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mercredi 13 juin 2012

Justice de classe : Procès Sokrat reporté au 14 juin

Par Abdellatif Gueznaya,demainonline,7/6/2012

 Mohamed Sokrat (Photo DR) 

Tanger.- Le procès du blogueur Mohamed Sokrat qui s’est ouvert aujourd’hui, jeudi 7 juin, devant le tribunal de première instance de Marrakech a été reporté au 14 juin à la demande des avocats de la défense. 

 Arrêté le 29 mai dernier et accusé de « possession et de trafic de drogue », le blogueur risque deux ans de prison. Des dizaines d’avocats de Marrakech et d’autres villes du Maroc assurent sa défense. Abdellatif Gueznaya http://www.demainonline.com/2012/06/07/proces-sokrat-reporte-au-14-juin/

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Pour Mohammed Sokrat, blogueur marocain emprisonné

Par Larbi , 5/6/2012
Le pouvoir a un appétit insatiable. On a l’impression qu’il peut continuer à emprisonner à tout va jusqu’à mettre tous les activistes en cellules. Après, ils n’ont qu’à se serrer !

Le problème c’est que nous autres on frôle l’indigestion. Quelle ratatouille, les amis, quelle ratatouille! Ivresse publique, diffamation de la police, ventes de stupéfiants, agression de militant royaliste, de fonctionnaire... Il ne manque plus que les voleurs de poules et on aura fait le tour du code pénal !

Vous l’aurez compris, il parait qu’il y a une hausse soudaine et forte de criminalité… une épidémie  de crimes de droit commun qui explose et touche uniquement les activistes marocains. Mais n’ayez crainte, la «  justice » (sic)  veille  avec une célérité qui lui est peu coutumière et dénote d’un zèle extraordinairement rare. Certes à l’heure qu’il est, il reste un beau bataillon d’activistes entrain de roder sur internet et dans la rue mais au point où vont les choses il ne faudra pas attendre si longtemps pour voir tout un programme immobilier des prisons  conçu rien que pour héberger les monstres. Ce jour-là, on pourra respirer,  la nation sera enfin sauve !

Je ne connais pas personnellement le bloggeur Mohamed Sokrat, mais j’aime ses écrits. J’aime son impertinence, son petit côté gavroche qui renvoie tout le monde dos à dos. J’aime qu’en le lisant je commence à douter et à m’interroger si  deux et deux font quatre. J’aime sa liberté de ton dans un pays où paradoxalement il devient de plus en plus risqué d’évoquer la chose publique. J’aime son sens de la formule quand, à mots comptés, il arrive à résumer mieux que mille articles sa pensée. D’accord, pas d’accord avec lui, là n’est pas la question.

Avec Mouad L7a9ed et Hamza Haddi (deux autres prisonniers d’opinion et de procès fabriqués) et beaucoup d’autres,  il a un point en commun : un Ouled Chaab, qui a gardé l’authenticité des quartiers populaires et s’est infiltré là où on l’attendait pas, dans le domaine presque réservé  de l’expression publique et du débat politique. 

Vendeur ambulant il se rendait de ville en ville pour vendre sa marchandise et assurer le dur et cruel pain quotidien. Telle est sa gloire, lui qui ne fait pas partie du Maroc des Majidi, El Himma et tout le reste. Il parait que le Maroc de ceux-là, peut tout tolérer sauf l’insolence des enfants du peuple quand ils osent s’exprimer sans crainte sur le domaine public.

Une blague ancienne disait que du temps d’Hassan II, un haut responsable a oublié en quel endroit il a garé sa voiture. Il la retrouvera enfin et appelle Driss Basri : « finalement j’ai trouvé ma voiture dans le garage de ma fille, ce n’était pas un vol ». Et Driss Basri de répondre « Mais Monseigneur que ferais-je de tous ceux-là, ils ont tous avoué le vol ! ». 

Le 29 mai dernier, à Marrakech, la police a arrêté le père de Mohamed Sokrat, son frère et le bloggeur lui-même pour vente du hachisch.  Finalement le bloggeur a été obligé de signer le PV de police « avouant » sa possession de la substance sinon c’est tout sa famille qui devrait y passer. Il se rétracta après la libération de ses proches mais l’occasion était trop belle au pouvoir pour la rater. Ainsi en va de la justice marocaine en 2012, elle n’a pas beaucoup changé, elle est toujours à l’image des blagues qu’on racontait sur elle du temps d’Hassan II, déjà.  

Et comme on risque ici d’être (encore une fois) saoulé par les avocats commis d’office appelés au chevet du pouvoir dans ce genre d’affaires, on rappelle ici ceci : Mohamed Sokrat est un vendeur ambulant, un forçat de la vie, qui passe toute sa jeunesse à travailler dur sur les marchés, étalant sa marchandise, pour amasser quelques sous et faire vivre sa famille. On n’a jamais vu un dealer passer sa journée, en public, dans les souks travaillant à la sueur de son front pour gagner quelques dirhams et vivant dans la pauvreté la plus absolue. Comme on n’a jamais vu un dealer de drogue occupant son temps libre à écrire des billets politiques attaquant le système, son fondement et ses pratiques.

Justice de classe...
Mais encore… si seulement Mohamed Sokrat avait bénéficié du même traitement réservé aux fils de … Jawad A, fils d’un député du nord, a été remis aujourd’hui en liberté provisoire alors qu’il a été interpellé en possession de drogue et conduisant en état d’ivresse.  Le fils du maire de Fès, condamné à trois ans de prison ferme pour trafic de stupéfiants cours toujours les rues de la ville de son père bénéficiant d’une liberté provisoire bienveillante. Ali N et Driss K, les fils de notables marocains qui ont agressé physiquement le préfet de police de Rabat, Mustapha Moufid, bénéficient eux-aussi d’une justice ce classe qui les maintient en liberté … Parce qu’ils ne sont pas pauvres et parce qu’ils ne sont pas des opposants politiques.

Comme qui dirait un mauvais film. Qui sera le prochain activiste ? Pour quel crime ?  Ce qui est insupportable avec la justice de classe et de vengeance marocaine  c’est qu’on y revient toujours. On y reviendra donc.

Nota Bene : pouvoir marocain = 98 % de Mohammed VI et 2% de Benkirane

vendredi 9 octobre 2009

Prostitués, mineurs : mieux vaut être un happy few




Par Mouloud Akkouche Ecrivain, Rue 89, 08/10/2009

Fiction ou pas ? Depuis quelques jours, les langues vont bon train sur
l'extrait d'un ouvrage de Frédéric Mitterrand. Marine le Pen s'empare de la perche tendue pour distiller son fiel. N'ayant pas lu l'intégralité du livre incriminé, je ne me permettrai pas de juger un homme uniquement sur quelques phrases extraites de leur contexte.
Cela dit, cette polémique me fait penser à un voyage à Marrakech.

Comme beaucoup de touristes, la vue d'hommes -plutôt des Occidentaux- se baladant main dans la main avec des ados dans les rues de la ville m'avait choqué. L'Occident délocalise ses entreprises mais aussi ses amateurs de chair fraiche.
Certains diront que les gosses étaient consentants, plutôt appâtés à coups d'euros. Mais ces types en fringues de marque et Rolex feraient-ils la même chose à Passy, Neuilly ou Bordeaux ? Pas du tout. A cause du qu'en dira-t-on ? Peut-être. Mais surtout par peur de la justice française, sans doute plus sévère que celle du Maroc ou de Thaïlande
.
Ces deux pays, comme d'autres, se voilent la face sur ce genre de pratiques car elles ont un intérêt économique. Pourtant, si je ne me trompe pas, l'homosexualité est réprimée dans les pays musulmans. Le fric plus fort que les interdits religieux ?
Force donc est de constater qu'il vaut mieux être ministre, hommes d'affaires ou personnage très haut placé pour coucher avec des mineurs dans les pays du Sud. Les politiques et autres icônes médiatiques conservatrices qui, à la moindre affaire d'inceste ou tournante dans une banlieue, prônent le rétablissement de la peine de mort ou la castration chimique, font preuve d'un seul coup d'une très grande largeur d'esprit et affichent énormément de mansuétude pour les déboires juridico-sexuels d'un cinéaste -certes talentueux- ou les écrits sulfureux d'un ministre en fonction.
Jamais vu autant de personnalités témoigner une telle compassion pour un violeur lambda d'une cité HLM ou d'ailleurs. Une humanité à géométrie variable, une justice à plusieurs zéros.
Une justice de classe
Néanmoins, il ne s'agit pas de juger untel ou untel qui, comme chacun d'entre nous, bénéficie de la présomption d'innocence. Tout un chacun, pas tout à fait à vrai dire. Car, à la lecture des derniers événements, il me semble que certains accusés sont plus présumés innocents que d'autres.
Pas comme ceux -aussi soupçonnés de pédophilie- qui ne bénéficient pas d'appui pour les défendre sur les plateaux télé et radio et ne sont plus que quelques lignes de fait divers ou des images furtives sur TF1, images dont le président actuel et Marine Le Pen se servent allégrement pour étayer leurs thèses sécuritaires. Aucune circonstance atténuante pour les sans carnet d'adresses. Juste coupables.

Bref, pour coucher sans trop de dommages avec de beaux ados marocains ou d'ailleurs, il est préférable d'émarger aux grandes fortunes ou être internationalement connu. Les autres, sans relations ni situation sociale dominante, ne sont pas des esthètes mais des violeurs d'enfants qu'il faut absolument embastiller pour protéger nos enfants et la société tout entière.
De vrais animaux sauvages incapables d'écrire un poème ou de tourner un long métrage. Apparemment normal que, contrairement aux amoureux de la beauté et de la sensualité exotique, ces êtres ignobles croupissent en prison pour de nombreuses années où beaucoup, désignés par le doux sobriquet de « pointeur» ont droit aux amabilités de leurs codétenus.
Choisis ton camp : La Santé ou un palace à Marrakech ?