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samedi 7 juin 2014

Mme Navi Pillay exhorte le Maroc à ouvrir des enquêtes immédiates sur "les allégations de torture"



RABAT, 31mai 2014 (SPS)- 
La Haut-Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme, Mme Navi Pillay a exhorté, jeudi à Rabat, les autorités marocaines à ouvrir des enquêtes immédiates sur "les allégations de torture" contre les auteurs de mauvais traitements et à exclure "les éléments de preuve obtenus sous la contrainte".

"Les allégations de torture doivent immédiatement faire l’objet d’enquêtes sans exception, et les éléments de preuves obtenus sous la contrainte doivent être exclus, comme exigé explicitement par les lois internationales et marocaines",a déclaré Mme Pillay lors d’une conférence de presse à l’issue de sa visite de quatre jours au Maroc.
      
Elle a estimé que "le cas des 21 prisonniers de Gdeim Izik en est un exemple, qui a besoin d’une enquête approfondie".
      
Pour rappel, le Tribunal militaire de Rabat avait condamné, en février 2013, des activistes sahraouis dit "groupe Gdeim Izik" à des peines allant de 20 ans de prison à la perpétuité pour "atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de l’État, formation d’une bande criminelle et atteinte aux fonctionnaires publics dans le cadre de l’exercice de leur fonction".
       
Ils avaient été arrêtés, en novembre 2010, lors du démantèlement du camp de quelque 3.000 tentes installées à El Ayoun où des Sahraouis y ont élu domicile pour de "défendre leurs droits politiques, économiques et sociaux".
      
Tout en exhortant les autorités à adopter rapidement le plan national pour la démocratie et les droits de l’homme établi par le Conseil national des droits de l’homme (CNDH), Mme Pillay a considéré que "beaucoup de travail reste encore à faire pour engendrer la culture du respect des droits de l’homme dans toutes les institutions de l’Etat, au Maroc et au Sahara occidental, notamment parmi les officiers de justice, les agents d’application de la loi, du personnel pénitentiaire et des fonctionnaires de l’administration aux niveaux national, régional et local.
   
Selon elle, "les habitudes et les pratiques traditionnelles néfastes ne peuvent jamais justifier les violations des droits de l’homme et ne devraient pas l’emporter sur le droit international ni sur la constitution et les lois marocaines".
   
Dans ce contexte, elle a rappelé que "le rapporteur spécial sur la torture,qui a visité le Maroc et le Sahara occidental en 2012, ainsi que le Groupe de travail sur la détention arbitraire, qui l’a visité en décembre 2013, ont tous les deux, exprimé leur inquiétude à propos de l’utilisation de la torture et de mauvais traitements ainsi que la recevabilité par les tribunaux des aveux extraits sous la torture".
       
Évoquant les manifestations au Maroc qui "ont lieu régulièrement, sans incident", Mme Pillay a, néanmoins évoqué "des cas où les agents d’application de la loi auraient utilisé une force excessive contre des manifestations pacifiques"tels que les incidents survenus le 2 aout 2013 à Rabat où "les coups de la police auraient été pris en vidéo", considérant que "cela doit faire l’objet d’une enquête approfondie".
      
Elle a, en outre, noté que "des allégations graves ont également été formulées concernant la violence contre les migrants subsahariens par les forces de l’ordre marocaines", affirmant que celles-ci "doivent être soigneusement examinées et les autorités devraient veiller au respect des droits fondamentaux des migrants subsahariens, des réfugiés et des demandeurs d’asile".
   
Abordant la question de la liberté d’expression, elle a affirmé qu'"il est regrettable d’entendre que des journalistes et les blogueurs sont visés ou se voient imposer des amendes, le retrait de l’enregistrement et même l’emprisonnement sur la base d’accusations forgées de toutes pièces pour avoir examiné des question sensibles".
"Le cas d’Ali Anouzla est un exemple de l’application de la législation anti-terroriste trop large pour pénaliser la liberté d’expression", a-t-elle dit.
   
Arrêté en septembre 2013, le journaliste directeur du journal électronique Lakome (version arabophone) est poursuivi depuis le 25 octobre 2013, en état de liberté provisoire, pour "assistance à des criminels ayant commis des actes de terrorisme", " fourniture de moyens pour la commission d’actes terroristes"et "apologie de crimes terroristes".
      
Il avait été interpellé après la diffusion par son site d’une vidéo attribuée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui appelle au jihad et fustige la monarchie marocaine.
      
A la suite de son arrestation, un comité national de solidarité, composé de militants des droits de l’homme, des journalistes, d’avocats et de membres de la société civile a été constitué pour demander l’abandon des charges retenues contre lui.
      
Il s'agit de la première visite de Mme Pillay au Maroc, depuis sa prise de fonctions en 2008 à la tête de cette institution onusienne. (SPS)088/700/090

samedi 28 septembre 2013

Affaire Anouzla: le journaliste Cembrero et le ministre Haddad débattent sur Twitter

A gauche, Lahcen Haddad, ministre marocain du Tourisme. A droite, Ignacio Cembrero, journaliste à El Pais

Le 20 septembre, un échange de tweets s’enclenche entre Ignacio Cembrero, le correspondant du journal espagnol El Pais dans la région du Maghreb et un certain Nouaama Malainine qui demande au journaliste ses motivations derrière la diffusion d’une vidéo d'Al-Qaïda appelant à tuer des Marocains.
Cembrero répond alors qu’il s’agit d’"un pamphlet politique fait par des terroristes, mais intéressant à voir!", en rappelant que des sites américains avaient publié la même vidéo.
Lahcen Haddad entre en lisse 
Aussitôt, c’est le ministre MP du tourisme, Lahcen Haddad qui réagit au tweet du journaliste espagnol en s’interrogeant : "pourquoi à voir? Pour inciter des jeunes à se faire exploser et tuer des innocents? Qu'advient-il de l'éthique du journalisme?".
Le ministre précise également qu’ "il ne s'agit pas d’un travail de journalisme mais de la transgression de normes éthiques dont la règle la plus fondamentale est de ne pas donner la parole aux tueurs".
Cembrero explique alors au ministre que "la vidéo d’AQMI est en ligne sur les sites américains qui s'intéressent au terrorisme", "Savez-vous que de grands médias de Paris ont mis en ligne des vidéos menaçantes d’AQMI ? Savez-vous qu’El País publie les communiqués d’AQMI qui menacent l'Espagne de reconquérir Sebta, Melilla et l’Andalousie ?" Demande l’espagnol.
Le ministre répond qu’il ne trouve pas « normales » les publications d’El Pais. Cembrero s’étonne alors de cette "étrange approche de la liberté de la presse" Pour lui, les lecteurs sont "adultes" et "ont le droit de savoir et de voir, avec la nécessité de préciser qu’AQMI est une organisation terroriste".
Haddad, le nazisme, le sexe et le terrorisme
Dans ces tweets, le ministre insiste sur l’importance de l’éthique dans le travail journalistique et s’en prend à la conception in extenso que se fait Cembrero du droit à l’information. Une logique qui, selon le ministre permettrait la diffusion de contenu pornographique ou antisémite.
Le journaliste espagnol exprime alors son désaccord avec cette "vision très restrictive de la liberté d'expression". Mais se dit "content qu’un ministre marocain dialogue".
Lahcen Haddad esquive la question sur la poursuite judiciaire des sites américains
Cembrero demande à Haddad "si Ramid va porter plainte contre les sites américains qui ont diffusé la vidéo comme il l’a fait pour El Pais et Lakome". Haddad suggère à Cembrero de poser la question directement à Ramid et de préciser que "le droit à l'information qui conduit au meurtre n'est plus un droit. C'est être de connivence et une caution pour le tueur" avant d’ajouter : "le fait que Ramid ne poursuive pas ces sites ne vous donne pas le droit de diffuser ce contenu qui incite les jeunes à tuer".
Cembrero : Anouzla n’est-il pas victime de sa ligne éditoriale ?
La discussion prend alors un autre tournant et le journaliste espagnol reproche au ministre de penser que "les marocains ne sont pas assez mûrs pour regarder des vidéos d’AQMI". Il interroge alors le ministre si le Maroc n’est pas embarrassé par la position "de dizaines d’ONG qui estiment qu’Anouzla a été arrêté non pas pour une vidéo mais pour sa ligne éditoriale".
A brûle-pourpoint, Haddad répond à Cembrero qu’il « cherche toujours à nuire au Maroc et aux marocains et par n'importe quel moyen » et de poursuivre qu’il s’interdit de se prononcer sur une enquête en cours.
Haddad contredit son parti, le MP
Ignacio Cembrero demande alors pourquoi "le MP peut se prononcer sur le cas Anouzla" et pas le ministre "sur les poursuites éventuelles de Ramid contre des sites américains »?
Haddad a répondu que son parti, le MP "s'est prononcé avant qu’Anouzla ne soit arrêté et placé en garde à vue". Mais une personne qui avait pris part au fil de discussion rappelle au ministre que le communiqué du MP est paru le 17 septembre, c'est-à-dire le même jour de l’arrestation du journaliste Ali Anouzla. 
 Lahcen Haddad a quitté alors la conversation pendant plus de 24H, pour revenir à la charge et déclarer que "les Marocains doivent être protégés par leur gouvernement contre les terroristes d'Aqmi qui trouvent un support gratuit chez des médias irresponsables », entendez Lakome et l’ensemble des sites professionnels d’information, européens et étrangers ayant travaillé sur la vidéo d’Aqmi, menaçant le régime marocain.


Amina Madmoun via Lakome
Déclaration de Maati Mounjib sur l’arrestation d’Ali Anouzla et l’absence d’Ignacio Cembrero qui étaient invités à la table ronde sur les médias et le printemps démocratique, organisée le 21 Septembre 2013.

Média/Actualités/Édition ·


 Mounjib: Anouzla est arrêté car il critique la monarchie marocaine