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mercredi 31 juillet 2013

Ali Aarrass, la Tragédie sans fin


Écrit par Salah Elayoubi, Lakome, 30/7/2013

Ali Aarrass, condamné pour terrorisme par la justice marocaine, en est à son vingtième jour de grève de la faim et à son sixième de grève de la soif. Il se trouverait dans un état critique, encore conscient, mais grabataire et incapable de parler. Ali Aarrass a entamé sa grève de la faim le 10 Juillet, après que le personnel de pénitentiaire ait pénétré dans sa cellule, en son absence, enlevé sa correspondance personnelle, notamment les lettres de sa famille et les cartes postales de membres de son comité de soutien avant de saccager sa cellule. Il a ensuite été privé des droits élémentaires du prisonnier, comme celui de téléphoner, de se doucher, d'accéder à son courrier et à la promenade. Le détenu a intensifié sa grève de la faim le 25 Juillet en refusant de s'hydrater. Depuis lors, par mesure de rétorsion, tout contact avec sa famille et son avocat lui ont été interdits.

Salah Elayoubi
La famille et le groupe de soutien se démènent, pour dénoncer l'injustice dont il est la victime et tenter, encore une fois, de l'arracher aux griffes de la geôle où il croupit, depuis plus de cinq ans.
On se souvient que le rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Juan Mendez, avait rendu visite à Ali Aarrass et à d'autres, entre le 14 et le 22 septembre. Il en était ressorti profondément bouleversé par ce qu'il avait entendu de la bouche de ces derniers.
Lundi 29 juillet, Amnesty International s'est saisie du cas, en ouvrant ses colonnes consacrées au Maroc et au Sahara Occidental, à l'affaire. L'organisation de défense des Droits de l'homme s'y est faite l'écho de l'appel lancé par le comité de soutien au prisonnier, de saisir par écrit, le Ministre marocain de la justice, le Directeur de l'Administration Pénitentiaire et le Conseil National des Droits de l'Homme (CNDH).

Retour sur une tragédie :
Chronologie d'une injustice
3 novembre 2006. Ali Aarrass, citoyen belge, est arrété à Melilla. L'homme est soupçonné d'appartenance à un réseau terroriste par le Maroc. Un pays qu'il méconnaît totalement, dont il parle tout juste la langue et qu'il n'a visité qu'à deux reprises, lorsqu'il s'est agi de présenter son épouse à une tante paternelle, à Nador.
Au bout de quatre jours d'interrogatoires, l'homme est libéré sous caution. Fin du premier acte.
Le second débute le 1er avril 2008. Il tient du cauchemar.
Nouvelle arrestation. Ali est placé en isolement sensoriel, comprenez par là, qu'il est enfermé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, privé de visites, de promenade, de lecture, de nourriture à heure fixe, de colis, d'échanges avec les gardiens et les co-détenus. Une méthode que la CIA, son inventeur a surnommée la « torture blanche».
Au terme d'une longue et minutieuse enquête, en mars 2009, le juge Baltasar Garzon, qu'on peut difficilement taxer de laxiste et dont on se souvient qu'il fut le pourfendeur de l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet, de l'organisation basque ETA ou encore du trafiquant d'armes international Monser Al Kassar, conclut à l'innocence du prévenu.
Contre toute attente, l'Espagne qui a pourtant signé maints accords internationaux, maintient Ali en détention, dans l'illégalité absolue. Beaucoup plus grave, les autorités espagnoles examinent, avec le plus grand sérieux, une demande d'extradition émanant du Maroc.
La famille constitue un comité de soutien, mobilise les consciences en Belgique, aussi bien qu'à Melillia, sollicite les politiciens de tous bords, enchaîne les réunions de sensibilisation, les cellules de veille, les interviews, interpelle le gouvernement belge, le gouvernement espagnol, l'ONU et les organisations des droits de l'homme, pour tenter d'extirper Ali, du sort qui l'attend. C'est que le Maroc a la réputation d'abriter de redoutables tortionnaires, dans les rangs de ses services de police, connus pour ne jamais s'embarrasser de scrupules, lorsqu'il s'agit de mener un interrogatoire, même si celui-ci ne concerne que du droit commun. On peut aisément, imaginer ce qu'il peut en être lorsqu'il est affaire de terrorisme.

Une extradition furtive
Le 14 décembre 2010, dans le secret absolu, le « belge oublié de tous », comme le surnommera le journaliste de l'émission « INDICES » sur RTL/TVI (1), du 23 février 2011, sera extradé vers le Maroc, au mépris de la recommandation expresse du Commissariat de l'ONU de suspendre l'extradition.
Deux détails retiennent l'attention à propos du déroulement de ce second acte.
Le premier relève du déni du droit à l'information. Le consulat belge, informé par la justice espagnole, de l'extradition, ne jugera pas utile de prévenir la famille qui l'apprendra par les médias, deux jours plus tard.
Le second prête plutôt à sourire. Les autorités espagnoles se seraient contentées d'une vague promesse des marocains que Ali ne serait pas torturé.
Quelques jours avant que n'intervienne l'extradition, Abdelkader Belliraj, le chef présumé du réseau terroriste qui porte désormais son nom, celui à qui la police marocaine avait extorqué de prétendus aveux, au bout de six semaines de tortures abominables, avait, lors d'une interview donnée depuis sa cellule de la prison de Salé, donné un début d'explication et fait la chronique annoncée de ce qui attendait Ali :
« L'affaire Aarrass, tout comme l'affaire Belliraj est l'œuvre de milices hors-la-loi, dénommées services de sécurité, qui usent à la fois de tortures et de sous-traitance de la torture, comme moyen unique d'accéder à la vérité, en opposition totale avec la législation de ce pays. L'extradition de Monsieur Aarrass le mènera directement à la torture. Les tortionnaires brandiront, en fin de compte, la preuve de son inculpation, après avoir obtenu ce qu'ils ont voulu entendre, par le biais de pratiques barbares, même s'il n'y avait aucun élément à charge contre lui. »

Tortures, abominations & Co
La suite, c'est le détenu lui-même qui la raconte, lorsqu'il émerge de l'enfer où l'ont expédié les espagnols.
Le récit qu'il fait de son calvaire, rappelle, en tous points, celui de Bouchta Charef, de Zakaria Moumni et de tant d'autres. Une procédure qui semble avoir été rodée et codifiée, au service de l'une des polices les plus brutales du monde.
Conduit en voiture, encagoulé et menotté dans un lieu tenu secret, le prisonnier est, sauvagement battu, en plein air, dès sa descente de voiture. Une méthode éprouvée, pour distiller immédiatement la terreur, dans l'esprit de la victime et « l'attendrir ».
Puis les bourreaux enchaînent les abominations qui ont bâti leur réputation : gégène et coups de bâtons sur les parties génitales, viol à la bouteille, suspension au plafond des heures durant, par les poignées ou les chevilles, coups sur la plante des pieds, sur les tibias ou le fessier, simulation de noyade, simulacre d'exécution, injections de produits chimiques.
Au bout de quelques jours de ce traitement moyenâgeux, Ali avoue ce qu'on veut l'entendre avouer.
Ils veulent une cache d'armes ? Il donne la seule adresse qu'il connaît au Maroc, celle de sa malheureuse tante à Nador. Les bourreaux l'y conduisent, sous bonne escorte, saccagent la maison, terrorisent ses habitants et ravagent le terrain avoisinant. Rien. Et pour cause, il n'y a de cache ni ici, ni ailleurs.
Fous furieux, les tortionnaires traînent leur victime entravée, dans le bois tout proche, le battent comme plâtre, l'arrosent d'insultes. Ils dégainent leur arme, font ostensiblement jouer la culasse et annoncent au prisonnier qu'à défaut de révélations dignes de ce nom, il sera abattu séance tenante. Mais l'homme qui n'a rien sur la conscience, ne peut rien avouer.

Aveux extorqués, procès-verbal truqué et procès inique
Ramené à Rabat, il est de nouveau torturé, pour lui extorquer des aveux écrits. Il paraphe les procès-verbaux, sans les lire, ni les signer. Les bourreaux les signent pour lui.......en arabe. Lourde erreur : Ali ne sait ni lire ni écrire l'arabe.
La suite est un long tissu d'absurdités et la preuve des approximations coupables des enquêteurs marocains, qui auraient, sans doute, fait l'économie de cette tragédie, s'ils avaient eu la présence d'esprit de réclamer au juge Garzon, son fond de dossier.
Jugez plutôt :
- Soupçonné de complicité dans les attentats de Casablanca de 1983, l'homme se trouvait, au mois de mai de la même année, « en plein déménagement d'un appartement à un autre », comme le souligne sa soeur.
- Accusé d'avoir financé un mouvement de « Moudjahiddines », Ali, était, à la période incriminée, en faillite, avec des difficultés notoires à faire vivre sa propre famille.
- Accusé d'avoir fait partie en 1982, des « Moudjahiddines du Maghreb », Ali était, à l'époque, intégré dans l'armée belge, pour y accomplir son service militaire.
« Il ne pouvait se diviser en deux, avec une partie en Belgique et une autre au Maroc ! » lance le père sarcastique.
En réalité, toute la procédure est fondée sur les prétendus aveux de Abdelkader Bellirej, enlevé à Marrakech et torturé pendant plus de six semaines par les mêmes services, ceux de la DST de Témara. Sans doute connaissait-il le nom de Ali et qu'il l'a livré pour un moment de répit !
Malgré toutes ces incohérences et la plainte pour torture déposée par Ali contre les services de police, le tribunal de l'a condamné, en première instance, à quinze ans d'emprisonnement. Rarement, la justice marocaine contredit la police et ses procès-verbaux truqués et arrachés par les moyens que l'on sait.
Tous les criminologues et les profileurs vous le confirmeront. On ne s'improvise ni terroriste, ni gangster, ni trafiquant d'armes à quarante ans passés. Les statistiques sont nulles, lorsque l'individu a, jusque là mené une vie d'honnête homme et qu'il est, de surcroît, un chef de famille exemplaire. Le portrait même d'Ali Aarrass !

La trilogie de l'ignominie
Dans cette affaire, ce qui interpelle c'est avant tout cette sorte de trilogie qui s'est mise en place, pour l'accomplissement d'une ignominie, une sorte de tri-gouvernementale de l'injustice. Une entreprise menée en totale contradiction avec les règles les plus élémentaires du droit humain universel.
Incriminé en premier lieu, le silence assourdissant des autorités belges, qui en aura fait les complices objectives de ce procès politique, mené par « le Maroc qui veut montrer qu'il est un Etat fort, en terrorisant ses populations » comme le résume l'un des avocat de Ali, Christophe Marchand.
Le calvaire d'Ali, est sa peine de n'être belge qu'à moitié. L'autre moitié, sa marocanité, il devra la porter comme une croix. Dire que nous sommes en présence d'un racisme d'Etat, relève de l'euphémisme.
La Belgique prétend avoir obéi à la règle qu'elle s'est imposée de ne jamais intervenir, lorsqu'un de ses citoyens à la double nationalité est aux prises avec la justice du pays de sa seconde nationalité. Je veux bien le croire, mais la tragédie qui se déroule à Salé, concerne, un citoyen belge ayant, jusque là, mené une vie exemplaire, payant ses impôts, participant à la vie de la cité et accomplissant son service militaire. Pas un chien errant !
Ni visite consulaire, ni observateur du ministère de la justice belge au procès, ni la moindre question ou protestation adressée au Maroc, pour les allégations de tortures subies par le prisonnier. Ce procès qui broie un innocent et les siens n'aurait jamais du se tenir.
Il restera celui de la honte pour la Belgique et le miroir de son indignité.
L'Espagne, ensuite, signataire de multiples accords sur les droits de l'homme aura extradé Ali Aarrass, alors même que le comité des droits de l'homme de l'ONU, siégeant à Genève avait émis un avis négatif et ordonné des mesures provisoires. A la même période où Ali était extradé, un certain Mohamed El Bay sur lequel pesaient les mêmes soupçons, était innocenté et rendu la liberté. L'homme doit son salut et sa liberté à la nationalité espagnole.
L'Espagne n'a pas, non plus, fini d'enterrer ses vieux démons ! Les dénonciations qui pleuvent sur son compte, en sont les témoins éloquents.
Le plus beau pays du monde
Enfin, concernant le Maroc, ce « plus beau pays du monde », comme l'appellent ceux qui y ont tout confisqué, nul article, nul livre, nulle émission et nul discours ne pourront jamais quantifier les souffrances abominables et les injustices innombrables qu'il aura infligées aux siens.
Il est, pour le moins étrange, que ce pays qui avait tout fait pour pousser les rifains à s'exiler, sous peine de mourir de misère, déploie, à présent, des trésors de diplomatie internationale et de coopération judiciaire, pour y faire revenir leur descendance, manu militari, à coups de dossiers vides et lui faire subir les traitements tels que celui qui a été réservé à Ali.
Ce dernier ne connaissait rien de son pays d'origine. Il en fait désormais partie intégrante. Cette année, il aura fêté quatre anniversaires, en prison.
Les dernières lignes de ce papier seront les siens. Il les a livrés un jour, à sa sœur Farida qui lui rendait visite. Ils sont un témoignage accablant que rien n'a véritablement changé au Maroc :
- « Je côtoie des horreurs et des injustices qu'aucun homme ne pourrait jamais imaginer ! Le nombre de personnes torturées dans des centres comme celui de Temara, avant d'être amenés en prison, est impressionnant ! Nombre de prisonniers n'ont ni avocats, ni famille pour s'inquiéter de leur sort ! Certains d'entre eux ont été torturés des mois durant. Si Le Seigneur a voulu mettre l'innocent que je suis à l'épreuve, c'est, sans doute, pour que tant de mes compagnons de misère sortent un jour, de l'ombre et de l'oubli ! »




mardi 5 janvier 2010

Le juge Garzón prochainement dans les camps sahraouis pour enquêter sur le génocide marocain au Sahara occidental

par APS, 4/1/2010

Le juge espagnol Baltasar Garzón se rendra, dans les  prochains jours, dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf (sud-ouest  algérien) pour auditionner treize témoins sahraouis, dans le cadre de son enquête  sur le "génocide et crimes de guerre" perpétrés par des responsables politiques  et militaires marocains au Sahara occidental depuis octobre 1975, a annoncé  hier la radio espagnole COPE.         
"Dans les camps de réfugiés, le juge Garzon auditionnera un total de  treize témoins sahraouis accusant 32 responsables politiques et militaires marocains  de crimes de guerre et génocide contre le peuple sahraouis", depuis 1975, date  de l’occupation militaire du Sahara occidental par le Maroc, a précisé la radio  dans son programme "La Mañana".        
 Le célèbre juge de l’Audience nationale, la plus haute instance pénale  espagnole, avait accepté en septembre 2006 une plainte de citoyens sahraouis  et de plusieurs organisations sahraouies et espagnoles de droits humains pour  "délit de génocide, assassinat et torture commis par l’Etat marocain au Sahara  occidental".        
 Il s’agit notamment de l’Association des familles des prisonniers et  disparus sahraouis (Afapredesa), la Fédération espagnole des institutions solidaires  avec le peuple sahraoui, la Coordination espagnole des associations solidaires  avec le peuple sahraoui et l’Association espagnole de défense des droits de  l’homme.         
Le juge Garzón, qui s’est déclaré "compétent" pour instruire cette plainte,  avait déjà auditionné, en décembre 2007 à Madrid, quatre témoins sahraouis,  entamant ainsi officiellement la procédure d’enquête sur le génocide du peuple  sahraoui.       Un avocat à l’origine du dépôt de la plainte avait précisé que "les  crimes internationaux mentionnés portent sur des actes de génocide, torture,  disparitions forcées de personnes, séquestrations, assassinats et blessures".      Il avait expliqué, en outre, que "dans la plainte, sont relatées les  circonstances dans lesquelles ont été perpétrés ces actes, comment 40.000 Sahraouis  avaient dû fuir leur pays, comment ils étaient séquestrés, torturés, parfois  jetés depuis des hélicoptères dans le vide, comment d'innombrables crimes étaient  commis contre eux et tous les actes relevant du génocide".        
 La plainte souligne également que le massacre du peuple sahraoui s’est  prolongé durant plusieurs années durant lesquelles il a été soumis à la domination  d’une puissance étrangère l’empêchant d’"exercer librement son droit à l’autodétermination,  reconnu par la résolution 1514 de l’Assemblée générale de l’Onu de décembre  1960".    Les plaignants ont affirmé encore que "depuis octobre 1975 et jusqu’à  maintenant l’armée marocaine a exercé une violence permanente" contre le peuple  sahraoui dans une guerre d’invasion obligeant 40.000 Sahraouis à abandonner  leurs foyers et fuir dans le désert où ils furent "poursuivis et bombardés par  les forces d’invasion avec le napalm, du phosphore blanc et des bombes à   fragmentation".