Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est 29 octobre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 29 octobre. Afficher tous les articles

jeudi 27 octobre 2016

29 octobre 18 heures boulevard Saint Germain niveau brasserie Lipp

A voir et à revoir :

"Ben Barka, l'obsession" : un documentaire

 

Samedi prochain rassemblement comme chaque 29 octobre 18 heures boulevard Saint Germain niveau brasserie Lipp
« Dans ce documentaire, vous n’entendrez pas parler de la CIA, vous n’entendrez pas de MOSSAD, puisque ça n’existe pas dans le dossier d’instruction. Mehdi Ben Barka, j’avais 4 ans quand il s’est fait enlever au Boulevard St Germain.

 Je ne suis lié ni de près, ni de loin au Maroc. Je suis un journaliste d’investigation. Mais Mehdi Ben Barka c’était quand-même un énorme espoir pas seulement pour le Maroc, mais aussi pour le monde entier puisqu’il proposait une troisième voie dans le contexte de l’époque... » Joseph Tual 

mercredi 29 octobre 2014

Une grève générale, le 29 octobre comme un clin d’œil !

Syndicats

Conférence des syndicats UMT-CDT-FDT
C’est le 29 octobre que les syndicats Union Marocaine du Travail (UMT), Confédération Démocratique du Travail ( CDT) et Fédération Démocratique du travail (CMT) ont choisi comme date pour mener leur grève générale contre la politique du gouvernement dirigé par les islamistes du Parti de la Justice et du Développement (PJD) et accusé de faire cavalier seul. Hasard du calendrier ou choix délibéré, le 29 octobre est jour de deuil pour les marocains. Ils y commémorent l’enlèvement de Mehdi Ben Barka en 1965, devant la Brasserie Lipp. Le célèbre opposant disparaîtra sans laisser de traces, présumé assassiné dans une villa  de la banlieue française par le Général Oufkir, assisté de barbouzes français. Nombreuse est la littérature consacrée à cette tragédie. Il est une autre victime dont le nom revient hanter les 29 octobre: Houcine Manouzi, disparu en 1972 et dont la famille, après avoir combattu le colonialisme, s’est trouvée confrontée à la dictature à laquelle elle a payé un très lourd tribut.
  • Le Commandant Brahim Manouzi, victime d’une exécution extra judiciaire, sur ordre du Général Oufkir, le 13 juillet 1971, et dont le corps n’a jamais été restitué à la famille.
  • Moujahid Kacem Manouzi, mort sous la torture à Derb Moulay Chérif, au mois de septembre 1970, et dont le cadavre n’a  jamais pas été rendu à la famille.
  • Le docteur Omar Manouzi, que les tortures ont précipité dans  la folie.
Le calvaire de Houcine Manouzi
Houcine Manouzi milite dans les rangs de l’Union Nationale des Forces Populaires (UNFP), lorsqu’en 1971, il est accusé d’activités subversives et de complot contre la sûreté de l’Etat. Il est condamné à mort par contumace. Enlevé en Tunisie où il se trouve le 29 octobre 1972,  il est transféré au Maroc dans le coffre d’une voiture à plaques diplomatiques. Il passera par le tristement célèbre Point Fixe numéro 2 (PF2), ou « Dar Mokri », puis par Point Fixe numéro 3 (PF3), lieux de détention et de torture, placés sous la responsabilité  de la Direction Générale des Etudes et de la Documentation (DGED).
Ali Bourequat, dans son récit intitulé, « Dix huit ans de solitude », raconte comment Houcine, son co-détenu, fut l’un des inspirateurs de l’évasion du 12 juillet 1975, en compagnie de quelques uns des militaires impliqués dans le putsh de Skhirat de juillet 1971,  le lieutenant-colonel Mohamed Ababou, le capitaine Mohamed  Chellat, l’aspirant Ahmed M’zireg, et l’adjudant-chef  Harrouch Akka. Au nombre des évadés, Ali Bourequat et ses deux frères Midhat et Bayazid seront repris, dès le lendemain, dans un verger de pruniers, au Sud de Rabat, en compagnie des militaires. Chellat qui avait refusé de suivre le groupe sera repris à Rabat à l’aube du 13 juillet. La cavale de Akka durera onze jours. Houcine Manouzi, lui, sera repris, à Aïn Aouda, alors que,  passager d’un vélomoteur, il tentait d’éviter les barrages mis en place pour l’appréhender. Il ne réapparaîtra plus jamais.

Evasion et exécutions extra-judiciaires collectives
L’extrait saisissant d’horreur, du récit de Bourequat, sur la suite que le régime marocain a cru devoir donner à cette affaire, pourrait constituer un sérieux indice sur le sort qui aurait été réservé à Houcine.
Il écrit :
« Le 17 juillet au soir, grand remue-ménage dans la cour.
Des dizaines d’individus parlent en même temps.
Soudain, un coup de feu claque. Je me lève d’un bond, me plaquant contre la lucarne. Je scrute la cour par le petit trou de vis.
Un homme vient d’être abattu. Il est grand, corpulent. Je reconnais sa djellaba. C’est Moulay Ali Fahim.
La cour, gardée par des gendarmes en treillis, qui ont pris position en face de la salle de douches, est encore une fois pleine de monde, comme le jour de notre capture. J’aperçois le colonel Dlimi, le colonel Benslimane, commandant la gendarmerie, le général Moulay Hafid,  Houcine Jamil,  les commissaires Ben Mansour et Ben Cherif, qui m’ont torturé deux ans plus tôt, le capitaine Fadoul et plusieurs hommes, en civil , mais armés.
 Ils attendent la prochaine exécution.
On amène dans la cour le colonel Ababou. Il a un baillon sur la bouche, un bandeau sur les yeux et des menottes dans le dos. Aassou, un des gardes, le soutient. Il l’entraîne vers le terre-plein situé devant les toilettes, le force à s’agenouiller. Un colosse, vêtu d’une chemise et d’un pantalon, s’avance vers lui, un revolver à la main, et lui tire une balle dans la nuque.  Ababou est projeté en avant. Deux autres gardes, Hamou Ben Othmane et Ahi Agherbi, se précipitent, traînent le cadavre un peu plus loin.
On amène ensuite le capitaine Chellat et l’aspirant M’Zireg.
Chellat, résigné, se laisse conduire et meurt, sans une plainte.
M’Zireg, lui, se débat comme un lion, hurle à travers son bâillon. fl faudra trois hommes pour le maîtriser, l’allonger sur le ventre et le maintenir, le temps de lui tirer une balle dans la nuque.
Deux gardes s’approchent alors de ma cellule. J’ai juste le temps de reculer pour ne pas être aperçu. Je me couche en chien de fusil sur ma couverture, face au mur.
J’entends un dernier coup de feu, puis la voix de Dlimi, qui crie
- « Lâche-moi, lâche-moi ! Regarde ma chemise: elle est toute tachée du sang de Rachid ! »

Rachid est le prénom d’un des deux gardes que les militaires ligotèrent, le soir de l’évasion. »
parents de houcine manouzi
Les parents de Houcine Manouzi, lors du dixième Congrès National de l’AMDH le 22 avril 2013, au théâtre Mohamed V
Selon Ali Bourequat, Houcine Manouzi s’était emparé d’une arme de poing, lors de l’évasion. On peut aisément imaginer quel aura été le sort du malheureux, d’autant que, condamné à la peine capitale, le régime aura, sans doute, préféré faire appliquer la sentence, plutôt que courir le risque d’une nouvelle évasion.
A-t-il été exécuté plus tôt, sans que Bourequat n’en ait été témoin ? A-t-il été exécuté ailleurs. Au PF4, par exemple ? Seuls les protagonistes de cette affaire, pourraient apporter des réponses aux questions que continue de se poser la famille Manouzi.
De cette sinistre affaire, l’avocat de la famille a, un jour, eu ces mots, où l’ironie le dispute à l’interpellation des consciences de la prétendue nouvelle ère :
« Quand j’ai pris en charge le dossier Manouzi, j’étais un débutant avec quatre ans de carrière derrière moi. Aujourd’hui, il ne me reste plus que quatre ans pour prendre ma retraite. Ce serait bien de mettre le mot fin à ce dossier ».
Comble de l’ignominie, En 1994, la Direction de la Surveillance du Territoire (DST)  informait la famille que Houcine était encore vivant,  lui conseillant vivement, d’éviter toutes déclarations dans la presse, si elle voulait le revoir. Puis, le 16 août 2001, les autorités remettaient aux parents, un certificat de décès, ne portant aucun cachet et datant le décès au 17 juillet 1975, alors que plusieurs amis et co-détenus prétendent avoir vu Houcine, en vie, après cette date.
Trente-neuf ans après le début de cette affaire, le pouvoir marocain continue de compter  des criminels dans  ses rangs. Certains sont disparus,  de leur belle mort, pendant que d’autres, tapis dans l’ombre, continuent d’officier, comme si de rien n’était, alors que la justice internationale les recherche.
Comme un clin d’oeil à l’histoire de notre pays, à la grève promettent de se joindre les islamistes d’Al Adl Wal Ihssane, l’Union Générale des Travailleurs Marocains (UGTM) et plus de vingt (20) organisations marocaines des droits de l’homme. Une grève qui promet d’être largement suivie comme une magnifique commémoration de ce satané 29 octobre.

dimanche 28 octobre 2012

Mémoire : 29 octobre : Mehdi Ben Barka

29 Octobre 1965 - 29 Octobre 2012
« Ce qui importe c’est la définition des pouvoirs et des responsabilités devant le peuple,
et la mise en place d’institutions authentiquement populaires » Mehdi Ben Barka

L’Institut Mehdi Ben Barka - Mémoire Vivante
et le SNES – FSU
appellent à un rassemblement à sa mémoire
47 années de silence, ça suffit …
La recherche de la vérité doit progresser 
en France et au Maroc.
Les raisons et les complicités d’états doivent cesser d’entraver l’action de la justice.
Le lundi 29 Octobre 2012 à 18H00
Boulevard Saint-Germain face à la Brasserie LIPP
Métro : Saint-Germain-des-Prés

Avec le soutien de : (premiers signataires)
Association des Marocains en France (AMF), Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF), Association des
Parents et Amis des Disparus au Maroc (APADAM), Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc
(ASDHOM), Association des Marocains de Belgique pour les Droits de l'Homme (AMBDH), Forum Marocain Vérité et
Justice – France ( FVJ-France), Fédération Euro-Méditerranéenne contre les Disparitions Forcées (FEMED), Parti
Socialiste Unifié en France (PSU), Association Française Amitié Solidarité Peuples Afrique (AFASPA), La Voie
Démocratique en France, Parti de l'avant-garde démocratique et socialiste (PADS Fédération Europe), L'association Sortir
du Colonialisme, La Fondation Frantz Fanon, Le Parti de Gauche, Parti Communiste Français (PCF) , Europe Écologie -
Les Verts (EE-LV), Union Socialiste des Forces Populaires en France (USFP France), La Ligue des Droits de l’Homme
(LDH), Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), Fondation Jean Jaurès (FJJ)
---------------------------------------------------------------------------------------------------- 
Video de Saad Ben Barka : intervention de la famille Ben Barka :

----------------------------------------------------------------------------------------------- 



Maroc - France : l’inachevée affaire Ben Barka

Par ,Rédacteur en chef adjoint, membre de Tolerance.ca®, 8/10/2009
En 1965, disparaissait Mehdi Ben Barka devant la brasserie parisienne LippLe 8 octobre 2009. Ce leader charismatique de la gauche marocaine et figure emblématique de la Tricontinentale était la bête noire du roi Hassan II et des États-Unis. Depuis, son fantôme hante le régime marocain tenu responsable de son sort, et embarrasse la France.

Au lendemain de l’indépendance du Maroc (1956), une lutte à finir pour le pouvoir s’est engagée entre la monarchie et les nationalistes du Parti d’Istiqlal (PI). Grâce à l’appui de la France et des États-Unis, le roi en est sorti victorieux. Le PI quant à lui a vu son aile gauche quitter le navire. Prélude à son rapprochement graduel avec le régime despotique d’Hassan II. La gauche s’est pour sa part regroupée autour de Mehdi Ben Barka (né en 1920). En s’inscrivant dans une ligne d’opposition authentique à un pouvoir royal dont il voulait réduire les prérogatives, ce jeune leader charismatique est devenu la bête noire d’Hassan II et des «masques de fer» de son régime. L’échec des différentes tentatives visant à le récupérer n’ont fait qu’ajouter au dépit de la Couronne et à la colère de ses serviteurs zélés.

Suite à différentes tentatives d’intimidation et même d’assassinat, Mehdi Ben Barka ne pouvait rester au Maroc. C’est le début du périple ulyssien du «commis voyageur» de la révolution mondiale. Il était la cheville ouvrière de la Tricontinentale, une conférence internationale qui devait réunir (à La Havane en janvier 1966) des représentants des mouvements de libération nationale d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, sans oublier les gouvernements adversaires ou éloignés de l’orbite occidental. Si Moscou et Pékin (deux centres concurrents du communisme international d’alors) voyaient avec bienveillance l’émergence de ce nouveau bloc antioccidental, ils suivaient de près les pas de ce génie de l’organisation et de la diplomatie publique. Washington (tout comme Paris et Jérusalem) étaient quant à elles inquiètes des retombées d’une telle organisation sur un monde plongé en pleine Guerre froide. Ils voyaient là un risque pour leurs intérêts stratégiques respectifs. D’où la convergence des intérêts de ces différentes puissances avec celui de Rabat. Il fallait donc agir et vite, avant qu’il ne soit trop tard…

Et depuis, le fantôme ne cesse de hanter les couloirs du Palais royal…
Mais il fallait avant tout l’éloigner de l’Égypte nassérienne où il s’était réfugié avec sa famille, et l’attirer à Paris. Ce sera chose faite le 29 octobre 1965, quand deux représentants de la police française l’ont intercepté devant la brasserie Lipp au boulevard Saint-Germain. Il disparaîtra pour toujours aux mains de ses kidnappeurs français et de leurs commanditaires marocains. Avec la contribution des services secrets américains et israéliens. Le contre-espionnage français n’était pas loin.

Si d’aventure de part et d’autre du bassin méditerranéen certains pouvaient penser que le passage du temps devait suffire à jeter dans l’oubli le souvenir du leader de la gauche marocaine, ils sont restés pour leurs frais. Quarante-quatre ans après les faits, son fantôme rode toujours sur les deux rives de la Méditerranée et hante encore son pays, tout en embarrassant Paris. Durant toutes ces années, ni la famille du kidnappé ni son comité international de soutien n’ont abandonné leur quête de vérité pour que la justice française (saisie depuis 1975 de l’affaire pour «assassinat») fasse enfin la lumière sur ce qui est réellement arrivé à Ben Barka ce fameux 29 octobre.

Avec l’accession de Mohamed VI au trône (1999) («Maroc. Les dix années de transition politique sous Mohamed VI»), la famille Ben Barka espérait pouvoir enfin voir le bout du tunnel. La bienveillance de ce roi et son innocence de ce crime d’État ne pouvaient qu’alimenter ce désir. D’ailleurs, ce roi avait lui-même (au début de son règne) consenti à autoriser les magistrats français chargés de l’affaire à se rendre au Maroc pour auditionner quatre serviteurs de l’État, soupçonnés d’être reliés à l’«affaire Ben Barka». Il s’agit du général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale (corps d’élite de l’armée marocaine), du général Abdelhak Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, renseignements militaires), d’Abdlehak Achaâchi, agent du Cab 1 (la maison-mère des services secrets marocains) et de Miloud Tounsi (alias Larbi Chtouki), l'un des membres présumés du commando marocain auteur de l'enlèvement de Ben Barka. Mais coup de théâtre en 2003 : les autorités marocaines changent d’idée et refusent l’audition de ces quatre commis de l’État. Suscitant la colère de la famille du disparu et l’«incompréhension» du mouvement marocain des droits humains.
… et la France entre embarras et «raison d’État»

Le départ du pouvoir de Jacques Chirac (grand ami de la Couronne marocaine) et l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée devaient lever, pensait-on dans certains milieux, un obstacle psychologique supplémentaire à l’omerta d’État entourant cette affaire claire-obscure. Mais c’était un pari risqué dans la mesure où on ignorait là la «raison» d’État qui souvent prime sur la quête du droit dans ce pays, et ailleurs sans doute.

Au premier jour de la visite d’État (le 22 octobre 2007) de Sarkozy au Maroc (la première à titre de président de la République), le juge parisien Patrick Ramaël a signé quatre mandats d’arrêt contre les quatre commis de l’État marocain présumés liés à l’«affaire Ben Barka». Pour gagner les grâces de Rabat, le gouvernement français a aussitôt bloqué ces mandats. Presque deux ans plus tard, la nouvelle ministre de la Justice française a (le 2 octobre 2009) demandé auprès d’Interpol la «suspension» de la diffusion de ces mêmes quatre mandats d'arrêt, vingt-quatre heures seulement après avoir donné son feu vert! Suscitant la colère de la famille Ben Barka et la consternation de nombreux militants des droits humains au Maroc comme en France. Ce coup de théâtre spectaculaire exprime-t-il la volonté de l’Élysée de ne pas déplaire à un Mohammed VI qui s’apprête (en ce mois d’octobre) à faire sa première visite d’État en France depuis que Sarkozy est élu président de la République? Ou s’explique-t-il plutôt par la volonté de certains secteurs au sein de l’État et des milieux de l’industrie d’armement en France de forcer la main de Rabat pour qu’elle se ravise et achète les onéreux avions Rafale du groupe Dassault, alors qu’ils se sont révélés moins efficaces pour la défense nationale du Maroc et n’ont cessé de cumuler les défauts techniques et les revers commerciaux?
**
Plus de quatre décennies se sont écoulées depuis l’éclatement de cette «affaire Ben Barka». Depuis, le roi Hassan II et Charles de Gaulle (président de la France au moment des faits) ont rejoint leur demeure éternelle. Sans oublier la disparition également de deux des principaux acteurs (côté marocain) de cette «affaire» (les généraux Mohammed Oufkir et Ahmed Dlimi). Il est maintenant plus que temps que les deux pays lèvent enfin le voile sur ce qui s’était réellement passé ce fameux 29 octobre. Il faudrait également qu’on montre enfin à la famille de l’illustre disparu où se trouve le lieu de sa «sépulture». Cela permettra enfin au fantôme du disparu de cesser de roder sans cesse dans les couloirs du Palais royal et de ceux de l’Élysée et d’aller vers la lumière. Cela permettra d’un autre côté à sa famille de se recueillir sur ce lieu, de faire son deuil et d’aller de l’avant. Permettant au passage à la monarchie de se débarrasser enfin d’une affaire pesante et à Paris d’éviter encore une fois d’être embarrassée.

jeudi 3 novembre 2011

Satané 29 octobre ...


par Salah Elayoubi, 29/10/2011 

Mustapha Manouei
Mustapha Manouzi a présenté sa démission de l’instance Forum Vérité et Justice, dont il assurait le Secrétariat Général.
Dans un communiqué incendiaire, l’intéressé impute à une bande criminelle, l’assassinat de Kamal Hussaini, avant que dit-il, n’ait séché le sang de Mohamed Bouderoua.
Cette initiative vient en protestation contre l’assassinat de ce militant du 20 février, poignardé jeudi dernier, dans sa ville de Beni Bou Ayach.

On ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre cette démission et le trente-neuvième anniversaire de la disparition de Houcine Manouzi. Celle-ci en rappelant une autre, intervenue à la même date, le 29 octobre de l'année 1965, à Paris, sur le trottoir de la brasserie Lipp, celle de Ben Barka
L’instance équité et réconciliation mise en place pour faire la lumière sur les années de plomb, a émis des recommandations, sans que celles-ci n’aient, jamais, été suivies d’effet.
Les Manouzi, une famille de patriotes au courage exceptionnel, qui, après avoir combattu le colonialisme, et souffert de ses affres, se sont trouvés confrontés à la dictature marocaine à laquelle ils ont payé un lourd tribut.
Le Commandant Brahim Manouzi, victime d’une exécution extra judiciaire, sur ordre du Général Oufkir, le 13 juillet 1971, et dont le corps n’a jamais été restitué à la famille.
Houcine Manouzi, disparu depuis le 29 octobre 1972
Moujahid Kacem Manouzi, mort sous la torture à Derb Moulay Chérif, au mois de septembre 1970, et dont le cadavre n’a, non plus, jamais pas été rendu à la famille.
Le Docteur Omar Manouzi, que les assiduités criminelles du régime ont broyé et précipité dans la folie

A plusieurs reprises, Mustapha Manouzi avait émis des doutes, sur la volonté réelle de l’Etat, de voir se faire toute la lumière, sur les crimes des années de plomb.
- « l’Etat veut la réconciliation sans équité et sans vérité ! », avait-il déclaré lors de l’une de ses interviews.

Le calvaire de Houcine Manouzi
Houcine Manouzi milite dans les rangs de l’UNFP, lorsqu’en 1971, il est accusé d’activités subversives et de complot contre la sûreté de l’Etat. Il est condamné à mort par contumace,.
Enlevé en Tunisie où il se trouve le 29 octobre 1972, il est alors, transféré au Maroc dans le coffre d’une voiture à plaques diplomatiques.

Il passera par le tristement célèbre Point Fixe numéro 2 (PF2), ou « Dar Mokri », puis par le numéro 3 (PF3), lieu de détention et de torture, placé sous la responsabilité de la DGED.
Ali Bourequat, dans son récit intitulé, « Dix huit ans de solitude », raconte comment Houcine, son co-détenu, a été l’un des inspirateurs de l’évasion du 12 juillet 1975, en compagnie de quelques uns des militaires impliqués dans le putsh de Skhirat de juillet 1971, le colonel Ababou, le capitaine Chellat, l’aspirant M’zireg, et l’adjudant-chef Akka.
Au nombre des évadés, Ali Bourequat et ses deux frères Midhat et Bayazid seront repris, dès le lendemain, dans un verger de pruniers, au Sud de Rabat, en compagnie des militaires.
Chellat qui avait refusé de suivre le groupe sera repris à Rabat à l’aube du 13 juillet.
La cavale de Akka durera onze jours.
Houcine, lui, sera repris, à Aïn Aouda, alors que, passager d’un vélomoteur, il tentait d’éviter les barrages mis en place pour l’appréhender.
Depuis, sa trace se perd.

Evasion et exécutions extra-judiciaires collectives
L’extrait saisissant d’horreur, du récit de Bourequat, sur la suite que le régime marocain a cru devoir donner à cette affaire, pourrait constituer un sérieux indice sur le sort qui aurait été réservé à Houcine.
Il écrit :

« Le 17 juillet au soir, grand remue-ménage dans la cour.
Des dizaines d’individus parlent en même temps.
Soudain, un coup de feu claque. Je me lève d’un bond, me plaquant contre la lucarne. Je scrute la cour par le petit trou de vis.
Un homme vient d’être abattu. Il est grand, corpulent. Je reconnais sa djellaba. C’est Moulay Ali Fakhim.
La cour, gardée par des gendarmes en treillis, qui ont pris position en face de la salle de douches, est encore une fois pleine de monde, comme le jour de notre capture. J’aperçois le colonel Dlimi, le colonel Benslimane, commandant la gendarmerie, le général Moulay Hafid, Houcine Jamil, les commissaires Ben Mansour et Ben Cherif, qui m’ont torturé deux ans plus tôt, le capitaine Fadoul et plusieurs hommes, en civil , mais armés.
Ils attendent la prochaine exécution.
On amène dans la cour le colonel Ababou. Il a un baillon sur la bouche, un bandeau sur les yeux et des menottes dans le dos. Aassou, un des gardes, le soutient. Il l’entraîne vers le terre-plein situé devant les toilettes, le force à s’agenouiller. Un colosse, vêtu d’une chemise et d’un pantalon, s’avance vers lui, un revolver à la main, et lui tire une balle dans la nuque. Ababou est projeté en avant. Deux autres gardes, Hamou Ben Othmane et Ahi Agherbi, se précipitent, traînent le cadavre un peu plus loin.
On amène ensuite le capitaine Chellat et l’aspirant M’Zireg.
Chellat, résigné, se laisse conduire et meurt, sans une plainte.
M’Zireg, lui, se débat comme un lion, hurle à travers son bâillon.Il faudra trois hommes pour le maîtriser, l’allonger sur le ventre et le maintenir, le temps de lui tirer une balle dans la nuque.
Deux gardes s’approchent alors de ma cellule. J’ai juste le temps de reculer pour ne pas être aperçu. Je me couche en chien de fusil sur ma couverture, face au mur.
J’entends un dernier coup de feu, puis la voix de Dlimi, qui crie

- « Lâche-moi, lâche-moi ! Regarde ma chemise: elle est toute tachée du sang de Rachid ! »

Rachid est le prénom d’un des deux gardes que les militaires ligotèrent, le soir de l’évasion. »

Selon Ali Bourequat, Houcine Manouzi s’était emparé d’une arme de poing, lors de l’évasion. On peut aisément imaginer quel aura été le sort du malheureux, d’autant que, condamné à la peine capitale, le régime aura, sans doute, préféré faire appliquer la sentence, plutôt que courir le risque d’une nouvelle évasion.
A-t-il été exécuté plus tôt, sans que Bourequat n’en ait été témoin ?
A-t-il été exécuté ailleurs. Au PF4, par exemple ?
Seuls les protagonistes de cette affaire, pourraient apporter des réponses aux questions que continue de se poser la famille Manouzi.

De cette sinistre affaire, l’avocat de la famille a, un jour, eu ces mots, où l’ironie le dispute à l’interpellation des consciences de la prétendue nouvelle ère :

- "Quand j’ai pris en charge le dossier Manouzi, j’étais un débutant avec quatre ans de carrière derrière moi. Aujourd’hui, il ne me reste plus que quatre ans pour prendre ma retraite. Ce serait bien de mettre le mot fin à ce dossier".

Houcine Manouzi
Comble de l’ignominie, En 1994, la DST informait la famille que Houcine était encore vivant, lui conseillant vivement, d’éviter toutes déclarations dans la presse, si elle voulait le récupérer.
Puis, le 16 août 2001, les autorités remettaient aux parents, un certificat de décès, ne portant aucun cachet et datant le décès au 17 juillet 1975, alors que plusieurs amis et co-détenus prétendent avoir vu Houcine, en vie, après cette date.
Trente-neuf ans après le début de cette affaire, le pouvoir marocain continue de compter des criminels dans ses rangs. Certains sont disparus, de leur belle mort.
D’autres tapis dans l’ombre, continuent de dispenser leur savoir-faire à dea apprentis criminels et se tiennent en embuscade, le cas où.
Mehdi Ben Barka
D’autres continuent d’officier, comme si de rien n’était, alors que la justice internationale les recherche, en particulier, dans le cadre de l’enlèvement de Ben Barka, dont, ni le corps n’a été retrouvé, ni les circonstances de son supplice n’ont été élucidées.
Enfin le reste de ces nervis sans foi, ni loi, coule une paisible retraite, dans une de ces innombrables propriétés, fermes et immeubles, que la dictature marocaine a confisqués, au profit de ceux dont elle achète la complicité des crimes odieux dont elle se rend coupable, depuis plus de cinq décennies.

Alors si Mustapha Manouzi a quitté l’une de ces pléthoriques instances, commissions ou associations, faire-valoir de la dictature marocaine, on ne peut que s’en réjouir et lui souhaiter un bon retour parmi les démocrates.