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dimanche 29 décembre 2013

Un enseignant universitaire américain appelle son pays à soutenir le peuple sahraoui


SAN FRANSISCO, 24 déc 2013 (SPS) Un enseignant universitaire américain a appelé récemment les Etats Unis à soutenir le peuple sahraoui dans l'exercice de son droit à l'autodétermination.

La rencontre entre le président américain Barack Obama et le roi du Maroc Mohamed VI a été une grosse déception pour les militants des droits de l'homme et du droit international, a écrit Stephen Zunes, enseignant des sciences politiques et coordonnateur des études sur le Moyen Orient à l'université de San Fransisco, dans un article publié dans le journal "National Catholic Reporter".

"Deux jours avant cette rencontre, l'organisation Human Rights Watch (HRW) a appelé, dans un communiqué, le président américain à informer le souverain marocain au sujet des réformes soutenues par les Etats Unis et qui n'ont vu aucune concrétisation tangible notamment au volet des droits de l'homme qui continuent d'enregistrer des violations flagrantes outre l'impunité de leurs auteurs", souligne l'article intitulé "Les Etats Unis doivent soutenir le peuple sahraoui dans l'exercice de son droit à l'autodétermination".

Il a précisé à ce propos, que "dans le communiqué commun qui a sanctionné la rencontre, il en ressort tout le contraire. Le Président Obama a salué ce qu'il a appelé l'ancrage de la démocratie et le renforcement du progrès économique et du développement humain".

"La plus importante question de la région dans le nord ouest de l'Afrique est celle du Sahara Occidental encore sous occupation marocaine depuis son invasion militaire en 1975. Depuis, la décolonisation n'a pu avoir lieu malgré les multiples résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU et du Conseil de sécurité ainsi que l'avis de la Cour de justice internationale", a poursuivi l'enseignant américain.

"Le Maroc continue d'occuper la région en privant le peuple sahraoui d'exercer son droit à l'autodétermination sachant qu'aucun pays de par le monde, ne lui reconnait une souveraineté sur le territoire", a indique Stephen Zunes avant de faire remarquer que "plus de 80 pays ont reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD) qui est désormais un membre à part entière de l'Union africaine (UA).

Il a ajouté que "nul n'ignore que le Front Polisario qui a combattu pour l'indépendance a accepté un cessez-le-feu en 1991 suite à l'engagement pris par les Nations unies quant à l'organisation d'un référendum d'autodétermination et sur la base duquel a été instituée la mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara Occidental (MINURSO).

"Depuis cette date, les Etats Unis et la France qui jouissent du droit de véto au sein du Conseil de sécurité ne cessent d'empêcher les Nations unies de prendre des décisions qui amèneraient le Maroc à se conformer à la légalité internationale et permettraient au peuple sahraoui d'exercer son droit à l'autodétermination", a-t-il encore estimé.
Toujours selon l'article, la Minurso reste "la seule mission de maintien de la paix dépourvue de mécanisme de protection et de la surveillance des droits de l'homme alors que les Etats Unis avaient proposé en avril dernier, une excellente initiative pour permettre à la mission d'assumer cette prérogative".

D'autre part, les rapports d'organisations des droits de l'homme soulignent "la poursuite par le Maroc de la répression barbare à l'encontre des Sahraouis dans les territoires occupés du Sahara Occidental".

L'article rappelle à ce sujet, le rapport du secrétariat d'Etat américain qui souligne que "la liberté d'expression et de la presse, les rassemblements et la formation d'associations sont tous frappés d'interdiction, outre l'emprisonnement arbitraire, la répression, la torture et les mauvais traitements à l'encontre de personnes connues pour leur soutien franc au peuple sahraoui".

"Il semblerait que la politique américaine à l'égard du Sahara Occidental reflète la violation par Washington de ses propres principes qui restent confinés dans le refus de l'annexion par la force", conclut l'universitaire américain.(SPS)

dimanche 15 décembre 2013

Gnawi Blues

 
Souleyma Haddaoui | Gnawi Blues

le jour même de l’hommage à Mandela, entrer plus profond dans les mécanismes de l’abjection raciste

l’auteur
Souleyma Haddaoui, jeune écrivain marocaine, fait une thèse de doctorat en sociologie politique à l’EHESS, et elle est actuellement visiting researcher à la Georgetown University de Washington. La suivre sur Facebook.

le texte
Après Larme de résistance et L’écrivain, à nouveau la voix puissante et l’écriture à vif de Souleyma Haddaoui sur un problème de société urgent et brûlant.
Il s’agit du racisme, et notre permanente mise en travail dans la mise en cause de l’autre, ce combat à refaire sur nous-mêmes, repartir de ce qui insupporte et le renvoyer à la société tout entière.
Particulièrement fier de proposer cette mise en ligne le jour même de l’hommage à Nelson Mandela, et de le faire depuis Marrakech.
FB

 Les sirènes d’ambulances et policiers perturbent cette matinée tranquille d’automne. A Washington, une jeune femme se fait tirer dessus à bout portant. Elle est mère célibataire, son bébé est dans la voiture lorsqu’elle est accostée par des flics, puis exécutée. Elle a tenté de franchir des barrières de sécurité près de la maison blanche. Incompréhension. C’est le énième incident impliquant l’abattage d’un Noir cette année. Tourbillon d’émotions. Colère, indignation. Dans quel pays suis-je venue me réfugier ? Manque. Le Maroc, sa chaleur, la douceur de son peuple. Il y a des fous dans mon pays oui, mais on ne tire pas à tous les coins de rue. On ne se prend pas pour un cowboy. Mais. Sommes-nous aussi racistes ? Se dresse un souvenir. La couverture d’un magazine titrant « le péril noir ». Piteuse reproduction des « périls musulmans » made in France. La vie n’est peut-être pas plus tranquille dans mon pays finalement.

Le soir même de cette tragique histoire, j’entends au loin une musique. Des battements. Je m’approche, suis mon oreille et ce sentiment de fouler ma terre de nouveau, grâce à cet air. C’est un dialogue entre la guedra et le djembé. Le balafon et l’oud en échos. Et des chants. Ils ressemblent à ceux des gnawas marocains. Ce sont des Africains de l’Ouest mêlés à des Arabes. Une bande formée par l’amour seul de la musique. Leur mélodie m’emporte. Je traverse leurs chants et me retrouve entre deux continents : tonne le tamtam de Rabat à Washington. Vibrent mes racines africaines et claquent en tandem les grelots du bendir. Un même vibrato pour un peuple qui préfère le rejet et la dissonance.
Insulté, le jeune homme avant d’être tué. Poussé, l’immigré, hors du camion de policiers. Violée la jeune ivoirienne qui attendait ses papiers. Tonne mon cœur à la lecture de ces drames gratuits dans mon pays. S’hérisse mon poil que l’on qualifie de « Blanc » alors que non messieurs dames. Ma couleur n’a rien à voir avec mon âme. Africaine, Arabe, Musulmane, Rifaine, fièrement non européenne. Que ma peau ne vous trompe pas. Maghrébine est mon origine et ce teint peut-être clair n’empêche pas les contrôles papiers ni les regards de travers lorsque mon nom sonne. Mais c’est une toute autre histoire que celle de mes déboires dans certaines rues parisiennes…
Ici se tourne quelque chose de tragique. Tonne le tamtam tandis que je marche dans cette ville dite démocratique où la schizophrénie règne. D’un quartier l’autre. A Washington, il y a le nord puis le sud. Frontière invisible mais palpable. Les sirènes n’arrêtent pas leur assaut à mes oreilles en quête de calme. On tue ici. On meurt là. C’est presque banal. Tandis qu’au nord, des lois sont passées dans certains conseils des habitants, pour limiter les infractions sonores des bus publics. Parce que vous comprenez, ici on aime le silence. Ici on aime ses fleurs, sa tranquillité. Pause. On préfère caresser la peau du tambour, doucement. Au Sud, les fleurs poussent à contre-pavé. Toutes seules. Elles n’ont pas de soins particuliers. L’Amour règne malgré tout alors elles poussent entre deux bons gros cailloux. Et on n’hésite pas à taper contre de l’acier pour faire entendre sa mélodie. Les magasins sont barricadés, les commerçants armés. Au nord la vie plane, les boutiques sont parfumées au bois de santal et dans la rue, on fume des Havane.
Tonne le tamtam de Rabat à Washington. Je me balade dans ma ville natale. Je suis heureuse, adolescente, amoureuse du combat de Mandela, de penser mes amis noirs à l’abri, sur mon territoire. Pauvre naïve. Il me faudra longtemps pour comprendre. Voir. Y croire. J’entends des azzi [1] en veux-tu en voilà. J’entends des éclats de rire et vois pointer des doigts. J’entends des kelb [2] . Et puis un jour mon amie, une sœur, me dit « mais oui les Marocains sont racistes ! On est venu me demander l’heure un jour et on m’a frottée la peau comme pour la nettoyer ! D’autres fois on crache sur mon passage. Mais tu ne savais pas ? Vraiment ? »
Horreur. Mon cœur bat la chamade. J’interroge, j’enquête auprès de mes concitoyens. On ne se gêne pas, c’est même naturel. On me claque à l’oreille : « ils bouffent n’importe quoi. Ils sont sales » Le sol tremble sous mes pieds. J’enquête dans mon histoire. Forcément j’étais au lycée français, dénaturée, déracinée. On m’enseignait les Gaulois. On m’enseignait le colonialisme. Et l’Histoire de mon peuple n’avait pas droit au chapitre mais ça aussi, c’est une autre histoire. J’ai donc du fouiller les tiroirs, interroger les anciens. J’ai trouvé que l’esclavage dans mon si beau pays n’avait été aboli que trop récemment. J’ai subi une douche froide en lisant que les dada étaient des esclaves parfois vendues petites filles. Du Sénégal ou du Mali. Fines cuisinières, gouvernantes tant aimées par la génération de mes grands-parents. Dissonance cognitive. On savait tous. On était tous complice. Mais tout paraissait couler de source et c’est la banalité du mal.
Poussé le môme depuis le van des flics sur une route désertée de toute humanité. Roulé par terre comme un sac de marchandise indésirable. On cogne on frappe. Personne ne s’étonne du sort d’un immigré trop sombre. Quoi ? Le Maroc doit-il charitablement recueillir ceux dont l’Europe ne veut pas ? Le Maroc, fier exécutant d’ordres venant du Nord ? « Ne doit pas passer ! » Triplement souligné. Inlassablement ressassé. Alors. L’immigré atterrissant dans notre pays où le premier rêve est l’eldorado étranger, se fait piétiner à souhait. Et quoi on se plaint ? Tapis dans l’ombre, ils scrutent pourtant le même horizon que leurs frères de misère couleur marocaine. D’ailleurs, elle n’a pas de race, notre sœur la détresse. Mais elle n’est pas la sœur de tous bien sûr. L’élite grasse et bienheureuse, se prélasse dans ses coussins de soie. « Ne pas déranger » affiché sur son front dégarni d’intelligence. Cette génération de ventres plâtrés contre terre, savourant la botte qui les écrase. Elle en redemande. Elle remercie. Elle exècre les subalternes et court à sa perte mais chut. Suspension du bruit du tamtam pour elle. Il ne faut pas la réveiller de son sommeil auto-destructeur.
On affiche sur les fenêtres d’immeubles casablancais « Interdit de louer aux Africains ». Des Marocains sont devenus en un éclat d’annonce, « Européens ». Hurlement du Djembé. Il y en a qui sont ravis de pouvoir faire aux autres ce qu’on leur a fait tandis que d’autres se croient vraiment au sud de l’Europe et non au nord de l’Afrique. Reprise du rythme en douceur avec un balafon mélancolique.
Je marche plus vite, plus fort pour faire renaître la mélodie et les tebilats interviennent. S’ajoutent les tamas et mon âme résonne. Elle vibre du chant des gnawas qui ressemblent à ceux du blues. Ils ont leur festival annuel nos musiciens. Il y a foule à Essaouira. Il y a transe. On tangue au rythme de leur complainte aux sonorités parfois guinéennes. Mais, au petit matin, ils sont traités comme l’amant indésirable d’une nuit de beuverie. En plein jour, on préfère la clarté du teint. On aime sur son écran télé, voir un visage crème que chocolat.
Et nous, cette génération d’aveuglés. Je hurle à l’injustice, exige une autre appartenance géographique. C’est étouffant de tourner en rond dans l’abus et la bêtise. Mais c’est l’Afrique. Cette terre particulière dont on ne peut se défaire. Il faut donc lutter. Résister, faire changer. Je regarde vers l’Amérique, le combat d’aînés. Je rêve en scrutant l’horizon outre-Atlantique. Angela Davis me prend par la main et m’indique que les femmes esclaves étaient les gardiennes de la résistance et de la lutte pour la libération, pendant que leur contrepartie blanche se parait des bijoux du mâle dominant. J’écoute Malcolm X me parler des esclaves de maison et de ceux des champs. Des vendus et des rebelles. Stokeley Carmichael insiste en tapant du poing sur l’Histoire et son nécessaire apprentissage. J’en sais quelque chose moi la colonisée à qui on a voulu refourguer une autre identité.
Et claque la peau du tamtam, rappelant les chants d’ancêtres pas blancs du tout, qui ont combattu pour leur terre ocre. Résonne mon âme que cela plaise ou non. Oui les racines sont africaines et fières de leur héritage. De leur noblesse.
nerval.fr, découvrir un autre texte du site, au hasard : Christine Jeanney | Ligne 1044

Licence Creative Commons (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 décembre 2013.

[1] Azzi signifie « nègre » dans le dialecte marocain.
[2] Chien.

mardi 12 avril 2011

Sahara Occidental : Washington largue le roi du Maroc


SITUATION DES DROITS DE L’HOMME AU SAHARA OCCIDENTAL
Par Nabil BELBEY, 11/4/2011

Les meurtres, les détentions arbitraires et les actes de torture contre les Sahraouis restent dans l’impunité, souligne le rapport américain.
Coup dur pour le roi Mohammed VI et ses services de sécurité accusés d’atteintes graves aux droits de l’homme. Le département d’Etat américain a-t-il décidé de tout dire sur les exactions des services de sécurité marocains dans les territoires occupés? Le dernier rapport mondial 2010 sur les droits de l’homme vient confirmer cette thèse.
le lendemain de l'assaut de Gdeim Izik
Le document a explicitement relevé et noté les violations des droits de l’homme commises par le Maroc au Sahara occidental, tout en relevant que le mandat de la Minurso continuait d’être privé du mécanisme de surveillance de ces droits. Le département d’Etat a souligné que des rapports faisaient état de meurtres commis par les agents de sécurité marocains, ainsi que de détentions arbitraires et actes de torture contre les Sahraouis, qui restent dans l’impunité. Le rapport revient longuement sur l’assaut militaire lancé par les forces marocaines contre le camp sahraoui de Gdeim Izik en novembre dernier, ainsi que l’assassinat du jeune Sahraoui Najem Garhi, âgé de 14 ans, au niveau d’un barrage dressé par les forces marocaines pour contrôler l’accès à ce camp.
NAJEM
Citant les rapports de l’Association marocaine des droits de l’homme (Amdh) et de Human Rights Watch (HRW), le département d’Etat note que les forces de sécurité marocaines avaient fait usage d’une «force excessive» pour démanteler ce camp, et que plusieurs maisons sahraouies avaient été attaquées à El Ayoun.
En outre, a ajouté le département d’Etat, les autorités marocaines ont empêché les journalistes marocains et internationaux de se rendre à El Ayoun dans les jours qui ont précédé et suivi le démantèlement du camp, ce qui a rendu difficiles l’obtention et la vérification des informations. Les autorités marocaines ont arrêté plus de 300 civils sahraouis après le démantèlement de ce camp, dont un grand nombre est encore en détention bien qu’aucune accusation formelle ne fut portée contre certains d’entre eux. En outre, «un grand nombre de ceux qui ont été libérés et la plupart des familles de ceux qui sont encore en détention, rapportent que les responsables de sécurité les ont battus et abusé d’eux, ce qui a été confirmé même par les ONG internationales et locales», souligne le rapport.
Pour le département d’Etat, «des informations crédibles indiquent que les forces de sécurité marocaines avaient fait usage de tortures, de passages à tabac et d’autres mauvais traitements contre des détenus sahraouis».
Prison Noire d'El Aaiun (photo google)
«Les organisations Human Rights Watch, Amnesty Interna-tional et les ONG locales ont continué à signaler les abus, en particulier contre les défenseurs sahraouis de l’indépendance», a-t-il mentionné. Le département d’Etat a signalé qu’Amnesty International, l’Association sahraouie des victimes des violations des droits de l’homme et d’autres ONG nationales avaient rapporté que, «dans de nombreux cas, des agents de sûreté avaient eu recours ou menacé les détenus d’actes immoraux». En outre, selon plusieurs ONG internationales et locales, «le nombre de plaintes déposées contre la police par les victimes sahraouies de violation des droits de l’homme, était en constante augmentation».

Les défenseurs internationaux et locaux des droits de l’homme font souvent valoir que les tribunaux avaient souvent «refusé d’ordonner des examens médicaux, ou de considérer les résultats des examens médicaux en cas de tortures des Sahraouis», a noté le département d’Etat. Sur ce point, le rapport cite le cas de 52 Sahraouis arrêtés par les forces marocaines suite au démantèlement du camp de Gdeim Izik, qui avaient demandé, en vain, des examens médicaux afin de prouver les actes de torture qui leur avaient été infligés par la police. Par ailleurs, des étudiants sahraouis ayant organisé des manifestations pour la cause du Sahara occidental avaient été emprisonnés et maltraités, dont l’un deux, Mohamed Berkan, avait été défenestré dans un centre de police avant d’être condamné à un an de prison et à une amende, a ajouté la même source.
Au cours de l’année 2010, «des informations crédibles indiquent que les autorités marocaines empêchaient certains journalistes de rencontrer les activistes sahraouis», insiste le rapport. Le département d’Etat a relevé, en outre, que dans un discours prononcé en novembre dernier, «le roi Mohammed VI avait appelé à une politique ne tolérant plus les personnes qui expriment des opinions favorables à l’indépendance du Sahara occidental». En conséquence, souligne le rapport, «les individus et les médias (marocains) ont recouru à l’autocensure, et aucune opinion n’a, depuis, paru dans les médias soutenant l’indépendance ou un référendum avec l’indépendance comme une des solutions».