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lundi 3 février 2014

Mediapart & Témoignage Chrétien, mêmes combats .





MEDIAPART - L'INFO PART DE LÀTémoignages Chrétiens Témoignages Chrétiens


Témoignages Chrétiens, grand hebdomadaire chrétien issu de la résistance, engagé dans tous les combats du XXème siècle :

- Contre le nazisme, les guerres coloniales et le totalitarisme.

- Pour le droit des personnes, les conquêtes sociales et les nouveaux droits du XXIème siècle (notamment le mariage pour tous).

Témoignage chrétien est un journal au service d'une démocratie exigeante et de l'unité de la famille humaine.

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Témoignages Chrétiens
 
 

Marine Le Pen tombe le masque sur la société qu'elle imposera si elle est élue

Mediapart - Article d'édition


Ce matin, sur France Inter, après 30 mns de dédiabolisation, à 2 mns de la fin, à cette question précise d'un auditeur étranger : "je travaille depuis 20 ans en France où j'ai cotisé et payé mes impôts, si mon entreprise ferme, que je suis licencié que ferez-vous de moi", Marine Le Pen tombe le masque.

Après une tentative d'esquive, elle répond : vous aurez 6 mois de chômage pour retrouver du travail (car on n'est pas violent comme aux États Unis) puis, si vous ne pouvez pas subvenir à vos besoins vous serez expulsé. On ne peut plus clair, cet homme aura cotisé 20 ans pour le chômage pour se voir refuser toute indemnité au bout de 6 mois. Pire, pendant 20 ans il aura bien participé à l'économie de la France par son travail et ses impôts, pour être jeté hors du pays où il a sa vie, peut être son logement et toute sa famille. Pour tous droits : une condamnation à l'expulsion comme un délinquant. 


C'est maintenant évident, si le FN gagne les élections, sous Marine le Pen, les droits de l'homme n'existeront plus, il n'existera que le droit du sang, au nom de la "préférence nationale", il ne restera qu'INHUMANITÉ. Cette barbarie ne se fera même pas au bénéfice des Français. Marine Le Pen prétend que ça sauvegardera l'emploi des "Français de souche". Au contraire, ça sera seulement des cadeaux aux employeurs, qui trouverons de bons esclaves, prêts à prendre n'importe quel emploi, à n'importe quel prix, pour ne pas être obligés de tout abandonner. Ca fera dégringoler les salaires de tous, y compris pour les "Français", et la concurence pour les emplois interdira toutes revendications sur les conditions de travail. 


Résultats : esclavage assuré pour tous, fin de toute intégration possible, montée des antagonismes des 2 cotés. Nul ne peut savoir où le cercle vicieux, révolte violente puis en réponse de plus en plus de répression policière, finirait.

Est-ce vraiment cette société que les électeurs du FN choississent ?

François Cavanna s’est éteint, mercredi 29 janvier. Sa "lettre ouverte aux culs-bénits" d'il y a 20 ans n’a pas pris une ride.



Écrivain, dessinateur et journaliste trouble fête, François Cavanna s’est éteint, mercredi 29 janvier, à l’âge de 90 ans. Il fut la figure de proue d’une génération et d’un journalisme provocateur, subversif et irrévérencieux, de Hara Kiri à Charlie Hebdo. Hommage des Lettres au maître disparu : cette lettre ouverte aux culs-bénits, publiée il y a 20 ans n’a pas pris une ride.

  mai 1994
Lecteur, avant tout, je te dois un aveu. Le titre de ce livre est un attrape-couillon. Cette « lettre ouverte » ne s’adresse pas aux culs-bénits. […]
Les culs-bénits sont imperméables, inoxydables, inexpugnables, murés une fois pour toutes dans ce qu’il est convenu d’appeler leur « foi ». Arguments ou sarcasmes, rien ne les atteint, ils ont rencontré Dieu, il l’ont touché du doigt. Amen. Jetons-les aux lions, ils aiment ça.
Ce n’est donc pas à eux, brebis bêlantes ou sombres fanatiques, que je m’adresse ici, mais bien à vous, mes chers mécréants, si dénigrés, si méprisés en cette merdeuse fin de siècle où le groin de l’imbécillité triomphante envahit tout, où la curaille universelle, quelle que soit sa couleur, quels que soient les salamalecs de son rituel, revient en force partout dans le monde. […]
O vous, les mécréants, les athées, les impies, les libres penseurs, vous les sceptiques sereins qu’écœure l’épaisse ragougnasse de toutes les prêtrailles, vous qui n’avez besoin ni de petit Jésus, ni de père Noël, ni d’Allah au blanc turban, ni de Yahvé au noir sourcil, ni de dalaï-lama si touchant dans son torchon jaune, ni de grotte de Lourdes, ni de messe en rock, vous qui ricanez de l’astrologie crapuleuse comme des sectes « fraternellement » esclavagistes, vous qui savez que le progrès peut exister, qu’il est dans l’usage de notre raison et nulle part ailleurs, vous, mes frères en incroyance fertile, ne soyez pas aussi discrets, aussi timides, aussi résignés !
Ne soyez pas là, bras ballants, navrés mais sans ressort, à contempler la hideuse résurrection des monstres du vieux marécage qu’on avait bien cru en train de crever de leur belle mort.
Vous qui savez que la question de l’existence d’un dieu et celle de notre raison d’être ici-bas ne sont que les reflets de notre peur de mourir, du refus de notre insignifiance, et ne peuvent susciter que des réponses illusoires, tour à tour consolatrices et terrifiantes,
Vous qui n’admettez pas que des gourous tiarés ou enturbannés imposent leurs conceptions délirantes et, dès qu’ils le peuvent, leur intransigeance tyrannique à des foules fanatisées ou résignées,
Vous qui voyez la laïcité et donc la démocratie reculer d’année en année, victimes tout autant de l’indifférence des foules que du dynamisme conquérant des culs-bénits, […]
À l’heure où fleurit l’obscurantisme né de l’insuffisance ou de la timidité de l’école publique, empêtrée dans une conception trop timorée de la laïcité,
Sachons au moins nous reconnaître entre nous, ne nous laissons pas submerger, écrivons, « causons dans le poste », éduquons nos gosses, saisissons toutes les occasions de sauver de la bêtise et du conformisme ceux qui peuvent être sauvés ! […]
Simplement, en cette veille d’un siècle que les ressasseurs de mots d’auteur pour salons et vernissages se plaisent à prédire « mystique », je m’adresse à vous, incroyants, et surtout à vous, enfants d’incroyants élevés à l’écart de ces mômeries et qui ne soupçonnez pas ce que peuvent être le frisson religieux, la tentation de la réponse automatique à tout, le délicieux abandon du doute inconfortable pour la certitude assénée, et, par-dessus tout, le rassurant conformisme. Dieu est à la mode. Raison de plus pour le laisser aux abrutis qui la suivent. […]
Un climat d'intolérance, de fanatisme, de dictature théocratique s'installe et fait tache d'huile. L'intégrisme musulman a donné le « la », mais d'autres extrémismes religieux piaffent et brûlent de suivre son exemple. Demain, catholiques, orthodoxes et autres variétés chrétiennes instaureront la terreur pieuse partout où ils dominent. Les Juifs en feront autant en Israël.
Il suffit pour cela que des groupes ultra-nationalistes, et donc s'appuyant sur les ultra-croyants, accèdent au pouvoir. Ce qui n'est nullement improbable, étant donné l'état de déliquescence accélérée des démocraties. Le vingt et unième siècle sera un siècle de persécutions et de bûchers. […]


5,6 millions de jeunes au chômage en Europe ! La grande peur des gouvernements

Par Fabien Perrier, 18 janvier 2014

Grèce, Espagne, Portugal… les jeunes ont occupé les places lors du mouvement des Indignés en 2011  ; ils sont en tête des cortèges contestant l’austérité  ; leurs votes se reportent vers les partis qui contestent les politiques menées. Selon Samaras, le premier ministre grec (Nouvelle Démocratie, droite), le chômage des jeunes est la cause de « problèmes incroyables pour la cohésion sociale ». Aurait-on enfin atteint l’état d’alerte au sommet de l’Union européenne ? Les taux de chômage grimpent en flèche depuis des années et sont à des niveaux jamais égalés en Europe. Une urgence économique 
et sociale… Mais l’intérêt des dirigeants européens est 
d’abord politique.


Les jeunes, premières victimes des politiques européennes




Quel est le sort réservé aux jeunes dans l’Union européenne  ? Alors qu’ils étaient censés être au cœur des priorités, ils sont toujours plus mis sur la touche et plus encore dans les pays où les politiques d’austérité sont les plus féroces. C’est un échec retentissant. En 2000, les dirigeants européens décidaient, à Lisbonne, de faire de l’UE « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010 ». L’emploi devait être amélioré, tant quantitativement que qualitativement. Et parmi les moyens à appliquer, l’accélération des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité et l’innovation et l’achèvement du marché intérieur. Si l’UE a mis en œuvre les moyens, elle a échoué, en revanche, sur la réalisation des objectifs. 13 ans après, le taux de chômage des jeunes en est l’illustration. Il atteint des sommets (23,5 %) à l’échelle européenne, et masque d’importantes disparités  : 7,7 % en Allemagne, 56,5 % en Espagne ou 57,3 % en Grèce. Bref, il révèle l’échec de la «  stratégie de Lisbonne  » et des politiques menées depuis les années 2000. En outre, précise Sabina Issehnane, maître de conférences en économie à l’université Rennes-II, «  avec la crise économique et la contraction de la demande, les jeunes ont été les plus touchés car ils sont surreprésentés dans les flux d’embauche. Sortant du système éducatif, ils sont pris dans une forme de goulot d’étranglement  ».

Les conséquences dépassent la question du chômage  : elles touchent, en son cœur, la jeunesse et son avenir. Si le taux de pauvreté moyen dans l’UE s’élève à 25,1 % en 2012, selon les statistiques officielles, il grimpe à 31,3 % chez les 16-24 ans… et plus encore dans les pays où le chômage des jeunes est le plus élevé  : 51 % en Bulgarie, 45,8 % en Grèce, 37 % en Espagne.


Cette hausse de la pauvreté est concomitante à la précarisation et la baisse des revenus qui frappent la société européenne. En Grèce, en Espagne, au Portugal, par exemple, les salaires minimums pour les jeunes avoisinent les 500 euros… à temps plein. Ils sont insuffisants pour vivre. En outre, leur précarité s’accentue avec la multiplication des contrats à durée déterminée, des temps partiels et des stages. Un autre élément préoccupe  : les 8 millions de 15-24 ans sans travail, sans formation, en dehors des études et de l’apprentissage, les NEET, selon l’acronyme anglais.

Cette situation jette un voile noir sur leur futur. D’une part, «  les jeunes les plus touchés par le chômage sont les non-diplômés ou très peu diplômés  », souligne la chercheuse. Un phénomène qui a des impacts sur la poursuite du parcours dans l’emploi. «  Il y a un effet diplôme qui croît actuellement dans la rapidité de l’accès à l’emploi. Et l’ancrage dans l’emploi dépend, lui aussi, énormément de la qualification  », précise Bernard Gomel, chercheur au Centre d’étude de l’emploi. D’autre part, poursuit le spécialiste, «  900 000 jeunes sont en déshérence en France  ». Bref, ces chiffres qui donnent le tournis interrogent aussi sur la formation initiale. Mais comment faire pour l’améliorer  ? «  En période d’austérité, tous les services publics, notamment la formation initiale, et l’emploi sont mis en difficulté, analyse le chercheur. Il y a un effet perdant-perdant.  » Les dirigeants européens sauront-ils prendre le virage nécessaire  ? Les réponses apportées jusqu’alors invitent à la prudence.

Le chômage des jeunes devient un « danger politique » car « leur rejet et leur défiance se portent sur le système national, mais plus encore européen ». C’est ce qu’explique l’entourage du président de la République à la veille de la 2e conférence sur l’emploi des jeunes en Europe, le 12 novembre, àl’Élysée. La quasi-totalité des dirigeants européens y participeront avec, à l’esprit, les élections européennes de mai 2014. Les 15-24 ans, qui ont été les premières victimes de la crise, pourraient aller voter plus massivement qu’aux européennes précédentes. Leur taux de participation, de 33 % en 2004, avait chuté à 29 % en 2009. Or, selon les enquêtes menées dans les 28 États membres, 65 % des moins de 30 ans envisageraient de se rendre aux urnes. Quel sera leur vote à l’heure où leur taux de chômage atteint 23,5 %   ?


Alors que les conservateurs et sociaux-démocrates constituent les composantes essentielles du Parlement européen, seule institution de l’UE élue au suffrage universel direct, les gouvernements en place, dirigés par leurs partis, sont contesté par les jeunes. Ce qui fait dire à l’eurodéputé socialiste allemand Jo Leinen  : «  Le chômage et ses conséquences créent des attentes très fortes. J’espère que les extrémistes ne seront pas trop nombreux au Parlement.  » Selon Enrico Letta, président du Conseil italien, pour «  prévenir une victoire des populismes  », «  il faut lancer immédiatement la bataille contre le chômage des jeunes ».

Grèce, Espagne, Portugal… les jeunes ont occupé les places lors du mouvement des Indignés en 2011  ; ils sont en tête des cortèges contestant l’austérité  ; leurs votes se reportent vers les partis qui contestent les politiques menées. Selon Samaras, le premier ministre grec (Nouvelle Démocratie, droite), le chômage des jeunes est la cause de «  problèmes incroyables pour la cohésion sociale  ».

Du côté de l’Élysée, les équipes qui s’activent à la préparation du ragoût martèlent que «  le président souhaite que cette question soit au cœur des priorités européennes  » et qu’il ne s’agit ni d’une opération de communication, ni d’un «  coup électoral  ». Une façon de se distinguer, aussi, d’Angela Merkel qui avait été taxée de chercher un tel coup en organisant le premier round des discussions sur ce sujet, à Berlin, en juillet 2013. Les participants avaient alors échangé, à 9 semaines des législatives allemandes, sur les «  bonnes pratiques  » pour évaluer les mesures à mettre en œuvre au sein de l’Union européenne. Mais les réponses qui étaient sorties des discussions paraissaient bien pauvres  : un budget maigrelet – 6 milliards d’euros alors que même la Commission estime qu’il faudrait au moins 21 milliards pour faire face à l’ampleur du mal – déjà acté au Conseil européen précédent et l’annonce de la mise en place d’une garantie jeunes (lire p. 70). En outre, leur application tarde en raison des lenteurs dues au processus administratif européen notamment.

« Il faut faire vite, se rassembler pour mettre en œuvre ce qui a été décidé », poursuit-on dans les rangs élyséens. Hasard de calendrier  ? Les 6 milliardsd’euros pour l’initiative emploi des jeunes doivent être opérationnels pour le 1er janvier 2014. Et le temps presse aussi par rapport aux objectifs de taux d’emploi – 75 % pour les 20-64 ans – que les dirigeants européens se sont fixés avec l’agenda 2020. De belles intentions qui risquent une nouvelle fois de passer à la moulinette des politiques de réduction des dépenses publiques.

Source : L'Humanité Dimanche

dimanche 2 février 2014

Vivre en cage à Gaza


Par Pierre Stamboul
 Article initialement publié dans « CQFD » page 4 -N°de janvier 2014

Vivre en cage à Gaza
Depuis 7 ans, le blocus israëlien a transformé Gaza en un véritable laboratoire, où près de 1.800.000 personnes survivent sans pouvoir quasiment sortir dans la pauvreté, le chômage et les pires pénuries. À l’étranglement israélien s’ajoute le blocus égyptien par « mesure sécuritaire » depuis que le coup d’État de l’armée égyptienne, laquelle accuse le Hamas de collusion avec les Frères Musulmans. Pierre Stambul a pu passer deux jours fin décembre dans cette cage avec le réseau de soutien international Unadikum.

Ils tuent et ne sont jamais sanctionnés.
Le 24 décembre, l’armée israélienne a attaqué la bande de Gaza avec les chars et l’aviation en 15 endroits différents. Un char israélien a pulvérisé à 800 m de distance une maison dans un camp de réfugiés. Une dangereuse terroriste, la petite Hala, trois ans, est morte. Sa mère et ses frères ont été bléssés-e-s. À l’hôpital, la famille nous a demandé de filmer et de témoigner. Deux jours auparavant, un autre redoutable terroriste, un chiffonnier qui recyclait les ordures, avait été abattu sans motif par un sniper israélien. En 7 ans de blocus, 150 paysans et des milliers d’animaux qui avaient l’outrecuidance d’approcher trop près la « barrière de sécurité » – pour reprendre le vocabulaire de l’occupant – ont perdu la vie. « Pourquoi la justice internationale protège-t-elle les criminels de guerre israéliens ? », s’interroge le militant des droits de l’homme Khalil Shaheen. Quand les soldats de Tsahal ne tirent pas sur les paysans, ils visent les pêcheurs. La marine israélienne interdit aux pêcheurs de s’éloigner à plus de 3 Km des côtes mais viole ses propres lois puisqu’elle a confisqué des bateaux à 700 mètres des côtes et tué deux pêcheurs. Les quelque 4200 pêcheurs sont réduits à la misère. « Le droit international permet de cultiver et de pêcher. Israël viole ce droit en disant que c’est contraire à sa sécurité », explique Mohamed al-Bakri, secrétaire général du syndicat des comités de travailleurs agricoles (UAWC) (1).
Comment la pénurie est organisée
Gaza est aussi une terre agricole. La superficie agricole a diminuée d’1/3 à 1/5 de la bande en 7 ans. Les Israéliens interdisent la commercialisation des produits et les fraises pourrissent sur place. Les paysans survivent avec 1/2 hectare de terre en moyenne. Gaza est autosuffisant en légumes et en poulet mais tout le reste doit être importé (œufs, viande rouge, poisson). Lors des récentes inondations 3 000 serres ont été inondées, le blocus israélien empêche de les remplacer.
L’eau à Gaza vient de Cisjordanie par l’aquifère. Les Israéliens ont creusé des puits sur la frontière tous les 100 m pour capter cette eau. Résultat, il manque à Gaza 40 % de l’eau nécessaire à son agriculture. La nappe phréatique est envahie par la mer et l’eau, devenue saumâtre, est impropre à la consommation.
En Egypte, l’essence est subventionnée et ne coûte que 0,12 euro le litre. Avant que le gouvernement égyptien ne bloque la frontière et ne détruise les tunnels, on trouvait de l’essence à Gaza. À présent, elle vient d’Israël, est rare et hors de prix. Les charrettes remplacent souvent les voitures. Conséquence de cette pénurie de pétrole, il n’y a en moyenne que 6 heures d’électricité par jour. Alors c’est la débrouille : groupes électrogènes, lampes de poche sont indispensables, mais ne garantissent rien.
Dans les hôpitaux, on manque de médicaments, d’hygiène, de médecins qualifiés. Les grands malades essaient de partir à l’étranger, mais sortir n’est pas évident et ça coûte très cher.
Un énorme effort est entrepris pour l’éducation. Il y a très peu d’illettrés. On compte à Gaza 100000 étudiant-e-s dans 5 universités. Au bout du compte, il y a 35000 chômeurs diplômés et d’autres survivent avec des petits boulots. Le chômage total ou partiel touche 60% de la population. L’économie a été détruite.
 « Sans solution politique, on continuera à manquer d’eau, de terre, de médecins, d’éducation et ça va exploser », ajoute Mohamed al-Bakri.
Colère et auto-organisation
Tous nos interlocuteurs/trices disent la même chose : la désunion palestinienne, l’existence de deux gouvernements, deux parlements, deux lois sont un scandale : « ils ne pensent qu’à leur propre intérêt », « ils ont perdu toute légitimité », « cette désunion est une victoire de l’occupant », « nous avons un grand problème de leadership », « rien ne changera avec Abou Mazen ». « Il n’y aura pas de troisième Intifada à cause de la division palestinienne, pense Ziad Medoukh, responsable du département de français a l’université al-Aqsa de Gaza. Depuis la mort d’Arafat, il n’y a plus de leadership. La direction à prendre vient de l’extérieur de la société palestinienne et non de l’intérieur. Les deux gouvernements profitent de l’occupation pour garder le pouvoir. Ces deux gouvernements ont perdu la légitimité. Les deux sont en échec. Mais ils savent que la population ne va pas se révolter contre eux. »
L’impopularité des deux gouvernements est certaine. « Notre rêve, c’est un seul État. Notre référence c’est Mandela, [mais] nos dirigeants sont stupides, estime Eyad Al Alam, avocat au Centre palestinien des droits de l’homme (PCHR). On a deux parlements, deux gouvernements, deux lois. Pourquoi n’y a-t-il pas réunification ? Je me fous des relations Fatah-Hamas. On voudrait des élections mais Israël contrôle tout et ne laissera pas faire .»
Le PCHR fait partie de ce grand réseau d’associations qui viennent au secours des pauvres et des exclu-e-s, qui permettent à la population de s’organiser, d’exiger le droit de « vivre comme un être humain normal ». Le PCHR enquête sur toutes les exactions, même sur les violences inter palestiniennes. Il aide les prisonniers politiques, combat la torture, dénonce l’impunité de l’occupant et la complicité occidentale. Il a fourni aux enquêteurs de l’ONU (Dugard, Falk, Goldstone) une grande aide pour leurs rapports.« Comme Palestinien, j’ai été victimisé et maltraité. La Naqba est en moi. Je suis né ici, c’est mon pays. Un Russe obtient la nationalité et moi, je n’ai rien. La loi vient du pouvoir, pas de la morale. Avec la globalisation, j’ai espoir que les barrières disparaîtront. Pourquoi la communauté internationale accepte-t-elle cette punition collective ? », s’indigne Khalil Shaheen.
Politiquement, il existe une gauche palestinienne dont le parti le plus important est le FPLP. Ce parti a payé un très lourd tribut à son rôle dans la résistance (le secrétaire général Ahmed Saadat a été condamné à la prison à vie et le précédent a été assassiné). Il essaie aujourd’hui de renouveler ses cadres et d’unifier un troisième pôle face au Fatah et au Hamas. Il se concentre aussi sur l’action sociale du FPLP : les jardins d’enfants, les projets, les instituts, les hôpitaux (comme à Jabaliya), les ONG, l’aide aux agriculteurs et aux pêcheurs ». Dans son programme, il exige la fin des négociations avec Israël.
Aujourd’hui les accords d’Oslo sont plus que jamais morts. On est passé à une lutte antiapartheid sur un espace unique. L’hypocrisie des discours de la France, de l’Union Européenne et les Etats-Unis renforce l’économie israélienne et le blocus. Avec Ziad Medoukh la discussion se porte sur le boycott: « La notion est peu développée en Palestine parce que les marchés sont captifs. Il y a peu de produits israéliens, pas de produits des colonies mais les Palestiniens n’ont aucune marge de manœuvre. « Toutes les formes de solidarité sont les bienvenues. Mais la priorité, c’est de lever un blocus qui dure depuis 7 ans. S’il n’y a pas un mouvement comparable à ce qui s’est fait en Afrique du Sud, ça ne marchera pas ».
Union Juive Française pour la Paix

1. Le syndicat des travailleurs agricoles UAWC appartient à Via Campesina. Il organise les paysans et les pêcheurs, établit des programmes de développement (tracteurs, étanchéité, filets de pêche).

Le retour de l’ordre moral



Par Ingrid Merckx - 30 janvier 2014

Les manifestants réunis à Paris ce 26 janvier sont absolument contre : les gays, l’avortement, l’euthanasie, les étrangers, les juifs, l’art qu’ils jugent « dégénéré » et, surtout, les socialistes au pouvoir.
Hollande « l’anti-France ». On entendrait presque « l’antéchrist » dans cette fronde « anti-gouvernement-Hollande » lancée par ce que le pays fédère aujourd’hui de plus conservateur et réactionnaire, voire fascisant, sous la bannière « Jour de colère ». Les manifestants réunis à Paris ce 26 janvier sont absolument contre : les gays, l’avortement, l’euthanasie, les étrangers, les juifs, l’art qu’ils jugent « dégénéré » et, surtout, les socialistes au pouvoir. Lesquels en deviendraient presque héroïques d’oser défendre encore l’égalité des droits avec le mariage pour tous – décidément le catalyseur – et l’extension du droit à l’avortement avec la loi sur l’égalité femmes-hommes en discussion à l’Assemblée. Bientôt le congé parental partagé avec les pères ? L’euthanasie ? 
 Ce qui réveille les partisans de l’ordre moral aujourd’hui, c’est la hantise de ce qu’ils nomment un changement de civilisation, dont la famille serait la première victime. Fini le « bon père de famille », « l’enfant à naître », « un père + une mère »  ! Derrière la défense d’un modèle canonique et hétérosexuel s’exprime la nostalgie d’un ordre patriarcal tel que l’a rêvé l’Action française. D’où un slogan ressorti des greniers moisis : « Travail, famille, patrie ». 
Mais pas seulement par des anciens : ce sont des jeunes catholiques qui ont adressé une « supplique au pape » pour lui faire part de leur « malaise ». Ce sont des jeunes mères « féminines », et surtout pas féministes, qui militent ici pour un retour à la « nature profonde de la femme ». Mais ce sont aussi 85 % de citoyens qui sentiraient la France décliner. De quoi faire les choux gras du FN ou d’organes comme Valeurs actuelles. Au-delà du cri du petit Blanc effrayé par le changement, c’est tout un climat qui transpire, jusque sur les bancs de la gauche gouvernementale, qui ne se montre pas toujours téméraire – comme en témoigne l’abandon de la PMA ou de la gestation pour autrui. Il faudrait pourtant passer à la contre-offensive. Mais une société ne se soigne pas sans politique sociale.

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