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lundi 6 octobre 2014

Mellila : Le chef de la Guardia Civil poursuivi pour les expulsions de migrants au Maroc


Suite aux plaintes d’associations espagnoles, le chef du commandement de la Guardia Civil de Melilla a dû se présenter aujourd’hui au tribunal de la ville. Les expulsions hors de toute procédure légale de migrants subsahariens irréguliers vers le Maroc lorsqu’ils sont interceptés par la Guardia civil entre les barrières de la frontière de Melilla seraient illégales.

Les associations espagnoles qui ont porté plaintes ont filmé l'un de "desvuelve de caliente", ces expulsions sans procédure par la porte de service de la barrière. /DR

La frontière de Melilla est 










/DR La frontière de Melilla est composée de plusieurs barrières. Lorsque les migrants sont interceptés avant d'avoir franchi la dernière d'entre elle, la Guardia civil se sent autorisée à les expulser vers le Maroc. (graphique de J.C Sanchez pour El Mundo)

 
Quand certains migrants parviennent au terme de ce parcours d'obstacles, ils laissent exploser leur joie. Nombre d'entre eux témoignent être parvenus plusieurs fois à passer la première barrière avant d'être interceptés. /DR
Le chef du commandement de la Guardia Civil de Melilla, le colonel Ambrosio Martin Villasenor s’est présenté hier matin, vendredi 3 octobre, devant le juge Emilio Lamo Espinosa, au palais de justice de la ville, a indiqué la presse espagnole. Il est poursuivi pour avoir décidé d’expulser « à chaud », vers le Maroc, les migrants subsahariens irréguliers qui parvenaient à franchir les barrières successives (voire graphique) constituant la frontière de Melilla avec le Maroc, les 18 juin et 13 août derniers.
Ambrosio Martin Villasenor a déclaré qu'il avait la "conscience tranquille" et "claire", et qu'il était certain de n'avoir commis "aucune irrégularités", rapporte EuropaPress. Depuis le début des poursuites, mi-septembre, il est totalement soutenu par sa hierarchie et l'ensemble de l'appareil d'Etat espagnol.
Suite à une plainte déposée par les ONG Andalucía Acoge, SOS Racismo y Prodein sur la base d’une vidéo qui atteste avec certitude de ces expulsions « à chaud » - c’est-à-dire quand les policiers espagnols interceptent les migrants entre les barrières -, Ambrosio Martin Villasenor est plus précisément accusé d’avoir enfreint la loi sur les étrangers et les traités internationaux liant l’Espagne et le Maroc lorsqu’il pris l’Ordre de service 6/2014 « Dispositif anti-intrusion de la barrière de frontière de Melilla et le protocole opérationnel de Melilla ».

La frontière maroco-espagnole remise en cause
Selon la loi espagnole sur les étrangers, une personne en situation irrégulière en Espagne doit être présentée à un juge, bénéficier d’un avocat avant qu’une décision administrative d’expulsion ne soit éventuellement prise. Il dispose également du droit de demander l’asile et de résider en Espagne le temps que sa demande soit étudiée. En expulsant manu militari les migrants parvenus à se glisser entre les deux plus hautes barrières, sans leur offrir aucun de ces droits, la Guardia civil viole la loi espagnole, sauf à considérer que l’espace situé entre elles n’appartient plus au territoire espagnol.
Le juge Emilio Lamo Espinosa a estimé, dans une ordonnance rendue le 11 septembre 2014, qu’avec le « concept opérationnel » mis en œuvre par la Guardia civil dans l’Ordre de service 6/2014, coexistent deux idées de la frontière : l’une de nature juridique, l’autre de nature opérationnelle et fonctionnelle. « La première est compatible avec les traités signés entre l’Espagne et le Maroc tandis que le second paraît répondre à un critère de gouvernement, politique ou de simple opérationnalité policière », souligne-t-il dans son ordonnance. Pour Emilio Lamo de Espinosa, la seconde idée doit l’emporter parce que les traités internationaux qui délimitent la frontière entre le Maroc et l’Espagne font partie du droit interne espagnol.
La Guardia civil pourrait justifier ses actes en recourant au traité de réadmission signé par les deux pays en 1992 et entré en vigueur le 21 octobre 2012, qui autorise l’Espagne à renvoyer au Maroc les migrants qui sont parvenus à franchir les frontières des deux encalves de façon irrégulière. Ces « expulsions-réadmission » doivent toutefois remplir un certain nombre d’exigences et de « garanties minimales » qui n’ont pas été respectées.

2 cas de réadmissions acceptés par le Maroc
« Les rapports du Haut commandement du corps de la police nationale de Mellila, […] indiquent que la Brigade de l’Immigration et des Frontière ne s’est vu présenter aucun Subsahariens pour les faits survenus à la barrière de Mellila le 18 juin 2014, précisant que le 13 août, se sont produites deux tentatives d’assauts pour lesquels n’ont été présentés ni ne sont arrivés par leurs propres moyens aucun Subsahariens au Haut commandement du corps de la police nationale de Mellila ; et en vertu de l’Accord de l’Espagne et du royaume du Maroc relatif à la circulation des personnes, au transit et à la réadmission des étrangers entrés illégalement, sur les deux dernières années, seuls deux cas se sont transformés en réadmissions acceptées par le Maroc », indique l’ordonnance.
Ces poursuites judiciaires contre le chef de la Guardia civil de Mellila interviennent alors que le Maroc a au contraire cessé, avec la nouvelle politique migratoire, de renvoyer les migrants irréguliers qui résidaient au Maroc vers ses voisins : l’Algérie et la Mauritanie. Il entreprend à présent de renvoyer les migrants irréguliers vers leur pays d’origine par avion. Ce jeudi, 8 Camerounais arrêtés à Tanger alors qu’ils tentaient de passer en Espagne, étaient en attente d’une seconde tentative d’expulsion à l’aéroport de Casablanca. Comme en Espagne, cependant, la procédure légale de reconduite à la frontière n’a pas été respectée.
Suite aux plaintes d’associations espagnoles, le chef du commandement de la Guardia civil de Melilla a dû se présenter aujourd’hui au tribunal de la ville. Les expulsions hors de toute procédure légale de migrants subsahariens irréguliers vers le Maroc, lorsqu’ils sont interceptés par la Guardia civil, entre les barrières de la frontière de Melilla seraient illégales.
Le chef du commandement de la Guardia Civil de Melilla, le colonel Ambrosio Martin Villasenor s’est présenté ce matin, vendredi 3 octobre, devant le juge Emilio Lamo Espinosa, au palais de justice de la ville. Il est poursuivi pour avoir décidé d’expulser « à chaud », vers le Maroc, les migrants subsahariens irréguliers qui parvenaient à franchir les barrières successives (voire graphique) constituant la frontière de Melilla avec le Maroc, les 18 juin et 13 août derniers.
Suite à une plainte déposée par les ONG Andalucía Acoge, SOS Racismo y Prodein sur la base d’une vidéo qui atteste avec certitude de ces expulsions « à chaud » - c’est-à-dire quand les policiers espagnols interceptent les migrants entre les barrières -, Ambrosio Martin Villasenor est plus précisément accusé d’avoir enfreint la loi sur les étrangers et les traitées internationaux liant l’Espagne et le Maroc lorsqu’il pris l’Ordre de service 6/2014 « Dispositif anti-intrusion de la barrière de frontière de Melilla et le protocole opérationnel de Melilla ».
Selon la loi espagnole sur les étrangers, une personne en situation irrégulière en Espagne doit être présentée à un juge, bénéficier d’un avocat avant qu’une décision administrative d’expulsion ne soit éventuellement prise. Il dispose également du droit de demander l’asile et de résider en Espagne le temps que sa demande soit étudiée. En expulsant manu militari les migrants parvenus à se glisser entre les deux plus hautes barrières, sans leur offrir aucun de ces droits, la Guardia civil viole la loi espagnole, sauf à considérer que l’espace situé entre elles n’appartient pas au sol espagnol.
Le juge Emilio Lamo Espinosa a estimé, dans une ordonnance rendue le 11 septembre 2014, qu’avec le « concept opérationnel » mis en œuvre par la Guardia civil dans l’Ordre de service 6/2014, coexistent deux idées de la frontière : l’une de nature juridique, l’autre de nature opérationnelle et fonctionnelle. « La première est compatible avec les traités signés entre l’Espagne et le Maroc tandis que le second paraît répondre à un critère de gouvernement, politique ou de simple opérationnalité policière », souligne-t-il dans son ordonnance. Pour Emilio Lamo de Espinosa, la seconde idée doit l’emporter parce que les traités internationaux qui délimitent la frontière entre le Maroc et l’Espagne font partie du droit interne espagnol.
La Guardia civil pourrait justifier ses actes en recourant au traité de réadmission signé par les deux pays en 1992 et entré en vigueur le 21 Octobre 2012, qui autorise l’Espagne à renvoyer au Maroc les migrants qui sont parvenus à franchir les frontières des deux encalves de façon irrégulière. Ces « expulsions-réadmission » doivent toutefois remplir un certain nombre d’exigences et de « garanties minimales » qui n’ont pas été respectées.
« Les rapports du Haut commandement du corps de la police nationale de Mellila, […] indiquent que la Brigade de l’Immigration et des Frontière ne s’est vu présenter aucun Subsahariens pour les faits survenus à la barrière de Mellila le 18 juin 2014, précisant que le 13 août, se sont produites deux tentatives d’assauts pour lesquels n’ont été présentés ni ne sont arrivés par leurs propres moyens aucun Subsahariens au Haut commandement du corps de la police nationale de Mellila ; et en vertu de l’Accord de l’Espagne et du royaume du Maroc relatif aux à la circulation des personnes, au transit et à la réadmission des étrangers entrés illégalement, sur les deux dernières années, seuls deux cas se sont transformés en réadmissions acceptés par le Maroc », indique l’ordonnance.
Ces poursuites judiciaire contre le chef de la Guardia civil de Mellila interviennent alors que le Maroc a au contraire cessé, avec la nouvelle politique migratoire, de renvoyer les migrants irréguliers qui résidaient au Maroc vers ses voisins l’Algérie et la Mauritanie. Il entreprend à présent de renvoyer les migrants irréguliers vers leur pays d’origine par avion. Hier, 8 Camerounais arrêtés à Tanger alors qu’ils tentaient de passer en Espagne, étaient en attente d’une seconde tentative d’expulsion à l’aéroport de Casablanca. Comme en Espagne, cependant, la procédure légale de reconduite à la frontière n’a pas été respectée.

samedi 26 avril 2014

Immersion. Dans l’enfer des subsahariens au Maroc

  • Par : Aicha Akalay, 24/4/2014
Immersion. Dans l’enfer des subsahariens

Crédit photo : Aicha Akalay
Coincés à la frontière de l’Europe, les migrants africains survivent dans un Maroc qui déclare vouloir les intégrer mais qui continue de les maltraiter. Plongée au cœur d’un drame humanitaire que les autorités veulent taire.

Il se joue dans la capitale un drame que personne ne veut voir. Chaque jour, des dizaines de corps meurtris, des âmes en rupture de ban, échouent à Rabat. Des migrants subsahariens, aux jambes et bras brisés, aux visages ankylosés, sont transportés du nord du pays à la gare routière de Kamra. « Les gendarmes marocains nous ont ligoté les mains et mis dans un bus vers 19 heures à Nador. Ils nous ont donné du pain, une boîte de sardines et nous ont jetés à la gare de Rabat très tard le soir, sans chaussures et sans soins », témoigne Mohamed Diabate, un Ivoirien de 30 ans. Il avait tenté d’escalader le grillage de 7 mètres qui longe Melilia, le vendredi 28 mars, avec 800 autres migrants, selon les estimations de la préfecture de l’enclave espagnole. Arrivés dans la capitale par centaines, beaucoup de ces migrants n’ont aucun repère, ni recours.  Le principal centre qui les aidait a dû fermer ses portes le 21 mars face à l’afflux de populations « déplacées » par les autorités. En décembre 2013, le centre Caritas a reçu 120% de personnes supplémentaires par rapport au mois précédent, et entre janvier et la date de fermeture de la structure, près de 1150 migrants y ont été accueillis. « En publiant nos chiffres, ça a donné l’impression qu’il n’y avait un problème qu’au niveau de notre centre. Mais ce n’est que la traduction d’un phénomène plus large qui est en train de se mettre en place », explique Chloé Faouzi, coordinatrice à Caritas. Les bus chargés de migrants, certains dans un état de santé précaire, continuent d’affluer vers la capitale.

Des déplacements illégaux
Dans le quartier populaire rbati Takaddoum, il suffit de se rendre près du château d’eau, tendre l’oreille et les récits de migrants s’enchaînent. Tous miment les coups reçus, relèvent leurs vêtements et exhibent leurs blessures. Les plus chanceux ont un lit dans un foyer, qu’ils payent 100 dirhams le mois, les autres dorment dans la rue, enveloppés dans des bâches.
 Pourquoi les autorités déplacent-elles ces migrants vers la capitale ? Le ministre chargé des affaires de migration, Anis Birou, élude la question. « La politique migratoire de l’Etat est basée sur la dignité et la chaleur humaine » est la seule (non) explication qu’il donne à TelQuel. Les autorités marocaines semblent débordées par un phénomène qu’elles n’arrivent pas à gérer. Les déplacements de migrants ne se basent sur aucun cadre légal.  La loi 02-03  relative à l’entrée et au séjour des étrangers au Maroc et à l’immigration irrégulière n’en fait pas mention. « Je suis passé de l’autre côté de la frontière, j’étais en Espagne vendredi matin. Un agent de la Guardia Civil a appelé les garde-frontières marocains et ils sont passés nous récupérer », témoigne Mohamed Diabate. Une pratique qui a été dénoncée par des ONG humanitaires en Espagne. Le préfet de Melilia, Abdelmalek El Berkani, cité par le quotidien espagnol El Pais, estime que cette pratique s’inscrit dans les accords de réadmission des migrants signés entre les deux pays.

« Le pire endroit du Maroc »
Les migrants croisés dans les foyers de Takaddoum à Rabat vivaient quasiment tous en forêt autour de Nador. Il faut remonter dans le Rif, gravir les raidillons boisés pour comprendre ce trop-plein de souffrance. Dans la région de Nador, entre 1000 et 1500 migrants vivent dans les forêts avoisinantes, selon les ONG locales. « La forêt de Gourougou est ce qu’il y a de plus dur au Maroc », éructe Mama Sadisalabi, un Malien de 19 ans, qui nous conduit vers un campement de migrants au cœur de la pinède désormais tristement célèbre. Après une descente de plusieurs minutes sur des talus herbeux, un attroupement d’une trentaine d’hommes apparaît. Ils ont entre 15 et 40 ans, affichent des mines fermées et l’inquiétude les étreint. « Il ne faut pas rester longtemps. Après les visites de journalistes, les militaires (ndlr : Forces auxiliaires) marocains viennent démolir notre camp, brûler tout ce qu’on a », prévient le chef. Il demande 400 dirhams, au cas où leurs abris de fortune, faits de bâches et de pierres, viendraient à être détruits. Sur le sol des traces de plastiques brûlés, restes d’un saccage policier. «  Quand les Ali (ndlr : surnom donné aux Forces auxiliaires par les migrants) viennent, ils nous dépouillent. Ils volent nos téléphones et tout notre argent », s’insurge Mama. Il est arrivé au Maroc en janvier, en passant par l’Algérie. Au Mali, il a laissé derrière lui une mère commerçante et un père policier. Instruit, il ne rêve que d’une chose, passer à Melilia, la ville que la forêt de Gourougou surplombe. « Je n’ai encore jamais essayé de franchir la barrière mais je n’ai pas peur », assure-t-il fièrement.  Ils mesurent tous les risques qu’ils prennent, et ont vent des blessés et parfois des morts à la frontière. Mais l’appel du boza, ce chant victorieux que les migrants entonnent une fois en Europe, est trop fort. « On attend que l’attention des garde-frontières se relâche pour tenter », confie Mama, qui a rejoint ses compagnons de fortune autour d’une bouillie de farine et de riz. Certains n’ont pas mangé depuis trois jours, le moment est sacré, le chef du camp exige un peu de silence et d’ordre. Les autres répondent à ses oukases et ne pipent pas mot.
  
L’espoir de ceux qui restent
A un peu plus d’une centaine de kilomètres de Gourougou, d’autres migrants rêvent aussi d’Europe. Ils sont installés dans la capitale de l’Oriental depuis de nombreuses années et sont divisés en deux communautés : les anglophones (surtout nigérians) et les francophones. Si à Nador, seulement trois migrants, selon Walid Othmane, responsable au sein de l’association Asticude (Association Thissaghnasse pour la culture et le développement), ont entamé une démarche de régularisation auprès des autorités marocaines, dans les camps de migrants à Oujda, quelques personnes ont leurs papiers en règle. Mais elles vivent toujours sous des tentes, faute de moyens.  « J’ai vécu plusieurs années à Gourougou, mais maintenant je veux rester au Maroc et y travailler. Je crois que ce pays m’a pris », s’amuse Ousmane, trentenaire gambien. Il occupe une tente pour 50 euros sur le campus de l’université Mohammed Ier. Autour des terrains de sport, une quarantaine d’habitations aux toits bâchés bleus et aux flancs ajourés ont investi les lieux. « Ici la police ne vient pas nous chercher, car les étudiants ne leur autorisent pas l’accès. La population locale nous aide beaucoup », poursuit Ousmane. Autour de lui, quelques Guinéens sont eux aussi épuisés par les tentatives avortées de passer en Europe. « Je vais ramasser de l’argent et repartir en Libye puis Lampedusa », confie l’un des Guinéens, Souleymane, qui a perdu son meilleur ami dans l’un des assauts de migrants à Melilia.
Leurs conditions de vie sur le campus universitaire sont meilleures qu’en forêt. A Oujda, contrairement à Gourougou, femmes et enfants vivent dans les camps. Et tous assurent que les autorités les laissent vivre en paix « grâce au roi ». Pour les Nigérians, la vie est moins douce. Après le meurtre d’un Ghanéen, la communauté nigériane a été pointée du doigt et rejetée par le reste des migrants. Ils vivent loin du campus, dans la forêt de Moussakine. Le camp nigérian abrite 43 hommes et 57 femmes, en plus de quelques enfants. Ils vivent tous de « fissabillah » (mendicité). Les femmes du camp doivent leur survie à leur prestesse à échapper au danger, et se sentent protégées par leurs « frères ». Mais Helen, 18 ans, nous confie que, par peur d’être violée, « je ne ferme qu’un seul œil la nuit ». En fin de journée, les hommes se retrouvent autour d’une bière, l’un d’eux fait briller ses chaussures vernies et rêve de gagner beaucoup d’argent pour avoir un visa et partir. « Malgré tout ce que le Maroc peut nous offrir, l’Europe reste l’Europe et elle sera toujours mieux que notre continent ».

Témoignages. Violence policière

Les migrants déplacés à Rabat racontent les sévices 
qu’ils ont subis. Des récits à la limite du supportable.
C’est à la frontière que les accrocs entre migrants et Forces auxiliaires sont les plus violents. Tout autour de l’enclave espagnole, une double barrière de barbelés protège l’Europe. Côté marocain, les Forces auxiliaires sont mobilisées jour et nuit au pied du grillage. Impossible de faire dix mètres sans tomber sur une case d’officier. « Nos forces de l’ordre travaillent dans des conditions inhumaines, sans répit et sont submergées », reconnaît Walid Othmani, de l’association Asticude, qui vient en aide aux migrants dans la région. L’exaspération des forces marocaines est aussi rapportée par les victimes de violence. L’un des migrants, maltraité par un officier, raconte : « Quand le Ali m’a pris, il m’a dit : mon ami, à cause de toi je ne dors pas, je ne vois pas mes enfants, alors je vais te casser un bras ».

Les ONG se mobilisent

Difficile de vérifier ces propos, mais les témoignages recueillis par TelQuel, les ONG sur le terrain et Human Rights Watch abondent tous dans le même sens. Même si les arrestations et les reconductions à la frontière algérienne ont  cessé depuis le discours du roi, le 6 novembre dernier. Le souverain avait « invité le gouvernement à élaborer une nouvelle politique globale relative aux questions d’immigration et d’asile, suivant une approche humanitaire conforme aux engagements internationaux de notre pays et respectueuse des droits des immigrés ». Mais si le changement de politique migratoire s’est fait sentir très rapidement, les violences policières restent récurrentes. Sur cette question, le ministre chargé des affaires de migration, Anis Birou, marche sur une ligne de crête : « Des actes isolés de violence sont possibles mais ce n’est pas la politique de l’Etat », assure-t-il. Les témoignages de certains migrants sont, quant à eux, à la limite du supportable. L’un d’entre eux raconte que la police l’a plaqué au sol et lui a roulé sur la jambe avec une voiture, en marche avant et marche arrière. L’intention de laisser des séquelles est claire. Un autre s’est fait taper sur la même jambe pendant deux heures, et un jeune a été piétiné au niveau du visage. Devant ces exactions, des ONG, dont le Gadem, l’ALCS et Caritas demandent que  « des instructions soient données dans les plus brefs délais aux forces de l’ordre en vue de mettre un terme aux violences lors des interpellations, de garantir le respect des procédures individuelles et d’interrompre ces déplacements forcés à l’intérieur du pays ». Pour l’heure, les autorités sont restées muettes.

Chiffres-clés
• 14 000 demandes de régularisation depuis janvier.
• Entre 25 000 et 40 000 clandestins subsahariens vivent au Maroc.
• 10 morts constatées par les ONG à Nador en un an. Les migrants parlent de plusieurs dizaines.

mardi 4 mars 2014

Plus de 1.600 migrants tentent d'entrer à Sebta


 H24info avec AFP ,4/3/2014
Plus de 1.600 migrants ont essayé d'escalader les barrières grillagées de Sebta ce mardi matin.
Plus de 1.600 migrants ont essayé d'escalader les barrières grillagées de Sebta ce mardi matin. © photo d'archive DR
Plus de 1.600 migrants ont tenté, ce mardi matin, de pénétrer dans l'enclave espagnole de Sebta, en quatre groupes différents.
A l'aube ce mardi matin, environ 1.200 migrants se sont approchés de la frontière, un premier groupe tentant de pénétrer sur le sol espagnol par le poste-frontière de Tarajal, un autre un kilomètre plus loin tandis qu'un troisième groupe rebroussait chemin, a annoncé un porte-parole de la préfecture de Sebta.
"Aucun n'a réussi à passer", a-t-il précisé.

Un peu plus tard, un quatrième groupe, d'environ 450 migrants, a à son tour essayé de passer en force par le poste-frontière, en vain. "Les forces de sécurité marocaines et la Garde civile espagnole se sont coordonnées pour éviter qu'ils n'entrent", a expliqué le porte-parole.
Le 6 février, au moins 14 migrants venus d'Afrique subsaharienne étaient morts noyés en tentant d'entrer à Sebta lors d'un assaut massif mené par plusieurs centaines de personnes. La riposte de la Garde civile ce jour-là a soulevé une vive polémique en Espagne, des récits de migrants témoins de la scène, relayés par les médias et des défenseurs des droits de l'Homme, ayant affirmé que les forces de l'ordre avaient fait usage de balles en caoutchouc contre les clandestins.

Du coup, la Garde civile a reçu pour consigne de ne plus utiliser de balles en caoutchouc pour repousser les assauts de migrants, à Sebta comme dans l'autre enclave de Melilia, dans le nord du Maroc. Et depuis plusieurs semaines, parallèlement à cet assouplissement des consignes, les deux villes subissent un très fort regain de pression migratoire.

Rappelé à l'ordre par l'Union européenne pour l'attitude de ses forces de l'ordre à la frontière, le gouvernement espagnol s'est défendu en affirmant recevoir une aise insuffisante de ses partenaires. Le ministre de l'Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, lors d'une rencontre lundi à Bruxelles avec la commissaire européenne à l'Intérieur, Cecilia Malmström, s'est dit "contrarié" par ces critiques.
Il a affirmé que l'Espagne avait besoin d'une aide immédiate de 45 millions d'euros pour faire face à la situation d'urgence dans ses deux enclaves, seules frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe.

"Il ne s'agit pas de faire de l'Union européenne une forteresse", affirmait le 28 février le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy. Mais, ajoutait-il, l'Union européenne a besoin "d'une véritable politique d'immigration, plus efficace et plus solidaire avec les pays qui forment ses frontières".

mercredi 18 septembre 2013

Deux assauts massifs d'immigrants à Ceuta et Melilla

     Par Le Monde.fr avec AFP |









    A Melilla, cette clôture a été franchie par des dizaines d'immigrants le 17 septembre. A l'aube, mardi 17 septembre, près de 200 migrants clandestins venus d'Afrique ont franchi  la frontière entre le Maroc et l'Espagne dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. La charge a fait sept blessés, ont annoncé les deux préfectures.

    "Selon les chiffres disponibles pour le moment, plus d'une centaine [de personnes] seraient parvenues à entrer", a déclaré la préfecture dans un communiqué. Six gardes civils ont été blessés ainsi qu'un immigrant, qui souffre d'une possible fracture de la jambe.

    A Ceuta, environ 350 migrants venant de pays subsahariens ont tenté de rejoindre l'enclave, et 91 personnes, toutes en bonne santé, y sont parvenues, a indiqué la préfecture de la ville autonome. "Il s'agit du plus important assaut à Ceuta depuis 2007", a précisé le porte-parole de la préfecture.

    HAUSSE DE L'IMMIGRATION EN RAISON DES CONFLITS
    Les migrants ont été mis à disposition de la police et devaient ensuite être transférés au centre d'accueil temporaire des immigrants (CETI), qui abrite désormais le double de sa capacité. Melilla et Ceuta sont les deux uniques frontières terrestres entre l'Union européenne et l'Afrique.
    "Cette année, il y a eu une hausse de l'immigration par rapport à l'an passé", principalement en raison de la pauvreté mais également des conflits en Afrique, a-t-il indiqué. Plusieurs tentatives de passage de migrants ont eu lieu ces derniers mois, émaillées de heurts avec la police. Le 11 mars, 25 personnes avaient été blessées à Melilla, dont un Camerounais de 30 ans, mort à la suite de ses blessures.

    Le préfet de Melilla, Abdelmalik El-Barkani, avait souligné en mai la difficulté pour les autorités espagnoles de répondre à la forte pression migratoire. "Différentes circonstances ces derniers mois et ces dernières années, comme la situation au Sahel et dans les pays arabes, de même que la lutte contre l'immigration à travers l'Atlantique vers l'Espagne, ont modifié les flux", avait-il expliqué.

     http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/09/17/deux-assauts-massifs-d-immigrants-a-ceuta-et-melilla_3479463_3224.html

    vendredi 31 août 2012

    La police espagnole abandonne des immigrés subsahariens sur un îlot désert

    Par Abdellatif Gueznaya, demainonline 31/8/2012

    Le rocher « Tierra » (Photo DR)

    Tanger.- La police espagnole a abandonné à leur sort treize personnes, des immigrés clandestins subsahariens, sur un minuscule îlot désert. Ce rocher, encore un autre!, se trouve à quelques mètres seulement de la cote marocaine appartiendrait, selon Madrid, à l’Espagne. Il s’appelle « Tierra » et se trouve dans la délimitation territoriale de la province d’Al Hoceima. Le Maroc ne l’a jamais revendiqué…..

    Ces treize pauvres diables, dix hommes et trois femmes, ont été abandonnées à leur sort. Sans eau ni nourriture.
    C’est la solution qu’a trouvé Abdelmalik Barkani, le délégué du gouvernement espagnol (sorte de wali) à Melilla pour lutter contre l’immigration clandestine.
    Señor Barkani, qui jure qu’il n’est pas question de céder face à des « considérations humanitaires », attend peut-être que ces treize Africains meurent de faim et de soif pour terroriser ceux qui veulent passer en Espagne.
    Quand les Espagnols (ainsi que les Français) nous ont envahi au début du XXe siècle, ils ont justifié leur méfait par un prétexte zaâma imparable : ils venaient pour nous civiliser. En réalité, après tout ce que l’on sait sur les guerres coloniales, les deux guerres mondiales, l’holocauste, etc., il n’y a point de « civilisation ».
    Ni en Europe, ni au Maghreb ni ailleurs.