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mardi 22 janvier 2013

Leur crime? La lutte contre la corruption

   Écrit par Taoufik Bouachrine, Lakome, publié le 21/1/2013

Mohamed Reda, Abdelmajid Aluiz et Mohammed Achik sont trois ingénieurs occupant de hautes fonctions dans les secteurs public et privé. Ils paient aujourd'hui un lourd tribut à cause du manque de transparence et de la mauvaise gouvernance qui continuent à régner au sein du ministère des Finances, et aussi à cause de l'absence de l'Etat de droit.

Traduction de l'arabe: Ahmed Benseddik
Toutefois, la difficile épreuve qu'ils endurent, depuis la publication par le quotidien Akhbar Al Youm des documents qui révèlent l'échange des fameuses primes entre Mezouar et Bensouda, n'est pas vaine. A quelque chose malheur est bon. Voici l'histoire ...
En Juin de l'année dernière, Akhbar Al Youm a mis la main sur trois documents importants. Il s'agit de décisions prises et signées par l'ancien ministre des Finances, Salaheddine Mezouar (il est encore le président du parti RNI) et le Trésorier général du Royaume, Noureddine Bensouda. En vertu de ces documents, rangés à l'abri des indiscrétions, Bensouda versait à Mezouar une prime illégale de 80.000 dirhams par mois, en plus de son salaire et ses indemnités stipulées exclusivement dans le dahir relatif au traitement des ministres. En retour, Mezouar versait à Bensouda une prime qui avoisinait les 100.000 dirhams par mois. Nous nous sommes assurés, avant publication, de l'authenticité des documents, et nous avons demandé leur avis aux deux concernés. En vain.
Le silence de Bensouda n'a pas duré longtemps. Il a ouvert une enquête illégale pour savoir qui a divulgué le document à la presse, alors que les deux ministres des finances actuels, Nizar Baraka et Driss El Azami, n'ont pas pipé mot, tétanisés par l'ampleur de la surprise. Mezouar a eu l'audace, ou plutôt le culot, non pas de présenter ses excuses et rembourser aux contribuables l'argent indu, mais de crier haut et fort que ces grosses primes étaient légales et que tous les anciens ministres des Finances faisaient comme lui. 
Entre-temps, Bensouda s'est improvisé procureur et enquêteur. Il a convoqué Abdelmajid Aluiz, l'a sermonné, puis l'a accompagné à son domicile (celui d'Aluiz), et lui a confisqué son ordinateur personnel. Ensuite, il a rédigé des faux rapports qu'il a adressés à des individus puissants du pouvoir, mettant en garde contre une «conspiration» qui cherche à divulguer des secrets d'État, ajoutant que ce qui a été publié n'est qu'un début et qu'il fallait s'attendre à des fuites d'informations plus importantes. Comme si la Trésorerie générale Marocaine était devenue soudain la CIA. Toutes ces manigances avaient un but: trainer devant les tribunaux des cadres de son administration, innocents et honnêtes, mais qu'il ne contrôle pas.
Le ministre Baraka, au lieu d'ouvrir une enquête interne au sujet de la légalité de ces primes, qui, en plus, provenaient de caisses noires, a préféré demander l'autorisation du Chef du Gouvernement pour poursuivre en justice le directeur adjoint, Abdelmajid Aluiz, ingénieur et diplômé de l'Ecole Nationale de l'Administration de Paris, et son ami Mohamed Rida, ancien trésorier régional de Casablanca, diplômé de l'Université Harvard aux USA. La charge est la divulgation du secret professionnel. 
 Benkirane, qui n'arrête pas de parler de ses plans pour lutter contre la corruption, a donné son accord sans se soucier ni de la nouvelle constitution, qui donne aux citoyens le droit d'accéder à l'information, ni de son programme gouvernemental qui appelle à la transparence et à l'intégrité. Le dossier est ainsi bien arrivé au ministère de la Justice, et ensuite à la Police judiciaire qui s'est appuyé sur des appels téléphoniques entre Mohamed Rida et notre journal, pour l'accuser de complicité avec Abdelmajid Aluiz dans la fuite de documents  « secrets ».
De la Brigade Nationale de la Police Judiciaire, le dossier est arrivé au tribunal. Aujourd'hui (18 janvier) la cour entame l'audition des plaidoiries de la défense, ainsi qu'au témoignage à décharge de Mohamed Achik, un ingénieur de l'Ecole des Mines de Paris, qui, dès qu'il a accepté de témoigner en faveur de son collègue Aluiz, a fait l'objet d'une mutation punitive de la part de Bensouda. D'autres fonctionnaires ont refusé d'accuser réception les demandes de comparution devant le tribunal, après avoir fait des déclarations contradictoires chez la police judiciaire.
Les documents ne sont pas secrets, et devaient être publiés au bulletin officiel. Les primes sont illégales et la police judiciaire devait interroger plutôt les deux bénéficiaires, Mezouar et Bensouda, comme l'avait ordonné le ministre de la Justice. Sauf que ses ordres ne sont pas toujours obéis.
Tout cela a provoqué un débat sans précédent au Parlement, et un début de consolation pour les trois ingénieurs intègres. En effet, lorsque le Ministère des Finances a présenté son projet de Loi de finance au Parlement, plusieurs parlementaires, dans la majorité et dans l'opposition, se sont intéressés au statut de ces obscurs comptes spéciaux et comptes de trésorerie, où sont puisées ces primes, alors et qui sont gérés clandestinement en dehors du budget général de l'Etat. Ces parlementaires ont ainsi exigé la réintégration de ces comptes au niveau des recettes et dépenses ordinaires du budget (les ressources proviennent entre autres des intérêts générés par les comptes de particuliers ouverts auprès de la Trésorerie générale, qui joue le rôle de banque). En un mot, ils ont demandé une gestion transparente de ces fonds.
Le ministre Istiqlalien des Finances, Baraka, a d'abord résisté aux propositions d'amendements du parlement. Devant l'insistance des députés, il a accepté d'ajouter l'article 18 bis, qui permettait un début de transparence en 2015. Le spectacle s'anime. Comme le camp des ripoux ne lâche jamais facilement, il a trouvé le moyen de glisser un document illégal dans la copie du projet de loi de finances qui a été distribué au sein de la deuxième chambre. Ce papier bâtard et anonyme mentionne une « erreur matérielle » dans la rédaction de l'article 18. En fait, « la correction de l'erreur » avait pour but de vider l'amendement de sa substance, mais ce coup de poker n'a pas réussi et le scandale éclata. Mal dans ses petits souliers, le ministre des Finances a été contraint de retirer le papier de l'« erreur matérielle », les fonds de la honte et les comptes spéciaux seront dénudés.
Merci aux trois ingénieurs, dont les noms et les sacrifices vont marquer la mémoire de la transparence. Quant à la presse, elle a encore devant elle un chemin parsemé d'épines et de difficultés, simplement parce qu'elle met à nu les faits, et montre à la société son vrai visage.

 http://fr.lakome.com/index.php/politique/283-leur-crime-la-lutte-contre-la-corruption

samedi 3 octobre 2009

Maroc, tous solidaires avec le caricaturiste Khalid Gueddar !

REPRESSION
Par Catherine Graciet, Bakchich-Info, 3/10/2009
Le caricaturiste de "Bakchich", du "Journal Hebdomadaire" et d’"Akhbar al Yaoum", Khalid Gueddar, est retenu et interrogé par la police marocaine pour avoir dessiné un membre de la famille royale. Le journal Akhbar al Yaoum a été fermé.

Le caricaturiste de Bakchich Khalid Gueddar est en ce moment même entendu par la police marocaine et l’un des journaux pour lesquels il travaille, Akhbar al Yaoum, a été fermé par le ministère de l’Intérieur. Ce nouveau titre en arabe a été créé par le journaliste Taoufik Bouachrine, lui aussi soumis aux pires tracasseries policières. En cause : la publication d’une caricature de Khalid Gueddar montrant le prince Moulay Ismaël assi, en train de faire un bonjour de la main sur fond de drapeau marocain. Cet auguste membre de la famille de Mohammed VI vient de convoler en justes noces avec une Allemande convertie à l’islam dans son enfance et dont le père a été l’attaché militaire de l’ambassade d’Allemagne à Rabat.
Le dessin de la discorde
© Khalid

Comme l’a raconté Khalid Gueddar dans un témoignage qui devrait paraître dans le prochain numéro du
Journal Hebdomadaire, son premier interrogatoire a eu lieu le 29 septembre dans les locaux de la police judiciaire de Casablanca où il est resté de 13 heures à 4 heures du matin. Selon lui, la DST marocaine lui a reproché d’avoir « déformé » l’étoile verte qui figure sur le drapeau marocain. Sous-entendu : d’avoir dessiné l’étoile de David, symbole du judaïsme à la place. Le caricaturiste nie évidemment cette accusation, il représente toujours le drapeau marocain de la sorte.
UN COMMUNIQUÉ DU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
Un communiqué du ministère de l’Intérieur viendra enfoncer ce clou en décrétant que « l’utilisation de l’étoile de David révèle un antisémitisme flagrant ». Ce à quoi Khalid Gueddar, interviewé par
le quotidien espagnol El Pais, répond que « le fonctionnaire qui a confondu l’étoile verte marocaine avec le symbole bleu du judaïsme n’y voit pas clair ».
Dans le même registre, Khalid Gueddar s’est aussi vu reprocher par la DST marocaine d’avoir représenté le prince Moulay Ismaël en train de faire le salut nazi ! Le dessin de Gueddar montre la main de Moulay Ismaël en train de s’agiter, ce qui réduit à néant cette hypothèse.
LA JUSTICE MAROCAINE NE RETIENT PAS L’ANTISÉMITISME
Dans les jours suivant, Gueddar et Taoufik Bouachrine ont été de nouveau interrogés par les services secrets marocains. Le 31 septembre, les deux journalistes ont fini par apprendre qu’ils comparaîtraient devant un tribunal le 12 octobre prochain pour « outrage au drapeau national ». In fine, la justice marocaine n’a donc pas retenu le motif de l’antisémitisme.
Mais une fois de plus, la loi a été bafouée par le ministère de l’Intérieur qui a fait apposer des scellés devant les locaux du journal Akhbar al Yaoum avant même qu’un tribunal ne se prononce sur son avenir ! Et, ironie du sort, au début du mois d’août, Rabat a laissé rentrer le journal Le Monde qui comportait un dessin de Plantu montrant un drapeau marocain frappé d’une paire de ciseaux symbolisant la censure…
LA LIGNE ROUGE
Le débat est évidemment ailleurs : un journal qui s’essaie à caricaturer ou à critiquer le roi ou un membre de la famille royale se retrouve aussitôt dans le collimateur des autorités marocaines.Alors que de nombreuses questions se posent quant à l’état de santé du monarque qui, au début du Ramadan, a officiellement été arrêté cinq jours pour cause de déshydratation engendrée par une « infection à rotarovirus », les autorités policières et judiciaires se montrent plus sourcilleuses que jamais.
Ainsi la justice devrait prochainement se pencher sur les cas des journaux Al Jarida al Oula et Al Michaal qui ont osé commenter le communiqué du Palais royal annonçant l’arrête maladie de Sa Majesté.
Autre atteinte à la liberté de la presse prochainement jugée : le ministère de l’Intérieur a envoyé au pilon fin juillet tous les exemplaires des magazines Tel Quel et Nichane. Leur crime ? Avoir eu l’outrecuidance de publier en partenariat avec Le Monde un sondage sur la popularité de Mohammed VI. Dommage pour Sa Majesté car 91 % des Marocains le plébiscitaient.

La DST marocaine s’intéresse beaucoup à Bakchich

Lors de son interrogatoire du 29 septembre, le caricaturiste Khalid Gueddar s’est vu poser de drôles de questions sur Bakchich par la DST. « Qui en sont les fondateurs ? » « Comment le site web est-il né ? » Et, beaucoup plus comique quand on connaît les relations exécrables qu’entretiennent le Maroc et l’Algérie, « Des Algériens travaillent-ils avec Bakchich ? » Les réponses à ces questions que les agents de la DST marocaine ressassent depuis deux ans sont accessibles à tous sur notre site www.bakchich.info. Actionnaires, collaborateurs… Nous n’avons pas de secrets ! C. G.

vendredi 2 octobre 2009

Une branche de trop dans une étoile et vous disparaissez

Ce dessin de Khalid Gueddar a provoqué la fermeture (définitive) du journal qui l'a publiée, Akhbar Al Youm, pour "offense au respect dû à un membre de la famille royale", comme l'a signalé, lundi 27/9, le Ministère de l'Intérieur marocain dans un communiqué. De plus, poursuit le communiqué, on a fait une "utilisation tendancieuse du drapeau national". Par conséquent, il annonce qu'il poursuivra le journal en justice. Le prince Moulay Ismaïl en fera autant de son côté.
"L'utilisation de l'Étoile de David" dans la caricature, ajoute le communiqué " met en relief un antisémitisme flagrant" (sic). "Le fonctionnaire qui a confondu l'étoile verte marocaine avec le symbole bleu du judaïsme a une mauvaise vue", a répliqué le dessinateur.
Le dessin était une illustration des noces que venait de célébrer le prince Moulay Ismaïl, cousin du roi, avec une Allemande convertie à l'Islam, Anissa Lehmkuhl.
Quant à l'étoile du drapeau marocan, il est utile de rappeler qu'après avoir porté six branches - comme l'étoile de David - , pendant plusieurs siècles, elle en perdit une par décision du Maréchal Lyautey.
Bref, tous les prétextes sont bons pour faire taire toute voix et toute plume un tant soit peu irrespectueuse des "valeurs sacrées".