Le HRW appelle les juges marocains à écarter les aveux obtenus sous la torture
Je suis rarement coutumier du fait, mais je me permet un
copié-collé d'un article tiré du quotidien "l'humanité". Je précise que
ce journal ne bénéficie d'aucun financement de la part du gouvernement
algérien, au cas ou nos chers contradicteurs viendraient à se
questionner.
Les tribunaux marocains doivent cesser de prononcer des
condamnations sur la base d'aveux obtenus sous la contrainte, a estimé
vendredi Human Rights Watch (HRW) dans un rapport, ajoutant que
l'absence de remise en cause de telles pratiques encourageait le recours
à la torture.
Dans ce document de 100 pages "Tu signes ici, c’est tout : Procès injustes au Maroc fondés sur des aveux à la police"
présenté ce vendredi à Rabat l'ONG de défense des droits de l'Homme
basée à New York affirme que "bien que le droit international interdise
la torture et que le Maroc reconnaisse cette interdiction, la torture et
les abus contre les suspects restent un grave problème dans ce pays".
Selon HRW, "la réforme de la justice planifiée par le (Maroc) doit
prévoir de meilleures protections pour veiller à ce que les tribunaux
écartent des preuves utilisables toute déclaration faite aux policiers
sous la torture".
Dans le sillage du Printemps arabe, le Maroc a
fait adopter en 2011 une Constitution qui tend "à renforcer
l'indépendance de la justice et les droits des accusés, ainsi qu'à
interdire la torture et la détention arbitraire", est-il souligné. Mais
pour Sarah Leah Whitson, directrice Moyen-Orient et Afrique du Nord à
HRW, "c'est seulement lorsque les juges auront la volonté, les
compétences et le courage de le faire --et d'écarter les aveux douteux--
que nous pourrons dire que la réforme de la justice est vraiment en
cours". "Une fois que les policiers marocains ont votre déclaration en
main, ce n’est pas pour vous le commencement d’un procès impartial qui
cherche à découvrir la vérité", a déclaré Sarah Leah Whitson, "vous êtes
à bord d’un train qui fonce vers le verdict de culpabilité."
Témoignages accablants
Le rapport étudie en détail cinq procès qui ont eu lieu entre 2009 et
2013 et qui ont concerné en tout 77 personnes – notamment des
manifestants réclamant des réformes, des activistes du Sahara occidental
et des personnes accusées de complot terroriste. Il évoque ainsi le cas
des 25 Sahraouis récemment
condamnés par une cour militaire à des peines allant de deux ans de
prison à la perpétuité pour le meurtre de 11 membres des forces de
l'ordre en 2010 à Gdim Izik, et appelle à nouveau à mettre fin au
jugement de civils devant une telle juridiction.
Plusieurs accusés ont décrit à Human Rights Watch comment ils avaient
été frappés, bourrés de coups de pieds, giflés et menacés par la
police pendant leur interrogatoire, et comment ils avaient été forcés à
signer des déclarations qu’on ne leur laissait pas lire et qu’ils ont
plus tard récusées au tribunal. D’autres, qui avaient pu lire et signer
leurs déclarations, ont déclaré que les autorités les avaient
trafiquées par la suite pour les impliquer dans des crimes. La loi
marocaine donne le droit de contacter un avocat lors de la garde à vue.
Mais dans la grande majorité des cas étudiés par l'ONG, les accusés
n’ont pas eu accès à un avocat, que ce soit avant ou pendant leur
interrogatoire, ou bien lorsque la police leur a présenté leur
déclaration à signer.
En septembre dernier, le rapporteur spécial de l'ONU sur la torture,
Juan Mendez, qui venait d'effectuer une visite dans le royaume, avait
déclaré que le Maroc développait "une culture de respect des droits de
l'Homme". "Mais le pays est loin de pouvoir affirmer qu'il a éliminé la
torture", avait-il ajouté.
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Aveux contestés
Il ne pourra y avoir de procès
équitables que lorsque les tribunaux écarteront toute déclaration
arrachée par la torture ou les abus
« Une fois que les policiers marocains ont votre
déclaration en main, ce n’est pas pour vous le commencement d’un procès
impartial qui cherche à découvrir la vérité. Vous êtes à bord d’un train
qui fonce vers le verdict de culpabilité. »
Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord
(Rabat) –Les tribunaux marocains
condamnent certains accusés en se fondant sur des aveux qui selon ces
derniers ont été obtenus sous la torture ou falsifiés par la police, a
déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. La
réforme de la justice planifiée par le pays doit prévoir de meilleures
protections pour veiller à ce que les tribunaux écartent des preuves
utilisables toute déclaration faite aux policiers sous la torture ou les
mauvais traitements.
Le rapport de 100 pages, « ‘Tu signes ici, c’est tout’ : Procès injustes au Maroc fondés sur des aveux à la police »,
étudie en détail cinq procès qui ont eu lieu entre 2009 et 2013 et qui
ont concerné en tout 77 personnes – notamment des manifestants réclamant
des réformes, des activistes du Sahara occidental et des personnes
accusées de complot terroriste. Human Rights Watch a découvert que dans
les affaires étudiées, les juges avaient manqué d’examiner sérieusement
les affirmations des accusés selon lesquelles leurs aveux avaient été
obtenus par des moyens illégaux avant d’être utilisés comme le fondement
principal pour les condamner, voire le seul. Ce manquement des
tribunaux encourage de fait les policiers à utiliser la torture, les
mauvais traitements et les faux pour obtenir des déclarations, a déclaré
Human Rights Watch.
« Une fois que les policiers marocains ont votre déclaration en
main, ce n’est pas pour vous le commencement d’un procès impartial qui
cherche à découvrir la vérité », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Vous êtes à bord d’un train qui fonce vers le verdict de culpabilité. »
La loi marocaine pénalise la torture et interdit aux tribunaux d’utiliser toute déclaration qui aurait été obtenue par « la violence ou la contrainte ».
Pourtant, dans les cinq procès étudiés par Human Rights Watch, les
tribunaux n’ont pas examiné consciencieusement les allégations d’abus
policiers émises par les accusés avant d’accepter leurs aveux comme
preuve à charge principale. Les tribunaux ont condamné 76 des 77
accusés, dont 38 sont toujours en prison.
Human Rights Watch a observé le déroulement des procès, étudié des
documents officiels des tribunaux, s’est entretenue avec des avocats de
la défense et a inclus dans le rapport quantité d’informations reçues de
la part des autorités marocaines.
Plusieurs accusés ont décrit à Human Rights Watch comment ils avaient
été frappés, bourrés de coups de pieds, giflés et menacés par la police
pendant leur interrogatoire, et comment ils avaient été forcés à signer
des déclarations qu’on ne leur laissait pas lire et qu’ils ont plus
tard récusées au tribunal. D’autres, qui avaient pu lire et signer leurs
déclarations, ont déclaré que les autorités les avaient trafiquées par
la suite pour les impliquer dans des crimes.
La loi marocaine donne le droit de contacter un avocat lors de la
garde à vue. Mais dans la grande majorité des cas étudiés par Human
Rights Watch, les accusés n’ont pas eu accès à un avocat, que ce soit
avant ou pendant leur interrogatoire, ou bien lorsque la police leur a
présenté leur déclaration à signer.
Lorsque les accusés ont plus tard parlé des violences physiques au
juge d’instruction ou au juge siégeant au tribunal, les magistrats n’ont
pas ouvert d’enquête et parfois même ont rejeté ces allégations en
disant qu’ils ne voyaient aucune trace sur le corps de l’accusé ou qu’il
aurait dû émettre ces allégations avant. Dans une affaire où le
procureur a tout de même ordonné un examen médical des accusés, toutes
les preuves indiquent que cet examen a été superficiel et bien en-deçà
de ce qu’exigent les normes internationales.
Les juges marocains devraient éplucher les procès-verbaux de police
de façon plus déterminée lorsque les accusés les récusent, et convoquer
tous les témoins pertinents à cet égard, notamment, si cela s’avère
utile, les agents de police qui ont préparé les déclarations qui
incriminent les accusés. Un examen plus approfondi des procès-verbaux
seraient aussi, pour les policiers, le signal qu’ils doivent recueillir
des preuves par des moyens légaux et non par la torture, a déclaré Human
Rights Watch.
En août 2009, le roi Mohammed VI a annoncé un effort d’envergure
visant à refondre la justice. La constitution de 2011 comprend un
certain nombre d’articles conçus de façon à renforcer l’indépendance
judiciaire et les droits des accusés, ainsi qu’à interdire la torture et
la détention arbitraire. Depuis 2012, une Haute instance du dialogue
national sur la réforme de la justice a été chargée par le roi de
rédiger une charte de réforme de la justice, dont la publication est
prévue pour les semaines à venir.
« Il n’est pas toujours facile de déterminer la vérité lorsqu’un accusé clame que la police l’a forcé à signer de faux aveux », a déclaré Sarah Leah Whitson. « Mais
c’est seulement lorsque les juges auront la volonté, les compétences et
le courage de le faire – et d’écarter les aveux douteux – que nous
pourrons dire que la réforme de la justice est vraiment en cours. »
Human Rights Watch a étudié les condamnations prononcées en février
2013 contre 25 Sahraouis pour agression contre les forces de sécurité
qui démantelaient un campement de protestation à Gdeim Izik, au Sahara
occidental; contre 6 membres du mouvement social protestataire du
20-Février, en septembre 2012, en lien avec une manifestation à
Casablanca; contre 2 syndicalistes et 8 jeunes gens en juin 2011, en
lien avec une manifestation à Bouarfa; contre un boxeur trop audacieux
en septembre 2010, sur la base d’accusations de fraude suspectes; et
contre 35 hommes en juillet 2009, accusés de faire partie d’un complot
terroriste connu sous le nom d’« affaire Belliraj ».
Le boxeur, Zakaria Moumni, a décrit comment les policiers lui avaient
présenté ses déclarations après l’avoir passé à tabac pendant ses trois
jours de détention au secret :
Ils ont mis les papiers en face de moi, mais ils cachaient le haut
de la page. J’ai dit que je voulais lire ce que j’étais en train de
signer. Ils ont répondu : « Tu signes ici, c’est tout, tu récupéreras tes affaires et tu pourras t’en aller. »
Quand j’ai insisté pour lire, ils m’ont remis le bandeau sur les yeux,
m’ont écrasé les pieds et m’ont menacé de me renvoyer là où j’étais
avant… A ce moment-là j’ai signé beaucoup de choses sans même savoir ce
que c’était.
Les policiers ont alors amené Moumni au tribunal, où il a été jugé le
même jour pour des accusations de fraude très contestables. Moumni a
déclaré plus tard à Human Rights Watch qu’il avait montré au juge des
bleus et des coupures sur ses tibias en lui expliquant que ses
interrogateurs l’avaient frappé avec des tiges de fer. Le juge n’a pas
réagi, d’après Moumni. Condamné à trois ans de prison, ce n’est que plus
tard que Moumni a découvert que les documents qu’il avait signés
comprenaient des aveux complets et une renonciation à son droit d’être
représenté par un avocat pendant le procès.
Les autorités marocaines devraient prendre les mesures suivantes pour
garantir des procès plus équitables et combattre la torture et les
mauvais traitements:
-
Garantir que toute personne placée en garde à vue soit informée immédiatement de son droit aux services d’un avocat, notamment à recevoir rapidement la visite d’un avocat;
-
Veiller à ce que le tribunal donne réellement aux accusés
l’occasion de lire leur procès-verbal de police, de récuser toute
inexactitude éventuelle, et d’émettre à tout moment de l’instruction ou
du procès des allégations de mauvais traitement ou de torture en garde à
vue;
-
Garantir que les tribunaux examinent toute allégation de torture
faite par les accusés, que si elles sont crédibles, ils rejettent comme
preuve toute déclaration faite sous la torture, comme l’exige la loi
marocaine, et qu’ils renvoient l’accusation de torture, qui est un
crime, devant le ministère public;
-
Réviser l’article 290 du Code de procédure pénale,
qui donne aux procès-verbaux préparés par la police une crédibilité
inhérente dans les affaires impliquant des infractions passibles de
peines de prison de moins de cinq ans. Cette loi place la charge de la
preuve sur l’accusé, qui doit démontrer que la déclaration préparée par
la police est fausse; la loi devrait être révisée pour qu’un
procès-verbal de police soit traité de la même façon que toute autre
preuve, sans préjuger de sa crédibilité.
Les autorités marocaines devraient en outre libérer les 21 accusés de
l’affaire de Gdeim Izik et les 17 de l’affaire Belliraj qui sont
actuellement en prison, ou bien leur accorder un nouveau procès qui soit
équitable. En ce qui concerne les accusés de Gdeim Izik, tout nouveau
procès devrait se tenir devant un tribunal civil, à la place du tribunal
militaire qui les a condamnés la première fois. S’ils sont rejugés, les
tribunaux devraient étudier les allégations de torture des accusés, que
les traces physiques des possibles actes de torture soient visibles ou
pas, et veiller à ce qu’aucune déclaration obtenue par la violence ou
sous la contrainte ne soit admise comme preuve.