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jeudi 9 avril 2015

Hicham Moussoune (3ouina dans Ali Zaoua): «J’aurais préféré rester un enfant de la rue»


  Hicham Moussoune (3ouina): «J’aurais préféré rester un enfant de la rue»
Hicham Moussoune dans le film Ali Zaoua de Nabil Ayouch

Hicham Moussoune, connu pour avoir joué dans le film Ali Zaoua de Nabil Ayouch, revient pour Al Yaoum 24 sur sa brève carrière d’acteur et sur sa vie dans la rue.

« Je ne comprends pas pourquoi on ne m’appelle plus pour des rôles à la télévision ou au cinéma alors que tous les rôles que j’ai joué ont plu au public », s’interroge Hicham Moussoune lors d’un entretien avec le site arabophone Al Yaoum 24.

Cet enfant de la rue, plus connu sous le nom de 3ouina (son personnage dans le sitcom Lalla Fatima), sa participation dans le film de Nabil Ayouch Ali Zaoua et la série télévisée Lalla Fatima, a disparu des écrans depuis 2004 : « Je suis actuellement au chômage après avoir exercé plusieurs professions : animateur pour enfants, vendeur dans plusieurs magasins. Tous les métiers que j’ai exercé sont loin du cinéma ou de la télévision », raconte-t-il.
Onze ans d’absence sur les écrans, mais pas dans les mémoires : « Il est vrai que je suis encore un peu célèbre malgré le fait que je n’apparais plus à l’écran. Beaucoup de personnes m’abordent dans la rue et ont en mémoire le personnage de 3ouina », explique t-il. Pourtant, Hicham Moussoune ne semble  pas heureux d’avoir connu la célébrité : « Être connu sans avoir de l’argent en poche, cela ne sert à rien. J’aurai préféré rester un enfant de la rue, comme ça je n’aurais pas à calculer tous mes faits et gestes ».

« J’ai quitté la maison à l’âge de 12 ans car je subissais des violences »

Dans cette interview, Hicham Moussoune est également revenu sur la vie des autres acteurs qui ont joué avec lui dans le film Ali Zaoua : « Les acteurs principaux qui ont joué dans ce film n’ont reçu que 15 000 dirhams, ils ont connu une célébrité momentanée. Ils ont cru que la vie leur souriait et ont refusé de retourner à la rue. Ils se sont sentis exploités et sont retombés dans le vol pour pouvoir vivre. Résultat : ils croupissent actuellement en prison ». Hicham Moussoune est lui-même passé par la case péinitentiaire, du 7 mars au 7 octobre 2014. Sans indiquer la raison de son incarcération.
Par contre, il explique qu’il a commencé à vivre dans la rue à 12 ans, quand il a quitté sa maison familiale car il subissait des violences de la part de son père. Issu d’une famille aisée, il s’est ainsi retrouvé confronté brutalement au monde de la rue. Au sujet de sa scolarité, Moussoune affirme n’a voir jamais connu les bancs de l’école, « c’est la vie qui lui a tout appris ».
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jeudi 7 février 2013

Les étoiles de Sidi Moumen crèvent l'écran

Cette fois, les quatre amis d'enfance ne pourront plus rebrousser chemin et trouver une sortie de secours à leur destin. /DR
Cette fois, les quatre amis d'enfance ne pourront plus rebrousser chemin et trouver une sortie de secours à leur destin. /DR

  Ovations et remerciements pour le cinéaste Nabyl Ayouch, auteur de 'Les chevaux de Dieu', ont ponctué l'avant-première casablancaise mardi soir, de ce qui s'annonce déjà comme l'un des films de l'année dans nos salles obscures. 
 Petites histoires dans la grande Histoire où le parcours de jeunes Marocains en soif de reconnaissance, va les mener au sacrifice absurde de leurs vies -et de celles des victimes- des attentats qui secouèrent Casablanca en 2003.

Après avoir sillonné les festivals du monde entier avec le succès que l'on connaît, Les chevaux de Dieu se dévoile enfin dans nos salles. Son réalisateur Nabil Ayouch nous immerge dans la vie de quatre jeunes parmi les 12 kamikazes qui se sont fait sauter à Casablanca le 16 mai 2003. Tous issus des bidonvilles de Sidi Moumen.
Immersion à Sidi Moumen
Nabil Ayouch ne nous épargne rien du passé de ces désespérés de la vie qui trouvent dans le jihad une échappatoire à la rue. Sans emphase, le réalisateur nous livre une partie de la vérité de ces hommes. Il ne leur cherche pas d'excuses, tout comme l'avait fait en 2010 Mahi Binebine dans son roman Les étoiles de Sidi Moumen, dont le film est tiré.
Mais le cinéaste, à qui l'on doit Ali Zaoua (film qui l’a fait connaître en 2000,) et l'étonnant documentaire My Land (2012), à défaut de faire un documentaire, nous tisse les fils de cette histoire avec une précision chirurgicale. Sa mise en scène est dynamique et élégante, insufflant de la force au récit, malgré quelques grandiloquences lorsqu'il s'agit de survoler les bidonvilles qui s'étendent à mesure que les personnages du film deviennent des hommes.

Ayouch le passeur
Pour ces jeunes hommes amers, englués dans leur “misérable” quotidien, l'islam devient, après la sortie de prison de l'un des deux frères, une échappatoire pour ces étoiles qui n'ont plus la force de briller.
Mais alors, Ayouch ne durcit pas le ton: sa caméra, tout comme le metteur en scène, prend de la distance et les plans se font moins serrés, comme pour signifier que quelque chose lui échappe, nous échappe...
À aucun moment, que ce soit dans la description de la dure réalité des bidonvilles ou dans celle de l'apprentissage de l'islam radical, le cinéaste ne tombe dans le piège des stéréotypes, ni dans la démonstration. Il n'est que le passeur.
Les images doivent se suffire à elles-mêmes, comme c'est le cas dans le film Paradise Now (2005) de Hany Abou Assad, qui évoque les dernières 24 heures de deux kamikazes palestiniens.

Une histoire contemporaine du Maroc
Certains reprocheront au cinéaste de ne pas juger ces hommes qui ont ensanglanté Casablanca. Seul le recul permet à Ayouch de le faire, d'avoir mûri cette histoire et non de dénoncer à chaud. Le spectateur ressort de la salle avec la désagréable sensation d'avoir été pris au piège et d'éprouver quelque empathie pour ces “fous de Dieu”.
N'est-ce pas là que réside parfois la magie “noire” du cinéma?
Nabil Ayouch a su prendre le pouls de l'histoire contemporaine marocaine. Peu de réalisateurs dans le monde peuvent se targuer de livrer un tel regard analytique sur la société qui les entoure.
Les chevaux de Dieu n'apporte pas toutes les réponses, mais livre un simple constat: quelquefois, les victimes deviennent aussi des bourreaux.

Frères de sang
Mention toute particulière à la sobriété des quatre acteurs principaux (Rachid Abdelhakim (Yacine), Rachid Abdelilah (Hamid), Hamza Souidek (Nabil), Ahmed El Idrissi Amrani (Fouad)), et à la prestation des acteurs non professionnels du film, qui jouent les personnages enfants. La relation entre frères a rarement atteint une telle intensité, comme c'est le cas à travers les simples regards échangés entre Yacine et Hamid!
On connaissait l’habileté de Nabil Ayouch pour diriger de jeunes comédiens depuis Ali Zaoua, et on ne peut que saluer sa maîtrise impressionnante dans cette nouvelle réalisation.