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jeudi 3 avril 2014

Vincent Peillon ou l'histoire d'un formidable gâchis


Enfant gâté du gouvernement, Vincent Peillon, en dépit des moyens mis à sa disposition, n'a pas su convaincre, enlisé, entre autres, par la réforme des rythmes scolaires. L'ex-ministre de l'éducation nationale peut pourtant se prévaloir d'avoir un vrai bilan et d'avoir été l'un des rares à tenir les engagements de campagne de Hollande.

Il voulait « fatiguer le doute » et « donner du temps au temps », selon des formules que le ministre n’a cessé de répéter durant ses deux années passées rue de Grenelle à défendre sa « refondation de l’école ». Emporté par la débâcle électorale des municipales, Vincent Peillon qui comptait bien s’installer pour cinq ans à son poste, arguant que l’éducation avait besoin de continuité, n’aura finalement eu le temps ni de l’un, ni de l’autre. 
Sorti du gouvernement, Vincent Peillon va pouvoir se consacrer pleinement à la campagne des élections européennes dans le Sud-Est, où il aura fort à faire face à Jean-Marie Le Pen pour le FN et Renaud Muselier pour l’UMP. Outre le symbole, évidemment désastreux, du ministre qui cherchait à se recaser provoqué par sa candidature, les perspectives très alarmistes sur son score ont sans doute achevé de sceller le sort de ce ministre longtemps considéré comme l’enfant gâté du gouvernement.
Pour beaucoup au gouvernement, son passage au ministère de l’éducation nationale est d’abord celui d’un formidable gâchis. « Il avait une Rolls, il en a fait une vieille 2CV », soupirait récemment le conseiller d’un ministre qui ne le porte pas dans son cœur. Il expliquait ne pas comprendre qu’avec un tel budget – et l’assurance de pouvoir créer 60 000 postes dans l’éducation alors que tous les autres ministères sont à la diète –, le ministre ait si peu réussi à capitaliser sur sa politique dans l’opinion.
Il y a bien sûr eu ses gaffes – de sa déclaration sur le cannabis (où il ne se disait pourtant que favorable à un débat sur la dépénalisation) à celle très récente et politiquement ravageuse sur le possible gel de l’avancement des fonctionnaires. Elles ont contribué à installer dès le début l’image d’un gouvernement d’amateurs. Certains au gouvernement, où le ministre a suscité beaucoup de jalousie, ne lui pardonneront pas ces sorties de route.
Au-delà, ce qui est plus profondément reproché à Vincent Peillon, c’est de n’avoir pas su mieux vendre sa politique. « Ça n’imprime pas », reconnaissait-on il y a quelques mois dans son entourage. « On a un vrai problème à faire passer notre message. » De fait, les enseignants, censément aux premières loges, n’ont toujours pas bien saisi en quoi consistait cette « refondation » dont ils ne voient pratiquement aucun effet sur le terrain. Pire, ils ont parfois eu le sentiment d’un immense fossé entre les grandes déclarations du ministre et une réalité de terrain totalement déconnectée, comme encore récemment sur l’épineux dossier de l’éducation prioritaire. Vincent Peillon annonçait débloquer des millions pour cette politique alors que nombre d’établissements découvraient qu’ils perdaient des postes.
La fronde des enseignants du premier degré, opposés au décret Peillon sur les nouveaux rythmes scolaires – tout comme celle des maires –, a particulièrement indisposé le chef de l’État qui estimait qu’après avoir lâché 60 000 postes, il avait au moins droit à la paix sociale.
La réforme des rythmes, mal ficelée et mal engagée, aura ainsi éclipsé pratiquement toute son action rue de Grenelle. Avec l’UMP en embuscade, cette réforme a cristallisé les mécontentements de toutes parts, parfois pour des raisons opposées. Elle a monopolisé le débat public sur l’école pendant deux ans. Et elle aura réussi l’exploit de cannibaliser « la priorité au primaire », un changement pourtant historique de perspective dans un système scolaire français qui a toujours méprisé ce niveau significativement sous-doté et où les inégalités de destin se figent.
Alors que l’éviction de Vincent Peillon se précisait, on sentait dans ses équipes poindre l’amertume de ceux dont l'action n'a pas été comprise. Jusqu’au bout son cabinet – dans l’incertitude – jugeait d'ailleurs « pas très rationnel » un débarquement du ministre qui a « tenu sa feuille de route ». « On ne peut pas faire de miracle quand on est sur le Titanic », répliquait aussi aux critiques un membre de son cabinet, en rappelant que l’exécutif avait décroché dans les sondages deux mois après son arrivée.

« C’est maintenant que tout commence »

« Les 60 000 postes, c’est peut-être la seule promesse que Hollande a tenue, non ? » s’étonnait aussi la co-secrétaire générale du Snes-FSU, Frédérique Rolet, comme la majorité des représentants syndicaux franchement favorables à son maintien. Malgré deux années parfois houleuses passées rue de Grenelle, Vincent Peillon a été soutenu jusqu’au bout par des organisations syndicales aussi opposées sur le fond que la FSU ou l’Unsa. Un tour de force. « Peillon a une vision, un projet », affirmait lundi à Mediapart Frédérique Rollet. « Bien sûr, il n’a pas pensé à toutes les étapes des réformes qu’il a engagées », concédait-elle, en soulignant que si beaucoup de réformes ont été lancées, quasiment toutes sont encore au milieu du gué.
Lors de ses vœux à la presse en janvier, Vincent Peillon avait égrené la liste fournie des actions menées et assuré que les années à venir seraient celles de la « consolidation ». On devinait d’ailleurs que cette phase n’était pas forcément celle qui passionnait le plus le ministre.
Et effectivement, si les changements sont encore difficilement perceptibles sur le terrain, Vincent Peillon n’a pas chômé rue de Grenelle. Les 60 000 postes promis par François Hollande ont bien été inscrits dans une loi d’orientation et de programmation qui couvre le quinquennat. La formation initiale des enseignants, supprimée en 2008 par le gouvernement Darcos qui voyait là un moyen pratique de récupérer des postes, a été rétablie et une trentaine d’écoles supérieures du professorat ont été créées au pas de charge. La réforme des rythmes scolaires, malgré ses ratés évidents et si politiquement explosive que personne ne s’y était risqué jusque-là, va être généralisée dans l’ensemble des établissements à la rentrée prochaine.
La priorité au primaire, avec des dispositifs pédagogiques tels que le « plus de maîtres que de classes » ou la scolarisation des moins de 3 ans, a été actée et des moyens ont été précisément fléchés dans la loi d’orientation et de programmation sur l’école. Les décrets de 1950, qui définissaient le métier des enseignants uniquement par les heures de cours, ont été abrogés pour y inclure les tâches de concertation ou d'accueil des parents, et ce sans provoquer de levée de boucliers du côté du Snes-FSU, très vigilant sur le sujet.
Incapable de revaloriser globalement les enseignants, Vincent Peillon a quand même concédé quelques mesures indemnitaires de rattrapage aux personnels les moins biens lotis : enseignants du primaire, directeur d’école... Un plan d’embauche en CDI des auxiliaires de vie scolaires – qui suivent les élèves handicapés – a aussi été lancé.

Mise en œuvre dans seulement une centaine d’établissements, la réforme de l’éducation prioritaire – avec une sensible amélioration des conditions de travail pour les enseignants concernés et un meilleur encadrement des élèves – a été saluée par l’ensemble des syndicats. Si elle souffre d’un problème de financement, raison pour laquelle elle est pour l’instant circonscrite au noyau le plus dur de l’éducation prioritaire, c’est que Vincent Peillon a perdu ses arbitrages sur la question des classes préparatoires, car le ministre, pour « réduire les inégalités », voulait récupérer quelques moyens jugés exorbitants.
Vincent Peillon a sans conteste un vrai bilan. Insuffisant sans doute, tant l’attente était immense après dix années où la droite a méticuleusement asphyxié l’école. L’historien de l’éducation Claude Lelièvre, par ailleurs proche du ministre, veut croire qu’il n’y avait pas vraiment d’autres options. « C’est un ministère où vous ne pouvez avancer que par petits pas. Sinon, vous mettez tout le monde dans la rue et rien n’avance », confiait-il en début de semaine. « C’est maintenant que tout commence », assurent unanimes les syndicats enseignants. À condition qu'à l'Élysée demeurent quelques convictions sur le sujet.

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mardi 3 septembre 2013

Scolarisation des enfants Roms : maires et préfets rappelés à l'ordre

Par Sandrine Toussaint,  2 septembre 2013
Devant une situation qu'elle juge alarmante, celle des conditions de vie des 20.000 Roms rencensés sur le territoire, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) en appelle les élus et le gouvernement à appliquer la circulaire du 26 août 2012, signée par sept ministres, qui, entre autres, "garantit l'accès au droit commun des populations Roms présentes en France", notamment celui de la scolarité des enfants.

Dans un communiqué du 2 août 2013, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) s'appuyant sur la circulaire du 26 août 2012 relative à "l'anticipation et à l'accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites" rappelle au gouvernement et aux responsables politiques que les enfants Roms, comme tout autre enfant, doivent être autorisés à s'inscrire à l'école et pouvoir bénéficier de tous les aspects de la vie scolaire.
Jugeant inquiétante la situation des Roms* de France (estimés à 20.000 personnes), dont les "évacuations des lieux de vie se sont poursuivies depuis 1 an sans solutions alternatives et au mépris du caractère inconditionnel du droit à l'hébergement, et à l'accès au droit commun", la CNCDH interpellée entre autres par le défenseur demande expressément à l'AMF (Association des maires de France) de rappeler aux maires leur obligation en matière de scolarisation des enfants présents sur le territoire de leur commune. Elle demande également au ministère de l'Intérieur de rappeler aux préfets la leur : "garantir la continuité de l'accès à la scolarisation, même en cas d'évacuation de bidonvilles" et à l'Education nationale de mettre en oeuvre les trois circulaires d'octobre 2012 qui garantissent "la scolarisation des enfants allophones, l'évaluation des compétences et de la maîtrise de la langue française, des aménagements particuliers en lien avec la classe ordinaire".

Droit à l'éducation

Afin de remédier à la situation de "grande précarité" des populations roms, la Commission formule huit recommandations "qui lui semblent devoir être mises le plus rapidement possible en oeuvre". La cinquième recommandation concerne le droit à l'éducation. Selon la Commission "et contrairement aux idées reçues", la scolarisation des enfants mineurs serait souhaitée par la très grande majorité des Roms. La CNCDH relève que bien souvent, ce sont les maires qui refusent la scolarisation au motif "d'absence de certificat de domiciliation". Un prétexte irrecevable pour la Commission puisque "non conforme au droit interne et aux traités internationaux dont la France est signataire". Elle demande par conséquent à l'AMF de rappeler avant la prochaine rentrée leurs obligations aux maires ainsi que les sanctions auxquelles ils s'exposent, le cas échéant, insistant sur le fait que la non scolarisation favorise l'émergence "d'une génération de jeunes analphabètes qui n'auront pas les outils pour être autonomes au sein de la société française".

Contractualisation tripartite

Dans la ligne de mire de la Commission également : les préfets, à qui le ministère de l'Intérieur doit rappeler les prérogatives dont ils peuvent faire usage en cas de refus d'inscription d'un enfant à l'école (art. 2122-34 du CGCT). D'autre part, dans sa recommandation n°3 la CNCDH rappelle aux préfets "qu'aucune évacuation de bidonvilles en l'absence de solutions alternatives et de propositions de relogement dignes et pérennes ne doit avoir lieu". Le rappel à l'ordre envoyé à l'AMF par la CNCDH s'applique ainsi aux préfets dans l'exercice de leurs obligations quant aux procédures d'évacuation administratives motivées par le motif du trouble à l'ordre public.
"Si des motifs de danger graves et imminents pour la sécurité des personnes peuvent être invoqués pour justifier l'évacuation d'un bidonville", la Commission relève que le nombre de préfets ayant eu recours à cette clause est exponentiel ces dernières années et demande tout simplement "l'abandon des procédures d'évacuation administrative motivées par ce motif". Une fois de plus, elle rappelle que si évacuation il doit y avoir, elle ne doit se faire que lorsque des mesures de relogement ont été pensées et insiste sur les moyens à mettre en oeuvre afin d'assurer le relogement des personnes déplacées, si possible dans un environnement proche du lieu d'établissements scolaires dans lesquels les enfants ont commencé leur scolarité ou à proximité d'un établissement. Des moyens d'agir que "doit donner l'Etat aux collectivités territoriales, et en premier lieu aux communes et communautés de communes" par le biais, recommande la CNCDH, d'une convention tripartite Etat/collectivités locales/ occupants). Un contrat avec objectifs et obligations pour chacun afin de déterminer un projet de vie pour chaque famille. Une solution qui doit entre autres éviter la rupture des processus engagés par les familles dans le domaine de la scolarisation de leurs enfants. 

Le ministre de l'Education nationale s'est exprimé sur la condition de ces enfants le 27 août lors d'un déplacement à Lyon en affirmant "qu'il est inacceptable que les enfants Roms déplacés soient victimes de rupture de scolarité". "Je le dis fermement c'est la tradition française. Nous avons refait des circulaires cette année, l'administration de l'Education nationale est pleinement mobilisée, nous mettons chaque fois les moyens nécessaires", a ajouté Vincent Peillon. Pas sûr que ce soit de l'avis d'une partie des maires qui, par le passé comme à le veille de cette rentrée, se sentent souvent démunis et bien esseulés face à ces populations.
Sandrine Toussaint
*Roms : le terme désigne les personnes vivant sur le territoire français venant pour la plupart des pays d'Europe centrale et orientale (roumanie pour "plus de 90% d'entre eux", Bulgarie, pays de l'ex-Yougoslavie).

 http://www.localtis.info/cs/ContentServer?pagename=Localtis/LOCActu/ArticleActualite&jid=1250265840704&cid=1250265811554

dimanche 16 septembre 2012

Laïcité, autorité : le prof agressé à Bordeaux veut "briser l'omerta"



Christophe Varagnac, professeur de lettres et d'histoire au lycée professionnel Trégey de Bordeaux (AFP/ Nicolas Tucat)
Christophe Varagnac, professeur de lettres et d'histoire au lycée professionnel 
Trégey de Bordeaux (AFP/ Nicolas Tucat)

A la suite d'une discussion qui s'est envenimée lors d'un cours d'histoire sur "le fait religieux depuis 1880", le professeur de lettres et d'histoire Christophe Varagnac, 36 ans, a été victime d'une agression de la part d'un élève de terminale, mardi, au lycée professionnel Trégey de Bordeaux. L'élève, âgé de 18 ans, l'a frappé avant d'être interpellé, et fera l'objet d'une procédure disciplinaire. Christophe Varagnac, qui enseigne dans ce lycée depuis 2005, "n'a pas raté l'occasion" d'adresser un message au ministre de l'Education, Vincent Peillon, en lui demandant un entretien "constructif et courtois". Il espère que ce ne sera "pas tout à fait une bouteille à la mer". Interview.

Que s'est-il vraiment passé mardi 11 septembre ?
- Pendant ce cours sur "le fait religieux en France depuis 1880", au programme depuis des années, j'évoquais la dimension théocratique de la monarchie marocaine. Cet élève m'a posé une question sur la différence de perception du fait religieux et de la liberté d'expression en France et au Maroc, pays d'origine de ses parents. Sa remarque n'était pas totalement en décalage avec le cours. J'ai alors présenté comme une vérité objective le fait que, contrairement à la France, le Maroc n'était pas une démocratie, ce qu'il semblait considérer comme un point de vue. Il n'a pas apprécié ma réponse. Il s'est raidi. Puis est devenu verbalement très violent : menaces, insultes... Sa gesticulation était assez inquiétante, la tension montait malgré mes efforts pour le ramener à la raison. J'ai alors demandé aux élèves de sortir et de prévenir la vie scolaire. Je suis ensuite resté avec l'élève en classe cinq minutes, qui m'ont semblé une éternité. Il me tenait tête, me provoquait. Je ne répondais pas. J'ai fini par sortir de la classe.

A quel moment s'en est-il physiquement pris à vous ?
- C'est quand il est sorti du bureau du CPE et qu'il a su que j'avais mis à exécution ma menace de convoquer ses parents qu'il est sorti de ses gonds. J'ai fait une pause, et m'apprêtais à descendre dans le hall quand je l'ai croisé dans les escaliers. Il me cherchait, et m'a alors véritablement agressé. C'était dangereux, j'aurais pu basculer au-dessus de la rambarde. Il m'a poursuivi dans le hall et m'a donné des coups de poings et un de tête. Je n'ai pas ressenti de douleur immense ni été blessé. C'était plus des coups de provocation que de destruction. Il attendait que j'entre dans son jeu. Je me suis ensuite réfugié dans le CDI. Il a été interpellé un peu plus tard.

Avez-vous pu vous entretenir avec lui depuis ?
- Je l'ai revu au commissariat lors de mon dépôt de plainte. Il a demandé à me parler. Il n'avait plus rien à voir avec l'élève qui venait de m'agresser, et s'est excusé. Il a reconnu avoir eu un coup de folie, et que c'était la convocation des parents plutôt que le fond de l'enseignement qui l'avait mis hors de lui. Il a par ailleurs des problèmes personnels, une situation psychologique compliquée. Notre relation est spécifique. Quand je l'ai rencontré l'an dernier, il était en fracture avec le système scolaire et m'a confié rapidement ses difficultés. Il m'a aussi aidé à tenir la classe et a fait preuve de maturité, d'intelligence et de solidarité avec moi. A-t-il surinvesti un peu trop dans notre relation ? J'ai accepté ses excuses, qui m'ont soulagé. Je lui ai dit que je n'avais pas l'intention de charger la barque, mais qu'il devrait répondre de ses actes, et que cela ne m'appartenait plus.

Pourquoi avoir demandé un entretien au ministre ?
- L'origine de l'altercation a eu lieu en cours d'histoire mais aurait pu intervenir dans n'importe quel cours. J'aimerais demander au ministre : peut-on, et si oui comment, continuer à enseigner certains sujets, certaines thématiques politiques, religieuses et philosophiques ? Cela pose la question de la laïcité. Quand bien même on s'expose à des récupérations politiques nauséabondes, on ne peut pas faire l'économie de ce débat. Dans le cadre de la laïcité, le professeur ne doit pas dire pour qui il vote ni sa confession religieuse, mais expliquer des concepts. Notamment la distinction entre savoirs et croyances. Beaucoup de mes élèves se revendiquant musulmans considèrent la considèrent la religion comme une vérité intangible et non comme une croyance. D'où l'importance d'expliquer les choses. Il faut poser le problème, l'aborder ensemble, arrêter de faire comme s'il n'existait pas, briser l'omerta.

A quelles solutions concrètes pensez-vous ?
- Il serait intéressant d'intégrer à la formation, par exemple, quelques séquences sur l'islam. Ne serait-ce que pour que tous les professeurs aient les connaissances de base quand on leur pose des questions. Le système démocratique permet à chacun de s'exprimer, d'échanger, et l'école doit permettre de comprendre ces problématiques. La laïcité n'a pas à être débattue, pas question de transiger sur le principe. Ce dont on doit débattre, c'est la manière dont on l'applique en tenant compte des évolutions contemporaines. Or on applique en France la "catholaïcité", pas la laïcité. Il n'y a qu'à voir le calendrier de l'Education nationale calqué sur les fêtes chrétiennes. Je ne vois pas non plus pourquoi on met des sapins de Noël dans les établissements scolaires. Il faut être cohérent.

Au-delà d'une réflexion sur la laïcité, qu'attendez-vous également du ministre ?
- J'aimerais lui demander de se pencher sur une question transversale à toute l'Education nationale : celle de l'autorité. L'école primaire qui ne remplit pas ses missions, l'absence de formation, le problème du collège unique, la dévalorisation du lycée professionnel... Tout cela est lié à l'autorité. Nous avons en lycée professionnel au moins 60% d'élèves mal orientés, qui sont là sans l'avoir choisi. Et en face, nous manquons d'une réflexion globale sur l'attractivité des filières, l'économie, la synergie avec le monde de l'entreprise et les politiques gouvernementales. Le lycée professionnel doit permettre d'entrer sur le marché du travail. Un élève qui n'a pas choisi est démotivé d'emblée. En face, le professeur perd en autorité et en crédibilité.

Le ministère vous a appelé. Que vous a-t-il dit ?
- En libre penseur, je n'adhère à aucun parti. Le directeur de cabinet du ministre m'a téléphoné, m'a fait part de son soutien et m'a félicité pour mon attitude. L'échange était cordial et constructif. J'ai senti une certaine concordance de point de vue. Le problème principal de l’Éducation nationale n'est pas financier, mais intellectuel et philosophique. L’Éducation nationale est une machine énorme qui doit être revue de fond en comble, c'est un travail vertigineux. Mais peut-être peut-on faire rapidement quelques petites choses qui ne coûtent rien et amélioreraient déjà la situation... Vincent Peillon est un vrai humaniste, sincère, il n'a pas le même profil que ses prédécesseurs. Il devrait pouvoir me rencontrer lors d'un de ses prochains déplacements dans le secteur.
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     Pourquoi le lycéen marocain de Bordeaux a cassé la gueule à son prof ?

    Par Thami Afailal, demain, 14/9/2012

    Qu’Allah nous préserve de Tony Montana ! (Photo DR)

    Rabat.- Christophe Cavagnac, le professeur de lettres et d’histoire du lycée professionnel bordelais Tregey, a expliqué à l’hebdomadaire Le Point les raisons qui ont poussé l’élève marocain, prénommé Marouane et âgé de 18 ans, à lui casser la gueule.
    L’agression a été commise mardi dernier à l’occasion d’un cours sur le fait religieux en France depuis 1880. Le jeune Marouane s’est opposé à son professeur au détour d’une discussion sur la France et le Maroc.
    « J’ai cru comprendre qu’il m’a posé une question du genre : Pourquoi moi, Marocain d’origine, de confession musulmane, je me sens en décalage avec les valeurs de l’école républicaine ? », a expliqué au Point le professeur français. « Je lui ai répondu que le système politique des deux pays était différent : entre la France républicaine et démocratique et le Maroc, une monarchie au fonctionnement dictatorial. Ce n’est pas un discours de ma part mais des faits géopolitiques et étayés ».
    Mais Marouane n’était pas d’accord. Le jeune Marocain, « un adepte de la musculation » selon ses camarades, n’a pas accepté la réalité des faits, à savoir que le royaume de « Sidi » est une monarchie absolue et corrompue, remplie d’injustices et de prisons où s’entassent des centaines de prisonniers politiques dûment catalogués par les organismes internationaux. Un royaume désenchanté où la liberté d’expression n’existe pas et où la torture a fait un grand bond en avant depuis l’avènement de l’actuel souverain.
    Et comme tous les baltagis, d’ici et de là-bas, il a fait ce qu’il devait faire pour défendre la dictature couronnée. Il a agressé son professeur qui l’a décrit comme un « Tony Montana », le personnage principal de mafieux violent du film Scarface.
    Avec des défenseurs comme le musclé Marouane, la monarchie de « Sidna » n’a pas besoin d’ennemis.