rester.
La mission de paix de l'ONU bénéficie d'une compétence très limitée et le Conseil de sécurité de l'ONU n'arrive même pas à se mettre d'accord pour commander un rapport sur les violations des droits de l'homme dans ces territoires.
L'accès des journalistes au Sahara occidental est fortement limité. Ainsi, on sait très peu de choses sur la vie des Sahraouis qui continuent de vivre dans la zone contestée.

Discrimination
« Notre groupe est masquée », a déclaré Fatima Tobarra, Présidente du Centre sahraoui pour les femmes et les enfants, lors d'une interview à Al Jazeera. « Nous voulions mettre en place une organisation officielle, mais les autorités marocaines ont refusé de traiter notre demande ».
Ce Centre estime que les habitants du Sahara sont fréquemment victimes de discrimination et de violence. « La police surveille les écoles et intimide les enfants sahraouis. Une fois à l'intérieur de l'école, ils doivent faire face à la discrimination des enseignants qui sont presque toujours marocains », explique Tobarra. « Nos enfants ne peuvent même pas s'inscrire dans les activités des groupes d'enfants marocains. »
« Ainsi, nous ne pouvons et nous ne voulons pas continuer à vivre ainsi. Nous voulons retrouver la liberté, tout comme les gens dans d'autres pays tels que la Tunisie et le Yémen », ajoute-t-elle.

Impunité
Malgré la présence massive des forces de l'ordre, les Sahraouis continuent d'organiser des manifestations contre l'administration marocaine en rappelant à chaque fois qu'ils sont considérés comme des citoyens de seconde classe.
Khalil, un jeune militant du mouvement de protestation Gdeim Izik affirme que les forces de sécurité ont décidé d'étouffer de manière préventive toute protestation et souvent à l'aide de balles. « Ils ne se soucient pas de savoir si vous êtes jeune ou vieux, homme ou femme – si vous êtes l'un des manifestants, ils vous attaqueront. »
Il y a souvent des blessés et parfois des morts, mais la police nie systématiquement toute implication. Human Rights Watch peut également témoigner de la situation tendue. En 2010, l'un de leurs chercheurs a ainsi été battu en plein jour. L'organisation a qualifié l'attaque d'un exemple typique de l'impunité dont bénéficie les policiers du régime marocain.
L'actuel leader de la coordination Gdeim Izik, Lahib Salhi, affirme que « la population vit ici sous surveillance permanente et sous la baguette des Marocains La communauté internationale doit faire ce qu'elle nous a promis : organiser un référendum et nous donner l'occasion de vivre comme nous le voulons ».

Palestine
Il y a des similitudes à faire entre la situation au Sahara occidental et la Palestine, estiment certains observateurs. De ces deux territoires des superpuissances ont décidé de se retirer mais d'autres puissances étrangères ont décidé d'occuper ces territoires ; sur ces deux territoires la population indigène est fortement mise sous pression et les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU font le maximum pour maintenir le statu quo.

Mais alors que le conflit israélo-palestinien est l'un des conflits les plus médiatisés de l'histoire au monde, peu de gens savent ce qui se passe au Sahara occidental.

De nombreux Sahraouis pensent que c'est la faute à la communauté internationale. « Les Marocains ont pris possession de notre pays parce qu'ils le peuvent, parce qu'ils se sont sentis forts et parce qu'ils avaient le soutien de la France, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Pourtant, ils savent que leurs arguments sont fallacieux. Combien de temps tout cela durera encore pour que le monde décide de mettre fin à cette injustice? », s'interroge M. Salhi.

(FIN/IPS/2013)

mercredi 26 décembre 2012

Depuis dix jours Figuig proteste contre la marginalisation, la misère, le laisser-aller et la « hogra ».

23-12-2012, devant le Pachalik !

Rue Ladouane, Zenaga !
Rue Ladouane, Zenaga !
Lundi 17-12-2012, la ville de Figue a marqué un arrêt de toute activité et une fermeture de tous les commerces ainsi qu’une marche vers les administrations et les services locaux. Mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi, les protestataires ont marqué des sit-in devant les bureaux du Pachalik et de la municipalité scandant des slogans hostiles à la marginalisation, à la misère, au laisser-aller et à la « hogra ».
Aujourd’hui 23-12-2012, la ville a connu une marche populaire grandiose beaucoup plus grande que la première. Très impressionnante même ! Elle regroupait tous les ksour de Figuig et ses quartiers : hommes, femmes et enfants s’y côtoyaient. Les commerces ont fermé vers 8h 30mn et une marche populaire a été organisée vers 15h 30mn. Les manifestants ont donné rendez-vous à Tachraft à Zenaga où les manifestants de Figuig d’en Haut ont rejoint ceux d’en bas. La marche a ensuite pris la direction de la Douane puis Baghdad pour arriver en fin au quartier administratif. Les manifestants ont parcouru un circuit traversant toutes les administrations et les services pointés du doigt comme, entre autres, responsables de la situation où se trouve la ville.
 
A 8h 30 mn, tout commercé est arrêté !
 
Place Tachraft désertée !
De négociation à l’horizon, on n'en voit guère ! On parle de sages de la ville (entendez riches originaires de la ville) qui viendraient pour calmer le jeu mais apparemment certains d’entre eux, les précoces ou les plus avertis surtout, sont arrivés vite pour s’accaparer les carrières d’extraction de la pierre et du sable pour ainsi réduire à l’état de mendiants toutes les familles de Figuig qui survivent grâce au sable et au roc de cette ville agonisante.
 
Zenaga, attente de l’arrivée des habitants des ksour d’en haut !
 
                                     Arrivée des ksour d’en haut à Zenaga ! (convoie funéraire de Figuig)
Il faut dire que les téléphones portables IAM ont été coupés dans l’ensemble de la ville le mercredi. Certaines communications du téléphone fixe ont ensuite été brouillées vers le vendredi et le journal Figuignews.com a été muselé du samedi au dimanche.
- Au niveau national, la presse écrite indépendante (Al-massae, Al-khabar, Arraey…) couvre ces événements et certains journaux on line en font échos (demainonline.com)
- La télévision nationale a, en guise de couverture des événements que connaît la ville, montré un documentaire sur ce qu’elle appelle Souq-Ennssa (marché aux femmes). Ceci a été accueilli par les Figuiguiens avec beaucoup d’amertume, de colère et de frustration et interprété comme une gifle à Figuig, aux Figuiguiens et à la femme de Figuig surtout. Par ce documentaire, les gens, ici, comprennent que les oreilles officielles sont fermées et le peuple réduit à une curiosité digne d’un documentaire comme celui réservé aux animaux sauvages !

 
En avant ! Longue marche
 
« Après le blocus, Figuig rend l’âme ! Nous sommes à Dieu et à lui nous retournons !»
 Vers le quartier administratif, remarquez les palmes qu’on utilise lors des funérailles
En avant !Longue Marche de colère !
 
Un peuple en colère !
 
Peuple uni !Près de la clinique de feu Hamoudouddou !Très nombreux !
 
Institutions obsolètes
La mort de Figuig !
 

Immense foule devant l’hôpital très médiocre de Figuig,cliniquement mort!

 
Devant la Municipalité et le pachalik ! Nombreux, très nombreux !
Tous unis contre la hogra ! Femmes et enfants, grands et petits !

 
Toutes les autorités sont huées !Une présence intense !
Les peuples ne se trompent jamais !
Tous présents !
 
Dimanche 23-12-2012, le soleil se couche mais pas le peuple !

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  • Sans détour:

    Seul un inconscient ou un aveugle délibéré pourrait minimiser la portée sociale et politique des récents mouvements sociaux dans Figuig, Tata, Marrakech..., des contrées éloignées du centre politique de l'État centralisateur marocain. Ils montrent que l'exaspération de la population gagne de plus en plus de régions. À ce rythme, la question qui se pose n'est pas de savoir si d'autres zones rejoindront la même dynamique (c'est certain, vue l'état insatisfaisant du pays), mais quand tous ces mouvements se rejoindront pour déboucher sur une transformation politique d'ampleur historique de la fabrique nationale marocaine.
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Tentative de black-out à Figuig ?





    Les habitants de Figuig manifestent depuis une semaine pour protester contre leurs conditions de vie. Les communications téléphoniques ont été brouillées lors des rassemblements et l'unique site d'actus de la ville (figuignews.com) a été fermé pendant plus de 24h.
    « Figuig rend l'âme ! ». Excédés par le manque d'infrastructures et la mauvaise qualité des services publics, les habitants de la petite ville frontalière de Figuig vivent depuis une semaine au rythme des sit-in et des manifestations, le tout sous forte présence policière.
    L'étincelle qui a mis le feu aux poudres, c'est la condamnation d'un habitant le 17 décembre dernier, accusé d'exploiter illégalement une carrière. « Les gens ici ont l'habitude d'exploiter un peu de sable, avec des autorisations provisoires délivrées par la mairie. C'est un moyen de subsistance », explique Abderrahman Dadi, militant associatif de Figuig. Or y a quelques jours, la gendarmerie a arrêté un de ces habitants, qui a été condamné lundi dernier à une amende de 30 000 DH. La population s'est immédiatement mobilisée pour le soutenir.

    Réseau de Maroc Télécom bloqué ?

    Ce sont d'abord les commerces qui ont fermé le 17 décembre, avant une marche vers les administrations et les services locaux. Toute la semaine, « les protestataires ont marqué des sit-in devant les bureaux du Pachalik et de la Municipalité scandant des slogans hostiles à la marginalisation, à la misère, au laisser-aller et à la hogra », relate le site local « Figuig News ».
    Mercredi dernier, le réseau de Maroc Télécom a été bloqué selon plusieurs sources concordantes. La coupure a eu lieu juste avant le début de la manifestation. Plusieurs habitants dénoncent également un brouillage des communications jusqu'au weekend dernier.
    Figuig News, le seul site d'informations de la ville, a lui-même été victime d'une attaque ce weekend. « A partir de samedi matin, le site a été fermé. J'ai essayé de contacter l'hébergeur pour avoir des explications, en vain. Le site n'a été rétablit que le lendemain vers midi », nous explique le responsable de Figuig News, Hassan Amara. Contacté par Lakome, l'hébergeur du site, domicilié à El Jadida, assure de son côté que « personne n'a demandé à ce que ce site soit fermé. Seule une décision de justice le permet. C'est peut être une attaque ». Il n'en dira pas plus. Un autre site de la région, Oujda24.net, qui couvrait également les événements, a lui aussi été attaqué et piraté du vendredi au dimanche...

    Négociations avec les autorités

    Hier dimanche 23 décembre, a eu lieu la plus grande marche organisée depuis le début de la contestation. Les habitants des ksour et quartiers de Figuig se sont rassemblés et ont fait le tour de la ville jusqu'au quartier administratif. Aujourd'hui, la situation semble s'être calmée selon les témoignages recueillis par Lakome. « La délégation provinciale du ministère de l'Intérieur à Bouarfa est venue pour tenter de  négocier», croit savoir un acteur associatif de la ville. Contacté par Lakome, le porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, est resté injoignable.