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dimanche 5 juillet 2015

Au Maghreb, les têtes brûlées de la laïcité



image: http://s1.lemde.fr/image/2010/06/04/768x384/1368065_3_d714_le-2-mai-a-casablanca-le-mali-mouvement.jpg Le 2 mai, à Casablanca, le MALI (Mouvement alternatif pour les libertés individuelles) prépare un sit-in conte le harcèlement sexuel.
  image: http://s1.lemde.fr/image/2010/06/04/768x384/1368065_3_d714_le-2-mai-a-casablanca-le-mali-mouvement.jpg
 
En tee-shirt et en jean, elle parle vite, une cigarette à la main. Sa voix dit son exaspération. "C'est une souffrance, au quotidien, de vouloir vivre sa liberté au Maroc, surtout pour une femme. Le ramadan est un concentré d'intolérance et de religiosité. Il révèle chaque année une face de la société marocaine qui fait peur et qui ne nous ressemble pas", lâche-t-elle entre deux bouffées nerveuses.Personne, au Maroc, n'a oublié le nom et le visage de cette étudiante en sociologie de 27 ans. Le 13 septembre 2009, Zineb El-Rhazoui provoque stupeur et tremblements dans tout le royaume. Avec une amie, Ibtissam Lachgar, psychothérapeute de 34 ans, et quatre compères rencontrés sur Internet, elle organise un pique-nique, en public et en plein jour, en plein mois sacré de ramadan. Le lieu du délit ? La forêt de Mohammedia, entre Rabat et Casablanca.
En bravant – avec des sandwiches – la loi marocaine qui punit de un à six mois d'emprisonnement un musulman qui rompt ostensiblement le carême, ces six jeunes ont un objectif : dénoncer "le poids de la morale" et de "l'inquisition sociale" au Maroc. Mais l'espoir des "dé-jeûneurs" d'amener les intellectuels à "sortir de leur silence" est vite déçu.
A quelques exceptions près, il n'y a ni débat ni solidarité. En revanche, un beau scandale. Une condamnation presque unanime des partis politiques et des dignitaires religieux. Et la prison, l'espace de quelques jours, pour cinq des jeunes, tandis que Zineb El-Rhazoui plonge dans la clandestinité.
Une dizaine de jours plus tard, l'affaire se dégonfle. Les "dé-jeûneurs" retrouvent leur liberté et l'Etat renonce à engager des poursuites.

A L'ENCONTRE DES IDÉES REÇUES
Alors, un coup pour rien ? Neuf mois plus tard, on pourrait le croire, à entendre les commentaires critiques, un peu partout au Maroc, y compris dans les salons huppés de Rabat et Casablanca où les jeunes rebelles sont qualifiés d'"irresponsables".En réalité, l'action de Zineb El-Rhazoui et de ses amis s'inscrit dans un long processus de sécularisation du Maroc.
En Occident, peu d'observateurs ont conscience de ce mouvement car il est souterrain, chaotique et, surtout, il va à l'encontre des idées reçues. Pourtant, il s'accélère.
Il touche également l'Algérie voisine et même, d'après les sociologues des religions, l'ensemble du monde musulman, avec des dynamiques diverses. Si cette marche vers la laïcité est perceptible dans une région comme le Maghreb, tournée vers l'Europe, elle est plus lente dans un pays comme l'Egypte dont 90 % des travailleurs qui ont émigré s'installent dans les pays du Golfe.
Face à ce phénomène, les pouvoirs en place naviguent à vue. Un jour, ils accompagnent cette évolution, un autre ils la freinent et même surfent sur la religiosité populaire, dans l'espoir de garder le contrôle de la situation.
Quand ils l'ont amené au commissariat de Mohammedia pour l'interroger, à la suite du fameux pique-nique, les policiers n'en sont pas revenus : Nizar Bennamate, 24 ans, faisait le ramadan ! C'était à n'y rien comprendre... Cet étudiant en journalisme était le seul du groupe rebelle à observer le jeûne. Un vrai laïc.
Quinze jours plus tôt, ce jeune, d'une famille conservatrice de Marrakech, avait découvert sur Facebook l'initiative de Zineb El-Rhazoui. "Cette idée d'un acte de désobéissance civile m'a plu", se souvient-il.
Pendant plusieurs jours, il a des échanges virtuels avec le groupe en gestation. Et, le jour du pique-nique, il prend le train pour Mohammedia, sans en avertir sa famille. "Je suis croyant et pratiquant, mais aussi pour les libertés individuelles. Beaucoup de mes amis ne faisant pas le carême, je connais la souffrance d'être marginalisé. C'est pour cela que j'ai tenu à participer à cette action", explique-t-il tranquillement.

REJETER L'"HYPOCRISIE OBLIGATOIRE"
Difficilement traduisible en arabe, le mot laïcité fait peur au Maghreb. Bien peu font la différence entre laïc, agnostique et athée. Comme le résume Abdesslam, 40 ans, croyant mais non pratiquant, "un laïc, c'est quelqu'un qui n'a pas de religion. Il est sorti de la route et n'appartient plus à la communauté musulmane. Je n'ai donc pas de temps à lui accorder". Une opinion largement partagée dans les milieux populaires.
Dans les foyers privilégiés, en revanche, chacun mène sa vie comme il l'entend, en partant du principe qu'il ne sert à rien de "faire de la provocation gratuite", et que "si on ne veut pas respecter les principes de l'islam, c'est possible, mais chez soi".
C'est précisément cette schizophrénie que refusent de plus en plus de jeunes. "Ils ne rejettent pas la religion mais l'hypocrisie obligatoire", souligne Ahmed Reda Benchemsi, le directeur du groupe de presse TelQuel, à la pointe du combat pour la laïcité au Maroc.
Pour lui, "on ne naît pas musulman". On choisit "de le devenir, ou de ne pas le devenir". Le festival de musiques alternatives L'Boulevard – qui draine à Casablanca chaque année depuis dix ans quelque 160000 personnes venues de tout le Maroc – est une excellente illustration de cette laïcité émergente.
"Il existe aujourd'hui un 'esprit Boulevard', une 'communauté Boulevard' d'artistes de toutes les disciplines. Ni riches ni pauvres, non politisés, ils veulent s'amuser, rien d'autre, et partagent les mêmes valeurs de liberté et de mixité", explique Mohamed Merhari, codirecteur de ce festival.
En mars 2003, l'incarcération de quatorze musiciens de hard-rock, accusés de "satanisme", va jouer un rôle fédérateur. 10000 personnes manifestent dans les rues de Casablanca. L'Etat recule et libère les rockeurs.
D'autres incidents vont suivre et permettre au camp naissant des laïcs de faire entendre sa voix, notamment lors des poursuites engagées contre l'hebdomadaire arabophone Nichane, après qu'il eut publié des blagues "offensantes" pour l'islam, ou après les émeutes homophobes de Ksar El-Kébir, petite ville du nord du royaume, à la suite d'un prétendu mariage gay.
"Ces happenings ne sont ni idéologiques ni maîtrisés. Ils provoquent des chocs successifs qui font évoluer la société marocaine par à-coups. Il y en aura beaucoup d'autres" , prévoit Ahmed Reda Benchemsi.
Abdallah Taïa a été à l'origine de l'un de ces "chocs". Ce jeune écrivain talentueux est le premier Marocain à avoir assumé publiquement son homosexualité. Un geste d'une audace folle en pays musulman. Il l'a fait, en 2006, dans la presse marocaine.

mercredi 13 juin 2012

Justice de classe : Procès Sokrat reporté au 14 juin

Par Abdellatif Gueznaya,demainonline,7/6/2012

 Mohamed Sokrat (Photo DR) 

Tanger.- Le procès du blogueur Mohamed Sokrat qui s’est ouvert aujourd’hui, jeudi 7 juin, devant le tribunal de première instance de Marrakech a été reporté au 14 juin à la demande des avocats de la défense. 

 Arrêté le 29 mai dernier et accusé de « possession et de trafic de drogue », le blogueur risque deux ans de prison. Des dizaines d’avocats de Marrakech et d’autres villes du Maroc assurent sa défense. Abdellatif Gueznaya http://www.demainonline.com/2012/06/07/proces-sokrat-reporte-au-14-juin/

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Pour Mohammed Sokrat, blogueur marocain emprisonné

Par Larbi , 5/6/2012
Le pouvoir a un appétit insatiable. On a l’impression qu’il peut continuer à emprisonner à tout va jusqu’à mettre tous les activistes en cellules. Après, ils n’ont qu’à se serrer !

Le problème c’est que nous autres on frôle l’indigestion. Quelle ratatouille, les amis, quelle ratatouille! Ivresse publique, diffamation de la police, ventes de stupéfiants, agression de militant royaliste, de fonctionnaire... Il ne manque plus que les voleurs de poules et on aura fait le tour du code pénal !

Vous l’aurez compris, il parait qu’il y a une hausse soudaine et forte de criminalité… une épidémie  de crimes de droit commun qui explose et touche uniquement les activistes marocains. Mais n’ayez crainte, la «  justice » (sic)  veille  avec une célérité qui lui est peu coutumière et dénote d’un zèle extraordinairement rare. Certes à l’heure qu’il est, il reste un beau bataillon d’activistes entrain de roder sur internet et dans la rue mais au point où vont les choses il ne faudra pas attendre si longtemps pour voir tout un programme immobilier des prisons  conçu rien que pour héberger les monstres. Ce jour-là, on pourra respirer,  la nation sera enfin sauve !

Je ne connais pas personnellement le bloggeur Mohamed Sokrat, mais j’aime ses écrits. J’aime son impertinence, son petit côté gavroche qui renvoie tout le monde dos à dos. J’aime qu’en le lisant je commence à douter et à m’interroger si  deux et deux font quatre. J’aime sa liberté de ton dans un pays où paradoxalement il devient de plus en plus risqué d’évoquer la chose publique. J’aime son sens de la formule quand, à mots comptés, il arrive à résumer mieux que mille articles sa pensée. D’accord, pas d’accord avec lui, là n’est pas la question.

Avec Mouad L7a9ed et Hamza Haddi (deux autres prisonniers d’opinion et de procès fabriqués) et beaucoup d’autres,  il a un point en commun : un Ouled Chaab, qui a gardé l’authenticité des quartiers populaires et s’est infiltré là où on l’attendait pas, dans le domaine presque réservé  de l’expression publique et du débat politique. 

Vendeur ambulant il se rendait de ville en ville pour vendre sa marchandise et assurer le dur et cruel pain quotidien. Telle est sa gloire, lui qui ne fait pas partie du Maroc des Majidi, El Himma et tout le reste. Il parait que le Maroc de ceux-là, peut tout tolérer sauf l’insolence des enfants du peuple quand ils osent s’exprimer sans crainte sur le domaine public.

Une blague ancienne disait que du temps d’Hassan II, un haut responsable a oublié en quel endroit il a garé sa voiture. Il la retrouvera enfin et appelle Driss Basri : « finalement j’ai trouvé ma voiture dans le garage de ma fille, ce n’était pas un vol ». Et Driss Basri de répondre « Mais Monseigneur que ferais-je de tous ceux-là, ils ont tous avoué le vol ! ». 

Le 29 mai dernier, à Marrakech, la police a arrêté le père de Mohamed Sokrat, son frère et le bloggeur lui-même pour vente du hachisch.  Finalement le bloggeur a été obligé de signer le PV de police « avouant » sa possession de la substance sinon c’est tout sa famille qui devrait y passer. Il se rétracta après la libération de ses proches mais l’occasion était trop belle au pouvoir pour la rater. Ainsi en va de la justice marocaine en 2012, elle n’a pas beaucoup changé, elle est toujours à l’image des blagues qu’on racontait sur elle du temps d’Hassan II, déjà.  

Et comme on risque ici d’être (encore une fois) saoulé par les avocats commis d’office appelés au chevet du pouvoir dans ce genre d’affaires, on rappelle ici ceci : Mohamed Sokrat est un vendeur ambulant, un forçat de la vie, qui passe toute sa jeunesse à travailler dur sur les marchés, étalant sa marchandise, pour amasser quelques sous et faire vivre sa famille. On n’a jamais vu un dealer passer sa journée, en public, dans les souks travaillant à la sueur de son front pour gagner quelques dirhams et vivant dans la pauvreté la plus absolue. Comme on n’a jamais vu un dealer de drogue occupant son temps libre à écrire des billets politiques attaquant le système, son fondement et ses pratiques.

Justice de classe...
Mais encore… si seulement Mohamed Sokrat avait bénéficié du même traitement réservé aux fils de … Jawad A, fils d’un député du nord, a été remis aujourd’hui en liberté provisoire alors qu’il a été interpellé en possession de drogue et conduisant en état d’ivresse.  Le fils du maire de Fès, condamné à trois ans de prison ferme pour trafic de stupéfiants cours toujours les rues de la ville de son père bénéficiant d’une liberté provisoire bienveillante. Ali N et Driss K, les fils de notables marocains qui ont agressé physiquement le préfet de police de Rabat, Mustapha Moufid, bénéficient eux-aussi d’une justice ce classe qui les maintient en liberté … Parce qu’ils ne sont pas pauvres et parce qu’ils ne sont pas des opposants politiques.

Comme qui dirait un mauvais film. Qui sera le prochain activiste ? Pour quel crime ?  Ce qui est insupportable avec la justice de classe et de vengeance marocaine  c’est qu’on y revient toujours. On y reviendra donc.

Nota Bene : pouvoir marocain = 98 % de Mohammed VI et 2% de Benkirane

samedi 2 juin 2012

L'arrestation du bloggeur Mohamed Sokrat dénoncée par le réalisateur Hicham Ayouch

 par Abdellatif Gueznaya, demainonline, 2/6/2012 
 
  Hicham Ayouch, et en médaillon le bloggeur Mohamed Sokrat Tanger.-

 Le jeune bloggeur tangérois Mohamed Sokrat a été arrêté le 29 mai dernier à Marrakech en compagnie de son père et de son frère. Sokrat est accusé d’avoir transporté une forte quantité de haschich sur lui. Selon un communiqué du réalisateur marocain Hicham Ayouch, « les policiers l’auraient obligé à signer un PV pour que son frère et son frère soient relâchés ». 
Son jugement a été fixé au 7 juin prochain. Dans son communiqué, Hicham Ayouch se dit convaincu que « cette affaire est un coup monté pour le faire taire, une nouvelle illustration que le régime a peur des voix dissonantes ». D’une famille modeste, Mohamed Sokrat est un libre penseur autodidacte et un bloggeur très présent sur le net marocain. Personne n’est au dessus de la loi, mais ces arrestations en série sont très bizarres. Affaire à suivre. 

http://www.demainonline.com/wp-content/uploads/Hicham-Ayouch-Sokrat.jpg
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 Maroc: RSF critique la condamnation d'un blogueur 
                     à 2 ans de prison ferme

(AFP) – Il y a 1 jour

RABAT — Reporters sans frontières (RSF) a vivement critiqué mardi la condamnation à deux ans de prison ferme d'un jeune blogueur marocain pour "possession et trafic de drogue", qualifiant l'accusation de "fallacieuse", dans un communiqué.

"Nous déplorons vivement ce verdict. Les accusations fallacieuses portées contre Mohamed Sokrate semblent être une nouvelle étape dans la campagne contre la liberté d'expression menée par les autorités marocaines, et qui a déjà conduit à l'arrestation et la condamnation de plusieurs blogueurs", selon RSF.

Condamné le 15 juin, Mohamed Sokrate, 30 ans, est connu pour être un défenseur de la laïcité et des libertés individuelles et pour ses commentaires critiques à l'égard du régime.

Il a également été membre du mouvement de contestation du "20 février" et faisait partie des jeunes invités, en 2011, à participer au comité de la réforme constitutionnelle que le roi Mohammed VI a mis en place dans la foulée du "Printemps arabe".

RSF "s'inquiète de la recrudescence de l'utilisation du droit pénal à l'encontre des blogueurs", ajoute le communiqué..

L'avocat du blogueur, Me Taher Abouzaid, qui a décidé de faire appel, avait indiqué que le tribunal de Marrakech (sud), où le procès a eu lieu, a refusé les dépositions des témoins présents lors de l'arrestation du père et du frère du jeune blogueur.


Salah Elayoubia publié surMouvement Marocain du 20 février Paris / Ile de France
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5j-VMfuvo7v0gwBwG4juV8fVIYDTg?docId=CNG.2b9a81a17328211259c98d28056ad78e.231------------------------------------------------------------