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jeudi 9 juillet 2015

Les Marocaines victimes de discrimination peuvent maintenant porter plainte à l’Onu

Marche des femmes, à Rabat, le 13 avril 2014. Crédit : DR Les Marocaines victimes de discrimination peuvent maintenant porter plainte à l’Onu

La Chambre des représentants a adopté un texte qui introduit la possibilité pour des citoyens de porter plainte contre le Maroc en cas de discrimination faite à l’égard des femmes.

En 1996 le Maroc a adhéré à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). Ce texte contraint les Etats signataires à abroger les lois discriminatoires et à garantir une certaine égalité dans les domaines de la santé, de l’emploi et de l’éducation. Le 7 juillet, la Chambre des représentants a adopté le protocole facultatif, subsidiaire à cette convention.
Ce texte-ci permet à des particuliers, des groupes de particuliers ou même des ONG représentant ces particuliers de porter plainte contre le Maroc auprès du comité de surveillance de la convention en cas de non respect du texte. Dans l’absolu, le royaume pourrait ainsi être sanctionné pour certaines lois comme celle de l’héritage par exemple.

Pas de plainte anonyme

L’article 11 du protocole exige que l’État s’assure que les plaignants ne soient pas victimes de mauvais traitements ou d’intimidation. L’article 13 le contraint à informer ses citoyens à propos de la convention, du protocole facultatif et du fonctionnement du comité afin de faciliter l’enregistrement des plaintes.
Les plaintes sont étudiées seulement si tous les recours nationaux ont été épuisés et bien sûr l’enquête n’est ouverte que si les plaignants apportent suffisamment d’informations documentées. Les plaintes anonymes et celles se référant à des événements précédant la signature du protocole facultatif ne sont pas recevables.
D’après le quotidien Aujourd’hui le Maroc, certains membres du PJD et d’autant plus du MUR étaient contre l’adoption de ce protocole. Le journal site notamment le parlementaire Rachid Slimani pour qui « certaines dispositions dans le même protocole sont contraires aux composantes de la civilisation et la religion musulmanes des Marocains » et qui regrette que le texte porte atteinte à la souveraineté du royaume.

Les parlementaires pressés par le CNDH

Le Maroc a ratifié ce protocole depuis 1999 mais il a pris plus de vingt ans à être voté. Dans un communiqué dans lequel il se félicite de cette adoption qu’il qualifie de « pas décisif », le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) précise d’ailleurs qu’il a relancé le président de la Chambre des représentants en 2014 puis en 2015 pour accélérer le processus d’adoption.
Mais le CNDH rappelle aussi « la nécessité de parachever dans les plus brefs délais le système national de protection des droits des femmes en adoptant la loi sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes » et rappelle par la même occasion que la réforme du code pénal est justement une occasion de le faire.

jeudi 17 novembre 2011

Conférence internationale sur les disparitions forcées

Par Rachid Elmanouzi, 16/11/2011 
DÉCLARATION DE LA CONFÉRENCE

Genève, Suisse, 7-9 novembre 2011

Organisations de familles issues de différents continents
et ONG internationales
réunies à l'occasion de la première réunion du Comité sur les disparitions forcées
et de la 95e session du GTDF

Nous, membres et partenaires de la Coalition internationale contre les disparitions forcées (ICAED), d'Afrique, d'Asie, d'Euro-Asie, de la région Euro-Méditerranéenne, de l'Amérique Latine et de l'Amérique du Nord nous sommes réunis pour la première fois au siège des Nations Unies (ONU) à Genève, en Suisse, à l'occasion de la première réunion du Comité contre les disparitions forcées (CED), nouvellement créé, de l'ONU. Le CED est le premier organe composé d'experts indépendants qui effectue un suivi de l'application de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées (La Convention) par les États parties.

Notre rencontre, démonstration de la solidarité importante qui nous unit, avait aussi pour but de coïncider avec la 95e session du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires (GTDF) de l'ONU qui, lors de ses 30 années de travail pour l'élucidation du sort des disparus, a supporté et continue de supporter notre travail.

Ce rassemblement historique des membres de la Coalition nous a donné l'occasion de mettre à jour les informations dont nous disposons sur le phénomène des disparitions forcées dans nos pays respectifs ainsi que sur la campagne pour la signature et la ratification de la Convention. Ceci fait partie intégrante de notre recherche pour la vérité et la justice et de notre lutte contre l'impunité. L'une des composantes très importante de notre conférence était la relance du programme Linking Solidarity à travers le processus de la mise en place de la recherche participative sur l'apprentissage de l'histoire (“Learning History”).

Venant de nos pays respectifs, nous avons partagé les cas pendants et non-résolus de disparitions forcées. Les présentations nous ont conduit à confirmer que, dans la plupart de nos pays, le crime odieux que sont les disparitions forcées demeure non-résolu et, pire encore, persiste à chaque jour qui passe. Les violations multiples des droits infligent une douleur incommensurable et une anxiété tant aux disparus qu'à leur familles survivantes et à leurs proches.

L'ICAED déplore la résurgence des disparitions forcées à travers le monde. Elle exprime sa préoccupation, profonde et particulière, en ce qui concerne la situation des disparitions forcées en Afrique où le nombre de disparitions forcées à travers le continent demeure alarmant. La couverture de cette pratique demeure insuffisante et continue d'être un problème alors que les associations de proches de disparus sont victimes de harcèlements, de menaces et d'attaques. Le suivi constant du GTDF et du CED est d'ailleurs d'une importance cruciale.

La Convention, qui a été adoptée par l'Assemblée Générale de l'ONU le 20 décembre 2006 et qui est entrée en vigueur le 23 décembre 2010 est un signe de la reconnaissance par les Nations Unies de l'ampleur mondiale de ce crime. Il s'agit d'une victoire majeure pour les associations et les fédérations de familles de disparus dont l'expérience des conséquences de la pratique des disparitions forcées a constitué les bases fondamentales de plusieurs des dispositions de la Convention. A ce jour, 90 États ont signé la Convention et 30 États sont parties à la Convention. Considérant l'étendue globale des disparitions forcées, il reste beaucoup à faire en vue d'atteindre une application universelle de la Convention.

De plus, la Conférence a permis d'insister sur l'importance pour l'ICAED de définir un plan d'action, d'une part pour des questions de consolidation interne et de développement. D'autre part, il s'agit aussi de poursuivre notre mandat qui consiste à mener une campagne pour obtenir davantage de signatures et de ratifications de la Convention.

Afin de rendre visible sa présence internationale, l'ICAED a tenu un événement parallèle intitulé : “La mise en œuvre universelle de la Convention : une Tâche et un Défi”. Les Présidents du GTDF et du CED ont abordé, à cette occasion, la nécessaire coopération entre les deux organes ainsi qu'avec les membres de la société civile. La présence d'un représentant du gouvernement argentin sur le panel, État dont les efforts pour assurer la mise en œuvre de la Convention sont indéniables, a été une source d'inspiration.

L'ICAED insiste sur l'importance de ces deux organes de l'ONU. L'ICAED appelle en ce sens tous les Etats à coopérer et à assurer leur support au GTDF ainsi qu'au nouveau CED.

Tout en appelant à supporter le GTDF et le CED, l'ICAED exprime sa volonté de contribuer au développement du processus de l'application de la Convention et à l'établissement de la jurisprudence du CED. L'ICAED appelle donc instamment les deux organes à avoir un processus consultatif et ouvert, incluant la société civile, en particulier, les organisations de familles, pour le développement de leurs règles de procédures et de leurs méthodes de travail.

L'ICAED souligne l'importance cruciale, pour les États, de s'engager sérieusement dans la lutte contre l'impunité et le renforcement par tous les moyens de leur obligation d'enquêter, de poursuivre et de sanctionner les responsables des disparitions forcées et des crimes graves sur le plan international.

L'ICAED appelle tous les États à ratifier et à appliquer pleinement la Convention ainsi qu'à reconnaitre la compétence du CED en ce qui a trait aux articles 31 et 32 de la Convention, ces derniers étant systématiquement inclus dans le cadre des critères appliqués lors de l'Examen Périodique Universel. L'ICAED appelle par ailleurs tous les États à adopter des législations internes afin de pénaliser le crime de disparitions forcées et de s'assurer de la prévention et du sanctionnement de cette pratique. En parallèle, l'ICAED recommande que les États prennent en considération, lors de la rédaction de leur législation interne, la publication “Pas d'impunité pour les disparitions forcées : Liste pour la mise en œuvre effective de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées”.

Finalement, l'ICAED souligne la persistance du crime de disparitions forcées qui continue à constituer une violation des droits des victimes et qui leur inflige des souffrances interminables tout comme à leurs familles et à leurs proches. Par ailleurs, la durabilité de nos efforts est très importante à considérer dans la mesure où le thème de cette conférence internationale se présentait ainsi : “Renouer notre solidarité; Renforcer notre unité; Renouveler notre engagement en faveur de la ratification de la Convention internationale contre les disparitions forcées.”

Organisations participantes à la Conférence internationale de l'ICAED sur les disparitions forcées
7-9 novembre 2011, Genève, Suisse
Al-Ata’a for Human Rights Support-Iraq
Amnesty International
Asamblea Permante por los Derechos Humanos - Argentina
Asian Federation Against Enforced Disappearances (AFAD)
Asociación de Familiares de Detenidos-Desaparecidos, Ejecuciones Extrajudiciales y Torturados Huancayo-Junín (AFDDEET) -Peru
Association de Parents et Amis de Disparus au Maroc
Asociación Pro-Búsqueda de Niñas y Niños Desaparecidos de El Salvador
Asociación para la Recuperacion de la Memoria Historia de Catalunya (ARMHC)
Breaking the Wall of Silence-Namibia
Centro de los Derechos Humanos y Talleres Productivos Qatari Panituri-Peru
Colegio de Abogados – Peru
Collectif des Families De Disparus en Algerie
Comision de Derechos Humanos (COMISEDH)-Peru
Comité de Coordination des Familles des Disparus au Maroc (CCFDM)- Morocco
Equipo Peruano de Antropologia Forense – Peru
Federation Internationale de l’ACAT (FIACAT)
Federation Internationale des Droits de l’Homme (FIDH)
Fédération Euroméditérannéenne Contre Les Disparitions forcées (FEMED)
Federación Latinoamericana de Asociaciones de Familiares de Detenidos-Desaparecidos (FEDEFAM)
Families of Victims of Involuntary Disappearance (FIND)
Human Rights Watch
International Commission of Jurists
Jardin des Disparus
Liga Guatemalteca de Higiene Mental - Guatemala
Russian Justice Initiative
Track Impunity Always
Torture Abolition and Support Coalition
Civil Initiative We Remember -Belarus
Zimbabwe Peace Project

dimanche 17 avril 2011

Appel de soutien et de solidarité euroméditerranéenne



Par Kamel Jendoubi, Président, Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’homme, le 3/4/2011

A Tunis et au Caire, des femmes et des hommes de tous âges et de tous bords se sont levés pour exiger la liberté, la dignité, la justice et la démocratie. Cette révolte des peuples a fait chuter des régimes dictatoriaux, en place depuis des décennies et réputés inamovibles. Elle a prouvé au monde entier la possibilité du changement et suscité un immense espoir de progrès démocratique dans la région.
Les femmes, autant que les hommes, ont joué et jouent un rôle majeur dans ce processus. Sachant que la démocratie ne peut être qu’égalitaire, il est fondamental que les femmes bénéficient d’une citoyenneté pleine et entière, dans la loi et face à la loi . Les droits des femmes sont partie intégrante des droits humains, indivisibles et universels. Dans toutes les sociétés, l’égalité entre les femmes et les hommes ne peut se concevoir que par la sécularisation du droit et la prééminence absolue des droits humains universels sur toute considération culturelle ou religieuse.
Nous appelons les pays euro-Méditerranéens, tous signataires de la Convention pour l’élimination de toutes formes de discrimination envers les femmes (CEDAW), à assurer la citoyenneté pleine et entière des femmes de cette région, sans aucune discrimination. Elles doivent participer, autant que les hommes, aux constructions constitutionnelles, aux instances parlementaires et dirigeantes, et se voir garantir l’effectivité des leurs droits. C’est pourquoi nous appelons les Etats à adopter les mesures visant à garantir l’égalité, promouvoir la parité et protéger les femmes contre toutes les formes de violence contre l’intégrité physique des femmes. Nous dénonçons toutes les formes de répression des mouvements de contestation qui ont entraîné des arrestations, des violences, des viols et des morts par milliers.
Nous appelons l’Union européenne et les gouvernements européens dont certains ont soutenu et continuent à soutenir les régimes dictatoriaux et corrompus de la région, à mettre en oeuvre des politiques respectueuses de la démocratie et des droits fondamentaux, tant dans les accords bilatéraux que multilatéraux, et à encourager les processus de démocratisation dans l’intérêt commun de toute la région.
Nous appelons toutes les forces démocratiques du Sud et du Nord à exprimer leur solidarité avec les révolutions en cours en Tunisie et en Egypte, ainsi qu’avec les mouvements des peuples portés par la jeunesse dans les autres pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Nous soutenons leur lutte pour la dignité, l’égalité, la liberté, la justice et la démocratie, pour rendre ces changements irréversibles et pour concrétiser les aspirations des peuples de la région.
Nous appelons surtout les jeunes, premier-e-s acteurs et actrices de ces révolutions, à construire ensemble de nouvelles sociétés, en imposant le respect intégral du droit et de l’égalité.

mardi 13 octobre 2009

Maroc a-t-il levé les réserves sur la CEDAW ? Les ambiguïtés d’un double discours

Communiqué de presse

Par l'Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM),13/10/2009

Depuis le message royal du 10 décembre 2008 à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui annonçait la levée par le Maroc, état partie à la CEDAW* depuis 1993, de ses réserves sur cette convention, nous n’avons pas cessé de recevoir des messages de félicitations de la part de personnalités et organisations nationales et internationales à propos de la nouvelle étape franchie par notre pays en matière de consécration du principe de l’égalité.

Mais à chaque fois que nous sommes sollicitées pour participer à une manifestation, parler de l’expérience marocaine ou pour répondre aux messages de félicitations, nous sommes confrontées à un dilemme. En effet, à ce jour, 10 mois après, aucune information officielle n’a filtré sur les mesures opérationnelles prises par le gouvernement marocain pour la mise en œuvre de cette déclaration.

Tous ceux et celles qui ont eu l’occasion d’écouter les discours des responsables marocains devant les instances internationales à Genève, à New-York ou ailleurs, sont rassurés quant à la volonté réelle du Maroc d’honorer les engagements pris et de répondre aux recommandations du comité CEDAW en matière de levée des réserves….. de toutes les réserves.

Quant à ceux qui suivent la situation de l’intérieur, les informations disponibles laissent croire que le Maroc s’est contenté en réalité de préparer les instruments d’une levée partielle sur les réserves, annoncée déjà en mars 2006 et à l’occasion de la candidature du Maroc au Conseil des droits de l’homme en 2007. Or, selon certaines sources autorisées, les réserves sur les dispositions qui ont directement trait au but et à l’objet de la CEDAW, à savoir les articles 2, 15 et 16 seront maintenues ou, au mieux, remplacées par des déclarations explicatives.

Ainsi, à l’occasion de la célébration de la journée des femmes marocaines qui coïncide cette année avec le 30ème anniversaire de la CEDAW et dans le cadre de la campagne nationale et régionale « Egalité sans réserve », nous sommes en droit de poser les questions suivantes afin d’être en mesure de répondre aux messages de félicitations:

- Faut-il prendre en considération le discours adressé à l’extérieur qui laisse supposer un engagement total de l’Etat marocain en matière de levée de toutes les réserves?
- Ou alors, faut-il plutôt croire au discours dirigé vers l’intérieur qui renvoie, selon toute vraisemblance, à une levée limitée et sans réelle portée de certaines réserves ?



* CEDAW :Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes






Association Démocratique des Femmes du Maroc

ADFM