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jeudi 7 mai 2015

Douze ans après les attentats de Casablanca en 2003, Sidi Moumen montre ses talents


    Commémoration : il y a douze ans à Sidi Moumen

    CULTURE - Il y a douze ans, les attentats survenus à Casablanca provoquaient la mort de 45 personnes. L’attaque terroriste menée par des kamikazes originaires de Sidi Moumen avait mis un coup de projecteurs sur ce quartier populaire.
    A l’occasion de la commémoration du douzième anniversaire des attentats, le Centre culturel "Les Etoiles de Sidi Moumen" lance, le 16 mai, la deuxième édition du concept "Explosion créative", initié par le réalisateur Nabil Ayouch et l’artiste Mahi Binebine, co-présidents de la Fondation Ali Zaoua.
    L’objectif: changer le regard porté sur Sidi Moumen et ouvrir "une nouvelle page de l’histoire" du quartier en montrant qu’il peut être un vivier de jeunes talents, indique le Centre culturel dans un communiqué.
    Plasticiens, musiciens, comédiens, chanteurs et slameurs viendront à la rencontre des jeunes de Sidi Moumen afin de partager avec eux leurs expériences et connaissances en tant qu’artistes.
    L’initiative tend ainsi à reconnecter le quartier au reste de la métropole casablancaise, et à mettre en lumière les talents de la région.

    LIRE AUSSI:

    dimanche 3 mars 2013

    Allez voir Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch

     
    Pour celles (et ceux) qui le peuvent, allez voir le nouveau film de Nabil Ayouch ''Les Chevaux de Dieu'' (يا خيل الله)

    Un regard neutre, mais pas indifférent, sur le terrorisme. L'un des rares films qui traitent du sujet sans stigmatiser l'Islam, une religion victime de certains de ses adeptes.

    Un regard qui va au-delà des maux pour en dévoiler les germes. Les coupables ne sont en fin de compte que des victimes de mots venus se greffer sur une âme fragilisée par la pauvreté, l'ignorance, la frustration et sur un corps effacé par le feu du dédain.

    Un film dur...mais la vie l'est...mais sa dureté n'enlève rien à sa beauté...les acteurs y sont tout simplement époustouflants.
    Excellent moment de cinéma !

    Note : A Casablanca, le film passe actuellement au Cinéma Lynx et au Cinéma Mégarama
    Qu'avez vous pensé de la prestation du tout jeune Said Lalaoui dans le rôle de Hamid (13 ans) ?
    Qu'avez vous pensé de la prestation du tout jeune Said Lalaoui dans le rôle de Hamid (13 ans) ?

    Dire Li Bghiti La bande d'annonce du film :
    http://www.youtube.com/watch?v=nzJs1w9upb4

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    Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch projeté au Fespaco

    misère et violence au galop

    Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte
    le 27.02.13
     
 Quand des jeunes Marocains basculent dans le côté obscur.
    | © D. R.
    Quand des jeunes Marocains basculent dans le côté obscur.

    Dans Les Chevaux de Dieu, le cinéaste marocain Nabil Ayouch évoque, sans réécrire l’histoire, les raisons des attentats meurtriers de 2003 à Casablanca.

    Ouagadougou
    De notre envoyé spécial
    Fayçal Métaoui

    Le radicalisme islamiste est à la mode dans le cinéma maghrébin. Après Making off et Beautés cachées  du Tunisien Nouri Bouzid, Parfums d’Alger de l’Algérien Rachid Benhadj, le Marocain Nabil Ayouch plonge, lui aussi, dans ce vaste territoire à plusieurs trous. Dans Ya khil Allah (Les chevaux de Dieu), en compétition officielle au 23e Festival panafricain de cinéma et de télévision
    (Fespaco), projeté, lundi soir devant un public nombreux à la salle Burkina de Ouagadougou, le cinéaste tente de comprendre les raisons profondes des attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca.
    A cette date, une douzaine de kamikazes, venus d’un bidonville, s’étaient attaqués au restaurant Casa de Espana, à un cimetière juif, au consulat de Belgique et à un bâtiment de l’Alliance israélite. Une quarantaine de personnes ont trouvé la mort lors de cette série d’attentats qui, pour Nabil Ayouch, visaient «la destruction» de la diversité culturelle du Maroc. Le réalisateur de Ali Zaoua  est retourné sur les lieux ressemblant aux «décors» de son précédent film (sorti en 2001, Ali Zaoua a représenté le Maroc aux Oscars) pour suivre le quotidien difficile du bidonville de Sidi Moumen. Là, dans une insouciance totale, des enfants jouent au football sur un terrain vague, comme la vie future qui les attend.
    La caméra les suit à ras de terre, puis en hauteur, dans leur course vers le quartier misérable. Les enfants lâchent des gros mots comme des crachats de sang. Vite, on comprend que les uns sont des caïds en puissance, d’autres condamnés à la soumission, d’autres encore à la violence. C’est un univers où tous les coups sont permis. Les enfants sont les premières victimes de l’absence de repères et de la désarticulation sociale. A l’âge adulte, les stigmates sont là, apparents. La caméra psychologique de Nabil Ayouch pénètre le monde intérieur de deux frères, Hamid et Yacine (Abdelilah Rachid et Abdelhakim Rachid). L’un est emprisonné pour affaire de drogue, l’autre tente de gagner sa vie en vendant des oranges.
    Le père souffre d’une maladie mentale. Curieusement, plusieurs films maghrébins, sortis ces dernières années, partagent cette idée du père absent, du père coupable, du père démissionnaire... Les jeunes de Sidi Moumen, comme dans une immense prison, tournent en rond, rêvent des lumières de la ville et d’amours évanescentes. La violence, l’agressivité, la méchanceté, l’arbitraire sont bien les enfants légitimes d’un système social oppresseur, impitoyable. Le champ est fertile pour l’endoctrinement religieux. Les deux frères basculent graduellement, avec facilité, dans l’extrémisme islamiste, bien pris en charge par des prêcheurs «professionnels» à l’image de Abou Zoubeïr, considéré comme un «émir».
    Des barbus qui usent d’un langage violent intensifié, d’une manière quelque peu exagérée, par Nabil Ayouch. Tout y est : promesse de Paradis dans l’au-delà, rejet du monde impie, haine de l’Occident, des chrétiens et des juifs, dénonciation de «complot». Tout cela, on le sait. Le cinéaste le rappelle sans apporter un plus et sans prendre position. Il ne condamne personne. Le cinéaste est là, à reprendre autrement le réel, sans trancher. D’où l’intérêt de la fiction. On voit bien que le frère d’un kamikaze n’est pas totalement convaincu par l’opération ordonnée par le chef. Il essaie de dissuader son frère : «Pense à notre mère», lui dit-il. L’autre est déjà conditionné, monté et remonté pour tuer au nom de l’islam. L’échange qu’il a avec son frère relève presque du «prêt à penser».
    Tout ce que les radicaux se disent entre eux est un discours traité jusqu’à l’os par les médias, répété à l’infini depuis les attentats du 11 Septembre 2001. D’où l’impression que Les Chevaux de Dieu ne va pas au-delà de ce que l’on sait déjà : la misère et la marginalisation nourrissent la violence, la violence facilite l’extrémisme. Et les deux fléaux irriguent le terrorisme religieux, lequel n’est pas le résultat du néant. Nabil Ayouch tente de donner des visages à la violence pour casser l’idée d’un phénomène diffus, vaporeux, collé aux sociétés du Sud et aux pays musulmans.
    Cependant, il y a un problème : pourquoi les intégristes s’étaient installés au cœur du bidonville de Sidi Moumen pour y recruter des candidats à la mort ? Seulement cela ? Nabil Ayouch n’est pas allé loin. Les kamikazes de Casablanca étaient également des êtres humains qui avaient leurs espérances et leurs rêves. Le cinéaste, qui ne mène aucune «croisade» ou règlement de comptes, fait un effort pour comprendre même s’ il a, quelque part, failli tomber dans le piège du «politiquement convenu». Il s’est appuyé, aidé par le scénariste Jamal Belmahi et du roman de Mahi Binebine, Les Etoiles de Sidi Moumen, pour construire son histoire. Une histoire inévitablement contemporaine où la relation groupe/individus est explorée avec finesse. Le radicalisme religieux infeste certes les rapports sociaux, mais pas autant que cela. A Sidi Moumen, les intégristes n’ont pas pu avoir l’adhésion totale (ou facile) qu’ils espéraient. Donc il n’y a pas de fatalisme.
    Le public international de la salle Burkina réagissait avec des «oh !» et des «ah !» à certaines répliques du film. La plus populaire : «Rendez-vous au Paradis !», dit le chef terroriste au futur kamikaze. Cela veut dire simplement qu’il y a encore un grand effort à déployer pour éliminer les préjugés et les idées reçues sur les musulmans et l’islam. Ce n’est pas forcément le rôle du cinéma...
    Primé dans plusieurs festivals, Les Chevaux de Dieu est sorti en salle au Maroc, en Belgique et en France. Le film a été sélectionné, en 2012, dans la section «Un certain regard» au Festival international de Cannes.
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    jeudi 7 février 2013

    Les étoiles de Sidi Moumen crèvent l'écran

    Cette fois, les quatre amis d'enfance ne pourront plus rebrousser chemin et trouver une sortie de secours à leur destin. /DR
    Cette fois, les quatre amis d'enfance ne pourront plus rebrousser chemin et trouver une sortie de secours à leur destin. /DR

      Ovations et remerciements pour le cinéaste Nabyl Ayouch, auteur de 'Les chevaux de Dieu', ont ponctué l'avant-première casablancaise mardi soir, de ce qui s'annonce déjà comme l'un des films de l'année dans nos salles obscures. 
     Petites histoires dans la grande Histoire où le parcours de jeunes Marocains en soif de reconnaissance, va les mener au sacrifice absurde de leurs vies -et de celles des victimes- des attentats qui secouèrent Casablanca en 2003.

    Après avoir sillonné les festivals du monde entier avec le succès que l'on connaît, Les chevaux de Dieu se dévoile enfin dans nos salles. Son réalisateur Nabil Ayouch nous immerge dans la vie de quatre jeunes parmi les 12 kamikazes qui se sont fait sauter à Casablanca le 16 mai 2003. Tous issus des bidonvilles de Sidi Moumen.
    Immersion à Sidi Moumen
    Nabil Ayouch ne nous épargne rien du passé de ces désespérés de la vie qui trouvent dans le jihad une échappatoire à la rue. Sans emphase, le réalisateur nous livre une partie de la vérité de ces hommes. Il ne leur cherche pas d'excuses, tout comme l'avait fait en 2010 Mahi Binebine dans son roman Les étoiles de Sidi Moumen, dont le film est tiré.
    Mais le cinéaste, à qui l'on doit Ali Zaoua (film qui l’a fait connaître en 2000,) et l'étonnant documentaire My Land (2012), à défaut de faire un documentaire, nous tisse les fils de cette histoire avec une précision chirurgicale. Sa mise en scène est dynamique et élégante, insufflant de la force au récit, malgré quelques grandiloquences lorsqu'il s'agit de survoler les bidonvilles qui s'étendent à mesure que les personnages du film deviennent des hommes.

    Ayouch le passeur
    Pour ces jeunes hommes amers, englués dans leur “misérable” quotidien, l'islam devient, après la sortie de prison de l'un des deux frères, une échappatoire pour ces étoiles qui n'ont plus la force de briller.
    Mais alors, Ayouch ne durcit pas le ton: sa caméra, tout comme le metteur en scène, prend de la distance et les plans se font moins serrés, comme pour signifier que quelque chose lui échappe, nous échappe...
    À aucun moment, que ce soit dans la description de la dure réalité des bidonvilles ou dans celle de l'apprentissage de l'islam radical, le cinéaste ne tombe dans le piège des stéréotypes, ni dans la démonstration. Il n'est que le passeur.
    Les images doivent se suffire à elles-mêmes, comme c'est le cas dans le film Paradise Now (2005) de Hany Abou Assad, qui évoque les dernières 24 heures de deux kamikazes palestiniens.

    Une histoire contemporaine du Maroc
    Certains reprocheront au cinéaste de ne pas juger ces hommes qui ont ensanglanté Casablanca. Seul le recul permet à Ayouch de le faire, d'avoir mûri cette histoire et non de dénoncer à chaud. Le spectateur ressort de la salle avec la désagréable sensation d'avoir été pris au piège et d'éprouver quelque empathie pour ces “fous de Dieu”.
    N'est-ce pas là que réside parfois la magie “noire” du cinéma?
    Nabil Ayouch a su prendre le pouls de l'histoire contemporaine marocaine. Peu de réalisateurs dans le monde peuvent se targuer de livrer un tel regard analytique sur la société qui les entoure.
    Les chevaux de Dieu n'apporte pas toutes les réponses, mais livre un simple constat: quelquefois, les victimes deviennent aussi des bourreaux.

    Frères de sang
    Mention toute particulière à la sobriété des quatre acteurs principaux (Rachid Abdelhakim (Yacine), Rachid Abdelilah (Hamid), Hamza Souidek (Nabil), Ahmed El Idrissi Amrani (Fouad)), et à la prestation des acteurs non professionnels du film, qui jouent les personnages enfants. La relation entre frères a rarement atteint une telle intensité, comme c'est le cas à travers les simples regards échangés entre Yacine et Hamid!
    On connaissait l’habileté de Nabil Ayouch pour diriger de jeunes comédiens depuis Ali Zaoua, et on ne peut que saluer sa maîtrise impressionnante dans cette nouvelle réalisation.


    samedi 6 février 2010

    « Les Étoiles de Sidi Moumen » un roman chaleureux et glaçant qu’on ne lâche pas… et qui ne vous lâche pas …


    Par Marie-Jo Fressard, SOLIDMAR, 6/2/2010
    L’écrivain marocain Mahi Binebine s’est imprégné pendant cinq ans de cet environnement fait de violence, de laideur, de boue, de poussière, d’ordures nauséabondes, mais aussi de chaleur humaine, de fraternité et de moments de franche rigolade, qui cohabitent dans l’un des plus misérables bidonvilles du Maroc : Sidi Moumen, pudiquement dissimulé aux yeux des étrangers derrière un mur de pisé, comme le sont tous les bidonvilles du prestigieux royaume.
    En 2003 les photos de ce bidonville s’étalaient dans la presse, même –exceptionnellement -dans la presse française : voilà le terreau où s’ épanouissent les kamikazes, auteurs des attentats meurtriers dans les hôtels de luxe marocains.
    Mahi Binebine en a fait un roman passionnant et terrifiant qui permet de comprendre pourquoi et comment une bande de « durs » a pu être insidieusement endoctrinée pour être amenée à docilement commettre l’irréparable : tirer sur le fil du gilet pour se faire exploser…
    Les Étoiles de Sidi Moumen, c’est le nom de l’équipe de foot la plus redoutable et la plus gagnante des bidonvilles qui ceinturent Casablanca. L’histoire de cette équipe est racontée par Moh qui veut être appelé Yachine, comme son idole, au point de devenir Yachine, vivant et mort, sans regret d’avoir eu une courte vie « content d’être loin des tôles ondulées, du froid, des égouts éventrés et de tous les miasmes qui ont habité mon enfance »
    Il nous parle de Yemma, sa mère, sévère et tendre, crainte et adorée par ses nombreux fils (elle a mis au monde 14 garçons en 14 ans, un record !), de son frère protecteur Hamid, capable de tuer pour le venger. Les morts « accidentels » sont enterrés dans la décharge. Personne ne s’en inquiète : tant de personnes quittent le bidonville sans prévenir…
    Nous découvrons un à un les copains et leur vie de misère : le beau Nabil, fils de Tamou la prostituée,qui aura honte de sa mère « je suis un fils de pute ! », Fouad le seul qui est allé à l’école, Ali qui n’est noir que parce qu’il travaille dans le charbon, Khalil qui avait une vie plus facile « avant », et d’autres encore. Délinquance de survie : bagarres, vols, viols, drogue, sniffe, pédophilie… « Au commencement il y a eu la décharge et la colonie de garnements qui germait dessus. La religion du foot, les bagarres incessantes, les vols à l’étalage et les courses effrénées, les avatars de la débrouille, le haschich, la colle blanche et les errances qu’ils entraînent, la contrebande et les petits métiers, les coups à répétition qui pleuvent, les fugues et leurs rançons de viols et de maltraitance… Au milieu de tout ce chaos étincelait un joyau tombé du paradis : Ghislane, ma tendre et belle amie. On ne sait pas comment elle avait atterri à Sidi Moumen, mais elle détonnait dans notre décor. Une fausse note à l’envers.» Yachine en tomba éperdument amoureux.
    Le feu mis un jour au commissariat de police les libéra du commissaire appelé « doberman » qui, heureusement pour lui n’était pas présent ce jour. « Le commissariat de police ne fut pas reconstruit, et nul n’en souffrit outre mesure. Les différends entre les gens se réglaient alors soit par la médiation des vieux, soit à coups de poing à la décharge. Mais la vie à Sidi Moumen reprit peinardement son petit bonhomme de chemin. »
    Puis ce fut un jour la rencontre de Hamid avec Abou Zoubeïr, et le début de l’endoctrinement programmé qui petit à petit a gagné toute l’équipe. Et tout changea. Yemma se félicita d’abord du changement : Hamid, l’enfant terrible ne se droguait plus, il a trouvé du travail, il est devenu sérieux. « Mais il n’était plus là. (…)il ne rentrait qu’à l’heure du dîner. Morte aussi l’ambiance joyeuse qu’il avait l’habitude de répandre à table, les histoires rocambolesques qui faisaient tant rire Yemma. »
    Fini le foot, finies les bagarres et les rigolades. Toute l’équipe est prise en main par Abou Zouheïr et ses amis à qui ils veulent ressembler. Ils se laissent pousser la barbe, font leurs cinq prières, parlent de la grandeur de Dieu autour d’eux …. Zouheïr et ses amis leur organisent des vacances dans le Moyen Atlas, à eux qui n’ont jamais dépassé le mur du bidonville. En pleine nature, près du beau lac Dayet Aoua, dans une ambiance tantôt joyeuse, tantôt pieuse, leur préparation au "départ" se peaufine, et bientôt, lorsqu’ils comprendront quelle sera leur " mission ", ils l’accepteront tout naturellement... 
    Les Etoiles de Sidi Moumen, roman de Mahi Binebine, Flammarion, janvier 2010. 17, 10 €
    Biographie de Mahi Binebine
    Mahi Binebine, romancier, peintre et sculpteur marocain, est né en 1959 à Marrakech.
    En 1980, il s' installe à Paris et fait des études de mathématiques qu'il enseigne durant huit ans.
    Il est passionné de peinture et d'écriture.
    Il passe 6 ans à New York, ses peintures et sculptures sont réunies au musée Solomon R. Guggenheim.
    On peut voir se œuvres en différents lieux à travers le monde   : Biennale de Venise, Galerie Ott, Düsseldorf, Museum of Contemporary Art, Washington D.C (1998), Tinglado4 Mll de Costa, Tragone, Palais des Congrès, Grasse (2001), Société Générale Marocaine des Banques, Musée de Marrakech (2002)...
     Espace Bellville , Paris; Mohssem Culturel D'Asilah (2000), Musée de Marrakech (2003), Puerto de las Artes , Huelva; Borj Al Arabe Dubaï (2001)...
    Mahi Binebine a publié plusieurs romans notamment : Le sommeil de l'esclave(1992) qui a reçu le prix Méditerranée , Cannibales (1999), L'écriture au tournant, Les Funérailles de lait (1994), L'Ombre du poète (1997), Pollens (2001) qui a obtenu le prix de l'Amitié Franco-Arabe ...
    Il vit à Marrakech depuis 2002.
    Visitez son site

    dimanche 24 janvier 2010

    Mahi Binebine raconte " les Étoiles de Sidi Moumen"

    coup de cœur: 
    Les étoiles de Sidi Moumen : pourquoi on devient bombe humaine
    Par José Garçon, rue89, 23/01/2010
    De quelle manière parler d'un livre dont le thème -comment peut-on en arriver à se transformer en bombe humaine- vous inspire une appréhension après avoir été rabâché par la littérature et les médias ?
    Comment, de plus, en parler quand la litanie de tant de vies brisées par trop d'attentats aveugles à Bagdad, Kaboul, Casablanca ou Peshawar, vous rebute au point que, refusant une complaisance coupable, on ne veut soudain plus expliquer ni même « comprendre » ce qu'on sait hélas tellement bien : trop de dénuement, de frustrations, d'injustice et de mépris -on appelle ça la hogra du côté d'Alger- finit par générer une violence si absolue que sacrifier sa vie peut sembler moins difficile que la survie dans la boue nauséabonde d'un bidonville.
    Le talent de l'écrivain maricain Mahi Binebine, c'est d'anéantir ces préventions dès les premières pages de son dernier roman, « Les Etoiles de Sidi Moumen ». Sidi Moumen, c'est ce bidonville aux portes de Casablanca, la capitale économique du Maroc. Avec une décharge de 100 hectares pour horizon, c'est ce lieu dont l'odeur de pourriture vous poursuit quand une seule fois vous y avez pénétré.
    Le royaume en a si honte qu'il a cru pouvoir l'oublier en l'isolant derrière un immense mur en pisé :
    « Dans ce mur, on avait creusé des fentes semblables à des meurtrières d'où l'on pouvait contempler à loisir l'autre monde. »

    Ainsi s'exprime Yachine, le héros du roman de Binebine, qui a poussé ici comme il a pu au milieu de dix frères et de parents éreintés par le travail.
    Le tournant de mai 2003
    L'indifférence face à la vie de ces parias reliés par les télévisions à « l'autre monde », à sa consommation indécente et à ses femmes belles et inaccessibles, aurait pu se poursuivre sans le coup de tonnerre d'un 16 mai 2003 à Casablanca. Plusieurs attentats sanglants ont brutalement rappelé à des Marocains sous le choc que leur paisible royaume n'était pas immunisé contre le terrorisme islamiste. Pire peut-être : les kamikazes venaient tous « de l'intérieur », tous de Sidi Moumen.
    Le livre auquel Mahi Binebine a alors pensé va maturer cinq ans : le temps de tout lire sur ces évènements, d'aller à Sidi Moumen, d'y retourner, de comprendre comment, quand on n'a plus rien à perdre, on devient une proie évidente pour des marchands de rêves et de paradis dans l'au-delà, maîtres dans l'art de manier les sermons et de manipuler le Coran pour mieux préparer au martyr.
    Le résultat ? Un récit magnifique qu'on ne lâche qu'une fois terminé. Il conte -par la voix d'un Yachine-bombe humaine- des vies où la mort, la défonce à l'alcool à brûler et la violence sont aussi présentes que la fraternité, les rires, les enfants qui jouent au foot, crevant la faim, désespérés et parfois heureux. Yachine raconte :
    « Je n'ai pas honte de vous dire qu'il m'est arrivé d'être heureux dans ces décombres hideux, sur les ordures de ce cloaque maudit, oui, j'ai été heureux à Sidi Moumen, mon pays. »
    Mais si ce texte tragique, drolatique, poétique et sans complaisance bouleverse, c'est avant tout grâce à une écriture lumineuse qui dégage du soleil et de l'ombre avec la violence, la dureté et les solidarités des pays du sud. De roman en roman, cette écriture est devenue la marque de Binebine, ce bon vivant qui, obstinément, ausculte sa société et interroge l'Humain avec une tendresse et une émotion aussi infinies que son humour et sa férocité sont grinçants.

    Aux antipodes d'une littérature militante, son style précis, sans fioritures bannit tout pathos en effleurant à peine le pire et en courant à autre chose alors que le lecteur, lui, est encore sous le choc…
    Une « patte » qui confirme que Mahi Binebine, qui est aussi un peintre parmi les plus doués et assurément le plus couru de sa génération, est un écrivain à lire de toute urgence.
    ► « Les Etoiles de Sidi Moumen », Mahi Binebine, Flammarion, 18€.

    Mahi Binebine
     
    Né en 1959 à Marrakech, Mahi Binebine s'installe à Paris en 1980 pour y poursuivre ses études de mathématiques qu'il enseigne pendant huit ans.

    Puis se consacre à l'écriture et à la peinture. Plusieurs romans traduits en une dizaine de langues. Il émigre à New York de 1994 à 1999.

    Ses peintures font partie de la collection permanente du musée Guggenheim de New York.  Il revient à Marrakech en 2002.