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samedi 21 juin 2014

Affaire Anouzla : Le parquet Espagnol met à nu la Justice marocaine

  Par Alif Post

Affaire Anouzla : Le parquet Espagnol refuse la plainte du Maroc contre El Pais et met à nu la Justice marocaine

Affaire Anouzla : Le parquet Espagnol refuse la plainte du Maroc contre El Pais et met à nu la Justice marocaine
L’audience nationale, la plus haute Cour en Espagne, vient de refuser la plainte déposée par le Chef du Gouvernement Marocain Abdelilah Benkirane contre le journal El Pais et le journaliste Ignacio Cembrero Alifpost-Analyse - 20 يونيو، 2014 
 
L’audience nationale, la plus haute Cour en Espagne, vient de refuser la plainte déposée par le Chef du Gouvernement Marocain Abdelilah Benkirane contre le journal El Pais et  le journaliste Ignacio Cembrero pour avoir publié une vidéo attribuée à Al-Qaida au Maghreb Islamique, qui menace Maroc. Cette décision judiciaire constitue un embarras majeur pour la justice marocaine, qui poursuit le journaliste Ali Anouzla parce qu’il a publié sur le site Lakome un lien vers l’article d’El Pais.
L’audience nationale a estimé qu’El Pais et Cembrero n’ont fait que leur travail dans le cadre de la liberté d’information, ne commettant ainsi aucune infraction.   Selon El Pais, la Cour a estimé qu’il n’y a pas de preuve pour justifier une enquête avec le journaliste et le journal. En conséquence, le dossier est classé, et la Cour va dans les prochains jours notifier à l’avocat des autorités marocaines les justifications juridiques de son rejet de la plainte.
Alifpost avait publié un article il y a quelques jours qui préfigurait la décision de l’audience nationale. De même, quand le ministre de la Justice Mustafa Ramid avait annoncé la décision du Maroc d’attaquer en justice El Pais, Alifpost avait publié une analyse qui penchait pour le rejet de la plainte, pour deux raisons. 
La première est que dans les cas de vraie menace terroriste ou d’apologie de terrorisme, le parquet espagnol se mobiliste très vite. En effet, les lois espagnoles anti-terrorisme sont parmi les plus avancées dans le monde parce que ce pays a souffert du terrorisme de l’ETA depuis les années soixante et ainsi développé tout un arsenal juridique approprié. Dans le cas d’El Pais, il n’y avait aucune preuve d’apologie du terrorisme.
La deuxième raison est que la publication par les médias d’une vidéo au contenu terroriste est une pratique courante qui relève du travail d’information. D’ailleurs, c’est ce qu’a dit le journal américain Washington Post lorsqu’il consacré le 2 Octobre dernier un éditorial à l’arrestation d’Ali Anouzla. Le 19 mai dernier, le journal prestigieux est revenu à la charge en exigeant que le Roi Mohammed VI arrête la poursuite contre Anouzla.
Non seulement les autorités du Maroc ont refusé d’écouter les experts de droit espagnol qui leur avaient déconseillé de s’engager dans une bataille juridique perdue d’avance, et se trouver dans une posture très inconfortable à l’échelle nationale et internationale, mais elles se sont adressées à un avocat dont la réputation est pour le moins louche.  Me José Luiz Sanz Arribas a défendu des personnes impliquées dans le coup d’Etat militaire de 1981 en Espagne et certains membres de la mafia et des trafiquants d’armes.
D’ailleurs, selon les sources d’Alifpost, le Maroc a versé à cet avocat une première avance de 115.000 Euros lors de l’ouverture du dossier, soit environ 1.300.000 dirhams, sur un total d’honoraires de 3.000.000 dirhams. Cependant, cette information n’est pas encore confirmée.
A la lumière de ces développements, comment réagira le système judiciaire marocain dans le dossier d’Ali Anouzla ?  En effet, la justice espagnole qui a une image solide en matière de lutte antiterroriste et dispose d’un arsenal juridique sophistiqué, a rejeté la plainte du Maroc contre El Pais qui a publié la vidéo d’AQMI. Au Maroc, où le site Lakome arabophone n’a fait que publier le lien vers le site d’El Pais, la justice poursuite Ali Anouzla pour apologie du terrorisme. A l’opposé de la justice espagnole connue mondialement pour son indépendance, l’image de la justice marocaine dans le monde est celle d’une justice des « instructions ». Elle se trouve, encore une fois, devant une véritable épreuve.

Affaire Anouzla : revers judiciaire pour Benkirane face à Cembrero


La justice espagnole a rejeté la plainte déposée par Abdelilah Benkirane contre le journaliste espagnol Ignacio Cembrero.


Affaire Anouzla : revers judiciaire pour Benkirane face à Cembrero
Ignacio Cembrero. Crédit : AFP

L’Audience nationale, la plus haute juridiction pénale espagnole, a décidé, mardi 17 juin, de classer sans suite une plainte déposée par le chef du gouvernement marocain Abdelilah Benkirane.
L’affaire remonte à décembre 2013. Après les remous provoqués par l’affaire Ali Anouzla, poursuivi au Maroc selon la loi antiterroriste pour avoir diffusé le lien pointant vers une vidéo d’Al Qaïda, Abdelilah Benkirane avait annoncé qu’il engageait, au nom du gouvernement marocain, des poursuites à l’encontre du journaliste d’El País pour avoir diffusé cette même vidéo sur un blog de son journal.
Une plainte est déposée en Espagne à l’encontre de Cembrero et de son ancien employeur El País pour apologie du terrorisme.
Le journaliste espagnol a publié un tweet pour annoncer la nouvelle :
— Ignacio Cembrero (@icembrero) 18 Juin 2014
Si la décision de la justice espagnole signifie la fin des poursuites à l’encontre d’Ignacio Cembrero, il n’en va pas de même pour le journaliste Ali Anouzla. L’ancien directeur du journal électronique Lakome est toujours poursuivi pour aide matérielle, apologie et incitation au terrorisme. Après avoir été maintenu en détention provisoire du 17 septembre au 25 octobre 2013, le journaliste marocain est toujours poursuivi, et encourt jusqu’à 20 ans de prison.
En 2014, Reporters sans frontières, qui demande l’abandon des charges contre le journaliste, a fait figurer Ali Anouzla au rang des « 100 héros de l’information ».

La justice espagnole déboute le chef du gouvernement marocain Benkirane


Dans un monde aux prises avec plusieurs menaces, dont le terrorisme international, les journalistes ont le devoir d’en informer la population. C’est, entre autres, l’accès à cette information cruciale qui aidera les citoyens à faire la part des choses entre les dangers réels et les fantasmes et donc à prendre les bonnes décisions au moment opportun. C'est donc l'accès à cette donnée et non sa dissimulation qui fera de la population la plus solide et la plus efficace des défenses face aux menaces qui guettent un pays.

Tout ou presque avait commencé le 13 septembre 2013. L’illustre journaliste espagnol Ignacio Cembrero avait mis sur son blog ''Orilla Sur'' hébergé sur le site d’El País une vidéo imputée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et où le réseau terroriste fustigeait la monarchie alaouite et appelait les jeunes marocains à la renverser. Le spécialiste du Maghreb au quotidien ibérique avait pris la précaution d’usage dans le traitement journalistique de ce domaine sensible de préciser dans sa chronique, entre autres, qu’il s’agissait là d’un document de propagande du groupe terroriste. Le 17 septembre, son ancien canard avait retiré la vidéo controversée de son blog. Mais, cela n’avait pas eu l’air de suffire pour calmer la grogne des autorités marocaines.

Rejet de la plainte d’Abdelilah Benkirane contre le journaliste Ignacio Cembrero

Le 20 décembre, l’islamiste Benkirane avait, au nom de son gouvernement, porté plainte contre le journaliste espagnol (et son patron au moment des faits) pour ''apologie du terrorisme''. Une démarche intervenue plusieurs semaines après l’arrestation, le 17 septembre, du journaliste marocain Ali Anouzla pour avoir mis sur son site arabophone d’information Lakome un lien menant au blog du journaliste Cembrero qui hébérgeait la fameuse vidéo d'AQMI. Sa mise en garde à l’intention de ses lecteurs à l’effet qu’il s’agissait là d’un document de propagande de réseau terroriste n’avait pas non plus calmé la colère des autorités ni lui avait épargné une triple et gravissime accusation: ''apologie'', ''incitation'' et ''aide matérielle'' au terrorisme. On y reviendra ci-dessous.
Après avoir ouvert une enquête en date du 20 mars 2014, le procureur de la plus haute instance pénale d'Espagne s’est rendu compte que ni M. Cembrero ni son patron de l'époque n’avaient commis le moindre délit et a par conséquent rejeté en date du 17 juin la plainte du chef du gouvernement marocain. La plainte a donc été définitivement classée!
Quelques semaines après le dépôt de la plainte de M. Benkirane, le journaliste  Une annonce qui avait alors choqué, du moins attristé plusieurs de ses lecteurs du Maghreb et d’ailleurs. Le flot des commentaires outrés sur la page du groupe Facebook qu’il administre, ''Maghreb Information'', et sur plusieurs pages personnelles a montré sa popularité et le rejet d’une telle décision. Le 30 avril, M. Cembrero a quitté son journal.
La décision du magistrat de l’Audience nationale (Audiencia Nacional) n’est pas une surprise puisque ce qu’avait fait le journaliste espagnol est conforme aux règles de l’art dans le domaine journalistique. D’ailleurs, de grands médias électroniques en Occident diffusent assez régulièrement à la télévision et sur leurs sites web des vidéos de groupes ou réseaux terroristes car cela fait partie du devoir qu’ont les journalistes d’informer le public des dangers que représentent de tels groupes extrémistes pour leur sécurité. Les autorités de ces pays sont de leur côté conscientes du fait qu’une population informée de cette menace est mieux à même d’y faire face. C’est pourquoi il arrive régulièrement dans des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, à nombre d’anciens agents des services secrets et de responsables de sécurité nationale de participer, aux côtés de spécialistes universitaires et de journalistes, à l’analyse de vidéos diffusées sur le web par des groupes terroristes en général et Al-Qaïda en particulier.


Et Ali Anouzla dans tout cela?
Comme on l’a vu ci-dessus le directeur du site arabophone Lakome, Ali Anouzla, reste sous le coup de trois chefs d’accusation inappropriées et absurdes et court donc le risque d’écoper d’une peine de vingt ans de réclusion criminelle.
Si le journaliste marocain bénéficie depuis le 25 octobre de liberté provisoire, c’est grâce à la mobilisation de la société civile marocaine, à la solidarité internationale d’organisations de professionnels et de défense des droits humains et aux fortes pressions exercées par le ministère américain des affaires étrangères sur Rabat. D’ailleurs, Reporters sans frontières en a fait cette année un de ses "100 héros de l’information" et l’ONG américaine Project on Middle East Democracy lui a, le 8 mai, décerné (ainsi qu’au directeur du site francophone de Lakome Aboubakr Jamaï) le "Prix POMED: Leaders pour la démocratie".
En dépit de ses différentes démarches, son site demeure à ce jour censuré par l’autorité de tutelle, l’ANRT.
Le Maroc ferait mieux de méditer la triple poursuite engagée contre le journaliste Anouzla à la lumière de la décision du magistrat espagnol et tirer les conclusions qui s’imposent... C’est dans l’intérêt du pouvoir en place d’en prendre acte et d’annuler inconditionnellement et rapidement les charges qu’on lui reproche. Il en va de son image dans le reste du monde et au pays.
***
Le journaliste espagnol a donc eu sa revanche sur le chef du gouvernement marocain et sur son ancien patron. Cela dit, la démarche du pouvoir marocain dans cette affaire est contre-productive. Dans le monde fluide dans lequel nous vivons, l’information circule à la vitesse de la lumière. Toute atteinte à la dignité humaine fait le tour du monde en un laps de temps très court. Quand un régime engloutit des sommes faramineuses dans sa campagne de relations publiques en Occident, la dernière chose dont il aurait besoin, c’est de saboter lui-même sa propre campagne d’image en s’en prenant par exemple à des journalistes.
19 juin 2014
*

La justice espagnole assène une magistrale gifle à Benkirane

Demainonline, 19/6/2014

benkiki cembrero

Le procureur de la plus haute instance pénale d’Espagne rejette la plainte de Benkirane et du Makhzen contre le journaliste espagnole Ignacio Cembrero. 
Le procureur de l’Audience nationale, la plus haute instance pénale espagnole, à archivé, le mardi 17 juin, la plainte du premier ministre du Maroc, Abdelillah Benkirane, contre celui qui était à l’époque le directeur d’El País (Javier Moreno) et contre l’auteur du blog Orilla Sur (Ignacio Cembrero) hébergé sur le site du journal.
Le procureur considère qu’ils n’ont commis aucun délit.
Cette décision sera communiquée dans les prochains jours au Gouvernement du Maroc à travers le Ministère de la justice espagnol, d’après des sources judiciaires.
Benkirane avait porté plainte, le 20 décembre 2013, au nom du Gouvernement du Maroc, pour « apologie du terrorisme », contre Cembrero (article 578 du code pénal espagnol). Ce journaliste d’El País avait mis sur son blog, le 13 septembre 2013, la première vidéo d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) entièrement consacrée au Maroc. Dans le « papier » qui accompagnait la vidéo il y disait que c’était un document de propagande terroriste et que le Maroc avait été le pays d’Afrique du Nord le plus épargné par les attaques d’AQMI grâce à l’efficacité de ses forces de sécurité et à la légitimité de sa monarchie comparée aux républiques arabes environnantes.
La vidéo, qu’El País retira du blog le 17 septembre, est toujours visible sur d’autres sites, notamment américains et spécialisés en terrorisme comme TRAC. Benkirane n’a pas porté plainte contre eux. En Espagne le Ministère de l’intérieur a également mis sur son site, le 22 juin 2013, la vidéo d’un jihadiste espagnol de Ceuta qui s’immole en Syrie en faisant sauter un bâtiment.
Benkirane s’est fait représenter en Espagne par l’avocat José Luis Sanz Arribas. Au cours de sa longue carrière il a défendu, entre autres, deux militaires impliqués dans la tentative de coup d’État de 1981. Il a aussi été l’avocat du chef mafieux italien Giovanni Greco, extradé par l’Espagne en Italie, et du trafiquant d’armes d’origine syrienne Monzer al Kasser, extradé aux États-Unis.
Sanz Arribas a formulé sa plainte auprès du Procureur général de l’Etat (équivalent espagnol du Procureur général de la République en France), ce qui est légal mais atypique. Celui-ci ne peut traiter directement la plainte mais seulement la transmettre au procureur de l’Audience nationale ce qu’il fit à là mi janvier. En bonne logique Benkirane aurait dû la formuler, selon des sources judiciaires, auprès du juge de permanence de l’Audience nationale mais il ne l’a sans doute pas fait de crainte qu’elle soit tout de suite archivée.
Le procureur de l’Audience nationale n’a pas classée la plainte. Il a ouvert le 20 mars une enquête qui a consisté, pour l’essentiel, à faire traduire la vidéo de l’arabe à l’espagnol et à demander à El País si le document d’AQMI avait pu être consulté à partir du blog Orilla Sur et pendant combien de temps. Une fois son enquête terminée il a classé l’affaire. Aucun recours ne peut être formulé contre cette décision.
Au Maroc le journaliste marocain indépendant Ali Anouzla, directeur du site d’information Lakome à Rabat, a été arrêté, le 17 septembre 2013, et emprisonné pour avoir mis un lien entre un de ses articles et le blog d’Ignacio Cembrero. Il a été accusé par le juge d’instruction d’apologie, d’incitation et d’aide matérielle au terrorisme. Il risque 20 ans de prison. Depuis fin octobre il est en liberté provisoire, grâce notamment aux démarches du Département d’État américain, mais Lakome demeure fermé.
Trois semaines après que la plainte marocaine soit parvenue à l’Audience nationale espagnole, Javier Moreno, à l’époque directeur d’El País, a retiré à Cembrero la couverture journalistique du Maghreb pour l’envoyer à l’équipe qui élabore le quotidien du dimanche. Cembrero a demandé à ce que son transfert soit ajourné jusqu’à ce que la plainte marocaine soit archivée, mais la direction d’El País lui a répondu que sa mutation pressait. Elle lui a donné trois jours ouvrables pour changer de service. Cembrero a quitté El País le 30 avril dernier.
La plainte du Maroc contre El País et Cembrero a été recueillie par de nombreux médias au Maghreb et aussi en France (Le Monde, Libération, L’Express, Le Point, AFP), au Benelux (Le Soir, Volkskrant, L’Essentiel) et en Afrique subsaharienne (Gabon, Sénégal etc). Deux sites spécialisés aux États-Unis s’en sont également fait écho. El País n’a pas repris cette information.
Durant plusieurs mois, le Makhzen, sa presse aux ordres et les marionnettes islamistes, d’Abdelilah Benkirane à El Mostafa Ramid en passant par le ministre de la communication Mustapha El Khalfi, avaient juré partout que l’affaire était grave, qu’elle attentait contre la sécurité du Maroc et qu’on allait voir ce qu’on allait voir.
Finalement, on n’a rien vu. A part le ridicule dans lequel s’est mis volontairement le gouvernement marocain.

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